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Aerth, récits fantastiques
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Diamant Brisé.

Diamant Brisé.

(Divers - Heroïc-Fantasy - PLC 2004 - 18/06/2004)

Prologue/Epilogue

Mon Maître s’agrippait avec l’énergie du désespoir à un mince morceau de roche polie par le temps, sa force irréelle tendus et concentrée dans sa main.

La pluie froide ruisselait telle des larmes sur son visage dur, défiguré et pourtant si beau, brûlant encore du désir de vivre, de vaincre.

Le sang de ses blessures humiliantes coulait à flot, emportant sa vie dans l’abyme en contrebas, suivant le chemin que ma traîtrise avait fait suivre à son arme.

Pourtant, il n’abandonnait pas. Il n’abandonnait jamais.

En haut de la falaise, je me tordais de douleur, parcourut de spasmes, ma queue et mes serres fouettant les rochers et la boue imbibés de sang par le combat titanesque.

La marque de l’esclavage, honteuse, me brûlait, m’écrasant de la volonté et de la magie de mon maître qui m’ordonnait de venir le sauver… J’aurais tout donné pour que cette douleur cesse, pour mourir en même temps que lui, prenant la revanche des souffrances de mon peuple.

Nous, les fiers, les terrifiants Dragons Blancs.

Quelle vengeance pitoyable ! Fruit du hasard et de la folie de mon maître inconscient, fruits des efforts de pathétiques, impuissants et courageux humains…

Ce qui me clouait à terre n’était pas la douleur infligée par mon maître, ni ma si glorifiée volonté draconique… C’était les efforts d’une gamine humaine qui inondait de son sang maudit ma marque magique, qui avait enfoncé sur mon ordre des lames douloureuses dans les articulations de mes ailes, avec sa force de fillette et sa détermination d’assassin…

Combien de temps, le chevalier elfe tiendrait-il encore suspendu, niant la mort et sa défaite par sa volonté de fer ?

Il portait pourtant une armure impie et lourde, issus du sang et des cadavres de mes semblables…Il avait encore sur lui d’autres armes viles et traîtres, forgées par ses esclaves Nains et enchantés par ses disciples Elfes…

Pourquoi se refusait-il à mourir, à sombrer dans l’abyme ? Qu’est-ce qui poussait un être aussi amoral et abject à la survie ?

Je le savais, bien sûr…

I-) Le déclin des Dragons.

Notre peuple est effroyablement ancien. Peut être le plus ancien… Malgré nos millénaires d’existence, malgré notre mémoire phénoménale, malgré notre érudition, même nos origines se sont perdues dans les brumes du temps, devenant mythes et légendes.

Nous sommes un peuple fier, fort, terrible, cruel et puissant. Des conquérants de la terre et des cieux. Nos maîtrisons les éléments et la magie, la force brute et la stratégie.

Nous étions les Maître incontesté d’Aërth.

En tout cas, c’est ce que nous nous répétions…

La réalité était plus amère, même si moult de mes semblables ou de mes cousins se voilent la face depuis des éons.

Nos territoires diminuent.

Nos Nuées colorées sont de moins en moins prospères et fécondes.

Nos Anciens se meurent et peu de nos jeunes survivent pour les remplacer. Notre histoire glorieuse et notre antique magie se perdent. Nous déclinons, nous nous chamaillons entre nous pour des querelles mesquines au sujet de fiertés bousculées ou de territoires violés ou encore simplement parce que nos voisins sont de couleur d’écaille différente.

Notre civilisation sombre peu à peu dans l’oublie et la barbarie.

La faute à qui, me diriez vous ?

En grande partie la notre, c’est une chose que l’humiliation et l’esclavage m’a appris : nous étions trop fier et arrogant, sûr de notre indétrônable puissance.

Mais aussi la fautes à ces envahisseurs, ces grouillants, ces répugnants Humains. Et Elfes. Et Nains. Et autres races qui osent s’autoproclamer sentientes.

Ils se sont multipliés alors que nous étions languides, jouissant de notre suprématie incontestée, ultimes prédateurs et magiciens sophistiqués.

On dit qu’ils nous dérobèrent notre Art, notre magie, nos connaissances. J’y ai cru.

Maintenant, j’en doute. J’ai appris à ne nullement sous-estimer ses petits êtres fourbes et opiniâtres.

Bien vite, leur nombre nous a largement dépassé.

Et nous n’avons rien fait.

Comment considérer comme dangereux des êtres qu’un coup de griffes pouvait trancher en deux, qu’un coup de queue brisait comme une poupée désarticulée, qu’un souffle annihilait ?

Nos ancêtres se gaussèrent sûrement quand les premiers morts survirent dans notre camp.

Les Dragons Rouges et Noir furent les plus touchés par le génocide. Ceux sont eux les plus remuants.

« Ils n’avaient qu’à mieux protéger leurs antres… Ils oublient la plus élémentaires des prudences… Ils ont été pris par surprise et traîtrise. Ce sont des fainéants… » entendait-on lors des rares Conclaves de la race draconnique.

En gros « Bien fait pour eux. » et « ça n’arrive qu’aux autres. »

Malheureusement, ce ne fut pas le cas.

Des antres de plus en plus nombreuses furent pillées, des domaines entiers tombèrent sous le joug des usurpateurs. Des Dragons de plus en plus âgés, respectés et puissants tombèrent sous les lames et les sorts. Certains uniquement pour ce faire dépecer et étudier par des mages. Certains uniquement pour l’appât du gain et la renommée de quelques aventuriers.

Bien sûr, certains d’entre nous réagirent avec violence (et le font encore aujourd’hui), notamment les Rouges et les Noirs.

Des expéditions punitives furent organisées, des villes entières disparurent dans les flammes et la souffrance.

Mais pour une ville détruite, combien d’autres intactes ou nouvellement crées ? Combien de familles ivres de vengeance et prêtes à tout ?

Les Dragons acquirent une sinistre réputation (parfois justifié) et les usurpateurs ne tardèrent pas à les chasser sans aucune distinction… Le pogrom coûta des millions de vie chez les humains et leurs alliés, contre quelques milliers chez les Dragons. Mais nous ne sommes pas une race prolifique, contrairement à ces bêtes envahissantes.

Les Dragons Rouge et Noirs sont désormais à la limite de l’extinction, obligés de fuir dans des zones sauvages et reculés, bien vite rattrapés par l’expansionnisme délirants des usurpateurs.

Les Dragon Verts furent chassés des forêts par les elfes, fuyant eux même les humains.

Les Dragon Bleus continuèrent de voler loin dans l’azur, le plus longtemps possible, insouciant aux soucis terrestres, s’isolant parfois dans les sommets les plus reculés. Oubliant le problème dans la négation. Je suis sûr qu’ils crèvent de trouille à l’idée de se poser et de vivre longtemps au même endroit…

Les Dragons d’Or et de Bronze tentèrent de négocier, cédant informations et privilèges à leurs ennemis en jouant aux grand seigneurs. Une honte.

Mais eux aussi furent chassés impitoyablement, par l’expansion des villes et des royaumes. Que valent les traités et les honteuses alliances face aux besoins du peuple ?

Eux aussi se terrent désormais, solitaires, ermites, sombrant de plus en plus dans un mysticisme et une philosophie égoïsme, se retirant des problèmes du monde, de leur race. Les égoïstes.

Nous étions pareils.

Beaucoup d’entre nous fuirent dans d’autres Plans, espérant un monde meilleur et moins surpeuplé. Les lâches. J’ignore ce qu’ils sont devenus, mais de terribles récits circulent sur ce qui rôde entre les mondes…

D’autres ont cherché de sombre alliance avec semi-divinités et Puissances d’outre-mondes, ne nous apportant que de nouveau fléaux et forgeant ainsi de nouvelles armes pour nos tourmenteurs…Ou bien se damnant pour l’éternité…Ainsi naquirent les Dragons d’Ombre et les Dracoliches.

Même ces êtres ignobles et corrompus ne nous furent d’aucun secours dans cette guerre secrète perdue d’avance…

Pire, bon nombre de nos semblables se rallièrent à la cause de vils magiciens ou de nécromants, mourant inutilement dans les conflits mesquins de ces autres races qui nous avaient spoliés.

Concernant mon peuple, les Dragons Blancs, nous ne fîmes guère exception… Arrogants, froids et sûrs de nous, nous étions convaincus que notre habitat inhospitalier nous mettait à l’abri.

Pauvres fous.

Nous fûmes comme les autres repoussés de plus en plus loin, dans les glaces immortelles du Nord le plus lointain ou dans le désert steppique glacial du Sud profond.

Les usurpateurs, les humains en particulier, ne laissèrent pas en paix nos nids dans ces contrées cruellement inhospitalières. Ils les colonisèrent quand même, prouvant là une fois encore leur obstination et leur détermination.

Pourtant, comparés à nos cousins, nous fûmes plutôt mieux lotit. Le climat hostile nous était encore favorable et beaucoup de nos semblables survécurent.

Les Dragons Blancs étaient encore quasiment les seuls à pouvoir se vanter d’avoir conservé l’organisation en Nuée, plutôt qu’une vie en solitaire tapis, fuyant l’Homme.

Aussi, nous avions conservé notre arrogance.

Un elfe vint nous l’arracher.

II-) Le conquérant vaincu.

Il vint à nous blessé et meurtris, porté par les sombres ailes du destin et par sa volonté sans faille, ivre d’une vengeance appelant le sang.

Sa haine brûlante lui permit de traverser seul les étendues glacées du Grand Nord, d’escalader les grands sommets qui sont le toit désolé et hostile du monde.

C’était un banni, un maudit, un prince Elfe déchu, superbement formé au combat le plus sauvage et à la magie la plus violente.

Il était d’une telle impatience et d’une telle arrogance qu’il ne se soucia même pas de soigner les terribles blessures d’un précédent combat terrible avant de se frayer un chemin dans le glacier crevassé qui servait d’antre à ma Nuée.

Deux de mes jeunes frères tombèrent en premiers, déchiquetés par la magie violente du Conquérant. Le sang de notre noble et ancestrale lignée éclaboussa la glace qui nous avait vu naître. La surprise était totale : jamais nous n’avions pensé qu’un fou se risquerait dans ce chaos glacial.

Il progressa sans coup férir, incantant des sortilèges de protections et de mort.

Sa lame était féroce et sans faille, fouillant les corps d’albâtres de mes frères, de mes sœurs et de mes parents, répandant carnages et entrailles, le sang jurant abominablement sur la neige.

Ses protections princières, bien que laminées par un combats précédent contre son ancienne famille, étaient apparemment inaltérables.

Nos maigres sortilèges rebondissaient sur ses boucliers occultes. Il esquivait nos griffes et nos crocs avec la grâce d’un danseur ivre de sang et de mort.

Son but n’était pas la destruction. Il progressait, implacable, repoussant, brisant et estropiant mes frères dans un unique but : l’écrin glacial qui formait la loge nuptiale.

Il y pénétra dans un fracas de glace et d’os brisés, précédé par le cadavre d’un ultime défenseur, un des consort de notre Reine.

Il se dressa, seul, minuscule, sûr de son invincibilité, au cœur le plus intime et le plus dangereux de la Nuée.

Mère, souveraine, gigantesque, couvait ses œufs d’un air jaloux. Elle siffla une indicible menace et activa ses défenses magiques. Nous reprîmes espoirs quand les mâles favoris, consorts et gardes d’élites prirent leur envol majestueux dans la caverne de glace.

J’y étais. Fils prodigue en apprentissage. Soutenue par la magie d’une des plus ancienne Mère Dragon d’Aërth, il ne faisait nul doute que la victoire serait notre.

Il brisa notre élan fougueux en abattant deux amants de la Reine à l’aide de sortilèges interdits.

La voix de l’impudent inconnu tonna soudain, amplifier par la magie, vive et impérieuse. Royale.

« Rappelle tes gardiens, Ô puissante souveraine des terres gelées ! » lança l’outrecuidant elfe à ma Mère.

Pour toute réponse, il reçut de plein fouet souffles glacées et sortilèges de destructions. Il bascula et nous pensâmes que tout était fini.

Immergeant de la fumée et des décombres, le Conquérant se releva, meurtris, blessé, à l’agonie même, mais toujours avec se regard ardent et cette aura d’impressionnante supériorité.

« Ton Clan a subis assez de mort comme ça… » cracha le chevalier elfe. « Une bataille de plus fera trembler les cieux et la terre, emportant tes enfants et tes concubins ! »

Mère n’écouta pas et souffla un froid mortel sur l’étranger.

Il plongea pour l’esquiver et leva la main vers la voûte glacée qui nous surplomber, crachant une incantation.

Le plafond explosa, le glacier se brisa, s’abattant en échardes givrées et tranchantes sur notre élite et sur nos couvains.

Mère réagit superbement, déployant ses magnifiques ailes aux écailles dures et belles comme le diamant, formant une voûte protectrice au dessus de nos œufs si précieux.

Une fois le fracas de l’éboulement apaisé, mes pères et mes frères s’arrachèrent du chaos glacé et des débris. On chercha le méphitique magicien.

Il se tenait au cœur de nos couvains, son sang souillant la blancheur nacrée de nos œufs, sa lance prête à lacérer la fragile coquille de nos futurs enfants, sa magie prête à déclencher un inutile génocide.

« Daigneras-tu m’écouter, maintenant, Ô Mère des Glaces et des Cieux ? » demanda-t-il, son implacable volonté l’empêchant de s’évanouir suite à ses blessures.

« Que veux-tu, assassin, être sans cœur ? » répondit en grognant notre souveraine dans la langue de l’envahisseur, reconnaissant implicitement sa défaite.

« Je ne désire qu’une chose, un service… »

L’assemblée menaçante des Dragons rugit, cria, prête à dépecer l’intrus au moindre signe de relâchement.

« Tu oses me demander un service après avoir occis mes fils et mes amants, détruit mon antre et menacé ma couvée !! » tonna ma Mère.

« Je suis vainqueur, même si prendre lâchement des otages ne me sied guère… Je suis prêt à tous, y comprit à périr en emportant avec moi ta Nuée et ta descendance ! Exhausse mon souhait et je vous épargnerais ! »

Mère réfléchit, mais ne voyait pas comment sortir de cette impasse. Il était bien trop près des œufs et elle n’osait les sacrifier pour notre salut. Nous étions une race si peu prolifique…Il le savait, bien sûr, jouant cruellement sur l’instinct maternel de notre Mère.

Leurs yeux bleu acier se rencontrèrent, tout deux d’une inaltérable détermination, l’un à détruire, l’autre à protéger.

« Que veux-tu donc, elfe ? Quel est ce souhait qui t’as fait prendre tant de risques et qui nous coûte si cher ? »

Il sourit, maintenant sûr de son triomphe. Mère avait choisit le compromis, scellant notre destin.

J’ignore encore aujourd’hui ce qu’il se serait passé si nous avions choisit le combat. La mort de notre lignée ? Il n’aurait jamais pu nous battre tous…Il aurait suffit qu’un mâle et une femelle survivent pour relancer notre clan… Mais le risque fut jugé trop grand par notre souveraine et nous basculâmes dans la voie de la lâcheté.

Je suis aujourd’hui d’accord avec la décision de Mère… Moi, l’un des plus fier et des plus puissant guerrier de la Nuée… J’ai vu à l’œuvre celui qui nous a soumit, j’ai vu sa sanglante détermination, son obsession, sa folie…Le risque était inacceptable.

L’intrus lança son arme, une impressionnante lance à la pointe de diamant pur, festonnée par l’Art le plus fin des Elfes. Et pourtant, en la voyant s’abattre sur le sol gelé, j’ai eu l’impression de voir tomber une chose morte, abjecte, corrompue.

Je ne m’étais pas trompé.

« Ceci est ma Lancelune, l’arme qui m’était destiné par ma haute naissance, l’extension de mon âme de guerrier. Elle fut scellée par des pouvoirs qui dépassent ma compréhension. J’ai ouïe de vos connaissances en anciens sortilèges. Réparez mon arme et je promets de ne pas faire de mal à vos œufs… »

Mère tendit son cou majestueux vers la lance maudite, plissant ses yeux de saphir. Elle analysait les sortilèges entourant l’arme.

Je fis de même, apercevant entre le brouillard des sceaux, la puissance palpitante, dangereusement élégante de l’artefact elfique. Ils avaient déjà atteins ce niveau de perfection… L’arme était le fruit de générations et de générations de perfectionnement, pour aboutir à l’arme absolu, maniée par le guerrier le plus effroyable que les lignées elfes pouvaient produire.

Et elle avait été scellée. Quels indicibles pouvoirs existaient là bas, loin dans les contrées qui se disaient civilisées ? Notre éloignement du monde nous avait coupé des progrès et de l’information…

Et surtout, quelle serait la puissance de ce chevalier qui avait déjà terrassé nos frères une fois que son arme serait réparée ?

Je savais que Mère devait nourrir les mêmes pensées et les mêmes doutes que moi, mais elle n’avait pas le choix. Notre funeste destin était en marche.

« Cette arme est liée à l’astre du Jour et aux astres de la Nuit et à la Terre. Toutes les magies ont forgé la lame dans un but qui m’échappe…Son tranchant est avide du sang, reflet des pensées de son propriétaire. Inaltérable, plus affûté que la glace la plus coupante, plus dure que les glaciers de ce bout du monde gelée… »

« C’est exact. Cette arme parfaite m’est destinée, je suis le Prince du Nesharr, l’Être Elu. »

« Prince déchu, arme maudite, elfe chassé de chez lui… » souffla Mère.

« Encore exacte. Mais ce n’est pas la question… »

« Sentiments de vengeance, haine et colère si fortes que j’en sens la chaleur même dans mon antre plus froide que la mort… »

« En quoi cela vous importe, Dame Dragon ? »

« Qu’allez-vous faire de cette arme, Ô Prince des Ténèbres qui a lié sa destiné à nous par le sang et l’avidité ? Que recherchez-vous avec tant de haine et de détermination ? Pourquoi désirez-vous la puissance contenue dans l’artefact ? »

« Je veux reprendre mon trône. »

« Vous fûtes vaincus, votre arme fut scellée. Il existe de grands pouvoirs et de grands destins qui s’opposent au votre. Les sceaux furent posés par une femme bénit d’un Dieu, par un mage et guerrier qui au moins vous égale et par un sang-mêlée bénit par la Haute-Magie et qui pourrait revendiquer votre trône… »

« Votre clairvoyance est fascinante. Mais inutile. Obéissez juste ou je décime votre descendance. Je n’ai rien à perdre. »

« Elfe qui s’approche timidement de nous par le temps de vie, tu risques celle-ci pour ta soif de puissance et ta fierté… Tu fus déjà vaincu, pourquoi t’obstines-tu ? »

« J’ai péché par orgueil et paresse. Sûr de ma puissance, j’ai nargué les Dieux et les Anciens de mon peuple. J’aurais pu triompher sans l’intervention d’étrangers et d’impurs. Ma vengeance sera préparée, effilée et froide comme un poignard de cette glace que vous aimez tant. Je reprendrais mon titre et prouverais ma supériorité, quels que soit les sacrifices… »

« Je sens que vous avez passé de sombres pactes et de ténébreuses alliances pour survivre... Vous serez dévoré par votre soif de puissance et votre orgueil causera à nouveau votre chute. Je sens sur vous le souffle méphitique d’abjects alliés, de nouveaux maîtres qui vous utilisent… »

« Votre vision est plus affûté que je ne pensais…Vos pouvoirs sont incommensurables…Néanmoins ces alliances me sont nécessaires. Qu’importe que mes nouveaux Maîtres ne me voient que comme un outils ! Je reprendrais mon trône et prendrais en main mon Destin ! Brisez les Sceaux ! »

Mère frissonna, ferma les yeux, interrompant sa transe de vision. Tout les Dragons Blancs attendaient, anxieux. Si la souveraine décidait l’assaut…

« Soit. Je puis voir le passé sanglant de cette arme mais pas son futur. Vous nous tenez en notre pouvoir… Que les Dieux nous pardonnent si nous faisons erreur… »

Mère aboya un ordre et nous nous écartâmes, laissant le Conquérant fasse à notre souveraine.

Le rituel commença.

Saisissant la lance au creux de ses serres gigantesques, Mère entonna un chant issu du fond des âges.

La magie brute se mit à affluer, se matérialisant sous forme de traînées de brumes dorées ou argentées. Des éclairs crépitant d’énergie occulte frappèrent la Lancelume, cherchant, fouillant les raies magiques qui emprisonnaient le pouvoir de l’arme. Mère traçait à toute vitesse des symboles brillants dans l’air glacial, canalisant une puissance phénoménale pour briser les enchantements qui emprisonnait l’arme.

Il y eu une étincelle.

Puis une explosion. La magie nous jeta à bas, reversant nos corps massifs et tendus par l’attende comme des fétus de paille. Le plafond, vitrail de glace à moitié détruit, instable, fini de s’effondrer dans l’antre de givre.

Nous nous précipitâmes pour protéger de nos corps les œufs et les jeunes. Je me retrouvais à coté du guerrier elfe, qui n’avait pas bougé.

Les yeux fous, avides, il regardait son arme luire au creux des serres de notre souveraine, encourageant la magie par ses suppliques de dément assoiffé de puissance, oublieux de ses plaies sanglantes, oublieux des Dragons à la force mortelle et à la prompte colère.

J’ai failli.

Un coup de griffe, un coup de croc, un souffle de glace et j’aurais pu éviter ce cauchemar à mon peuple…

Mais je restais là, contemplant cet Elfe mourant, si déterminée qu’on sentait sur nos écailles l’aura brûlante de sa volonté. J’étais fasciné par le rituel, par les pupilles dilatés de notre vainqueur.

Je ne fis rien, éprouvant une sorte de respect, accordé à contre cœur, pour notre conquérant.

Je me maudis encore pour ma faiblesse…

« Par ma froide volonté, je lève le sceaux de la fille bénit par le Seigneur de Lumière… » psalmodia ma Mère dans notre langue rituelle.

Un éclair d’or jaillit hors de l’arme, frappant les débris gelés alentour, s’écrasant contre les défenses mystiques de ma Mère. Une pluie de dards lumineux transperça ses défenses et ses boucliers malgré tout, brûlant ses écailles d’albâtres. Elle ne fit qu’une brève grimace de douleur, ignorant ses blessures mesquines, concentrée sur la suite du rituel.

Visiblement, les sceaux étaient piégés d’atroce manière. Impuissant, je regardais ma Souveraine subir les assauts d’une magie inconnue, déviant des rayons ardents et des orbes de destructions. Nous reculâmes, fuyant honteusement devant le courroux de la magie déchaînée.

Lui, n’avait pas bougé, s’immergeant dans la contemplation béate de la lumière, riant comme un enfant, comme un dément, criant des encouragement sans aucun sens à notre Reine.

Finalement, la débauche de magie vengeresse cessa, laissant ma Mère épuisée mais triomphante. J’étais fier. Une fois de plus la magie draconique avait prouvé sa supériorité. J’en avais oublié l’odieux chantage dont nous étions l’objet.

Mais le rituel était en fait loin d’être terminé…

Puisant des forces dans la colère face à l’artefact qui lui résistait et en réponse aux agressions occultes dont elle venait de subir l’assaut, Mère, notre Reine, déchaîna sa magie contre le deuxième sceau.

Les passes occultes devinrent violentes, sauvages, brisant la subtilité par la puissance brute.

« Par ma force, Par ma Magie, telle un blizzard déchaînée, je lève le sceaux du Fils de la Balance… » termina la Dragonne.

Un éclair de force brute lui répondit, faisant vibrer l’arme comme un diapason. Un son, une plainte déchirante fendit l’air et la Mer de Mana qui nous baignait, nous rendant sourd, nous faisant ployer et sombrer, plaquer au sol par le courroux de l’enchantement violé.

Les derniers morceaux de glaces de la voûte s’abattirent sur nos corps prostrés, vautrés dans un dernier sacrifice pour protéger nos œufs.

La lumière du ciel et le vent froid pénétrèrent dans notre sanctuaire souillé.

Je me redressais, me secouant des congères et des blocs disloqués de notre abri. Mère déployait ses ailes et son talent magique pour contrer une tornade peu naturelle qui voulait l’engloutir.

La foudre s’abattit, creusant des sillons sanglant dans la carapace pourtant inaltérable de notre Reine. Le sang royal jaillit, maculant la blancheur des écailles et de la neige.

Les arcs électriques encageaient notre souveraine qui, malgré la souffrance, continuait le rituel. Ses cris de rage et de douleurs se mêlèrent au son incongru qui vrillait nos cerveaux et nous paralysait, nous les titans des glaces éternelles.

Avez-vous déjà entendu l’agonie d’un Grand Dragon ? Peu de gens peuvent s’en vanter… Toute cette haine, cette rage, cette vie plurimillénaire qu’on tente d’effacer et qui hurle sa détresse et sa rancune, son désir de survivre… C’est un son insupportable et violent, un rugissement primal augmenté d’un désespoir issus d’un raffinement forgé au cour des siècles et des siècles…

Mère mourrait pour les caprice d’un mortel et je ne pouvais rien faire. La honte et l’inquiétude m’écrasèrent tout en faisant bouillonner mon fier sang de Dragon.

Mais notre souveraine ne péri pas.

Triomphante, vieille et inaltérable, beauté de diamant et de nacre, elle se redressa et cracha son triomphe sur la magie des envahisseurs.

Au milieu des œufs, le Conquérant fou exultait.

Comment ne pouvait-il ne point trembler devant la manifestation de la puissance et de la supériorité de notre Reine ?

Je n’attendais désormais qu’une chose : que Mère termine le rituel et lance le signal d’assaut pour châtier l’impudent qui ne se méfierait plus.

Je lisais ce plan dans les yeux azur de notre souveraine. Je sentis tous les mâles se tendre, condensant leurs énergies physiques et mystiques, prêts à frapper.

Mais il fallait attendre le bon moment, le paroxysme. Nous n’aurions qu’une chance.

Une fois les sceaux levés, le dément ne verrait plus rien d’autre que son arme maudite.

Là, nous frapperions.

Pour cela, il fallait lever le dernier sceaux.

La Souveraine Dragon entra en transe, plongea dans les méandres métamagiques des filets qui emprisonnaient l’âme de la Lancelune malgré son épuisement.

Le rituel me parut sans fin , atteignant des sommets de magie ancienne et complexe, déclenchant des sorts oubliés et faisant appel à des savoirs que bien d’autres considèrent comme perdus.

Au sommet de son Art, je vis pourtant que Mère faiblissait, hésitait. Elle devait reconnaître que les rouages magiques qu’elle brisait et reformait relevaient d’un Art égal au sien… Peut être supérieur.

Elle hésitait à franchir le dernier pas cataclysmique.

Soudain les vieux mâles entonnèrent un chant vibrant et ancien, un hymne à la gloire de notre peuple, un rugissement rauque affirmant au monde notre puissance et notre fierté.

Je me joignis au cœur sauvage, glorifiant nos origines, notre Nuée, notre Reine dans notre langue si vieille et si ampli de fières traditions.

Puisant force et vaillance dans notre hymnes, mère utilisa ses dernières forces magiques, sa transe extatique atteignant un summum.

Soudain, elle vit la faille, le point faible de l’architecture occulte de l’enchantement maudit.

« Par la Voix de mon peuple et par mon Intellect, je lève le Sceau du Magicien sang-mêlé ! » tonna la Grande Dragonne.

L’arme luit d’une lueur argenté, métallique, inquiétante.

Mère souris et entonna un chant protecteur, son regard nous enjoignant à reculer.

La lance parut exploser dans une débauche d’éclats métalliques.

Une pluie de lames avides de sang, hérissées de barbillons et barbules d’argent s’abattirent dans une tornade sur notre souveraine, lacérant ses boucliers magiques, les fendant, cherchant le sang. Cherchant la chair. La trouvant.

Les écailles plus résistantes que le mithril furent laminées par les épées, les piques et les dards magiques qui n’avait qu’un but : infliger mort et souffrance.

Mère hurla sa colère et sa douleur.

Elle se tendit et d’une contraction prodigieuse, déploya sa force et son aura de puissance draconique. La vile magie avide de sang ancien fut balayée.

Lacérée, couverte de plaies et de sang, notre Reine se dressa, triomphante, emprisonnant la Lamelune pulsant de puissance dans sa serre.

Elle reprit son souffle alors que l’Envahisseur s’avançait, indifférent à tout, balbutiant, ricanant, réclamant son arme, son dû. Nous nous tînmes prêt à le dépecer sur l’ordre de Mère.

Déjà, elle montrait ses crocs gigantesques en souriant d’une manière inquiétante.

L’Ennemi ne sembla en avoir cure.

Alors que nous allions triompher sur l’impudent, un hoquet magique déchira l’atmosphère.

La Lancelune noircit. Des spires de vapeur occulte s’en échappèrent en sifflant, contaminant notre souveraine.

Dans les yeux de saphir de Mère, je lus la surprise, la colère, puis…La peur.

Le Conquérant recula, effrayé par les vagues nauséeuses d’entropie qui émanaient de l’artefact.

Quand à nous, à notre grande honte, une fois de plus la surprise nous tétanisa.

Mère rugit de fureur et lança ses derniers vestiges de force occulte pour faire ployer l’arme à sa volonté.

Peine perdu, les sorts semblèrent absorbée par la noirceur, alimentant la progression du maléfice.

Des volutes noirâtres, inquiétantes, des racines de ténèbres enveloppèrent rapidement notre Reine avec une avidité stupéfiante. Elles traversèrent les boucliers magiques, les écailles, la chair et les os, répandant une douleur et une froideur malveillante qui firent hurler Mère de souffrance.

Nous n’osions bouger. Le Conquérant était également bouche bée.

Les volutes de ténèbres finirent d’englober le corps immense de Mère, étouffant sa pure brillance. Des flammes noires dévoraient son corps et son âme dans une tornade obscure, trou noir centré sur la lance maudite.

Un vent glacial entra en sifflant des maléfices dans notre caverne de glace. La terre lui répondit en un grognement sourd, animal, affamé.

Nous voyons le sang et l’Essence même de notre Mère, notre Reine, se faire dévorer. Nous agîmes de concert, oublieux du misérable qui nous faisait chanter.

Nos sorts, contres-sorts, dissipations et rituels curatifs se lancèrent à l’assaut de l’obscurité affamée.

Rien n’y fit. Un son nul autre pareil, d’une insupportable froideur, même pour nous, s’éleva pour accompagner la supplique d’agonie torturée de Mère. Un son effroyable, qui nous glaça et éteint la braise du courage de nos cœur pour l’éternité.

Le son du Temps qui fuit comme un damné et de la Mort en marche.

Puis soudain, tout cessa.

L’obscurité fut vaincu ou disparut seule, à l’intérieur de l’arme maudite.

La Lancelune s’abattit, lâchée par la serre décatie de Mère, lentement, rebondissant en cliquetant sur le sol gelé…Bientôt suivit par le corps torturé, vidé, incolore et terne de Mère.

Sa chute fut un fracas retentissant qui nous figea sur place d’incrédulité.

J’étais le plus proche.

Bien que meurtris elle était vivante… Mais dans quel état !

D’un coup net la lame du destin lui avait ôté gloire et majesté…Elle était…fanée.

Mes yeux parfaits de prédateur m’offraient la vision crue de sa déchéance. Ses écailles brillantes, souples et résistantes comme le diamant n’était plus que lamelle spongieuse, d’une maladive pâleur.

Les plaies sanglantes, misérables écorchures pour un Dragon de la trempe de notre Reine, s’étaient changé en crevasses et cicatrices pourrissantes, en traces honteuses de défaite.

Les griffes acérées comme des rasoirs d’ivoire n’était plus que des ongles cassants et jaunâtres.

Ces ailes qui l’avaient glorieusement propulsée dans l’azur n’étaient plus que des membranes misérables et blafardes se desquamant, désormais incapables de supporter le poids de notre souveraine.

Les muscles puissants des pattes avaient fondus, les os étaient devenus friables, la queue à la pointe durcie, capable d’empaler d’un coup Paladin et monture caparaçonnée, s’agitait spasmodiquement, frêle, incontrôlée.

Une cruelle tempête d’éons avait ravis la vie et le Temps de Mère.

« Ainsi c’était là ton ultime, piège, vieil usurpateur… » murmura le Conquérant en souriant.

Trop choqués pour réagir, nous fîmes notre dernière et fatale erreur : nous ne nous jetâmes pas à l’assaut du traître.

Il avança, avide, sûr de lui, dément, vers son arme qui luisait d’or et d’argent au milieu des décombres gelés, indifférents au sort de la somptueuse Dragonne qui avait tout donné pour lui, pour son caprice, pour sauver sa progéniture…

Je ne puis supporter pareille infamie, pareil dédain. Je me jetais à l’assaut sans réfléchir, libérant d’un seul coup toute ma magie sous la forme d’une onde brutale et sauvage d’annihilation.

Il fit un geste de sa lance, comme pour balayer un moustique trop arrogant. Le symbole des Trois Lunes se mit à briller parmi les fioritures de la hampe.

Ma cascade de destruction s’abattit sur lui dans un fracas d’apocalypse, la magie déchaînée le rendant flou. Nul être n’aurait pu supporter pareille décharge occulte, j’en étais convaincu…

Mais cette journée avait fait basculé bien de nos certitudes…

Le Conquérant se tenait indemne au cœur d’une brume argenté, riant comme un possédé.

« Encore plus puissante qu’avant… » murmura-t-il, odieusement indifférent à mon attaque.

Sous nos regards stupéfaits, la brume le protégeant pris la forme d’un Dragon, la forme royale et triomphante de Mère.

Voir cette forme draconnique argenté, même translucide, mis à bas les certitudes des plus mystiques d’entre nous. Etait-ce le fameux Dragon d’Argent des légendes, le sauveur, le destructeur, l’ultime créateur, le début et la fin de notre race et de notre univers ?

Nous autres, jeunes et fougueux, n’avions pas foi en pareilles sornettes religieuses, fruits d’un sentiment de faiblesse qui gagnait le cœur de notre race sur le déclin.

Nous nous élançâmes prêt à offrir nos vies pour que Mère contemple notre dernier triomphe avant qu’elle ne succombe au maléfice débilitant.

Il était souple, il était rapide. Dans sa folie et sa joie, il ne sentait plus ses blessures. Sa forme de Dragon brumeuse qui l’enveloppait délicatement dévorait nos sortilèges, augmentant notre fureur en nous rappelant cruellement notre impuissance.

Le lieu clôt et la proximité des œufs, si précieux, ne nous permettait pas de déployer tous nos talents de combattant au corps à corps.

Il en profitait, le fourbe.

Je l’avais vu effroyablement déterminée, effroyablement avide, dément.

Il était maintenant froid et calculateur, toujours avec ces yeux perçant où luisait une résolution qui vous glaçait l’âme.

Mes frères moins doués récoltèrent de douloureuses plaies infligées par la Lancelune au fait de sa puissance. Une fois de plus, le sang de notre Nuée abreuva le permafrost.

Le combat se termina en duel entre lui et moi.

Lui, combattant raffinée, tout en feintes et en agilité, avec pourtant une force que nous n’avions connus chez aucun elfe. Lui, souillé de blessures, épuisé par le froid, la faim et la magie qui s’alimentait de sa vie. Lui, qui refusait de mourir face à mes coups titanesques, face à mon souffle de mort blanche, face à mon aiguillon perçant.

Un être minuscule, un moustique qui dansait, hors d’atteinte.

J’étais en frénésie, berserk, comme dise les barbares humains qui sillonnent parfois nos froides steppes du Sud.

Peu à peu, je prenais le dessus, ma haine et ma soif de vengeance ne cédant pas à la sienne. Il aurait du paniquer, reculer.

Au lieu de ça, il leva simplement sa lance maudite et cracha un mot de pouvoir. Le symbole du Soleil luit sur la hampe…

Un torrent de flammes et de lumière m’assaillit, m’engloutit.

Hurlant ma frustration et ma douleur, je crachais mon souffle glacial dans sa vague direction et je déployais tous mes boucliers magiques. Explosion.

Je me redressais, endoloris, propulsé à terre par le choc, à demi aveugle dans la brume d’eau bouillante qui nous enveloppait désormais, cherchant mon adversaire pour lui porter un coup fatal.

Mon instinct de chasseur m’avertit au dernier moment. Au dessus.

D’un bond prodigieux, il s’était propulsé au dessus de moi, profitant de la confusion causée par nos pouvoirs entremêlés. Lance brandie, il s’abattit sur moi. Je ne pus esquiver totalement : la pointe de diamant de son arme acérée mordit cruellement la chair de mon crâne, fracassant os et écaille.

Je m’écroulais honteusement, sonnée par le choc et la douleur qui vrillait mon crâne.

Je tentais de me relever pour poursuivre le combat, rendus fou par l’odeur et la vue de mon sang qui s’écoulait.

Mais il était déjà sur moi. Il posa un pied rageur sur ma gueule, me menaçant de toute sa hauteur, de toute sa malveillance, Lancelune brandit pour la mise à mort.

« Au moins, je serais mort en essayant… » eu-je le temps de penser.

« Tu es à moi. » déclara-t-il, simplement, souriant, vainqueur.

Totalement humilié, je ne réagis pas quand il s’éloigna de moi. Les autres non plus, ces lâches…

Le Conquérant s’approcha de Mère, agonisante mais résistant toujours contre son corps anémié qui l’appelait dans la tombe.

« Que veux-tu encore, engeance maudite, traître au sang des nobles elfes… » murmura la blanche souveraine d’un ton rauque.

« Tu as respecté ta part du contrat. » répondit-il. « Aussi, je te laisse, toi et ta descendance en vie. »

La Dragonne à l’agonie eut un sourire crispé, méprisant.

« Vois ce qu’il m’en a coûté ! Penses-tu vraiment pouvoir quitter nos terres ainsi ? Je sens ta faiblesse, ton épuisement masqué par ta volonté. Mes fils et mes filles se ressaisiront, te traquerons et t’abattront ! »

« Je sais parfaitement cela. Je sais que je ne pourrais les vaincre tous…J’admire ton peuple ancien et puissant. Soyez donc mes armes, mon armées, mes vassaux ! Soyez ma mort volante et glaciale ! »

Eclatant d’un rire mégalomane et triomphateur, il plongea sa Lancelune dans le crâne gigantesque de la Reine des Dragons Blancs.

Nous rugîmes notre colère et malgré nos blessures, nous prîmes notre vol pour laver l’affront final.

Une douleur nulle autre pareille nous renvoya au sol. On nous volait notre âme, notre volonté.

Tout en incantant, l’Elfe maudit traçait un symbole sanglant dans la chair blafarde de notre génitrice meurtris.

Sur nos crânes fulminant se gravait simultanément le même symbole de servitude.

Je me croyais à l’agonie, sentant le pacte ancien prendre possession de mon libre arbitre, m’humiliant bien plus que le combat précédent.

Puis, tout fut terminé.

Mère fut relâchée, la douleur cessa. L’odeur du sang était lourde dans l’atmosphère glaciale.

Il avança seul, à notre merci, bien en évidence, loin des œufs, nous défiant ouvertement de l’attaquer.

Des impétueux essayèrent. D’un geste, d’une parole magique, il les soumit à sa volonté, chaque ordre mental déclenchant des crises de rugissements et d’intolérables douleurs chez les effrontés et chez Mère.

Les plus âgés nous informèrent du sortilège qui désormais nous liait.

Grâce à cet ultime sort, ce glyphe impie, il avait réduit Mère et sa descendance à l’esclavage.

Il n’existait qu’un seul moyen de s’en sortir, de briser l’enchantement : abattre Mère. Tout en sachant que la douleur nous liait également : nous sentirions sa souffrance, son agonie.

Je levais les yeux, encore embués du sang qui ruisselait de ma plaie. Nous ne pouvions commettre pareil crime. Je détaillais l’assemblée frustrée et colérique de mes pairs…Etait-ce possible ?

Les consorts, amant et mâle reproducteurs étaient tous morts lors des assauts du meurtrier conquérant…Les autres n’était que légèrement blessé, moi y compris…Seule la descendance, les esclaves potentiels avait été épargné durant la bataille.

« Depuis le début…Il avait planifié ça… » murmurais-je, choqué.

Il était juste à coté de moi et me flatta outrageusement l’encolure, comme celle d’un animal domestique, d’un servant.

« Exact. » fut sa réponse froide et sans appel.

Ma colère bouillonnait, mêlée à un sentiment qui me fit honte : le respect pour notre oppresseur qui avait mainte fois prouvé sa supériorité.

« Quel est ton nom, Prince d’albâtre ? » me demanda-t-il.

« Izerhan’Noshim. » crachais-je d’un ton rauque.

« Cela signifie Diamant étincelant dans le ciel, en draconique, non ? Si prétentieux… »

Nos regards, tous les deux d’un bleu acier, s’affrontèrent longuement.

Je ne pouvais l’occire.

« C’est en effet bien prétentieux, et par cette vantardise, j’ai trop nargué le Destin…Désormais mon nom sera Izrhanberull… Diamant brisé. »

Mon futur maître me dévisagea longuement, ce demandant sans doute ce que signifiais pareille humilité pour un fier Dragon Blanc. En changeant de nom, j’acceptais la défaite, ravalais ma fierté…Et le menaçais, également : je reniais en quelque sorte ma lignée, annonçant une trahison future, maudissant son contrôle sur ma Mère…De plus, je conservais une partie vantarde, indestructible de mon nom, signe de ma détermination. A le servir ou à le trahir ?

Finalement, il sourit, satisfait de son incontestable victoire.

« Puissants Dragons Blancs ! Ravalez votre colère et votre humiliation ! Sous mon joug, vous connaîtrez une gloire sans pareille, une richesse inégalée et une gloire sans limite ! Vous restaurerez votre réputation de seigneurs des terres et des cieux, votre gloire de prédateur absolu ! Je ferais de vous une armée invincible et crainte de tous ! »

Sa voix était d’or et vibrait de conviction. Il nous flattait après nous avoir humilié.

Sa mégalomanie et sa folie était évidente…Ses beaux discours étaient trompeurs, mensongers, excuses pathétiques pour son esclavage, pour nous faire basculer du coté de sa folie…

Et pourtant…Nous, les jeunes avides de hauts faits, avions soudain envie d’y croire…

Il était un chef né. Fou, mais entouré d’une aura de charisme et de puissance. Ça pouvait marcher. J’imaginais déjà les Nuées vengeresses de nos semblables qui s’abattraient comme un fléau divin sur les races inférieures, tel qu’il les décrivit avec passion.

Il fini par s’écrouler, balbutiant encore ses perspectives de combat et de gloire…

Je m’approchait pesamment et tendit une patte griffue vers lui. Un sortilège de soin me vint aux lèvres…

« Tu seras mon bras droit et ma monture… » dit-il avant de sombrer dans un sommeil réparateur qui allait durer une semaine.

J’acquiesçais, acceptant ma servitude et mon humiliante promotion, des rêves de gloire plein la tête et je me lovais contre mon Maître pour le protéger du froid…

III-) Gloire humiliante.

Il était vil, fou et opportuniste. Pourtant, il tint sa promesse folle.

Nous nous envolâmes, réduits à l’état d’esclaves, d’armes, de montures… Notre Nuée pris d’assaut les cieux et la Mort Blanche frappa le Normonde.

Notre première cible fut le Royaume forestier des elfes de Whiteshake. Une forêt dense de conifères, mystérieuse et magique comme les affectionnent tant les Elfes.

Elle se nichait entre les collines et les Monts du Normonde, perpétuellement couverte de givre, dentelle immaculée sur les arbres millénaires.

Elle n’était peuplée que d’Elfes farouches, individualistes, presque sauvages, s’accrochant à leurs terres glacées malgré la pression des barbares Humains et des Orcs sauvages qui hantaient les steppes environnantes.

Des guerriers parfaitement adaptés depuis des éons, chasseurs habiles, maîtres des forêts et occupant un pays immense et impraticable. Invaincus depuis des siècles.

Tactiquement, la situation était des plus déplorable : malgré notre force de frappe, nous ne pouvions traquer et fondre sur les tribus isolées de ces elfes sauvages au milieu de tout ces arbres. Eux invisible des cieux, nous étions par contre à la merci de leurs flèches infaillibles…

Aussi notre Maître recourut à la traîtrise et à la ruse, vilenies dont il est coutumier…

Non, je médis, frustré que je suis…J’étais sa monture et il me fit part de ses pensées, de son déplaisir d’être obligé d’employer de si vils moyens…Curieusement c’était un homme d’honneur. Mais prêt à tous pour sa vengeance et sa soif de pouvoir.

Se présentant comme un riche et noble héritier (ce qui était vrai) en voyage diplomatique, il convainquit les chef des tribus Elfes d’organiser une assemblée, pour soit disant les informer d’une grande nouvelle…

C’est ainsi que nous fondîmes sur les chefs Elfes rassemblés, à son signal.

Ce fut un massacre sans nom, la surprise étant totale. Mais les Elfes étaient de farouches combattants et ils se reprirent vite, s’organisant superbement pour contrer la menace venue du ciel.

Flèches et sortilèges pleuvaient sur mes frères alors que de nobles et farouches guerriers se précipitaient sur leurs griffes pour ralentir leur avancée.

La bataille se joua à peu de chose, mais la surprise initiale et la traîtrise de l’envoyé des royaumes du Sud fut décisive…

Je me frayais un passage sanglant et glacé jusqu’à mon Maître, honteux, à contrecoeur.

Il réclama de l’aide durant le combat, occupé à pourfendre de son arme maudite ses frères de sang.

Et moi, je l’aidais, broyant, tuant, égorgeant de vénérables sages bafoués. Sans ce sortilège qui m’avilissait, je me serais jeté sur le Prince félon, quitte à mourir avec lui sous le courroux des Elfes.

Nous les vainquîmes donc.

Exterminant sans pitié les chefs des clans anciens, mon Maître s’autoproclama Roi des Elfes du Normonde.

Absurdité. Hérésie.

Mais son charisme et son bagou parvirent à convaincre les survivants de se rallier à lui.

Ces êtres n’avaient-ils aucune fierté ?

Je les méprisais…Et je me méprisais aussi… Il leurs arrivait la même chose qu’à moi, qu’à mon peuple : il discourut sur la gloire passée, sur la montée en puissance des Hommes, sur le déclin de leurs Noble Race et sur leur fierté perdue…

Comme nous, ils succombèrent à la tentation et aux fielleuses promesses de gloire et de renouveau.

Mais le pire, la honte la plus humiliante fut de voir la joie, l’émerveillement de mes camarades.

Dans les palais de cristal, sous les arbres millénaires de Whiteshake, servis par d’accortes hôtesses elfiques, mes frères se réjouissaient d’avoir fait le bon choix, d’avoir suivit cet étranger qui leur avait apporté richesse et conquête.

Idiots ! Il se servait de nous ! Et nous n’avions pas d’autres choix que de le servir, lui…

Il nous utilisa pour poursuivre son plan machiavélique.

Du haut des cieux argentés, nous fondîmes sur les peuplades Orcs, sur les tribus nomades de barbares humaines.

Notre but n’était pas l’extermination. Juste semer la terreur de la mort volante.

Nous les chassâmes de leurs territoires de chasse, de leurs contrées traditionnelles. Il en profita pour flatter l’ego de mes frères en leurs offrants les régions « libérées »…

Le but de tout ceci était évident : poussés par la peur et le besoin, les nomades du Normonde s’en prirent aux sédentaires pour survivre, semant guerre et chaos.

Je participais à ce plan abject en pourchassant moi-même familles et réfugiés, les poussant vers les cités, seul havre restant dans les plaines gelées…

Je me souviens avoir douté, avoir eu envie d’apprécier mon Maître, avoir louer son intelligence tordue et son sens de la stratégie…Quelle honte pour les fiers Dragons Blancs que nous étions, réduits à l’états d’esclaves et d’épouvantails.

Mes frères le suivaient désormais gaillardement, fiers de ce qu’il appelait « la Reconquête ».

J’en tuais moi même un ou deux, quand mon Maître s’absentait pour manipuler ses armées…Je fus vertement tancé, courbant l’échine, pour mes « pertes au combats »

Malgré mes mises en garde et mon courroux, notre Nuée buvait les paroles mensongères du Conquérant, se complaisant dans son rôle d’arme en échange de quelques arpents de terre glacée et de trésors volés…

Quand les cités du Normonde furent assiégées, quand les steppes furent couvertes du sang des hommes et des Orcs, il passa à la suite de son plan.

Commandant aux Dragons et à une armée d’elfes, il se posa en sauveur, en libérateur, exterminant sans pitié les « sauvages », les nomades qu’il avait poussé à la guerre et que tout le monde « civilisé » méprisait...

La légende du héros elfique grandis, lui assurant un large soutien populaire. Le Chevalier Dragon, Héros et Conquérant du Nord sauvage…Pathétiques humains qui cherchent à adorer figures et idoles sans se poser de questions…

Bien vite, aucun royaume ne pus se passer de ses conseils. Sans sa présence autoritaire, chaque cité était perdue, à la merci des hordes affamées poussées par mes frères en furie…

Accueillit par les Nobles, plébiscité par les gens du peuple, il étendait sournoisement son influence sur le Normonde.

Quelques-uns tentèrent de s’opposer à lui : courtisans ou mages méfiants, héros s’interrogeant sur son curieux pouvoir de contrôle des Dragons.

Nombreux sont ceux qui finirent dans les auges de mes frères. Moi-même je me nourris de la chair délectable de Paladins trop curieux…

Les Humains churent dans nos…dans ses rets. Il élimina l’opposition et la noblesse le proclama vite Roi et Protecteur, contrainte et forcée.

Son joug tyrannique se renforça et je le vis faire plier les énergiques humains, les transformant en nouveaux esclaves de son régime de terreurs.

Et le pire c’est qu’eux aussi le servaient presque dans la joie ! Et pourtant, il les méprisait tant…

Devant moi il les compara aux cloportes, à des nuisibles qui envahissaient tout…J’ai eu honte d’avoir penser pareil que lui.

Enfin, cette honte fut plus tardive… Pour le moment, il avait encore mon admiration rétive, mon ambilavent enthousiasme pour les conquêtes qui tombaient aisément entre nos serres…

Quand à son but final, je n’en savais rien. La gloire, l’argent et la puissance le flattaient… Mais je l’ai vu ne les considérer que comme des outils. Il nourrissait une sombre vengeance…Mais contre qui et contre quoi ? Sûrement contre ceux qui l’avaient défiguré, bannis et avait emprisonné l’âme de son arme…Qui étaient-ils ? Mystère…Qui pouvait lui faire bouillir son sang plus froid que le mien ? Qui pouvait nécessiter la constitution de pareil Empire, d’une telle armée ?

IV-) Opposition asservie

J’ai mentionné le courage, la détermination, l’intelligence, la force et la ruse de mon Maître… Il est tant de parler de sa folie.

Nos conquêtes progressaient bien. Je m’élançais dans le ciel plombé de nuages chargés de neige, emportant le Héros du Nord vers de nouvelles batailles, de nouvelles conquêtes.

A chaque fois sa stratégie était la même : pousser les « non-civilisés », Orcs, Gobelins, Barbares, Géant, animaux monstrueux, à attaquer les cités, puis les sauver de son armée issus des cieux… Ensuite, il ajoutait la ville stupidement reconnaissante à son Empire de terreur et l’obliger à fournir servants, armes et nourritures pour poursuivre sa conquête.

Mais ce n’était pas tout.

Parfois, la soif de sang le gagnait sans raison.

Par exemple, et malgré qu’il soit au summum de l’Art Magique elfique, il exécrait les mages.

Il prenait un plaisir certain à charger les Tours de thaumaturges, les rares écoles occultes. Et à broyer les corps des magiciens de ses mains…

Il mis un place une politique d’extermination radicale qui laissa le Nord dépeuplé en gens de l’Art…Crainte de représailles ? Peur de voir ses plans vicieux découverts ?

Je ne pense pas…Pourquoi dans ces cas s’acharner sur des apprentis ou des mage de campagne ?

Un autre exemple : il nous jeta à l’assaut des forteresses et des mines Naines des Pics Eternels…Pas de plan, pas d’entourloupe complexe dont il était friant : ce fut une guerre ouverte, terrible, qui coûta la vie à la majorité de nos forces.

Pas de raison, pas de pourparlers. Je vis mes frères choir, frappés par les balistes des Nains, broyés par les marteaux de guerre des combattants des souterrains. Je sentis sur mes écailles la morsure des haches et des dards d’arbalètes.

Tout ça pour satisfaire un caprice… Il ne convoitait pas les trésors des Nains. Ceux-ci, isolationnistes au possible, surtout dans ces froides contrées, ne lui avaient pas cherché querelle, abandonnant les Hommes à leurs problèmes.

Alors pourquoi ce massacre, cet avilissement ?

Les Nains vaincus furent traité comme les pires racailles, les esclaves les plus miséreux de l’Empire qu’il bâtissait.

Je le soupçonnais d’être raciste.

Misogyne, également.

En effet, il semblait avoir les femmes en horreur, ce qui nous choqua grandement, nous les Dragons.

Notre société, même déclinante, avait un immense respect pour les femelles, source de la vie, nos Mère, nos chefs.

Le Conquérant ne supportait pas qu’une femme prenne la moindre décision. Être abject, il les réduisait à moins que rien, les « offrants » à sa soldatesques dépravés. Au mieux, il en faisait des servantes esclaves, juste bonnes à s’occuper de l’intendance et du ménage de ses palais nouvellement conquis. Même les respectueux elfes sombraient dans d’horrible travers sexistes sous son influence…

Mais ses coups de sang, ses perversions, attirèrent la chute sur lui.

Cela commença par un village humain anonyme, perdu dans une contrée sauvage et glacée comme il en existe tant dans le Normonde. Je suis incapable d’en dire le nom.

Nous survolions en petit groupe steppes et vallées glacées quand des feux paisibles de cheminée nous mirent sur la voie du village.

Fendant l’azur, un de nos éclaireurs alla enquêter.

Un simple village, anonyme, hors de tout, sans importance et isolé des agitations de ce monde.

Nous n’avions aucune « mission » dans le coin, aucune bande d’Orcs à rameuter. De toute façon, ce village n’avait aucune importance : il tomberait sous la coupe de l’Empire sans même le savoir et s’en fichant. Pour ces paysans, peu importé qui dirigeait.

Il n’en fut pas ainsi.

Le Conquérant Elfe me donna un ordre sec que je en pus enfreindre. Nous virâmes de bord en direction du village.

Notre voyage n’était qu’un simple déplacement pour rejoindre certaines de nos troupes et haranguer les foules déjà conquises d’une ville lointaine. Nous étions donc peu nombreux et pressés. Nous n’avions rien à faire ici.

Il donna l’ordre d’attaque et le carnage commença…

Il se chargea quasiment seul d’occire toutes résistances…Non. Toutes formes de vie du village…

Comme un possédé, il traquait les villageois affolés, les abattait de sa Lancelune, incendiant les maisons par sa magie sauvage, détruisant les constructions avec une froide colère méthodique.

J’étais sa monture, je devais obéir à ses ordres insensés… Mes écailles d’albâtre ruisselaient du sang rouge et chaud des hommes et des femmes qu’il massacrait.

Parfois il m’obligeait à les dévorer. Vivant.

Il mis pied à terre pour entrer dans un bâtiment, un temple dédié à Lathandre…

Il s’acharna particulièrement, vicieusement, sur le couple de prêtre du petit Temple du village, les torturant longuement, me vrillant les tympans de leurs cris et de leurs suppliques…Encore aujourd’hui je les entends encore…Et c’est ma race que l’on dit sauvage et cruelle ? Je n’ose rapporter ici ce qu’il leur fit. Je n’ose même pas m’en souvenir.

Sur son ordre, mes frères capturer et grouper les villageois qui tentaient vainement de fuir sa folie. Chanceux.

Puis le silence des froides steppes revint. Les flammes dansées dans la nuit. Il montait une odeur immonde de sang et de chair brûlé. Le temple de Lathandre fut méthodiquement désintégré, profané par les hurlement impies et sans aucun sens de notre Maître.

Tremblant, mes compagnons me regardaient, guettant un ordre, un conseil. Pas plus que moi ils ne comprenaient le sens de ce massacre.

Aussi je ne dis rien… J’avançais pesamment vers mon Maître qui frissonnait d’une morbide extase.

Mes sens surdéveloppés m’avertirent de quelque chose. Danger !

Des ruines du Temple jaillit une fillette humaine, couverte de sang et de suie, maniant une étoile-du-matin dorée trop lourde pour elle.

La surprise fut totale, tant pour moi que pour mon Maître.

Elle abattit son arme avec la force des désespéré, arrachant le casque du Conquérant et le projetant à terre. Elle hurla vengeance.

Il leva ses yeux d’azur, froid et colérique, promesse de mort et de souffrance.

Il tendit la main et murmura les sinistres paroles d’un cruel sortilège interdit. La fillette chargea sans s’en soucier, larmes aux yeux.

« C’était ses parents… » pensais-je alors en me remémorant les prêtres du Temple hideusement torturés. Ma deuxième pensée fut : « Tue-le ! Débarrasse nous de ce tyran ! »

Mais le sortilège fut plus prompt : une lumière d’un vert malsain jaillit des mains de l’elfe.

Et disparut au contact de la fillette.

Nous écarquillèrent les yeux de surprise pendant qu’indemne, elle abattait son arme sur le bras de notre Maître.

Il hurla, sentant ses os se briser. Il lâcha la Lancelune. Je priais tout les Dieux humains que je connaissais.

Un nouveau sort jaillit puis fut annihilé au contact de la fillette, celle qui nous sauverais.

Je compris alors ce qui n’allait pas, pourquoi nous n’avions jusqu’à présent descellé la fillette.

Je ne la percevais pas.

Elle était devant moi, ruant de coups l’un des plus grand guerrier d’Aërth, mais je ne la percevait pas. Je la voyais tout en ne la voyant pas.

Les Dragons et les Elfes se targuent d’être les races sentientes les plus proche de la Magie. Et c’est vrai…Mais c’est également une faiblesse.

La petite humaine était une Na-Mage, une personne insensible à la magie, invisible à celle-ci. En dehors. Un sang obscur, maudit et bénit, source de peur et d’incompréhension qui me glace le cœur même à moi, titan des neiges éternelles…L’Art ne pouvait l’atteindre et nos sens habitués à l’occulte ne l’avait pas perçut à temps.

Peut être ce sang impie pourrait-il triompher du mage elfe qui nous avilissait.

J’espérais…

Stupidement, au lieu d’aller aider la fillette, je restais à regarder, trop stupéfait et pris par ce combat désespéré.

Mon maître roua de coups la petite fille, de son poing ganté d’acier, de sa main de fer. Elle cracha du sang mais refusa de se laisser abattre. Elle leva son arme, nullement magique, presque décorative, et fit pleuvoir des coups acharnés sur le conquérant du Normonde.

Moi, être de glace et de magie, assistait en spectateur, remplis d’espoir, à la déroute de mon Maître. Je luttais contre le sortilège d’avilissement qui me maintenait en esclavage, résistant à l’impérieuse voix de mon Maître.

Il avait renoncé à sa fierté incommensurable pour ordonner…Non, pour supplier qu’on l’aide.

Je ne bougeais pas, pas plus que mes compagnons.

L’espoir faiblit. Il avait regagné son calme, retrouvé ses esprits de froid guerrier calculateur que je lui enviais secrètement.

J’entendis les côtes de la petite humaine se briser sous l’assaut de ses poings de métal. Mais elle ne renonçait pas. Les humains sont si obstinés…Plus que nous…Nous avons sûrement perdu ceci lors de notre long déclin.

Il lui balança un coup de pied qui aurait du la mettre KO. Mais elle se releva, furieuse comme un animal blessé et s’élança sur lui, abandonnant son arme trop lourde.

Ses ongles et ses dents se fichèrent dans la chair du Conquérant avec une fureur désespéré, cherchant à éborgner ou à égorger.

Malgré ses coups puissants, l’elfe guerrier jusqu’ici invaincu ne pus se défaire de la tigresse. La peste s’accrochait à lui, le privant de l’ampleur de ses mouvements. Il était en danger.

Un ordre mental affolé me brûla l’âme, écrasant mon esprit et mes futiles velléités de résistance… Mon Maître appelait de toute sa force mentale et je sentis mes muscles me trahir, ma volonté m’abandonner.

Je cédais, souffrant le martyre, à la fois humilié par l’insidieux contrôle mental et par la perte de mes espoirs…Et à cause de ma lâcheté et de ma stupidité de ne pas avoir profiter de la surprise pour aider la fillette…

Obéissant, mais à ma manière, je lançais un coup de queue terrible pour débarrasser mon Maître de l’humaine folle furieuse…Et pour accessoirement tenter de l’occire au passage.

Bien évidement, il fut mentalement averti par le sombre et traître enchantement qui nous liait.

Il esquiva, ne permettant à mon assaut que de toucher légèrement l’humaine.

Malgré sa détermination sans faille, elle ne put rien contre la force d’un Dragon.

Je l’arrachais à son étreinte de mort et la propulsais à terre, loin de mon Maître, les os brisés. Je ressentis une profonde et incongrue tristesse pour cette silhouette pathétique dont le sang abreuvait la neige.

Seule, elle s’était dressée sans hésiter, sans tenir compte de la survie, contre le Conquérant qui mettait le Nord à genoux. Elle avait faillit tuer celui qui asservissait même les Dragons…

Et elle allait mourir de blessures que je lui avais infligé, incapable de résister aux commandements de mon Maître. Stupide gâchis.

Il contemplait la gamine agonisante avec des yeux de fou, avide de sang et ivre de vengeance. Sa figure d’une rare beauté était plus défigurée par la haine que par son immonde cicatrice.

Un moucheron avait mis sa gloire à terre… Aucun être ne l’avait ainsi humilié et survécut, mis à part ceux vers lesquels était tournée sa vengeance.

Il récupéra son arme, crachant le sang, et avança vers l’humaine, dressant sa Lancelune au-dessus de la petite fille.

Il croisa mon regard reptilien et y lut la tristesse, le désespoir et la désapprobation.

Il sourit. Je savais que je serais puni car j’avais tenté de lui résister.

Avec un sourire de triomphe, il leva son arme pour en finir, pour exécuter celle qui brièvement l’avait défié. Sous mes yeux impuissants, il y tenait, pour me faire souffrir. Sa magie avait envahit mes muscles, me paralysant.

Une pierre heurta sa mâchoire, effaçant son air supérieur et victorieux, faisant coulé son sang noble.

La gamine était encore en vis, brisée et battue, elle continuait à l’humilier avec ses dernières forces ! Je ressentis inexplicablement de la joie et manquait de rire à la mine déconfite de mon Maître. Puis sa rage brûlante me frappa tel un souffle démoniaque.

Elle était à demi aveugle, le visage tuméfié, nez et mâchoire en morceaux. Un des ses bras pendant lamentablement et j’en vis l’os blanc qui jurait au milieu du sang, s’harmonisant horriblement avec la neige alentours.

Elle ne pouvait marcher, à peine respirait, les côtes fracturées et les jambes broyées…Pourtant de son bras presque valide, elle fouillait la neige et le sol dur à la recherche de projectiles, toujours déterminée à ne pas renoncer…

Mon maître ricanant, à moitié fou, s’amusait de ses efforts pathétiques. Il leva son arme infaillible…

Et suspendit son geste.

Il leva les yeux vers les cieux gris et neigeux, puis vers nous. Et partit dans un éclats de rire dément.

Il se tourna vers nous.

« Elle a fait ce que vous n’avez jamais osé tenter, hein, puissants Dragons ? » persifla-t-il, mettant judicieusement à mal notre honneur.

Je souris avant d’acquiescer.

« Il y a plus de courage chez cette minuscule humaine que chez moi, Ô mon Maître… » répondis-je, humblement, humilié. Il n’y aurait pas eut l’enchantement qui nous liait, je lui aurais démontré la détermination et le potentiel de violence d’un Dragon.

Et en pensant ça, je ressentis la honte. Etait-ce vraiment la faute de l’enchantement ou bien mon manque de courage qui m’attachait à lui et me faisait me complaire dans la servitude ?

Il sourit, comme s’il lisait dans mes pensées.

Il se rapprocha de la gamine qui luttait contre l’évanouissement.

Avec des gestes précis et net, expérimenté, il réduisit les fractures de l’enfant et banda du mieux qu’il put ses plaies…

J’en restais abasourdi. Jamais je ne l’avais vu montré quelque compassion ou même quelque intérêt pour un ennemi. Ni même pour un allié, d’ailleurs…Et je ne l’avais jamais vu utiliser la moindre science curative, si peu soucieux de la vie et de la mort de ceux qui l’entourait.

« Izrhanberull, tu as tenté de t’opposer à moi et de refuser mes ordres… » annonça-t-il d’une voix cruelle et amusée. « Ne le nie pas. »

« Je ne le nie pas. Je vous aurais tuer, si possible, mais je n’y suis point arriver…J’ai honte. »

« Tu as raison. Pareille incompétence est impardonnable ! Tu seras donc puni… » déclara-t-il avec un sourire vicieux. « Cette fille humaine est Na-Mage. Impossible de la soigner par magie. Pourtant je veux qu’elle vive. Occupes-toi d’elle, sa vie est entre tes serres de traître et de lâche. Si elle meurt, tu meurs. Je ne tolérerai aucun échec ! »

Je restais un instant silencieux, fort surpris, incapable de comprendre ses pensées et ses buts.

« Pourquoi ? » osais-je demander.

« Son, pouvoir étonnant peut toujours être utile… »

« Elle ne vous servira jamais et essaiera de vous tuer dès qu’elle sera rétablie. »

« J’en suis parfaitement conscient et je le souhaite ! »

« Je ne comprends pas… »

« Elle serra un rappel, une épée suspendu au-dessus de ma tête, pour me rappeler ma mortalité au cas où mon ego prendrait le dessus sur ma raison. Elle serra ma stimulation, mon aiguillon qui affinera mes sens et mon instinct de combat. Je veux sa détermination, son obstination à survivre. Je veux sentir son regard assassin sur moi, guettant la faille, l’occasion…Je veux sentir son souffle sur ma nuque, en frissonner…Je veux me réveiller pour esquiver in extremis son poignard assassin. Et l’affronter, la contrer sans cesse, me perfectionnant sans limite ! Je veux me réchauffer devant la flamme ardente de sa vengeance, de sa haine, de sa colère, pour raviver la moindre à la moindre défaillance ! Vie, Ô mon assassin, ma proie, et stimule moi ! »

Je restais un moment silencieux suite à sa diatribe folle, incapable de comprendre sa pensée…Et pourtant, la comprenant intimement…Le désir d’avoir un adversaire à sa hauteur, le désir de défier la mort et de se surpasser…Tout ça mêler à sa folie et à son ambition dévorante, sa soif de vengeance qui faisait même ployer les Dragons…

Je pris soin de la petite, la tenant entre mes serres habituer à broyer le métal. Je sentais son sang chaud sur moi, me donnant faim et me faisant frissonner.

De peur et de joie. De honte et d’espoir.

Peut être…peut être trouverait-elle la faille et détruirait l’esclavagiste…

Je la soignais, utilisant tous mes maigres talents, pillant et torturant les herboristes du Normonde, mandant les meilleurs docteurs. J’appris beaucoup sur les soins non-magiques, durs, exigeant science et rigueur.

Je renforçais ainsi l’armée aux talents multiples du Chevalier Dragon…

Etait-ce son plan depuis le début ? Je l’ignore, mais je reste persuadé que oui.

Toujours est-il que la fillette Na-Mage guérit et entra dans ma vie, compagnon de rébellion et espoir secret de vengeance et de libération…

Elle se prénommait Kara, une gamine silencieuse et tranquille, anonyme, semblable à des milliers d’autre.

A deux exception près : son immunité à la magie et sa détermination. Elle voulait venger le meurtre de ses parents, deux inoffensifs prêtres de Lathandre, pacifistes injustement passés par le fil de l’épée par le Chevalier Dragon.

Comme je l’avais prophétisé, elle l’agressa dès qu’elle fut remise. Il lui avait rendu son arme trop lourde et trop grande pour elle. Elle se jeta sur lui avec l’énergie du désespoir et de la haine. Il para en rigolant ses assauts et lui ouvrit de large plaies sanglantes dans le corps à l’aide de sa Lancelune…

« Il te faudra t’y prendre autrement ou faire de sérieux progrès ! » ricana-t-il avant qu’elle ne s’évanouisse.

J’avais également assisté au combat perdu d’avance, impuissant, ligotait mentalement par la peur, la honte et le sortilège…Je fus de nouveau de corvée médicale auprès de Kara.

Cette fois, je la soignais puis, secrètement, je fis venir instructeurs et militaires. Je lui fis savoir que j’étais de son coté et que j’allais l’aider dans sa vengeance. Elle surmonta sa peur de mon corps et nous devîmes inséparable.

Je lui parlais des plans et des machinations de mon Maître, lui apprenait ses habitudes, ses repaires, ses tics. Je l’informais de son pouvoir antimagique et j’obligeais érudits et maîtres d’armes à lui enseigner tout ce qu’ils savaient.

Moi, le fier Dragon, guerrier et magiciens, terreur des cieux nordique au souffle mortellement glacé, je devais utilisais une humaine, un sang maudit. Une arme que je forgeais, pour frapper lâchement, vilement, sans honneurs…Une arme puissante que je forgeais…Oui, mais pour qui ?

Je savais que c’était ce qu’il souhaitait…J’étais en train de le doter d’une assassin infaillible malgré son jeune âge, d’une espionne et d’une guerrière. Certes, elle ne le suivait pas et tenter constamment (et sans succès) d’occire le Chevalier Dragon, le héros du Nord, se faisant détester par tous. Mais je savais qu’un jour viendrait où elle serait adulte, où il la corromprait et l’obligerait à servir ses noirs desseins…

C’était donc une course : mes enseignement et son désir puissant de vengeance, contre le temps et les plans de notre Maître…

Une course que je perdais peu à peu…Aiguillonné par les constant attentats, le Chevalier Dragon n’en devenait que plus fort, plus méfiant, plus endurcis…

Et Kara grandissait peu à peu, entrant bientôt dans l’adolescente, elle serait sous peu au summum de ses capacités…Et il me l’arracherait et briserait nos espoirs.

Il savait en outre que je m’étais irrationnellement attaché à la fillette de la race qui nous avait tant spolié… J’avais perdu mon prestige auprès des autres Dragons et ma fierté, mon honneur. Je ne serais que plus blessé quand il m’enlèverait mon ultime espoir, mon rayon de lumière humain…

Tel était son but.

Epilogue/Prologue

L’espoir avait jaillit d’ailleurs, du passé et de l’avenir, d’un groupe d’inconnus, de ses errants qui se disent aventuriers, parcourant le monde au hasard pour la gloire, la fortune ou de sainte quête. Lié par le sang à mon Maître, l’affrontement avait été cataclysmique.

Perdu dans sa folie, son ivresse de vengeance et sûr de sa supériorité, le Chevalier Dragon se gaussait de ceux qu’il avait mis à terre d’un souffle.

Il pécha par là où il s’y attendait, par là où les Dragons avait provoqué leur chute. Par sa fierté imbécile et sa supériorité égotiste.

Kara ne loupa pas l’occasion et cette fois moi aussi j’étais prêt.

Aidé par les aventuriers qui avaient une telle foi en leur amitié et une détermination égale à celle de la Na-Mage, ils vainquirent le Conquérant brumeux au sommet d’un pic rocheux anonyme dans une contrée lointaine et pluvieuse.

Je m’étais jeté dans la bataille, sournoisement, traîtreusement, puis dans un déferlement de magie et de rage contenu depuis des années.

Il fut précipité par delà la falaise, sombrant dans l’abîme. Nous nous écroulâmes, sûr de notre victoire, péchant nous aussi par excès de confiance…

C’est en souriant que Kara et moi regardâmes partir nos sauveurs, nos nouveaux amis qui nous avait apporté la libération. Ils étaient blessés et triste, aussi ne s’attardèrent-ils pas.

Erreur inexcusable dont j’assume la pleine responsabilité.

Je pansais les plaies de Kara quand je sentais l’onde froide et brûlante à la fois de son esprit impérieux, qui activait doucement, inexorablement, l’enchantement de contrôle.

Mon Maître était blessé, à l’agonie même, sa magie épuisée par le combat, son arme gisant au fin fond de l’abysse, hors de porté. Et il s’accrochait à la vie, abandonnant toute fierté pour hurler ses ordres, pour tenter de me plier à sa volonté.

Et irrésistiblement, je sentais monté en moi le besoin, l’envie de lui obéir…

Heureusement, Kara entendit les cris et comprit ce qui se passait. Avec l’énergie du désespoir et avec mon assentiment, elle me transperça, et tenta de m’immobiliser au sol tandis que je bandais mon esprit pour résister à l’assujettissement mental.

Le temps s’écoula. Il refusait de mourir. Quand allais-je être enfin débarrassé de lui ?

Je vis soudain Kara s’affalait, s’évanouissant. Mes soins rapides avaient été incomplets et la jeune fille tomba à cause de ses multiples hémorragies…Me laissant seul pour affronter la volonté du fier conquérant elfe.

Je luttais de toutes mes forces, dressant des barrières de haine, de peur, de frustration et de vengeance dans mon esprit.

Pourquoi ne voulait-il pas mourir ? Quelle vengeance, quels buts honnis poursuivait-il ?

Qu’allait-il donc faire de son armée superbement entrainées et équipées, de son Empire désormais prospère sous sa main de fer, de ses Dragons asservis auquel il avait promis la gloire…

« Je rendrais leur fierté aux peuples anciens… » insinua une pensée étrangère.

Je savais où notre trop grande fierté nous avait mené, je savais où nous conduirait la soif de gloire et de puissance des miens…

Pourtant, il m’abreuvait de ses pensées, me montrant ses plans, me demandant de juger ce qu’il avait déjà accomplit.

Il est vrai que son armée d’elfe, disciplinée et superbement organisée, et ses puissants Dragons avaient conquis sans mal le Nordmonde. Celui-ci n’avait jamais été aussi prospère que sous son règne. Les humains y survivait, mais comme esclaves vaincus, contrôlés, à sa merci. Les Hordes d’Orcs et de gobelins étaient vaincus, en déroute.

Les bastions des avides Nains étaient tombés…

Tout ça grâce à lui, grâce à nous…Grâce à moi…

Je regardais Kara qui tremblait, pathétique dans la boue et le froid humide de cette région étrangère.

Etait-ce à son espèce envahissante que devais revenir le monde ? A son sang impie ? Elle me dégoûta soudain, insulte à la magie et à la grandeur de ma race. Et j’étais tombé si bas, pour me servir d’une telle arme viciée !

J’avais compté sur les humains, sur des aventuriers sans foi ni loi, des rebus de la société, des parasites !

Je déployais mes ailes en acceptant la souffrance qu’elles me causaient avec joie et gratitude, juste punition pour ma lâcheté et ma trahison.

Je m’élançais vers le gouffre, mes yeux parfaits repérant la silhouette infatigable de mon Maître qui s’accrochait à la falaise et à la vue avec une détermination que je ne pouvais seulement qu’envier. Je me morfondais de l’avoir trahis.

Délicatement, je le saisis dans ma patte et le placé précautionneusement sur mon dos, évitant qu’il soit souillé par mon sang et celui de la gamine maudite.

D’une voix faible mais déterminée, il donna ses autres.

Remontant, je m’emparais sans ménagement de l’enfant humaine, obéissant au ordre de mon Maître.

Allait-il poursuivre et châtier nos ennemis ?

Il décida que non, laissant magnanimement de l’avance à son frère et à ses amis…Ils ne pourraient éternellement échappé à sa vengeance et lui avait tout son temps.

Je mis cap sur le Normonde, quittant ces contrées trop chaude et humide, peu propice aux véritable esprit de conquête.

Je fendais le ciel, indifférents à mes blessures et rêvant de gloire. Nous reviendrons et tous plieront l’échine devant notre Empire !

Pendant le voyage, Elohell se mis à sourire en caressant les cheveux de Kara…

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