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Chapitre 3 : Visites nocturnes en série...

Chapitre 3 : Visites nocturnes en série...

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 27/10/2002)

Après un repas et une longue explication géographique, durant laquelle Derym découvrit que le monde c’est grand, voire même très grand, l’équipe nouvellement formée décida d’aller prendre un peu de repos.

Lelfe escorta le jeune homme à l’étage et lui montra sa chambre, voisine de celle de Groumpf et située à gauche de la sienne. Il dut revenir quelques secondes plus tard pour enseigner l’usage des clefs à Derym qui bataillait sur le pas de la porte. Le jeune homme rentra finalement dans sa chambre, souhaitant une bonne nuit à son nouvel ami.

C’était la première fois qu’il dormait dans ce genre d’établissement ! Habitué des grottes sombres et des nuits à la belle étoile, il contempla avec émerveillement la chambrée. Il découvrit avec plaisir les bougies présentes dans la chambre et il les alluma toutes ! Quel système ingénieux ! Cela assurait la luminosité d’un feu de camp sans en avoir l’encombrement ! Son Maître en avait quelques-unes pour lire ses grimoires mais c’était pour Derym un luxe rare... Il fouilla ensuite la petite chambre, ouvrant l’unique placard et le coffre au bas du lit (il batailla un moment avec la serrure, jusqu’à se souvenir des conseils de Lelfe et utiliser la clef fournie...) Habituellement Derym dormait soit à même le sol, soit dans un hamac suspendu entre deux arbres. Ici la couche était bizarre et moelleuse, fournit avec une couverture grossière (pas de la fourrure animale en tout cas ).

Le jeune homme se défit de son armure et suspendit ses habits à des supports (pratiques ces trucs...) dans l’armoire. Il posa son sac de voyage, contenant ses précieux cylindres-messagers, dans le coffre. Derym se demanda un instant si les vols étaient si fréquents dans ces contrées, pour qu’il faille fournir aux clients un coffre fermant à clé... Haussant les épaules, il s’allongea sur le lit. Trop moelleux décidément ! Impossible de trouver le sommeil... Il devrait peut être retourner aux anciennes habitudes...

Plus tard dans la nuit, une silhouette élancée se matérialisa à la fenêtre.
"Il n’a bien sûr pas pensé à fermer les volets ! Quel jeune homme insouciant et peu méfiant ! " murmura Lelfe en crochetant habilement le loquet de la fenêtre.
Il se coula doucement dans la pièce, attentif aux moindres bruits. Son infravision lui révéla Derym qui dormait paisiblement et il sourit. Lelfe se dirigea à pas de loup vers le coffre. Quelques manœuvres rapides avec les outils qui pendaient à la ceinture de l’aventurier eurent raison de l’antique serrure. Il écoutait la respiration de Derym, attentif aux moindres changements révélateurs. Rien. Lelfe plongea donc ses mains avides dans le sac du jeune Druide.

Il prit l’un des cylindres au hasard et se déplaça vers la fenêtre pour l’examiner à la lumière des Lunes qui perçait timidement les nuages d’orages. Bien que visiblement remplis, et faits pour s’ouvrir, les cylindres refusèrent de céder aux manipulations des doigts experts de Lelfe. L’infravision ne lui apprit rien de plus. Le système d’ouverture devait être magique... Et ça dépassait largement ses compétences en la matière. A moins que... Lelfe fit le vide dans son esprit et en appela à la puissance de la Nature. Sans succès, sa prière n’ouvrit pas plus les cylindres. Il tenta de décrypter les gravures sur l’objet, sans succès non plus. Il le tritura ensuite dans tous les sens à la recherche d’un mécanisme secret. Encore un effort inutile...

Lelfe regarda une nouvelle fois le cylindre, dévoré par sa curiosité. Le seul symbole qu’il comprenait était affiché en grand au milieu de l’objet : la rune Eldarym pour "Feu"... Abandonnant ses efforts, il regarda encore une fois Derym en train de dormir paisiblement... L’aventurier eut brutalement honte : de quel droit doutait-il de Derym ? Pourquoi avait-il violé l’intimité du jeune homme qui lui avait immédiatement fait confiance ? Soupirant, il remit discrètement le cylindre sacré dans le sac et referma le coffre. Autant accompagner Derym dans sa quête ! Il n’avait rien de mieux à faire et sa curiosité serait satisfaite le moment venu...
"Bah, je l’aurais aidé de toute façon ! " murmura Lelfe en ressortant par la fenêtre pour regagner incognito sa chambre. La nuit se faisait plus sombre, l’orage ayant repris. ++++ Plus rien ne bougeait dans l’auberge... Sauf une ombre furtive qui montait lentement l’escalier montant aux chambres. C’était un homme grand et mince, vêtu de cuir noir, qui s’arrêta devant la chambre de Derym. Il portait un masque et des gants de cuir, noir aussi. C’était en accord avec sa profession. Crochetant aisément la serrure, l’assassin sourit en pensant à ce contrat : trop facile ! Il avait était aisé de trouver la chambre de sa cible et d’y pénétrer. Il fut surpris de trouver sa future victime allongée, non pas dans le lit, mais à même le sol, pelotonné dans des couvertures !
"Un étrange client !" souffla-t-il entre ces dents en refermant et reverrouillant la porte. D’autant plus étrange qu’il semble jeune et inoffensif, dormant du sommeil du juste, un sourire innocent aux lèvres. Mais l’homme était un professionnel et il arrêta de se poser des questions. Il avait été bien (très bien même) payé pour occire proprement ce type et pour oublier l’affaire. Il tira le poignard noir et glacé qu’on lui avait remis. Il sentait un picotement peu rassurant émanant de l’arme remise par son employeur.
"Encore un détail étrange..." pensa-t-il. Son employeur avait bien insisté pour que le meurtre soit exécuté avec cette arme précise. Il avait même payé le prix fort pour ça.
"C’est quand même foutrement bien payé pour buter un môme... J’espère qu’y’aura pas d’emmerdes ! "

Après tout il était le meilleur. Il mit donc ses interrogations de coté et leva l’arme. Un coup et ça serait réglé... Un moment ! Un sifflement ! L’assassin se retourna promptement, dague en avant. Son ouïe et sa vue perçante lui permirent de voir un gaz qui s’infiltrait rapidement par la serrure de la porte. Il recula immédiatement. Il avait reconnu l’odeur douceâtre d’un soporifique. Un imprévu ! Piége ? Traîtrise ? Il n’allait pas tarder à le savoir. Il se glissa rapidement dans l’armoire, qu’il jugea suffisamment hermétique pour le protéger du gaz. De plus elle servirait, une fois entrouverte, d’un magnifique point de vue et d’embuscade. Le contrat ne serait peut-être pas si facile après tout... Ce n’était pas pour lui déplaire : il se sentait le meilleur !

Quelque instant plus tard, une silhouette encapuchonnée pénétra dans la chambre, referma la porte et se dirigea vers la fenêtre pour l’ouvrir. Ce signal, indiquant que l’effet du gaz avait probablement cessé, permit à l’assassin d’entrouvrir son placard pour détailler prudemment le nouveau visiteur : un "collègue" essayait-il de le doubler ? Ou un vulgaire voleur ? Le nouvel arrivant était de taille moyenne, voire petite. Il portait une ample cape à capuche noire, empêchant de voir son visage. Pas d’arme visible, mais sous de pareils vêtements, qui pourrait en être sûr ? Mais en tout cas il n’avait pas l’apparence d’un confrère de la Guilde.

L’énigmatique intrus en avait apparemment après les possessions de la cible : il avait ouvert le coffre et fouillait dans son sac. L’assassin était un peu déçut : un vulgaire voleur ! Et même pas membre de la guilde... Bah, il servait fidèlement Bhaal et il aimait bien s’ouvrir quelques extra ! Un sourire de requin avide de sang s’étira sur le visage masqué du meurtrier, qui se prépara à bondir. Mais son instinct le retint : il se passait quelque chose. L’intrus s’était vivement décalé dans un coin, devenant invisible pour l’assassin. Celui-ci perçut quelques étranges syllabes rapidement murmurées, puis plus rien. D’un coup une force terrible le propulsa hors du placard ! Il cria de surprise... Sans percevoir le moindre son en retour ! Magie ! Affalé sur le sol, il leva les yeux vers la silhouette drapée de noir. Voyant les yeux verts phosphorescents et la danse de lumière sur les mains rapides de l’intrus, le meurtrier professionnel connut la plus grande terreur de sa misérable vie ! L’intrus fit un geste inquiétant, qui releva à distance l’assassin médusé, puis qui le paralysa. Sa dague noire s’échappa de ses doigts gourds. Le mage fit léviter celle-ci vers sa main, puis l’examina quelques instant, sans se préoccuper de l’homme apeuré qui tentait de se débattre ou de crier, sans résultats.

"Qui sers-tu ? " demanda une voix dans l’esprit de l’assassin. Le contact mental entre lui et le magicien était à la fois brûlant et glacial. La pression sur son cerveau était énorme. Inutile de mentir à pareil adversaire. Il ne savait même pas si celui si avait besoin de son accord pour lire dans son cerveau. Aussi il raconta à la présence qui envahissait ses pensées le peu qu’il savait. En un rien de temps son agresseur connut les secrets de la Guilde des Voleurs d’Hillend... Et son petit penchant personnel pour le culte "pratique" de Bhaal. Il supplia qu’on le laisse en vie, gémissant mentalement et demandant le pardon pour ses actes.
"Désolé, misérable avorton, mais comme tu le fais remarquer souvent : pourquoi s’encombrer de témoins ? Au fait, j’espère que tu trouveras ton Dieu aussi sympa de près ! Vous avez les mêmes goûts... " Malgré la tentative désespérée de supplique de l’assassin, le magicien commença à incanter en silence. Une lumière vert glauque pris naissance au creux de ses mains, plus effrayante que les yeux de son tortionnaire. Le mage fit un geste. La lumière se précipita sur l’assassin qui hurla (enfin, du moins il essaya). Dans un flash lumineux verdâtre il fut immédiatement transformé en poussière qui s’éparpilla, soufflée par le courant d’air de la fenêtre ouverte.

"Une fin appropriée pour un déchet..." déclara le magicien en annulant son sort de Silence. Il se pencha pour examiner Derym, qui dormait encore malgré tout, sous le coup du somnifère.
"Qu’as-tu donc fait, petit, pour mériter pareil traitement ?" Il regarda avec attention la dague de l’assassin, un mince sourire d’amère ironie aux lèvres.
"Une dague de Vol d’Âme... Non seulement, on veut te voir mort, mais on veut vraiment que tu le restes définitivement. Ou alors c’était pour empêcher de faire parler ton cadavre ! "

Le mage retourna ensuite vers le sac de Derym. Il leva vers son étrange regard les cylindres sacrés, les uns après les autres. Au passage, celui-ci vira du vert phosphorescent à des flammes bleues quand il activa sa Magevision.
"Humm... Joli, vraiment très bien scellé, même pour moi ! Mais quasi-inutile... Ah ! Peut-être pas ! Un champ magique focalisé interne ! Humm, c’est faible mais la structure sphérique pourrait servir à renforcer certains courants d’énergie..." Le magicien reposa comme à regret les cylindres et referma le coffre. Il fit un dernier salut à Derym endormi.
"Tu as piqué ma curiosité, jeune homme. Je suivrai tes aventures avec intérêt, mais soit méfiant : tu as des ennemis dangereux. Inutile donc d’en attirer d’autres sur toi, je me suis déjà trop engagé en t’aidant." Sur ces paroles sibyllines, il sortit et referma doucement.

Quelques instants plus tard, une araignée rampa sous la porte. L’arachnide s’arrêta au milieu de la petite chambre du Druide, puis enfla de manière obscène dans un déploiement de volutes noires, se transforma en un autre visiteur. Celui-ci était encore plus inquiétant que les précédents : l’homme (?) n’était qu’un assemblage complexe de bandages, de talismans et de glyphes ! Une amulette en forme de veuve noire était pendue au cou de l’étrange apparition...
"Tu baisses, vieux... J’suis déjà au courant. Et tu m’as même pas remarqué... Trop occupé à maintenir ton inutile sort de Non détection ! " fit le nouveau venu avant d’éclater d’un rire sournois. Il se dirigea lui aussi vers le coffre et d’un geste de la main et d’une brève incantation, il l’ouvrit. Il fit lui aussi flotter les cylindres sacrés de Derym devant ses yeux bleus inquisiteurs.
"C’est tout ? Des artefacts vraiment inutiles... Mais étrangement bien fermés. Ces Druides apprécient la confidentialité ! Ah ah !"

Le rire du personnage sonnait faux. En réalité il était aussi intrigué que ses prédécesseurs par les affaires de Derym, mais les forcer requerrait de grands pouvoirs. Un tel déploiement de puissance attirerait sans nul doute l’attention de son vieil adversaire. Il se pencha sur Derym après avoir replacé les artefacts.
"Qui es-tu ? Un piège à mon intention ? Une manipulation sournoise de ce vieil emmerdeur ? Un banal quidam ?" Il envoya rapidement quelques sondes mentales dans les souvenirs de Derym. Il ne pouvait pas déployer trop de puissance sans se trahir ou réveiller l’aventurier, mais l’esprit du Druide était limpide et il apprit facilement l’objet de sa quête et le passé du jeune homme.
"Pff... Rien d’important... Banal coursier d’une confrérie d’inutiles vieillards !" Pourtant... Son éternel adversaire s’y intéressait, même de loin. Peut-être était-ce une lubie, comme son amitié pour les deux autres !
"Restons tout de même vigilant ! Et tâchons d’en savoir plus sur ce que mijotent ces Hauts-Druides.." D’un frisson, il se retransforma en araignée avant de s’éloigner.

Dans la chambre de Derym à présent silencieuse, une nouvelle forme apparut. Posé sur le lit, invisible depuis le début, se tenais une petite fillette à la peau grise. Ses oreilles pointues la désignaient comme une demi-elfe. Elle était bien plus que ça. Elle n’avait rien manqué du spectacle qu’offrait le défilé de visiteurs de Derym. Souriant de manière énigmatique elle caressa la joue de Derym, qui gémit dans son sommeil. Elle venait de trouver de nouveaux jouets ! Et avec les nobles visiteurs qu’avait reçut le jeune druide, la partie risquait d’être excitante ! Elle ne savait pas encore le but de la quête de Derym et de ses amis, mais elle était sûre que le voyage serait mouvementé et intéressant ! Son esprit et ses sens, bien plus aiguisés que le commun des mortels, sentaient des énergies puissantes et des complots danser autour du jeune homme... Elle sourit et déposa un chaste baiser sur le front de Derym et s’évanouit : nul ne devait savoir qu’elle s’était absentée, ni qu’elle s’intéressait au jeune Druide...

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