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Alchimie

Alchimie

(Divers - Grobill - 14/10/2003)

I-Vlad

Vlad Daranoff se tenait immobile, telle un inquiétante gargouille, au cœur du petit cimetière londonien. Au milieu des tombes, sous la bruine sale de la métropole sombre et polluée, il contemplait le pompeux bâtiment d’Interpol qui surgissait au loin entre les bandes de fog, espérant vaguement que l’atmosphère humide et lugubre du lieu déclencherait en lui quelque chose. Peine perdue, comme d’habitude. Il revint au formulaire à demi rempli, intelligemment protégé de l’humidité par un mince rabat de plastique. Petit à petit, il décryptait la langue étrangère, attentif tel un chirurgien légiste, aux clauses suspectes, aux restrictions légale et aux autres chausse-trappes administratives de sa peut-être future nouvelle vie.

Gambler, hein ? S’il comprenait bien la documentation posée négligemment sur une pierre tombale, ce nouveaux métier lui promettait une vie d’action et d’aventures diverses, parfois étranges et dérangeantes. Parfait. Il relut encore une fois les clauses restrictives. S’engager signifiait jeter son passé aux orties. Et alors ? Le nom écrit sur le formulaire était, comme une douzaine d’autre depuis des années, que celui d’un homme sans attache, sans passé. Famille ? Connaissances ? Il n’en avait plus. Casier judiciaire ? Cette identité d’emprunt était d’une blancheur de neige. Deux ans de test dans l’agglomération londonienne, sans être repéré, sans bavure. Même son accent anglais semblait parfait. Une seule chose faisait encore hésiter Vlad, la fatidique question : à quoi bon tout cela ? Devenir Gambler lui apporterait-il enfin ce qu’il cherchait ? Il en doutait, mais espérait quand même... Un fait nouveau tira l’homme de ses réflexions : il avait un visiteur.

L’homme montait doucement l’allée en pente du cimetière autrement désert, dans le but visible de le rejoindre. Vlad fit mentalement l’inventaire : pistolet avec silencieux petit calibre, deux couteaux de lancer, deux couteaux de survie, le tout en céramique, indétectable, ainsi qu’une corde étrangleuse. Merveilleuse technologie au service de la mort discrète, toujours en avance sur les techniques de sécurité. Il pesa le pour et le contre et décida de ne pas occire tout de suite l’inconnu. Il lui apporterait peut être une distraction quelconque. Froidement, Vlad nota les divergences entre eux deux. Elles sautaient aux yeux : ils était l’exact antithèse l’un de l’autre.

Vlad était figé dans son immobilité de prédateur, ses vieux réflexes militaires prêts à l’action. L’autre déambulait nonchalamment, mains dans les poches, les épaules avachies. Vlad avait tout de l’ours sibérien, grand, massif, carré, menaçant, les muscles saillant sous son complet noir parfaitement ajusté. L’autre était plutôt petit et de corpulence moyenne et vêtu, outre de son pardessus beige, d’un coûteux et ample costume crème. Visages opposés aussi. Carré et taillé à la serpe, respirant l’autorité militaire pour le russe. Agé et couturé de rides aussi. Mais de cette vieillesse sècheresse qui inspire crainte et respect. Un visage de vieux renard, de survivant. Coriace.

Son visiteur avait des traits ronds, charmants, à peine sortit de l’adolescence. Son sourire était enjôleur, cordial. Il respirait la joie de vivre et la gaieté autant que le russe avait un visage fermé et indifférent. Coupe en brosse stricte de cheveux blanc, soigneuse, contre cheveux libre, mis long, tombant parfois au travers des yeux. Détail : le nonchalant marcheur bordé un incongru bandana blanc lui barrant le front, portant en doré un pentagramme. Un point commun pourtant : leurs regards. Même si l’inconnu avait de charmant et larges yeux noisette, expressifs, au contraire des yeux bleu perçant, glacé, tapis dans leur caverne sombre de Vlad. Leurs deux regards brillaient de cette intelligence froide, analytique, même si dans les yeux du marcheur brillait une passion, une flamme dévorante à l’inverse du russe, inexpressif.

“ Mr.Vlad Icemachine Daranoff ? ” demanda joyeusement l’inconnu.
Intéressant. Il l’avait appelé par son vrai nom, tout en y ajoutant son surnom/pseudonyme dans les spéciaux de sa Très Sainte Mère Russie...Un Gambler ? Possible vu cette dégaine provocante. Interpol était-elle bien mieux informée que le russe l’avait cru ? Avait-il déniché un vieux contrat sur sa tête ?
“ Oui. Bien que je sois étonné que vous connaissiez mon nom, Mr ?... ” répondit le russe d’un ton froid et dépourvu d’émotion.
“ Ah ! Parfait ! Je suis Mr.Change... Ravi de vous rencontrer ! ” s’exclama le jeune homme avec enthousiasme en lui dédiant un grand sourire._ Le pseudonyme était si manifestement faux que Vlad pencha un peu plus pour un Gambler. Pourtant, il n’avait pas l’air agressif...

“ Oh...Vous allez vous lancer dans cette carrière si à la mode de Gambler ? ” demanda alors le visiteur, désignant la pile de prospectus posés à même la pierre tombale.
Vlad eut un reniflement de mépris feint. L’autre jouait avec lui.
“ Vous qui connaissez mon nom et qui semblez si bien informé, vous devez bien savoir pourquoi. Maintenant cessez ce petit jeu et dites moi ce que vous me voulez. ”
“ Houlà ! Bien sûr que je connais ou devine vos motivations... Mais vous hésitez encore, vous demandant si se choix vous apportera enfin ce que vous cherchez ou s’il serra comme le reste un nouvel échec...Je suis là pour vous offrir une alternative... ”

Et avant que Vlad n’aie put dire un mot, il poursuivit d’un ton docte :
“ Vlad Daranoff. 47 ans. Entré dans les pitoyables restes de l’Armée Rouge à l’âge de 22 ans. Rapidement remarqué pour ses capacités physiques et athlétiques hors normes. Muté dans les brigades de choc anti-terroristes à l’âge de 27 ans. Puis l’incident, un an plus tard. Fusillade dans un entrepôt en Tchétchénie. Criblé de balles par des terroriste. Action héroïque au combat, ayant ainsi empêché un futur attentat biologique sur Moscou. Mais le produit contenu dans les cuves des terroristes et qui a inondé votre corps sanglant était amusant... Il a attaqué votre système nerveux, détruisant ou modifiant les récepteurs de certains de vos neurones. Notamment la voie nociceptive. Ajoutons à cela les impacts de balles qui ont perforé votre crâne et vous ont donné un cerveau tout à fait particulier... ”

“ Vous êtes réellement bien informé... ”
“ La médecine russe n’a rien put faire pour vous, à part vous ramener à la vie, si on peut appeler ça une vie. Pas assez de crédit dans un pays qui s’effondre doucement... Même si vous représentiez un cobaye de recherche fascinant. Vous n’avez plus de sentiments. Vous ne ressentez pas la douleur. ”
“ Exact. La Russie y trouva bien sur une utilité. C’est ainsi que je devins un spécial, comme vous le savez apparemment déjà. ”
“ Et oui ! Avec le nom de code de Icemachine, donné tant par vous supérieur que par vos compagnons, vous avez fait merveille en faisant les pires boulots de votre patrie. Je suppose que vous avez accepté parce que vous ne saviez rien faire d’autre ? ”
“ Exact. En partie. ”
“ L’autre étant bien évidemment de vous plonger dans des situations extrêmes, stressantes, violentes, dans l’espoir de provoquer en vous ne serait que le début d’une émotion... ”
“ N’oubliez pas la pulsion suicidaire. ”

“ Oui, il y a ça aussi. Mais rien ne s’est produit...Et les spéciaux russes ont fini par être démantelés. Comme beaucoup de chose là-bas, d’ailleurs. Et vous vous êtes retrouvé à la rue... Vous avez alors essayer, avec le maigre argent gagné et vos talent athlétiques, les sports les plus extrêmes. Y compris les combats les plus illégaux. Vous aimez tant le goût du sang ?”
“ Non. Simple logique : le péril et le fait d’aller contre la morale établie étaient plus à même de déclencher en moi une émotion quelconque...”
“ Hmmm... J’aime votre façon de penser... Mais reprenons l’historique ! Très vite, votre argent disparut et vous avez également constaté que les sensations n’étaient pas non plus au rendez-vous. Quelques jobs pour la mafia locale, des tueries risquées, pour vous renflouer. Puis tout bascule, vous passez à la vitesse supérieur : le meurtre en série. Vous commencez par tuer au hasard. Puis de façon de plus en plus barbares. Puis viennent les meurtres à caractère sexuel, comme disent pudiquement les journaux... ”

“ Encore une fois, recherche des sensation en brisant la morale, les tabous. Recherche de la peur, de la jouissance perverse. Savez-vous que je ne puis bander que grâce à la biochimie ? ” interrompit platement Vlad.
“ Mais tout ceci ne suffisait pas. Oh, j’oubliais : vous tuez aussi vos parents et vos amis de façon atroce... ”
“ Là encore, même mobile. Transgression. ”
“ Puis vous disparaissez... Réflexe de survie. Vous devenez successivement médecin sans frontière, prêtre, explorateur, cobaye humain et j’en passe... Toujours à la recherche du moindre sentiment, d’un frémissement... ”
“ Oui. Sans succès jusqu’à ce jour. ”
“ Et maintenant, vous voilà presque Gambler. Un métier qui propose sûrement de bonne dose d’adrénaline, de sensations fortes, hein ? ”

“ C’était mon but. Vous allez m’arrêter maintenant, je suppose ? Je vous préviens, je me défendrais. Je tiens encore à ... essayer... à vivre. ”
“ Holà ! Pour qui me prenez vous ? Un justicier, un policier, ou, Dieu m’en préserve, un Gambler ? ”
“ Vous n’en êtes pas un ? Alors à quoi rimait tout ce... ”
“ Je vous l’ai dit : je suis là pour vous proposez une alternative ! ”
“ Travailler pour un gouvernement ? ”
“ Pfff. Je sais comment ils vous ont traité par le passé. Non... Je vous offre la liberté. Plus les sensations fortes auxquelles vous aspirez... ”
“ Comment ? ”

Le regard de Mr.Change, s’illumina d’un feu intérieur terrible et violent.
“ Je vous offre le monde comme terrain de jeu, je vous propose d’assouvir vos fantasmes, vos envies les plus débridées, sans limites n’y contraintes ! Non pas comme chien d’un gouvernement, mais contre eux, contre eux tous ! Non pas comme policier/Gambler mais contre eux ! Venez avec moi secouer ce monde décrépit et funeste, venez prendre ce que vous voulez quand vous voulez ! Venez mettre l’humanité à feu et à sang ! Que rêver comme plus grand défi ! Des sensations ? Des sentiments ? De l’adrénaline ? Je vous offre tout ça en grand, en géant ! ”
Silence.
“ Vous êtes un malade, un psychopathe... ”

“ Peut être. Mais c’est sans doute plus amusant qu’être un super chasseur de prime et de gloriole ? Réfléchissez-y ...”
Et il plongea son regard, brûlant, décidé, d’une intelligence sournoise et parfaite dans les yeux glacés de Vlad. Pour une fois, le russe dût baisser les yeux. L’énigmatique Mr.Change sourit à nouveau et donna une tape amicale sur l’épaule de Vlad. Il glissa un bristol au milieu des formulaires d’inscription à Interpol.
“ Je ne sais pas... ” commença Vlad. Pour une fois, pour la première fois, quelque chose avait semblé remuer en lui à l’écoute du discours fou, flamboyant de l’inconnu.
“ Réfléchissez... Je vous laisse ma carte, contactez-moi si vous vous décidez ! ” jubila le jeune homme qui s’éloigna en riant sous la pluie parmi les tombes.

Vlad resta un moment à contempler le cimetière à nouveau désert. La pluie crépitait doucement, lancinante et froide sur les pierres tombales. Il réfléchissait, calmement, tranquillement. Au travers du fog londonien, le bâtiment de verre et d’acier d’Interpol brillait, impressionnant, écrasant. Presque majestueux. Majestueux défi. Seul contre le reste du monde. Une folie. Vlad sourit presque en rassemblant ses papiers et formulaires. Il se mit lentement, machinalement en route vers l’immeuble. Combien pourrait-il en descendre avant qu’ils ne donnent l’alerte ?

Plus tard. La limousine du ponte à présent égorgé et balancé sur le siège arrière se frayait un chemin de démolition à plus de 100 miles à l’heure dans le cœur de Londres. Au loin hululaient les sirènes et montaient les feux illuminant ce qui s’annonçait être une longue et terrible nuit. Vlad tendit son long bras vers l’arrière et saisit le portable ensanglanté de l’inconnu. Farfouillant dans la pile de prospectus tachés de rouge qui ne l’avait pas quitté, il dénicha un rectangle de papier. Pas facile avec la main en bouillie. Il pensait avoir perdu un doigt. Sur la carte de visite trônait un symbole chinois, l’idéogramme “Terre”. Pas de nom, mais un espace vide à la place réservée. Il le tourna. Sur l’arrière, au crayon, était écris “ Mr.Change ” au cœur d’un pentagramme doré, suivit d’un numéro de téléphone. Uniquement composé de six.

Si Vlad avait été capable d’humour, il aurait sourit. Il composa le numéro et nota le discret cliquetis qui annonçait un renvoi d’appel vers une ligne sécurisé.
“ Mr Change ? ”
“ Ah, Mr. Icemachine ! Quel plaisir de vous entendre ! Apparemment, vous avez pris votre décision, d’une magistrale façon ! Je suis ça en direct sur toutes les chaînes... ”
“ Je fais toujours les choses à fond. Mon état, vous comprenez... ”
“ Bien sur, bien sur...Bon, je vais m’arranger pour vous tirer de là... Euh, ça va secouer un peu, mais je crois que vous êtes robuste... ”

“ Ne vous en faite pas pour ça. Ce n’est pas la première fois que j’ai à me faire passer pour mort... J’ai juste deux dernières questions. Ce sera vraiment aussi intéressant que vous le laissiez entendre, ou c’était juste un délire de mégalo ? ”
“ Ce sera, comptez sur moi ! Mais, en gros, vous voulez surtout savoir si je pourrais vous soigner, non ? ”
“ Oui. ”
“ Je ne peux rien vous promettre, la médecine à ses limites, comme vous le savez. Mais je vous promets des situations intéressantes et explosives ! ”
“ Bien. Voilà ma dernière question : me direz-vous votre vrai nom ? ”
“ Aaahh...ça on en reparlera une fois la meute derrière vous calmée... ”

II-) Zachary O’Donell.

Magnifique ode à la science moderne et à la vanité humain, l’avion supersonique fendait les cieux telle une flèche d’argent, au dessus des nuages, suspendu entre ciel et espace. Lourd. Très lourd. 10 réacteurs. 6 statoréacteurs. Une forme ultra profilée pour un géant des cieux qui tranchait littéralement l’atmosphère de la petite planète. Prêt de 900 êtres humains et bien plus en bagages et autres poids inutiles. Un paquebot volant, ou le luxe se mêlait à l’étroitesse et à la promiscuité.

Le passager Zachary O’Donell, dit Zach, pour les rares intimes, fixait l’écran mural, où le trajet de l’appareil était retranscrit, mis à jour par une collection de satellite en orbite. La vitesse sidérante était également affichée, tel un blason, une victoire fanfaronne de l’humanité sur le monde. Elle commençait à diminuer. Bien. Dans 7 minutes, il voilerait l’invisible frontière, grotesque division imaginaire, de l’Espace Aérien Sacré des Etats-Unis d’Amérique. 30 minutes plus tard, ils se poseraient à l’aéroport. Amusant, ça : par des lois ridicules et paranoïaques, le magnifique bolide ailé allait lourdement se traîner vers son nid… Zach respira nerveusement, anxieux. Avait-il fait le bon choix ? Y arriverait-il ? L’essentiel du plan reposait sur lui et ses compétences.

Lui : 27 ans. 1m93, 107 kilogrammes de muscles d’ébènes et de nerfs d’aciers, entraîné à tout et n’importe quoi. Militaire. A la retraite… Il respira lourdement et sortis un mouchoir pour essuyer la transpiration qui perlait sur son large front, malgré la climatisation. Il avait gardé son béret, bien incliné sur le coté droit, pour ne pas gêner ses contemporains. Il avait bien vu comment les gens le regardaient. Suspicions, dégoût. Et bien sur, l’habituelle xénophobie. Sur ce vol, il n’y avait qu’un autre Noir, visiblement un banquier, protégé des quolibets et des regards de mépris par l’armure de son costard cravate impeccable et par sa horde de sycophante munis d’attaché case. Rien à voir avec le grand, l’inquiétant nègre défiguré par une immonde cicatrice barrant son crâne et son visage. Zach se faisait violence de leur bondir dessus, de leur hurler qu’il avait souffert pour leur Nation, qu’il s’était battu pour qu’il garde, insouciant, leur petite vie tranquille. Bah, ils allaient bientôt savoir.

Comme toujours quand ses pensées violentes l’envahissait, Zach O’Donell s’abîma dans la contemplation des nuages cotonneux sous eux. Spectacle magnifique, divin. Pur. Mon Dieu comme ça lui manquait ! Il soupira à nouveau et jeta un nouveau regard à l’horloge digitale, s’attirant un regard courroucé d’Allan, deux sièges plus loin. Ne pas faire de vague, être discret jusqu’au dernier moment. Oui, oui, il savait, il avait lui-même conçut le plan en grande partie, même si Allan restait le chef. Zach songea à nouveau à ses étranges alliés dans sa folle vengeance finale. Allan, Jo, Danny, Will…Ou plutôt Alim, Jezabel, Djamell, Mohamed. Tous blanc de peau. Du moins en apparence, merci les biotechnologies et les passeports maffiosi si coûteux… Jamais on ne les aurait laissé monté à bord sous leur vrai nom et leur vraie apparence. Pas à destination du Pays de la Liberté…

Lui-même avait eut droit à une fouille au corps complète, heureusement calmée par ses authentiques papiers militaires et ses plaques d’identification… L’armée l’aidait finalement. Cruelle ironie… Un carillon sonna et une hôtesse annonça l’entrée dans la zone américaine. Un frisson parcourut Zach. Peur, dégoût, hésitation. Puis enfin, le retour de la rage et de la détermination. Le plan pouvait commencer, il ne se déroberait pas. Rapidement, il chercha son paquet de chewing-gums et s’en enfourna un dans la bouche, mastiquant avec ardeur la substance molle et dégueulasse, à grand bruit, s’attirant les regards méprisant et désapprobateurs des passagers autours de lui.

Pas sa faute, c’est ce qu’avait recommandé le docteur qui leur avait fournit les produits : il fallait qu’il inhale beaucoup d’air en même temps… Plus loin, il vit Allan et les autres faire de même. Puis vint l’odeur. Subtile, douce amère. Ils avaient déjà brisé les capsules. Zach fit de même, brisant discrètement une ampoule de verre. Au contact de l’air, le liquide bleuté se vaporisa instantanément, disséminant sa chimie complexe dans l’air climatisé de l’appareil.

Un à un, les passagers du vol, sub-orbital sombrèrent dans un sommeil profond, chimique et sans rêve. Plaise à Dieu qu’ils n’en sortent jamais… Zach se leva et rejoignit les autres musulmans fanatiques au bas de course. Allan lui tendit un couteau céramique. Il fallait faire vite. Jo, Danny et Will se dispersèrent dans l’appareil, vérifiant la narcose des passagers, au cas où. Puis Jo, la scientifique du groupe, commença à sortir de son sac ses étranges sphères de plastique rouge et à les disséminer dans l’avion, aux endroits stratégiques. Pendant ce temps, Allan et Zachary se précipitèrent vers la cabine de pilotage blindée, avant que le pilote n’ait pu remarquer quoi que ce soit…

« La chaleur vaporisera la surface de plastique, tout en protégeant les spores pour un temps…Ensuite le contact avec l’air et l’humidité fera le reste... » annonça Jezabel d’un ton docte, pour masquer sa nervosité.
« Et le virus se répandra, amenant la mort aux infidèles ! »
« Prions qu’Allah fasse souffler un vent porteur de mort… »
« On se prend pour des Cavaliers de l’apocalypse, hein ? » fit soudain une voix inconnue.
Dépliant son journal, un jeune homme brun vêtus d’un coûteux costume beige se leva, indifférent au menace des couteaux des islamiste fanatiques. Il mâchait, lui aussi, nonchalamment un chewing-gum le protégeant des effets du gaz soporifique.
« La Pestilence, hein ? » déclara le surprenant inconnu, lorgnant sur les sphères de poison biotechnologique. « Pas de chance, moi c’est la Mort… »

Allan et Zach percutèrent la porte dans un bel ensemble. Négligence coupable, elle n’était même pas verrouillée. Ils fondirent sur les deux pilotes et les jetèrent à bas de leurs sièges. L’effet de surprise était total. Allan égorgea promptement le copilote, ancienne manière, crime sacrificiel pour la gloire de Dieu. Zach utilisa ses long bras puissant, source de tant que quolibet raciste (« Et, v’là l’ babouin »), pour ceinturer le pilote tout en l’extrayant du complexe siège de pilotage. Il arracha au passage les fils fin, cheveux d’ange électronique, du coûteux neurimplant du pilote.

« NON ! Le guidage laser a commencé ! » hurla le pilote désespéré.
Dans un sourire de requin, Zach se tassa dans le siège du pilote, enlevant son béret militaire au passage. Tétanisé et paralysé par Allan, le pilote détaillait avec effarement les cicatrices du grand Noir. Et surtout la masse à demi fondue de métal et de plastique prêt de son oreille droite. Un implant de vol assisté. Un implant détruit.
« Te bile pas, je vais le faire en manuel… » annonça froidement Zachary O’Donell en réponse au regard affolé du pilote.
« Impossible, le guidage laser…S’il l’on sort de la trajectoire plus de 10 secondes… »
« Je sais, je sais. Regarde, c’est de nouveau vert. Arrête de piailler maintenant : tu va me déconcentrer. Et si je me loupe à cause de toi, c’est toi qui vas supplier les chasseurs de ne pas nous descendre ? »
« Mon Dieu, on va tous mourir… »
« Ça oui, mon frère… Mais je choisit où et quand ! Et qui j’amène avec moi ! »
« Voilà qui est fort bien parler ! » s’exclama une voix joyeuse dans leur dos, accompagné d’applaudissement.

Zach, concentrait à maintenir le lourd appareil dans sa trajectoire paranoïaquement définie, ne pus qu’entr’apercevoir leur visiteur impromptu. Un jeune homme l’air tout de clair vêtus. Souriant. Et avec un automatique avec silencieux à la mains. Les balles volèrent, faisant pleuvoir une bruine de sang et d’éclat osseux agrémentés de cervelle sur les multiples commandes, boutons et manettes du poste de pilotage. Alim venait de rejoindre Allah plus tôt que prévus.
« Vous n’êtes pas non plus nécessaire… » ajouta l’inconnu, toujours souriant en déchargeant une nouvelle volée de projectile, coupant net l’élan d’espoir de l’ex-pilote du vol.

Zach jura : qui était ce gars ? Qui était assez fou pour utiliser une arme à projectile dans un tel vol à haute altitude ? L’inconnu poussa les corps sanglant et s’installa négligemment à coté de Zachary. Celui-ci n’osait bougé : s’il abandonnait son poste plus de dix secondes, ils seraient pris en chasse par les chasseurs. Et en plus ce gosse avait un flingue. Et il n’aimait pas, mais alors pas du tout la souplesse féline et la joie de cruel prédateur du meurtrier.

« Z’êtes qui ? Un Gambler ? Un spécial du gouvernement ? » fini par demander le Noir.
« Ni l’un, ni l’autre… Marrant que tout le monde me demande ça… » répondit joyeusement l’inconnu.
« ça doit venir du bandana… » grogna Zach, en désignant d’un mouvement de menton rageur l’étrange ornement doté d’un pentacle doré sur le front de l’assassin.
Son visiteur éclata d’un rire franc et sonore.
« Vous n’êtes vraiment pas nerveux… Vous n’avez pas peur que je vous tue aussi ? »
Zachary haussa les épaules. Intérieurement, son dernier maigre espoir s’éteignit. Indirectement, le type venait de confirmer la mort de ses autres alliés…

« Et qui piloterais ce coucou ? » grogna le grand Noir. « Vous, peut être ? Vous pouvez rien me faire ou vous crèveriez avec moi ! »
« Ma foi, je ne suis sans doute pas aussi doué que vous en pilotage…Et j’ai pas d’implant pour activer les bidules automatique de ce merveilleux engin… Mais j’ai d’autre atouts ! »
D’un geste joyeux, il brandit hors d’un sac à dos blanc un parachute soigneusement plié et prêt à l’emploi. Un excellent modèle.
« Sauter d’ici ? Z’êtes un grand malade, vous… »
« On me le dit souvent, et d’après les normes du constructeur, c’est possible… Mais je vais attendre que vous descendiez un peu plus bas… »
« Z’êtes sacrément bien informé du plan… » comprit Zach, sentant la trahison.
« Pas tant que ça ! Mais observation, logique et analyse… »
Le grand Noir se tus un moment.

« Et pourquoi vous ne nous avez pas arrêté avant ? »
« Parce que je n’en avais pas envie. Votre attentat ne m’intéresse absolument pas. »
« Alors, qu’est-ce qui vous intéresse ? Z’aimez les sensations fortes ? » railla le pilote d’ébène.
L’inconnu sourit, comme si la chose était envisageable.
« Disons qu’en fait, c’est vous qui m’intéressez… »
« Et ? »
« Et j’aimerais vous dissuader de gâcher stupidement votre vie. »
« Ah ! Z’êtes bien flic alors ? »
« Non. Je m’appelle Mr Hope. »

« Ouais, c’est ça… De toute façon, ma vie est déjà gâchée… »
« Oh, voyez vous ça…Racontez moi, je vous prie… »
Zachary renifla de dédain. L’air de cet énigmatique personnage était clair. Il connaissait sans doute déjà les raisons du choix de Zach. Il lui fit la remarque, déclenchant un rire.
« Disons que votre version m’intéresse. Et puis, il faut bien tuer le temps… ». Il jeta alors un coup d’œil à son poignet, révélant une incongru montre en forme de chat. « Vingt deux minutes… »
N’ayant rien à perdre, Zachary O’Donell accepta. Une étrange sympathie émanait de l’inconnu charismatique.

« Y’a pas grand-chose à dire… J’suis un Noir. Pauvre. Elevé, enfin si on peut dire ça, dans un quartier classique, pourri. Un ghetto. J’étais grand, fort, j’avais envie de liberté. Je faisais ce qu’il me plaisait, chassant en meute avec ma bande de branleurs, de drogués, de voleurs et de pourris. J’ai touché à la drogue. J’aurais pu continuer à vivre cette vie de merde pendant longtemps. Mais j’ai trouvé mieux que la drogue, mieux que le sexe. Par hasard, comme tout… »
« Et c’était quoi ? »
« Ça ! » désigna le Noir du menton, des étoiles dans les yeux. « Voler. C’est merveilleux. La seul putain de bonne chose que l’homme à inventer sur ce foutu tas de boue. »
Il se tut un moment, pour contempler la mer de nuages qui s’étalait encore sous eux, blanche, immaculée.

« J’avais été chopé par la police. C’était du temps ou une municipalité progressiste avait décidé de tenter une réinsertion des jeunes délinquants. Plus place dans les prisons, voyez-vous… Et le vieux besoin d’esclaves, sans doute… Destination : une ferme bien dure sous le soleil de plomb du Texas. Très sudiste pourrait-on dire… Mais l’important n’est pas là. Y’avait un vieux. Moitié fou, moitié alcoolo. Mais il avait un job divin : épandeur aérien. Son vieux coucou rouillé balançait la sauce d’engrais et de pesticide sur les champs. Moi, pauvre gosse Noir des villes, j’avais jamais vu ça. L’avion, s’était qu’une forme flou se posant avec fracas au loin, entre les tours lance-missile du bunker-aéroport de Washington. Mais là, c’était pirouettes, acrobaties, virevoltes. Dieu qu’c’était beau. »

Il fit une autre pose, ému, perdu dans ses souvenirs. Pourquoi racontait-il ça à cet étrange Mr Hope ? Mais curieusement, sous le regard amical de l’étranger, il ne pouvait s’empêcher de poursuivre.
« Fasciné, j’ai fait des pieds et des mains, et de la lèche, pour être affecter au service du vieux. Porteur de bidon de défoliant et tout. Mais l’vieux m’prit en sympathie. Appelez ça la chance ou le Destin… Il m’a donné ma chance, il m’a fait piloter. J’ai faillit nous tuer mais quel sensation ! Quelle liberté ! On peut dire qu’j’ai compris pourquoi on représentait les anges avec des ailes… »
« Merveilleuse histoire… »
« Ne raillez pas. Seul les pilotes peuvent comprendre ça ! »
« Mais je comprend… Et je ne raille pas… Poursuivez, je vous prit, c’est fort divertissant… » ++++ « Que tu crois, rampant ! Mais bon… J’payais ma dette à la société en trimant au max. J’avais un but désormais. A la sortie de la rééducation, je fis part de mon désir de m’engager. Pour un type comme moi, seule l’armée pouvait me nourrir ma nouvelle passion aérienne. Ça n’a pas été facile. Pas qui voulait pas m’engager, non… Mais bon, grand, Noir, balaise…ça annonçait bon pour l’infanterie... Je m’suis battu, j’ai bossé dur. Ça faisait bien rire les camarades. J’étais souvent punis ou envoyé faire les corvées les plus dures… Ma l’obstination paye. Ou alors encore ce foutu Destin… Je devins pilote d’hélicoptère. J’avais toujours rêvé d’être pilote de chasse, mais on m’avait fait comprendre que j’ferais jamais partie de cette élite. Notez qu’les pilotes n’étaient pas tous d’accord avec la hiérarchie… J’avais un don, ils l’avaient remarqué. Enfin, quelques-uns. Ils me laissé parfois piloter en douce, lors d’essais sans importance. Pour flemmarder au lit, ou par pitié, j’sais pas… J’pouvais piloter tout c’qui volait… ça c’est vu et on m’a affecté à un corps d’élite, du genre bien discret et qui fait mal. Spécialité : on arrive, on rase, on repart. J’vivais plus que pour ça : les rush d’adrénalines en survolant jungle et désert. Qu’importe qui mourrait sous mes bombes, mes roquettes ou sous les tirs de mes camarades… »

« Une existence presque idyllique… Vous aviez réalisé votre rêve. Je comprends parfaitement que vous ne vous souciez pas de savoir qui était sacrifié pour ça… »
« Ouais…Ils avaient le chic en plus pour nous faire croire qu’on bossait pour la Grande Amérique, les Forces du Bien. Dieu même… Et bien évidemment, Dieu s’est fâché… »
« Comment ça ? »

« Vous le savez aussi bien que moi… ça devait bien merder un jour… Une mission mal préparée, trop d’enthousiasme. On s’est fait un beau remake de la Chute du Faucon Noir. J’ai réussis tant bien que mal à ramener le tas de métal fumant qu’était devenus mon appareil. Avec quelques survivants à bord… Enfin des morceaux de survivant… J’étais brûlé jusqu’à l’os, mon implant de vol et de combat était naze. On s’est à demi crashé en arrivant à la base… Puis on a découvert la mauvaise foi militaire dans toute ça splendeur. D’un coup nous n’existions plus, ou presque. Un truc politique : on avait salement merdé, fallait nous enterrer… Moi, j’aurais pu m’en foutre : l’armée pouvait bien me reclasser en Alaska, peut m’importait tant que je pouvais voler. Les salauds en décidèrent autrement. Réseaux d’axones de liaison défaillants. Perte de visibilité. Problèmes neuromoteurs. Et surtout trop cher de réparer un pilote Noir dont personne ne voulait entendre parler. Je m’suis un peu emporté. Résultat : retraite anticipé et sans solde. A votre âge, vous pourrez vous réinsérer facilement… Quelle bande d’hypocrites ! Un Noir défiguré à faire peur, avec un casier judiciaire et en plus viré de l’armée ! »

« Votre pays vous a trahis… Et vous avez décidé de vous venger… Et d’en finir. »
« Ils m’ont pris ma seule passion. Deux ans dans la rue m’ont finalement décidé. J’ai mis le plan au point et j’ai contacté leurs pires ennemis… »
« Et voilà où nous en somme… »
Zach soupira. Remuer ces souvenirs était pénible. Qui était ce gars pour le faire parler comme ça ?
« Et quel est la suite du plan ? »
« Bah… J’vais bientôt décrocher de la trajectoire prédéfinis par les lasers…10 seconde après l’alerte sera déclenchée et les chasseurs lâchés. Une à deux minutes de répit le temps qu’ils décollent et fasse les sommations. J’en profiterais pour m’élever et prendre un max de vitesse. Puis chute libre dès qu’ils sont là. Avec la vitesse en plus, je pourrais réactiver les statoréacteurs à fond. Si je tiens 17 secondes, on sera en plein sur le pentagone ! »

« Hmmm…ça peut marcher… »
« Et ça vous fait pas plus d’effet que ça… »
« J’ai pas l’intention de rester jusqu’au bout du spectacle. Mais c’est quand même un beau gâchis. Naturellement vous savez que l’administration militaire ne siège plus au Pentagone de puis des lustres ? »
« Bien sur, mais reste le symbole. »
« J’ai une alternative à vous proposez. »
« Quoi !?! »
Comme un prestidigitateur, Mr. Hope sortit de ses manches une boite métallique plate. Elle s’ouvrit comme un poudrier, qu’il mit sous le nez de Zachary.

Un hologramme se déploya, montrant un engin de mort magnifique, rutilant et merveilleusement profilé. Toute la science de l’homme condensée dans un objectif : la mort venus du ciel… La boîte contenait en outre une carte de visite. Dessus un idéogramme chinois inclus dans un pentagramme doré : Vent.
« C’est un… » commença Zach, surpris, émerveillé.
« C’est bien un prototype de Mirage-X 488 troisième génération. Un bijou. »
« Les informations affichés sont vraies ? »
« On ne peut plus authentique. Trois mode de propulsion : mélange hydrogène/oxygène, statoréacteurs et moteurs à ion alimenté par une batterie nucléaire. C’est pour ça que la France n’a pas eut l’autorisation de produire ces modèles… Mais les plans existent encore… »
« Mais quel rapport avec moi ? » demanda Zach, n’osant rêver.
« Je vous l’offre. Je veux que vous deveniez mon faucon, que vous me purgiez le ciel des oiseaux inférieurs. Je veux faire de vous le prédateur des cieux… »

Zachary O’Donell ne quittait pas la forme scintillante de l’appareil. Folie ! Insensé ! Délire d’un mégalo ou d’un type qui voulait sauver sa peau ! Pourtant les yeux de Mr.Hope brillaient de sincérité et d’une passion brûlantes tandis qu’il énumérait, tel un vendeur professionnel, les avantages de l’appareil militaire français top-secret.
« …Double barillet, dont un spécial pour recevoir des munitions à l’uranium enrichit. Lance-missiles et lance-roquette entièrement modulable et démontable, tous géré par un système de visée à bioimplant… Possibilité d’ajout de réservoirs supplémentaires ou d’armement, voire d’une deuxième coque blindée. Le pilote baigne dans un liquide épais transparent anti-G… »
« Ça va, vous m’avez convaincu…Enfin… »
« Ah, la bonne heure ! »
« Mais il est trop tard…J’ai déjà dévié de la trajectoire… »
« Ah…Voilà un problème… »

L’appareil plongea, poursuivit au loin par une meute de frelon métallique bardé de missiles. Qui se rapprochaient. Zach faisait cracher tout ce qu’avait dans le ventre son appareil commercial. Mais il avait été distrait par le babillage de l’inconnu à moitié fou. Ce crétin. Pourquoi n’avait-il pas fait avant sa proposition folle, impossible mais terriblement excitante. Pourquoi perdre du temps à lui faire raconter sa vie ? Pourquoi ne pas lui avoir parlé avant le décollage ?

Le pilote Noir serait les dents, attendant les missiles. Il allait tout tenter pour au moins réaliser son plan premier. Trop loin. Leurs poursuivants approchaient trop vite.
« Enfer ! »
« Oh non…Purgatoire, tout au plus… »
« C’est pas le moment d’blaguer ! On va crever ! »
« Mais non…Vous avez accepté ma proposition, non ? »
«  ? »
« Je tiens toujours mes promesses… Enfin presque ! »
Et sans prévenir, Mr.Hope braqua son revolver vers le pare-brise et tira.

Dépression. Chaos. Ejection. Zachary fut propulsé dans les airs, tournoyant follement, la pression manquant de lui faire éclater les tympans. Une poigne de fer lui saisit le bras. Hope. Lui aussi propulsé dans l’azur par la brusque dépressurisation. Il souriait follement et tendit un masque à osmose et un parachute à Zachary. Quel malade ce gars ! Il était encore bien trop haut ! Mais l’énigmatique jeune homme n’avait pas fini de l’étonner. Lâchant Zach et basculant, il adopta un profil aérodynamique. Non. Impossible, il n’allait quand même pas… Si. Il s’était placé en trajectoire de collision avec un des chasseurs poursuivant !

Le pilote ne le vit pas arriver, concentré sur la chute désormais incontrôlée de l’avion commercial. Il venait de recevoir l’ordre d’ouvrir le feu. Un mouvement suspect lui fit tourner la tête. Il se ruait sur une forme humaine ! Qui souriait. Ce fut sa dernière vision et il mourut stupéfait, transpercé par une volée de balles. Le cockpit vola en éclat et se teinta de rouge. Quelques microseconde après, Hope s’écrasait violemment à l’intérieur.

« Quel imbécile ce gosse. Un vrai fou… » pensa Zachary O’Donell en plongeant au travers des nuages. « Il a du mourir sur le coup. Le choc… »
Bah, au moins, il lui avait fournit une mince chance de s’en sortir. Avec le masque et le parachute, il pourrait peut être s’en tirer. Même si les autorités ne manqueraient pas de l’attendre sagement en bas… Il trouverait un moyen… Soudain une forme massive émergea des nuages, sous lui : l’appareil ennemi ! Et aux commandes, Mr.Hope, qui cadrait sa vitesse sur la chute de Zach. Sans y croire réellement, le Noir réussit à se hisser à bord, le vent fouettant les deux hommes alors que l’appareil américain tanguait violemment.

« Content de vous revoir ! » hurla Hope, toujours souriant sous le regard incrédule « Vous pourriez prendre les commandes et nous sortir de là ? Je crois pas pouvoir piloter bien longtemps et on a du monde à semer…Je pense également m’être suis cassé le bras et quelques côtes… »
Comme un zombie, Zach se tortilla jusqu’aux commandes et redressa l’appareil d’une mains experte.
« C’est mon premier cadeau ! » cria Mr.Hope. « Un peu troué, mais… »
« Bon sang, mais qui êtes vous !?! » s’exclama Zach, au comble de la stupéfaction.
L’inconnu, au bandana ornée d’un pentagramme doré désormais taché de sang sourit mystérieusement. Plus loin, l’appareil commercial se désintégra dans une gerbe de flamme sous les missiles américains.

« Votre nouvel employeur. Première commande : sortez nous de là. Je voudrais pas être là quand vos charmant virus vont se libérer… Allez, montrez moi votre habileté. »
Silence. Sourire.
« Bien chef ! »
Le grand Noir sourit : vraiment, sa Destiné promettais d’être intéressante avec un type pareil. Une reconnaissance immense l’envahit. Il allait se déchaîner. Plus de limites !

III-) Tachi

La lune, ronde, pleine, froidement lumineuse et indifférente, emplissait le ciel tranquille et clair de Kyoto. Enfin, de cette partie de l’ex-citée impériale. Les gens qui y vivaient avaient assez d’argent et d’influence pour exiger un ciel parfait et sans pétrophyte gâchant le soleil. Pas comme les malheureux des banlieues industrielles polluées… Et puis ça faisait partie de l’incontournable tradition japonaise. Le peuple était fier de ses jardins zen ombragés, de ses calmes temples, de ces maisons traditionnelles…Il était prêt à de nombreux sacrifice pour conserver l’éclat de leur joyau culturel. Bien sur, vivre dans ce quartier de paradis nécessité argent, célébrité, influence. Les rares élus étaient politiciens célèbres, industriels puissants, nobles richissimes. Ou yakuza.

Juste en périphérie de ce havres de paix, là où commençait à pousser les gratte-ciels de verre polis, ce trouvait la très surveillée demeure de Seiho Kamatsu, membre éminent de la pègre locale, étoile montante du Yakuza. Tachi courrait dans l’immense jardin, plus silencieuse que le vent, plus discrète qu’une ombre. Elle fondait littéralement sa mince et longue silhouette souple dans les ombres. Quiconque l’aurait aperçut se serait interrogé : des mouvements si gracieux étaient-ils seulement humains ? Ils auraient encore étaient plus surpris en apprenant que la jeune femme était blessée… Passé les premiers gardes et leurs bâtons-tonnerres avait été rude. Ses propres hommes portant ces étranges armes avaient été quasiment balayé. Puis l’horreur avait surgit sous la forme de monstrueux Onii, des étranges démons géants, mi chair, mi métal. D’une sauvagerie sans nom. Le restant de la troupe d’assassin avait péris, elle était la seule survivante… Comme d’habitude. Kasui-sama avait beau être compréhensible et acceptait les pertes, il était sévère. Elle serait punie… D’autant plus si sa mission restait vaine.

Progressant à l’ombre des cerisiers en fleur, tel un fantôme d’une ancienne légende, elle arriva devant un grillage de fer quasiment invisible. Prudente, elle tata l’obstacle du fourreau de son katana, provocant un petit arc électrique. Enchanté…Encore une gène supplémentaire. Tout contact avec la clôture entraînerait une morsure mortelle. Soupirant, elle prit son élan. Il fallait tenir, finir la mission, pour échapper au châtiment et au déshonneur. Elle bondit, indifférente à ses douloureuses blessures et au fait que la clôture dépassait le triple de sa taille. Elle la franchit aisément, atterrissant dans le jardin intérieur avec une souplesse féline.

Un couinement quasi inaudible de son bandeau magique l’avertit du danger. L’artefact remis par son Maître lui permettait de desceller les dangereux œufs explosifs cachés dans le sol. Tachi n’aimait pas se servir de ce dispositif, même si son maître lui avait affirmé que c’était sans danger. Les autres membres du commando s’étaient gaussés d’elle. Mais elle était vivante et pas eux désormais. N’empêche, ce bandeau de métal étrange la gêné : lourd, encombrant, étranger, suspect. Il faudrait qu’elle se purifie en rentrant. Elle ne devait pas mécontenter les kamis… Tachi sourit : le système défensif de la cour intérieur était plus subtil : les trucs explosifs sous les dalles bloquaient le chemin le plus évident… Les éviter revenait à traverser le jardin sec de gravier : bruyant et laissant des traces.

Tachi le traversa pourtant, sa silhouette gracile ne faisant aucun bruit en franchissant la surface accidentée. Pas un caillou ne fut dérangé de l’esthétique et rigoureux alignement zen. Elle pénétra doucement dans l’antique demeure traditionnelle. L’ancien plancher en bois ciré ne grinça pas. Réflexe. Quelques perles de sang tombèrent sur le plancher, preuve de la gravité des blessures de la jeune fille. Des traces… Tant pis, ils savaient déjà qu’elle était là. Et puis elle avait l’ordre de brûler la maison pour faire disparaître les corps et ralentir les investigations… Et pour semer la terreur : détruire si aisément un tel patrimoine culturel !

Elle trouva le patron yakuza dans son bureau, avec trois gardes du corps visiblement forts stressés… Non, quatre : l’un d’eux venait de jaillir de derrière elle. Elle le décapita d’un mouvement souple. Une mort trop honorable pour ce lâche qui l’attaquait par derrière ! Bah, elle n’avait pas le temps, deux des autres l’avait mise en joue de leurs bâtons cracheurs de feu et de tonnerre. Tachi ne comprenait pas un tel engouement pour ces armes…Difficile à dégainer promptement, il fallait en plus les armer, viser et finalement tirer ! Comme il était aisé de deviner l’endroit ciblé, toujours dans l’axe du canon ! Vraiment, une bonne lame d’acier leurs était largement supérieure ! Ils l’apprirent à leur dépends, leurs poignet furent sectionné avant qu’un seul coup de feu fut tiré.

Tachi ne les acheva pas tout de suite : le dernier garde du corps avait lui dégainé un long sabre ancestral. Il savait à peu prêt s’en servir et le duel de lame fut un instant indécis. En apparence. En fait la technique et la vitesse de Tachi étaient largement supérieures à celles de son adversaire. Celui-ci possédait d’étrange bras métalliques, instruments démoniaques qui démultipliaient sa force et sa vitesse… Mais il était trop confiant et son jeu de sabre trop brouillon. La jeune femme trouva vite une faille et son katana lui ouvrit la gorge dans un flot écarlate. Le coup fatal fut donné si promptement qu’aucune goutte de sang impur ne souilla la lame ou les habits de la jeune fille. Seiho-sama était resté fort digne durant le bref assaut. Il n’avait même esquissé le moindre mouvement vers son arme. Il attendait la mort, le regard emplis de haine. Une attitude digne que Tachi apprécia. Durant cette nuit sanglante, c’était le seul chef yakuza qui s’était comporté selon son rang. Les deux autres avait gémit, pleurniché ou avait tenté de fuir… Sans résultat, bien sur…

« Par qui es-tu envoyé ? » demanda le yakuza, résigné.
« Je suis l’assassin de Katsui-sama… »
« Evidement. Le vieux ne supportait pas de se faire supplanter… Lui et ça foutus tradition ! Et bien, je mourrais dans la tradition ! M’autoriseriez-vous à me faire seppuku ? »
« Hélas, mon Maître a réclamé que votre corps soit mutilé et déshonoré… »
« Je vois… Un sacré rancunier ! Bah… Répète à ton maître que quoi qu’il fasse j’ai gagné ! C’est ma vision du monde qui est la bonne ! Nouveau temps, nouvelle manières ! » s’emporta le yakuza.
« Votre message sera transmit. » déclara Tachi d’un ton monotone en s’approchant.
« D’ailleurs, il le prouve lui-même… » ajouta le maître criminel en reluquant la jeune fille. « J’ignorais que son clan avait de tels… Atouts. » Il ferma les yeux. Tachi leva son sabre et entreprit de le dépecer. Dix minutes plus tard, la maison luxueuse flambait et une silhouette furtive s’enfuyait dans les rues sombres de Kyoto.

Regagner le quartier général de Kasui-sama fut difficile pour la jeune femme. Normalement, un chauffeur aurait du la conduire. Ou à la rigueur, elle aurait partagé le fourgon blindé des troupes d’élite de son patron. Mais les deux avait été oblitéré au cours de cette folle nuit de massacre. Tachi déambulait dans la rue, fasciné, perdu. Elle n’était quasiment jamais sortis de la maison du Maitre yakuza. Elle ne connaissait rien de la ville moderne, agitée, qui s’ouvrait devant elle. Tant de prodige, de miracle ! Tant de gens, si différents.

A l’ombre des tours de verre impersonnelles, elle se gorgeait du spectacle cosmopolite et festif de la vie nocturne de la citée. Musique, néons. Ce n’était pas naturel ! Limite obscène. Et tant de gens différents ! Certains avaient l’aspect d’animaux, de félins féroces. D’autres étaient plus bizarres encore. Pire : certains n’étaient même pas japonais ! Elle en occis quelques-uns par pur réflexe de dégoût et de xénophobie. Un homme aux yeux vert phosphorescent lui fit des propositions choquantes devant un établissement exhibant la nudité d’adolescentes. Quel monde répugnant ! Et dire qu’elle trouvait la vie avec Kasui-sama dure et impitoyable. Elle comprenait maintenant que le vieux monsieur ne faisait que la protéger de ce monde dégoûtant et impitoyable ! Les yakuza de son clan finirent par la retrouver, pleurant, affolé, devant un misérable autel shintoïste de quartier. Elle retourna dans sa cage dorée en sanglotant de gratitude.

Deux silhouettes avancèrent au cœur de la cité, d’un pas déterminé. L’un, le plus petit, avait la démarche joyeuse, limite sautillante et tout en souplesse. L’autre, grand, massif, marchait comme un soldat automate à pas précis, efficaces.
« Où allons-nous, cette fois ? »
« Délivrer une princesse encagée par un vil seigneur ! »
« Mais encore… »
« Elle va te plaire, sans nul doute ! »
« Je ne crois pas. Vous savez bien que je n’ai pas ce genre de sentiments. »
« Elle a assassiné cette nuit trois patron yakuza et à démolit au passage sept stakaa. »
« Intéressant. »

« Tu pourrais y mettre un peu plus d’enthousiasme… »
« Je ne suis pas capable d’enthousiasme. Et me frotter à ce genre de monstre ne peut décemment pas me réjouir. Les yakuza sont dangereux. »
« Pfff... Et moi qui croyait que tu aimais les défis. »
« J’aime les défis. Mais il y a une différence entre courage et témérité. Ou folie, d’ailleurs. Depuis le temps que je vous connais je n’arrive toujours pas à vous comprendre. Vous avez des renseignements. Pourquoi ne planifiez-vous pas vos actions mieux que ça ? On dirait que vous y allez au hasard, bille en tête. »
« C’est plus marrant comme ça ! »
Le grand resta un moment sans rien dire, ses yeux froids plongés dans la contemplation de son employeur. Il haussa les épaules, plus pour marquer le coup et faire connaître son opinion que pour autre chose.
« Tu ne vas pas me lâcher et renoncer devant cette petite difficulté, non ? » finit par demander le petit.
« Bien sur que non. Je ne manquerais ça pour rien au monde. »

Dans une autre maison du quartier verdoyant et tranquille de Kyoto, Tachi faisait son rapport à son Maître. Elle reporta les derniers mots de Seiho-sama, ce qui plongea son patron dans une humeur noire.
« La mission a été accomplie… » conclut la jeune fille, tremblante de peur et de fatigue. Les saignements de ses multiples plaies s’étaient aggravés.
« Accomplie ! Mais avec quelles pertes ! »
« Je suis désolé, j’ai mal jugé certaines situations…Et vos hommes… »
« Suffit ! Je vois bien les résultats ! Leurs morts prouvent leur incompétence ! Quand à toi, au vue de la flaque qui se forme sur mon parquet, tu ne vaux guère mieux ! Après tout ces investissement ! » « Veuillez me pardonner, Maître… Je me retire céans et je reviendrais nettoyer… »
« Laisse donc, tu n’es pas une servante ! Va plutôt te soigner. Et t’entraîner. »
Honteuse, Tachi se retira immédiatement sous le regard furibond du vieillard. Pas un instant elle ne pensa à lui faire part des réflexions des autres membres du commando. Tout le clan jugeait l’assaut de cette nuit trop dangereux, trop ambitieux. Mais Kasui-sama avait imposé ses vues : plutôt la mort que la disgrâce !

Le chef yakuza, assis en lotus devant son bureau coûteux, était partagé entre la joie et l’appréhension : il avait certes vaincu ses rivaux qui menaçaient sa position dans l’organisation, mais cela avait grandement affaiblis son clan. Les pertes étaient terribles ! Quand à sa nouvelle arme… Elle avait certes accompli plus ou moins bien sa mission, mais la remarque posthume de Seiho-san blessait son honneur : il était en vérité tombé aussi bas que ceux qu’il méprisait ! Kasui-sama abhorrait tout ce qui dérangeait sa routine. A l’âge de 88 ans, il n’aimait pas le monde moderne. Il était convaincu que le Japon et l’organisation devait plus que jamais respecter la tradition, revenir aux vieilles coutumes pour ne pas être corrompu par les barbares étrangers. L’Homme était en train de perdre son âme. Le vieil asiatique l’avait vu de ses yeux : de plus en plus d’être humain se faisait horriblement modifier, pour ressembler à des animaux, à des démons impur. Le corps offert par la Nature ne devait pas être honteusement modifié selon les vils désirs des gens, que ce soit par la cybernétique ou par la biotechnologie. Il fallait que l’Homme reste à sa place dans le cycle de la vie…

Oh, ses adversaires avaient bien tenté de l’influencer, de lui prouver que l’Homme avait le droit et le devoir d’employer toutes les découvertes de la Science. Depuis toujours, le Japon vivait en modifiant la Nature. Il suffisait de contempler une rizière bien ordonnée ou un jardin zen parfaitement agencé pour s’en rendre compte. Ils n’avaient pas compris que le problème venait de l’harmonie, de l’équilibre. Ils étaient prêt à vendre leur âme et leur corps pour une miette de pouvoir supplémentaire, devenant ainsi les laquais des hommes de sciences. L’homme jouait encore une fois avec des forces qui le dépasse ! Hiroshima, Nagasaki, Jérusalem… L’Histoire avait pourtant été clairement explicite. Son clan était en perte de puissance et d’influence, à cause de ce rejet de la technologie impie. Au point qu’ils avaient cru bon de tenter de le mettre à la retraite… Jeunes coqs impétueux ! Que vous apportez vos implants, vos animaux de gardes bioaméliorés, vos armes soit disant infaillibles ? Ils vous ont accompagné dans la tombe… Quelle ironie d’être punis par la où on a péché ! Comment disent ces fous de chrétiens déjà ? Œil pour œil, dents pour dents…

Tachi… Elle était un problème autant qu’une manne céleste. Ou démoniaque. Plus que jamais il aurait besoin d’elle pour asseoir son pouvoir dans l’organisation. Pourtant, comme l’avait vu Seiho-san, il la détestait. Le vieux yakuza soupira. Si seulement ses troupes avaient pu rivaliser contre celle des autres clans… Mais cette nuit sanglante lui avait montré leurs limites. Il avait besoin de Tachi. Il devrait attendre avant de s’en débarrasser, au moins le temps de reformer le clan convenablement. Il imposerait ses vues ! Nul ne devrait soupçonner son péché, nul ne devait savoir qu’il avait usé des technologies interdites…

La gamine devait s’améliorer. Ce corps sans âme devait apprendre à aider ses compagnons. Le yakuza était une famille, il fallait lui mettre ça dans le crâne. Elle devait sauver ses compagnons et aider à la survie des commandos plutôt que de foncer seule et les laisser se faire massacrer. Etait-ce dû à son éducation ? Le yakuza n’avait pas été fort prodigue en affection, considérant la jeune fille comme un outils, une arme jetable… La preuve : au lieu de la féliciter, il l’avait rabrouée, humiliée et punie… Il devrait peut-être changer ça, même si ça lui répugnait. Soupirant, le vieil homme s’appuya sur sa canne et se releva. Sa méditation était finie. Il allait voir la jeune fille. Pour la tuer ou la prendre dans ses bras, il ne savait pas encore. La lumière s’éteignit.

Crachotement menaçant. Bruits spongieux et répugnant des balles brisant les os, déchirant les entrailles et faisant jaillir le sang. Les deux plantons s’effondrèrent contre la massive porte de bois laqué de la demeure du chef yakuza à l’instant où les lumières s’éteignirent L’effet de surprise était total. Vêtus de coûteux costumes noirs impeccables, grands, baraqués, bardés d’irezumi et avec un petit doigt amputé, il était un avertissement. Normalement personne n’irait chercher noise à ses gens là, encore moins dans ce quartier. Deux silhouettes entèrent furtivement dans la maisonnée plongé dans l’obscurité. Aucun système d’alarme ne se déclencha.
« Elimine moi tout les yakuza gênant… Oh, les serviteurs aussi. Enfin, toute forme de vie… »
Le grand eut un sourire de requin.
« Oui, mon Maître ! »
« Est-ce une tentative d’humour ? » s’enquit le petit.
« Non, bien évidemment. »
« Icemachine, je crois que tu mens… »
L’autre haussa les épaules et se mit en chasse.
« Un vrai loup sibérien… J’espère que tu vas t’amuser, mon ami… »

Tachi ne remarqua pas tout de suite la disparition des lumières de la propriété. Plongé dans la contemplation de la lune qu’elle voyait au travers de sa large fenêtre grillagée, elle réfléchissait. Elle s’était donnée à fond, mais elle avait mécontenté le Maître… Elle avait même été blessé. Elle savait pourquoi : au fond d’elle-même quelque-chose méprisait la vie. La sienne y compris. C’était bizarre. Comme si elle ne se souciait de rien… Comme si elle n’appartenait pas à ce monde qu’elle ne comprenait pas… Prenait-elle des risques pour y échapper ? Non. Elle avait l’instinct de survie : jamais elle ne laisserait quelqu’un la tuer. Mais… Qu’est-ce qui guidait cet instinct ? Pourquoi tenait-elle malgré tout à cette morne existence ? Pour chasser ses noires pensées, elle commença une série de kata au sabre. Sa lame accrochait les rayons lunaires. Les mouvements étaient d’une grâce infinie malgré la vitesse spectaculaire de la jeune femme. Bientôt, elle se retrouva en sueur, son kimono terne virevoltant au cœur d’une tempête d’argent. Le spectacle déclencha des applaudissements nourris. La jeune femme se figea instantanément.

« Bravo ! Splendide ! » s’écria alors une voix douce et charmante.
Un jeune homme inconnu sortit de l’ombre en silence. Elle ne l’avait pas senti arriver ! Et c’était un gaijin ! Tachi se figea en position offensive, hésitante devant l’incongrue apparition. L’homme avait des cheveux châtain, vaguement mi-long. Un bandana blanc orné d’une étoile doré lui barrait le front. Il était vêtus d’un long manteau beige et d’un costume blanc de bonne coupe, le faisait ressembler à un fantôme sous la lumière lunaire. Cette fois, Tachi nota l’absence d’éclairage et maudit son manque d’observation. Les yeux fascinant de l’inconnu ne semblaient pourtant pas hostiles, bien au contraire. Il respirait l’amabilité, chose à laquelle Tachi n’était pas du tout habituée.
« Qui êtes-vous ? » demanda poliment la yakuza en restant tout de même en position de combat. Il restait tout de même la possibilité qu’il s’agisse d’un invité de Kasui-sama… Un docteur ? Il avait l’air bien jeune… D’habitude les docteurs était vieux et chauve. Et mal vêtus. Elle connaissait beaucoup de docteurs. ++++ « Je suis un ami. Je m’appelle Mr.Rebirth. »
« Que voulez-vous Rebirth-sama ? Je puis vous conduire auprès du Maître si vous le désirez, mais je crois qu’il se passe quelque-chose… »
L’inconnu sourit d’une étrange manière, à la fois douce et menaçante. Tachi déglutit. Une explosion et un cri se firent entendre.
« Oh oui… Il se passe quelque-chose… Je suis venu vous tirer de cette organisation de seconde zone. Un être avec vos talents… Je serais infiniment honoré si vous désiriez travailler pour moi. »
« J’appartiens à Kasui-sama. Laissez moi passer, je dois aller voir ce qui se passe ! »
« Ce qui se passe ? Bah… C’est seulement des yakuza qui se font massacrer… » Un frisson glacé parcourut l’échine de la jeune fille. Kasui-sama ! Elle devait protéger Kasui-sama ! Le vieil homme était… était… Son seul lien avec le monde ! Elle se mit en position de combat.
« Reculez ou périssez ! »

« Inutile de monter sur vos grand chevaux ! Votre ancien Maître est sans doute déjà mort…Je ne vois pas se que vous lui trouviez d’ailleurs…Vieux, intolérant, rétrograde, dépassé…Ah, qu’est-ce que je disais… »
Une ombre menaçante se découpa hors de l’obscurité. Grande, impressionnante, puissante. Froide et laide. Un autre gaijin. Au regard glacé, inexpressif. Un tueur sans pitié. Pour la première fois de sa courte vie, elle connu la peur. Le sombre assassin tenait par les cheveux la tête tranchée de Kasui-sama.
« J’ai fait ce que vous avez demandé…ça a été ennuyeux. » annonça l’apparition.
Dans un mouvement mécanique, il lança la tête coupée qui roula vers Mr.Rebirth et Tachi, laissant une traînée sanglante sur le parquet vernis. « La suite va être bien plus distrayante… Mon épée, je te prie. » annonça le petit gaijin.
L’autre s’adossa à un mur, telle une sombre gargouille, ne quittant pas Tachi de ses yeux glacés. Il lança un long et lourd fourreau vernit au petit homme.

La jeune yakuza pleurait, chose qui d’un certain coté l’étonna. Elle ne pleurait pas sur le sort du vieux homme, mais sur le sien : qu’allait-elle devenir sans le vieillard pour lui donner des ordre et la guider dans ce monde incompréhensible ? Tremblante, elle ramassa son katana que le choc lui avait fait lâcher. Elle se mit en garde, prête à défier l’impudent. Kasui-sama l’aurait voulu. L’étranger lut dans son regard emplis de haine.
« Oh… Vous voulez me tuer ? Vous avez donc des sentiments… Chic, ça me changera ! » déclara-t-il en jetant un coup d’œil à son muet complice.
Tachi chargea : elle avait l’avantage, l’autre n’avait pas dégainé. Mais la haine l’avait aveuglée : le gaijin se décala et tira l’arme de son fourreau en esquivant le coup portant porté à une vitesse folle.

Tachi resta un instant pétrifié devant l’arme de l’étranger. Longue, au moins 70 cm, bien courbé. Parfaite. Un shinogi-zukuri tachi ! La lune faisait luire l’arme d’une lueur argenté délicate, mortelle, magnifiant sa beauté froide et son esthétisme parfait, faisant délicatement ressortir les motifs komidare de la lame. Une arme magnifique, antique ! De la période Heian ! Comment un gaijin pouvait posséder une telle merveille ? Même Kasui-sama n’aurait pu espérer poser ses mains sur un tel sabre ! Tachi ressentit soudain une sorte de dégoût pour son katana d’acier sans nom. Il était indigne de croiser le fer avec une telle arme… Son adversaire profita de sa stupéfaction pour passer à l’attaque. Il était agile, rapide, dangereux. Il avait la technique et la grâce. Mais ça ne suffit pas : Tachi le surclassait en vitesse et en réaction. Elle esquiva vivement les assauts et para tout les coups qui visaient sans faille ses points vitaux. L’autre souriait…

Etonnant, ce sourire… Pourtant le gaijin, avec son excellent niveau (mais encore indigne de son arme) devait savoir qu’il allait perdre. Comptait-il sur une traîtrise de son monstrueux complice ? Tachi, maîtrisant son espace de combat, s’arrangeait toujours pour intercaler son assaillant entre elle est l’autre observateur. Bien vite, elle inversa la tendance et passa elle aussi à l’assaut. Son adversaire avait l’avantage de la longueur, mais son katana à elle était plus droit. Elle s’en servit pour percer les défenses de ce Rebirth-san avec une précision millimétrique.

Bientôt le long manteau beige se retrouva déchiré et le délicat costume blanc s’auréola de sang… Mais l’adversaire de la yakuza était bon : aucun coup mortel ne l’atteignit. Il faisait presque jeu égal avec elle en force et en rapidité. Voilà qui était vraiment fort rare. Mais la jeune savait qu’il n’y avait aucun doute : elle allait gagner. Elle gagnait toujours. Soudain, il se désengagea.
« Il faut en finir… » déclara-t-il haletant. Puis il chargea.
Une attaque désespéré ? Non, il avait feint la maladresse. Il ne chargeait pas ! Il visait… Trop tard, elle avait déjà commençait à parer le coup. Le katana de Tachi vola en éclat sous l’impact de l’arme ancestrale. Il avait visé l’arme et non elle, anticipant se qui allait se passer…Elle était désormais à sa merci…

« Ce fut un bon combat… » annonça l’étranger. « Pourquoi as-tu perdu ? »
« Mon arme était inférieure… Et j’ai fait une erreur de jugement… »
« L’erreur est compréhensible, tu ne pouvais absolument pas deviner que je réussirais à détruire ton sabre en un coup… Non, le plus important ici c’était l’arme. La qualité du métal, l’habilité du forgeron, le fait d’avoir résister au passage du temps et des guerres… »
« C’est une arme magnifique… »
« Oh, ça oui ? Tu aimerais l’avoir, non ? »
« Certes. Ce sera un honneur de mourir de part cette lame… »
« Qui parle de mourir, ici ? Je t’ai déjà dis que je venais te sauver, te sortir d’ici. »
« Je ne comprends pas… »
« Bon, reprenons au début : quel est ton nom ? »
« Tachi. »
« Ahahah ! Voilà qui est bien choisit ! »

« Kasui-sama m’a nommé ainsi. Il m’a raconté qu’il en avait eut l’idée en me voyant pour la première fois. Je dormais courbé apparemment, et vu ma taille… »
« Je vois… C’est vrai que tu es plutôt grande pour une asiatique… Tu es presque aussi grande que Vlad… La finesse en plus… »
« Elle est squelettique, vous voulez dire. » laissa tomber platement l’autre homme. Le dénommé Vlad ?
« ça lui donne un certain charme… Quel est ton âge, Tachi ? »
« 4 ans. »
« Intéressant… Ne bouge pas… » Elle obéit. Que pouvait-elle faire d’autre : elle n’arriverait pas à le désarmer assez vite. Et l’autre homme était aussi un guerrier. Il cachait des armes à poudre sur lui. Rebirth-san leva son arme. L’heure était-elle venu ? Déjà ? Elle ferma les yeux. Mouvement. Vent. Froid.

Elle rouvrit les yeux .Le gaijin venait de trancher son kimono. Elle se retrouvait nue devant les yeux inquisiteurs de l’inconnu. Il la détailla sans vergogne, l’examinant sous toutes les coutures, la palpant, la caressant. Ses yeux brillait d’intelligence plutôt que de concupiscence, aussi ça ne la gêna pas vraiment… Elle avait l’habitude : les médecin lui faisaient souvent ça. Kamui-sama ou des hommes du yakuza aussi, parfois. Moins souvent. Et avec un regard plus… Elle ne savait pas trop comment… Un mélange d’attirance et de dégoût.
« Fascinant…Je me demande si elle a terminé sa croissance… » marmonnait Rebirth-san, tout à son examen. « Tu sais en quoi sont tes os ? »
« Non, je ne sais pas. On ne me l’a jamais dit. »

« Quel corps parfait, si beau ! N’est-ce pas, Vlad ? »
« Si vous le dîtes… C’est vrai que cette jeune femme à un certain charme. Pour qui aime les amazones meurtrières. »
Cela étonna Tachi. Personne ne lui avait jamais dit qu’elle était belle. Son visage rustre et son corps finement musclé n’avaient rien à voir avec celui des Geisha de Kasui-sama… Comment pouvaient-ils trouver beau son corps couvert de plaies, de bleus et de bosses, sentant le sang et la sueur ?
« Regardes ses blessures… Régénération tissulaire ? » « Possible. » fit remarquer la gargouille, toujours immobile mais pas indifférent. Il examinait lui aussi la nudité de la yakuza avec une précision clinique. « Mais pourquoi une femme ? »
« Travailler sur le chromosome X est plus simple, ne serait-ce que par sa taille. Plus de modification potentielle. En plus l’inactivation de l’un deux peut ouvrir un champs de perspective intéressant… J’ai hâte de voir son génotype ! »
« C’est vous le spécialiste… »

Tachi ne comprenait rien à leur discutions, mais elle semblait discerner une chose : il n’allait apparemment pas la tuer. Venaient-ils vraiment pour elle ? Pour la délivrer ? Pourquoi ? Elle posa la question.
« Ah, ma chère, chère Tachi… Tu es comme un bloc d’acier à peine forger… Je veux faire de toi une arme belle et redoutable. Je ne pouvais décemment pas te laisser rouiller ici dans ce groupe de yakuza minable et passéiste… Dis-moi… Que penses-tu de ce monde ? »
« Il est…bizarre. Je ne le comprend pas vraiment… Je ne suis pas beaucoup sortie… C’est un peu effrayant… »
« Oh, ça oui ! »
« Mais…Il y a aussi de belles choses… Comme votre arme. »
« Oui, une arme magnifique… Et il en existe plein d’autre aussi belle. Je te les montrerais. Mieux, je te les donnerais ! Je suis là pour t’offrir se monde, te montrer comme il est à la fois ignoble et merveilleux. Comme une arme… Je t’en prie, sois mon arme ! »

Tachi ne comprenait pas trop. Il demandait, il suppliait même. D’habitude on lui donnait seulement des ordres. Et lui semblait tenter de la séduire…On dirait qu’il la…respectait… Jamais personne ne lui avait parlé comme ça. C’était si étrange. On dirait qu’une partie d’elle-même aimait ça… Cette reconnaissance.
« Je crois que je vais accepter… » fini-t-elle par déclarer, hésitante. « Ce ne sera pas trop différents qu’avec Kasui-sama, non ? Il faudra tuer ? »
« Bien sur, c’est à ça que servent les armes. Mais je te promets que ce sera différent. Tu vas t’amuser, t’extasier, je te le garantis ! »
« Alors j’accepte… »
Il lui tendit alors le shinogi-zukuri tachi, accompagné d’une banale carte de visite. Dessus, un idéogramme chinois inclut dans une étoile dorée. Métal.
« Ce n’est qu’un acompte… Je t’en trouverais beaucoup d’autre… partons maintenant, cet endroit va puer la charogne… Et ça fait longtemps que Kyoto n’a pas connu de bel incendie, non ? Vlad, contacte Firey, je crois que ça va l’amuser… Tachi, je vais te montrer comment faire table rase du passé et rebâtir. Après avoir purifié le tout par les flammes… ça ressemble un peu à la forge quand on y pense… »

IV-) Shelley

La nuit était tombée depuis peu, sans diminuer pour autant la moiteur de la jungle centrafricaine. Deux ombres silencieuses se déplaçaient, rapidement mais furtivement, le long d’une route peu fréquentée, au milieu de nulle part. Elles s’arrêtèrent un instant, essoufflées, devant un mince grillage barbelé. La troisième enceinte d’un complexe n’apparaissant sur aucune carte.
« Les choses vont se corser à partir de maintenant, Shy… » déclara le silhouette la plus massive, masculine.
« Parce que les Stakaa de garde n’étaient là que pour faire joli ? » répondit sa comparse d’une voix douce et amusée, féminine.
« L’truc à savoir avec ces bestioles, c’est qu’elles sont limitées par les capacités et la volonté des humains qui les dirigent. Ça leur donne une impression de toute puissance…Qui conduit à la négligence. »
« Hmmm… C’est pour ça qu’on les a évités, Sven ? » taquina la jeune femme.

Le grand Gambler sourit, chose à la fois impressionnante, étrange et touchante avec sa tête de lion biomodifiée. Shelley couva du regard son tendre amant à l’aspect de bête féroce. Il avait l’air royal. Quel être étrange et fascinant…Pourquoi avait-il choisit de se transformer ainsi ? Un jour, il accepterait sans doute de lui en parler. La jeune femme se remémora sa première rencontre avec celui qui allait devenir son mentor et l’homme de sa vie. Elle-même était devenu Gambler quasiment sur un coup de tête. Ex-championne de tir, à l’arme et à l’arbalète, les compétitions ne lui suffisaient plus. Elle avait en outre était écœurée par la déchéance et les affaires sordides de dopage, d’implants et de drogues illégale qui pourrissait de plus en plus les sports. Autant mettre ses maigres talents au service d’une cause. Interpol lui avait parut une solution amusante, piquante.

Bien sûr, dès la première mission, ça avait merdé. On ne s’improvise pas chasseurs de primes comme ça. Et même si on est sacrément doué au tir, abattre froidement des cibles vivantes qui elles n’ont aucuns scrupules… Résultat, une jeune Gambler désillusionnée aux mains d’un conglomérat de mafieux, en train de discuter tranquillement de quels sévices ils pourraient lui infligée. Quelle idée d’avoir soigné sa plastique et son look, pour paraître aussi cool que ses aînées… Elle allait subir l’effroyable et malheureux « sort pire que la mort » quand il s’était abattu sur eux. Prédateur félin, agile et sans pitié, les griffes et le tomahawk monstrueux de Sven avaient déchiquetés les mafiosi. Négligemment, il avait balayé l’opposition. On aurait dit une danse, une sensuelle valse de mort passée en accéléré…

Elle était bien évidement tombé en admiration devant lui. Lui : 1m82 de muscles léonins, de fourrure fauve à l’odeur musqué, envoûtante. Lui : Suédois, se prétendant d’origine cherokee, s’habillant d’habit de trappeurs des siècles passé. Lui : sauvage frénétique se battant au corps à corps avec une effroyable efficacité, tout en étant un amant délicat et un maître compréhensif. Lui : biomodifié en une sorte de lion humain, mais qui ne descendait que dans les plus coûteux restaurants végétariens…Mystérieux, envoûtant, charmant, nimbé d’une aura de violence et de sauvagerie, elle était immédiatement tombée amoureuse. Chose curieuse lui aussi. Etait-ce le fait de la rencontrer dans le plus simple appareil ? Avait-il été touché par les sanglots éperdus de reconnaissance de la jeune femme ?

Toujours est-il qu’il l’avait prise sous son aile, l’avait formée au dur métier de Gambler. Quant elle lui demanda pourquoi, il répondit en grognant et en riant : « Tu m’as plu, c’est tout ! Et en plus on m’envie une si jolie partenaire ! ». Il la flattait, bien sur. Trop grande pour être sexy, avec son visage sans rien de particulier, ses long cheveux noirs frisés et bouclés,des yeux marron très commun, son teint de peau un rien foncé, mélange indéfinissable d’ascendance peut être latine ou méridionale…Pas laide, pas belle. Ne parlons pas de ses formes. Pas assez d’un coté, trop d’un autre, malgré sa minceur apparente dû à sa grande taille, elle ne pouvait se permettre de porter les vêtements sexy et ultra-moulants de certaine de ses collègues Gambler. Mais elle était belle aux yeux de son fauve royal, et s’était tout ce qui comptait. Se tirant à regret de sa rêverie, elle revint à la situation présente. Sven découpait une partie du grillage après avoir mis en dérivation le courant électrique, protection et senseur…

Ils étaient là à cause du péché mignon, du léonide. Il était connut dans Interpol pour être un spécialiste de la chasse aux contrevenants en matière de biotechnologie. Dans les couloirs, on l’appelait en rien le casseur de mutos ou le mangeur de Stakaa. Et cette activité débordait parfois (souvent) le cadre légal des contrats d’Interpol… Le Gambler passait sa vie à traquer des scientifiques malades et des groupes industriels mal intentionnés qui modifier le vivant et jouer avec les forces de la Nature. Et pour la première fois, Shelley avait obtenu l’autorisation de l’accompagner. Perdu au cœur de l’Afrique noire, ils se dirigeaient vers un laboratoire suspect dénoncé par un des contacts de Sven. Sven et Shelley et non Beast King et Silent Strike. Non-officiel. Illégal. Dangereux. Excitant.

« C’est quoi ces trucs ? » grommela Sven. « Ils ont fait quoi à ses bêtes ? »
Les yeux de tireur d’élite de la Gambler examinèrent les…créatures. Un mix malheureux entre le léopard et un saurien ? Avec des implants mécaniques ?
« Beurk ! »
« Pauvres bêtes surtout… Mets fin à leur souffrance. Puissent-elle rejoindre le Grand Esprit malgré leurs difformités… »
Tirant son arbalète de son sac à dos, Shelley obéis. Elle était devenue une pro. La sorte de religions de Sven l’aidait à surmonter sa répulsion à prendre des vies. C’était nécessaire. Quelqu’un devait bien le faire… Les carreaux d’arbalète à tête renforcée pénétrèrent tous dans le crâne des monstres biomanufacturés. Pas un bruit, personne n’avait rien remarqué. Leur duo se complétait ainsi merveilleusement : elle pour le soutien à distance, lui pour le combat au corps à corps. Ils avancèrent.

Hors de la jungle, dans une clairière anonyme, ils découvrirent un village de cases primitives. C’étaient-ils trompés ? Non, bien évidement : quel petit village africain serait gardé par des Stakaa et des prédateurs biomodifiés ? Et disposerait d’une clôture électrique, de cameras de surveillance camouflée ? Shelley descella un accès le labo la première. Au centre du village, une verrière seulement visible d’en hauteur, inondait de soleil un bâtiment apparemment souterrain… Ils se regardèrent et hochèrent la tête. Un point d’accès. Visiblement, les scientifiques tordus de cet endroit n’avaient pas engagé les meilleurs en matière de sécurité…Ils devaient compter sur l’isolement du lieu. Shelley abattit quatre sentinelles du village. Des Noirs trop musclés, trop bien habillé et trop en forme pour cette région miséreuse et isolée…Elle les avait seulement endormis. Une vie est une vie après tout et ces pauvres sbires ne faisaient sans doute que leur boulot. La cible était le labo et son chef, pas eux.

Fasciné, Shelley regarda Sven découper rapidement un accès dans le verre blindé. En quoi étaient donc faites ses griffes rétractiles ? Ils se laissèrent tomber dans le complexe souterrain. La chasse commençait. Shelley avait vite neutralisé les alarmes et assommé les gardes et les scientifiques surpris par l’assaut des deux Gambler. Elle posait des pains de plastique pour démolir le complexe. Il était immonde. Dans de sombres cuves emplies de liquides écœurant flottaient animaux et fœtus modifiés d’horrible manière. Un mélange d’odeur de sang et de formol hospitalier flottait partout dans l’atmosphère pourtant conditionné et stérile. Même les plantes ornementales avaient un air pervers et étrange…

Des hurlements lui apprirent que Sven avait finalement trouvé sa cible. Il revint en effet, portant sur ses griffes, empalé par l’épaule, un petit homme chauve, à l’exception d’une minuscule queue de cheval de cheveux blanc.
« Je te présente le Dr. Acheyrre Kovnak, spécialiste mondialement reconnu mais pourtant fort discret en biotechnologie et biocybernétique. Vous n’avez pas publié depuis longtemps, cher docteur ? Pas étonnant au vu de vos ignobles expériences ! » rugit le léonin Gambler.
« La-lachez-moi ! je n’ai rien fait ! Arggg ! Je…je peux vous payez ! La compagnie paiera ! »
« Ohhh, vous allez payer, je n’en doute pas. C’est la prison qui vous attend. ! Les juges, et moi-même, adoreront vous entendre parler de cette compagnie… »
En disant ça, il ronronnait presque. Il fit un signe à sa comparse qui rassemblait échantillon et dossiers compromettants. Mission accomplie.

Londres. Bâtiments gris, ciel gris et temps maussade, humide. Les progrès de la science n’avait ni modifié le fog de la capitale, ni amélioré le climat. Ou alors ils le laissaient ainsi par tradition, allez savoir. Un homme faisait pourtant une chose peu anglaise, malséante : il se tenait négligemment assis sur une haute croix de béton dans un cimetière de quartier banal…Son manteau beige flottait dans le vent tandis qu’il épiait le lointain bâtiments du Tribunal d’Interpol à l’aide d’une minuscule et fort coûteuse paire de jumelle. Il souriait doucement de son visage innocent. Au pied de la croix s’étalait une débauche de journaux anglais ou étranger, vantant l’attraction en date de la capitale de l’Angleterre et des chasseurs de primes. Un procès. Celui d’un savant assez connus. Le sourire du profanateur s’illumina encore quand il vit pénétré dans le building une silhouette léonine massive escortée par une jeune femme longiligne, gracieuse, féline elle aussi en quelque sorte. Peut après, il bascula l’interrupteur de ce que beaucoup aurait pris pour un banal baladeur. Si des gens qualifiés l’avaient examiné en détail, ils auraient été tour à tour incrédules, fascinés, horrifiés et vraisemblablement morts peu de temps après.
« …contre le Dr. Acheyrre Kovnak, ouverte ! » crépita l’instrument d’espionnage.

L’avocat de la défense était bon, très bon. Shelley n’y connaissait pas grand-chose en droit international, mais Sven faisait rentrer et saillir ses griffes sans cesse, ce qui était mauvais signe. Ils avaient déclaré aux autorités être tombé sur le labo clandestin par hasard, alors qu’il poursuivait un fugitif dans la région. Sven avait même capturé celui-ci peu après… Une prime mineure, arrangée, qui n’aurait trompé aucun de leurs collègues. Le type était un trop peu puissant pour le Beast King… Mais il lui en devait une et ils avaient ensemble arrangé cet alibi. L’amende du criminel mineur serait sans doute payée discrètement par le Gambler léonin… D’après leur histoire, intrigué par « des créatures visiblement non-naturelles », il avait pénétré dans le laboratoire « fort bien camouflé et surveillé », en « n’écoutant que leur civisme et leur moralité » pour mettre un terme aux « activités suspectes et visiblement illégales » du groupe de scientifiques.

Ça aurait pu marcher. Mais le scientifique recevait apparemment le soutien du gouvernement centrafricain. Acheté, sans aucun doute. Par cette mystérieuse, richissime et anonyme compagnie qui employait le scientifique dévoyé… Plus les quatorze avocats, experts et conseillers mystérieusement apparus lors du procès. Ils démontaient sans vergogne les preuves et les affirmations des deux chasseurs de primes. Sven se sentait las, malgré les paroles réconfortantes, fausses, de Shelley. Il voyait comment ça allait se finir…
« L’argent a encore gagné…Tous prêt à sacrifier la Nature pour leur petit profil personnel, pour rester sagement dans leurs vie tranquille, sans effort ! » grogna le Beast King.
« C’est pour ça qu’il y a des gens comme nous… » tenta de le consoler sa compagne. Elle ne se faisait guère d’espoir pour ce cas là. Mais elle s’obstinerait. Elle s’obstinait toujours dans ses choix. Une qualité qui avait séduit Sven.

L’avocat de la défense était maintenant en plein réquisitoire anti-Gambler. Le grand classique, mais asséné avec la conviction touchante d’un professionnel : paranoïaques dangereux, incontrôlables, fous de la gâchette, cow-boys irresponsables, maniaques élitistes… Désespéré, Sven vit le doué orateur transformer l’immonde centre d’expérimentation en « centre médical expérimental », une industrie selon lui « propice au développement de la région et à la lutte contre les problèmes sanitaires mondiaux ». C’était écœurant. Il allait sans doute même être obliger de payer une amende pour avoir malmené le scientifique fou et détruit son matériel. Sans parler des remontrances d’Interpol pour avoir agi seul, sans l’approbation des autorités…

« …En raison de quoi nous prononçons l’acquittement du prévenu et sa relaxe immédiate. » termina le juge.
Le jeune homme perché sur sa croix éteignit son pseudo-baladeur d’un mouvement nonchalant. Pas besoin d’en savoir plus… Il se laissa souplement tomber, laissant là sa pile de journaux. Il se dirigea en sifflotant gaiement vers une limousine noire, féline et puissante. Lui même semblait être entouré d’une aura de prédateur…

« On l’aura la prochaine fois… » murmura Shelley dans les bras de son amant. Même l’amour n’avait pas entièrement consolé son compagnon.
« J’aurais du tuer ce salopard ! » grogna le léonide. « C’est le seul moyen de ce débarrasser de ce genre d’ordure… »
« Il y a des limites, quand même… Tu es quelqu’un de bien. Tu ne dois pas tomber aussi bas que ces salopards ! »
« Crois-tu ? C’est peu être le seul moyen de protéger la Terre, la Vie, la Nature. Pendant qu’on se débat avec ces conneries juridico-administratives, ces monstres pillent et violent notre planète ! Nous sommes des Gambler ! La violence ne nous répugne pas et nous avons prouvé qu’elle pouvait être efficace contre les crimes ! »

Shelley réfléchit : il n’avait pas complètement tort…mais quelque-chose la retenait. C’était… Mal. On ne pouvait s’en prendre comme ça à n’importe qui !
« Une vie est une vie, non ? Qui sommes nous pour décider ainsi de qui doit vivre ou mourir ? »
Sven grommela et ne dit plus rien, comme pour marquer son accord. Pourtant elle le sentait partagé. Elle aussi d’ailleurs : une simple balle, un coup de griffe et le docteur n’aurait jamais plus pu reprendre ses sinistres expériences… Elle se pelotonna contre lui, contre sa chaude fourrure, prête à s’endormir, prête à l’oubli. Elle se sentait si fatigué après une telle journée… Soudain, Sven ouvrit ses yeux félin, inquiet. Il renifla bruyamment.
« Shy ! Debout ! Du…du…gaz… »

Amazonie. Réplique encore plus sombre et plus glauque du laboratoire du scientifique fou. Odeur de sang, d’animaux, de médicaments. Shelley ouvrit péniblement les yeux. Elle était nue. Elle était attachée. Non loin (trop loin), Sven était attaché, crucifié. Des sangles conçues pour résister à de terribles monstres génétique l’empêchaient de faire usage de sa force pour se libérer et déchiqueter l’immonde scientifique qui le toisait, méprisant. Le fier Gambler était en sang, visiblement battus, torturé par une équipe de cruel expérimentateur. Elle les écouta se gloser de ces biomodifications. Son amant souffrait, se débattait. Les scientifiques amoraux lui avait injecter quelque-chose qui lui brûlait la peau, la faisait se desquamer par plaques entières. La souffrance avait l’air terrible. Il l’obligeait à regarder. Puis se fut son tour et sous les yeux impuissant et furieux du léonide, elle fut à son tour torturer et soumis à des traitements biochimiques douloureux et tordus.

Elle sentait les poisons ronger son corps, brûler ses nerfs, briser ses muscles. Mais elle s’obstinait à vivre. Pour Sven. Elle savait qu’à la moindre inattention, le Gambler se libérerait, les tuerais et la sauverait. Et cette fois, pas de pitié. Il n’en eut pas l’occasion. Les scientifiques s’étaient lassés de leurs jeux cruels. Ils envoyèrent le fier Gambler, groggy et blessé dans une arène/cage et lâchèrent sur lui leurs créations… Il se battit. Comme un lion pourrait-on dire. Et fut déchiqueté sous les yeux larmoyant de Shelley. Ils ne purent la calmer qu’à coup de sédatifs puissants. La Gambler sombra dans un coma que pour une fois elle espéra sans fin…

Le Dr. Acheyrre Kovnak était content de la journée. La vidéo du combat ravirait ses employeurs et leurs clients. Il était en outre débarrassé d’un boulet gênant… Restait la femme. Il n’avait pas de goût pour les choses du sexe, mais certains de ses jeunes assistants avait émis quelques hypothèses salaces… Devait-il la soigner ? Bah… Elle semblait trop amochée pour ça. Ils avaient du la battre… La mort de son partenaire l’avait rendu folle. Il ordonna un scanner et qu’on panse ses plaies. Sait-on jamais, elle pourrait faire un bon sujet d’expérimentation si elle survivait… Contrairement à l’autre elle n’avait pas trop d’implant ou de modification… Bon, que foutait son assistant ? Il attendait le rapport depuis bien trop longtemps ! La porte du bureau s’ouvrit enfin.
« Ah, c’est pas trop tôt ! » commença le scientifique, irrité. Mais ce n’était pas son assistant. L’inconnu lui sourit, profitant de sa stupéfaction pour lever un petit pistolet.
« Je n’aime pas qu’on abîme mes jouets… » déclara-t-il en exécutant froidement le scientifique. ++++ Shelley se réveilla, l’esprit et l’estomac brouillés. Son corps était raide, douloureux. Bizarrement engourdis. Il le démangeait de partout. Elle était encore attachée.
« Encore en vie… » murmura-t-elle, déprimée. Bizarre : sa voix lui apparaissait comme chantante, puissante mais douce, vive. En pleine santé. Elle entendit quelqu’un approcher. De loin. A pas de chat, doux, discret. Avec stupéfaction elle constata que ses sens étaient effroyablement exacerbés ! Elle pouvait concentrer son ouïe et identifier le moindre son du laboratoire, le moindre souffle d’un courant d’air. Et elle voyait parfaitement dans la pièce pourtant plongée dans l’obscurité ! Elle captait toutes les fragrances ignobles, médicales du laboratoire, pouvant les isoler et les décryptait individuellement si elle le désirer ! Seul son sens du toucher lui apparaissait engourdit. Difficile aussi de vérifier quand on est complètement attachée…

Un homme inconnu entra. Il était de taille moyenne, voire un peu petit. Il n’avait vraiment pas l’air d’un scientifique, avec son long manteau beige et son costume blanc chic. Sans compter ce bandana ornée d’une étoile dorée…Un Gambler ?
« Ah, la princesse est réveillée ! » déclara l’inconnu d’une voie charmante, amicale.
« Qui…qui êtes-vous ? Vous êtes là pour me sauver ? Vous êtes envoyé par Interpol ? »
« Vous sauver, oui. D’Interpol, non. Mais laisser moi vous détacher avant de poursuivre. On ira prendre un thé, ce sera plus confortable… »
Etait-il fou ? Que faisait-il des gardes, des scientifiques ? Si la zone était sûre, où étaient les médecins, les policiers ? Et pourquoi l’aurait-on laissé attachée ? Son regard parut assez explicite.
« Ah, je me suis occupé des gens de ce déplaisant complexe. Aucun style, à se cacher comme des rats pour faire leurs expériences… »
Occupé ? Tout seul ? Il la détacha tandis qu’elle était trop stupéfaite pour parler.

Elle allait couvrir pudiquement sa nudité quand elle remarqua enfin ce qui était arrivé au haut de son corps.
« Qu’est-ce que… » commença Shelley, découvrant des espèces de spires ligneuse lui recouvrant le thorax. Elle se toucha la poitrine. On aurait dit qu’elle portait une espèce d’armure de bois…Avec stupéfaction, elle constata que celle-ci était chaude ! Vivante ! Et qu’elle sentait la pression de ses doigts dessus !
« Ah, oui…ça… » intervint alors l’inconnu qui avait suivit son manège. Il avait un petit air de gamin prit en faute. « Vous étiez salement amoché…J’ai pris sur moi de vous…réparer…de mon mieux. Et j’ai fais quelques modifications… »
« De quel droit ! Non…Par le Grand Esprit, c’est quoi ce truc !?! »
« Difficile à expliquer...Vous n’avez pas de formation en biotechnologie, je crois ? Non ? Eh bien, c’est une sorte de symbiote végétal… »
« Ça j’avais vu, merci ! » explosa la jeune femme, à la limite du sanglot.
« Il vous a maintenu en vie. Il vous protège. Il est bien plus solide que vous pourriez le croire… Même des balles aurait du mal à le percer… De plus, il vous nourrit, simplement à partir d’eau et de lumière. Le photopigment est dans vos cheveux. J’ai réussis à en garder la couleur noire. Il se sert ainsi de la totalité du spectre… »

« Mais pourquoi avez-vous fait ça !?! »
« Donnez un coup de poing dans cette table. »
« Hein ? »
« Faites-le, simplement. » Médusée, méfiante, elle frappa tout de même la table. A une vitesse étonnante. Son poing traversa sans mal le métal.
« Ça augmente aussi votre force et votre vitesse. Il y a bien sûr un but à ça… »
« Lequel ? Mais qui êtes vous donc !?! »
« On m’appelle Mr.Revenge… »
Le nom la frappa en pleine poitrine. Puis un mince sourire se dessina sur le visage fin de la jeune femme. Elle pensait avoir déduit la suite du programme de ce pseudonyme…
« Vous voulez quoi de moi ? Que je venge Sven ? Vous vous êtes déjà occupé des scientifiques apparemment… Je sens l’odeur du sang et de la mort sur vous… Au fait, vous avez modifiés mes sens aussi, non ? »
« Bien vus, mademoiselle ! Quant à votre vengeance, dont je vous ai injustement privée… J’aimerais que vous la transformiez… Vous avez malheureusement expérimenté tragiquement les limites des Gambler… »
« Oui, et alors ? »

« J’aimerais que vous meniez une croisade pour moi. Poursuivre le rêve de Sven ! Purifier ces terres des impies qui les exploitent ! Sauvez ce qui reste de Gaïa, du Grand Esprit. Je veux faire de vous une force de la Nature, qui venge la Nature. Sans concession, sans pitié ! »
« Vous voulez que je sois un… écoterroriste ? »
« Mieux que ça ! Un symbole ! L’incarnation de la colère de la Nature ! Le cauchemar des biofabriquant sans scrupules ! »
« Vous m’avez pourtant transformé avec ces technologies… »
« Ai-je crée un monstre ? Vous ai-je transformé en robot, en golem mi-chair mi-métal ? J’ai rassemblé en un seul organisme la furie de ma Nature. S’il vous plait, soyez mon sanglant avertissement au monde qui méprise la vie naturelle… »
Son discours était… Bizarre. Mais exprimant une telle conviction ! Shelley sentait la rage, l’acre désir de vengeance montait en elle. Elle n’aurait plus d’hésitation maintenant, après la mort de son amant, de son maître. Envolé ses scrupules sur le respect de toute les vies humaines ! La proposition de l’inconnu était tentante. Il l’avait en outre sauvée, amplifiée. Jusqu’ici, elle n’avait jamais beaucoup modifié son propre corps, son être…Peur et dégoût. Plus un rejet inspiré par les sentiments de Sven. Mais lui, il avait bien accepté de devenir un lion, un prédateur…

« Il faut parfois lutter avec le feu contre le feu…J’accepte donc. Je serais votre arme, votre croisé. »
« Bien sur, ce serra risqué, vous le savez. Et adieu la vie de Gambler… »
« Je n’abandonne jamais. Ils m’ont déjà tout pris. Ils recevront une leçon. »
Mr.Revenge battit des mains, comme un enfants auquel on vient d’offrir un merveilleux cadeau.
« Bon, puisque c’est décidé, quittons cette endroit qui pue la mort et allons semer le désespoir chez les exploiteurs ! Ah, j’ai d’autres cadeaux pour vous… »
Un hélicoptère les attendait à la sortie du laboratoire souterrain. Un Noir mutilé, qui attendait visiblement depuis très très longtemps tendit une longue mallette à Mr.Revenge. Il ne quittait pas des yeux Shelley, fasciné. Mr.Revenge ouvrit la mallette devant elle. Y était niché un magnifique arc de compétition, sombre, d’un bois inconnu. A coté de lui reposait une carte de visite, ornée d’une étoile dorée contenant un idéogramme chinois : Bois.

« Seuls vous devriez avoir la force de bander pareille merveille. Vos nouveaux yeux associés aux accessoires de sniper fournis avec devraient assurer une précision sans failles… »
« Quelle beauté…Et quelle légèreté. Malgré tout, on sent sa puissance. Il est vraiment magnifique… »
« J’aime offrir ce qu’il y a de mieux ! Les flèches sont dans la même matière : légère, souple mais robuste. Une précision sans défaut. Nous avons plusieurs têtes, y compris explosives ou perce-blindage. Si vous avez un desiderata particulier, n’hésitez pas… »
« Je ne sais pas que dire… »
« La meilleure manière de me remercier et de vous en servir. Et une dernière chose… »
Il se dandinait d’un pied sur l’autre, mal à l’aise, comme un gosse prit en faute.
« Qui y’a-t-il ? »

« Il y a une modification…Dont je ne vous ai pas encore parlé…Voilà…Je me suis un peu laissé emporté dans mon élan…Et… »
« Ne soyez pas si gêné. Que m’avez-vous fait après m’avoir fusionné avec un demi-végétal, avoir amplifié mes sens et mes muscles ? » railla Shelley, sarcastique…
« C’est une modification…Purement esthétique… » fini par dire Mr.Revenge, lui tendant un miroir. Shelley éclata de rire devant son reflet, la stupéfaction passée.
« Vous… Vous m’avez changé en elfe !?! » explosa joyeusement la jeune femme, ne pouvant se contrôler devant l’inconnu qui rougissait.
« Ça m’a paru adapté… » se confessa-t-il.
Elle ricana. Non seulement il lui avait sauvé la vie et lui avait offert de quoi venger splendidement son amant, mais en plus, il l’avait rendu belle, exotique ! Il voulait bien faire d’elle un mythe…

L’hélicoptère s’envola dans un tourbillon manié de main de maître, laissant la jeune femme seule, avec ses nouvelles armes.
« Est-ce bien sage de la laisser là ? Elle m’a parut un peu… Hallucinée. Bizarre. »
« Le fanatisme a de nombreuse visage. Je crois qu’elle a désormais hâte de commencer. Et elle veut se tester seule… »
« Quand même, au cœur de la jungle amazonienne, seule ? »
« Je lui ai discrètement placé un émetteur et un radiotéléphone dans ses affaires… On s’inquiète, Zach ? Sensible au charme de cette jeune femme ? Si c’est encore une femme, maintenant… »
Zach haussa les épaules. Lui au moins, il avait encore des sentiments vaguement humain. Pas comme le russe glacé et son patron. Décidément, il ne comprendrait jamais celui-ci complètement. Il se demandait quel était son vrai but. Qu’avait à gagner en manipulant ainsi cette jeune fille ?
« On se remet en question, Zach ? » demanda froidement son chef, comme s’il lisait en lui à cœur ouvert. Un foutu truc, ça !
« Un peu, comme toujours… Mais n’ayez crainte, j’suis toujours avec vous, à fond ! Je tiens mes promesses. »
Et surtout il savait ce que son chef réservait aux traîtres…
« Tant mieux…Mets le cap vers notre aérodrome. On retourne chez toi, cette fois. Ces grands et vérolés Etats-Unis d’Amérique… »
« Y faire quoi ? » grogna le pilote. Ça allait être coton d’entrer discrètement dans ce pays de malade.
« Chercher une âme chaude qui suit un peu trop violemment les Voix du Seigneur… »
« Génial… »

V-) Adam Standford-Beacley III.

Monroe, Alabama, dix ans plus tôt…

Le jeune Adam commençait à avoir peur. Il avait reçut pour son anniversaire un magnifique vélo et avait absolument tenu à l’essayer dehors. Mais voilà, les allées des charmantes maisons blanches se ressemblaient toutes. Il était perdu. Il pédalait comme un fou, tentant de reconnaître un croisement, une rue ou une maison. Peine perdue… Le quartier devenait de plus en plus inconnu, inquiétant. A la place des magnifiques et tranquilles résidences cachées derrière de calmes jardins, il n’ y avait désormais plus qu’un conglomérat vulgaire de petites bâtisses. Et des gens ! Si étrangement vêtus, aux mines patibulaires… Il était loin des robes luxueuses des dames aux réceptions de sa mère, des smokings impeccables des amis de son père. Mon Dieu ! Il y avait même des Noirs, comme le vieil serviteurs du vieux Mr.Cannigan ! Mais ils paraissaient sales, miséreux…

Ne pas pleurer. Père et Grand-Père lui avait dit qu’un homme de sa classe ne devait pas pleurer, surtout en public. Mais l’excursion prenait un tour terrifiant. Déjà, des hommes puants, bronzé, à la barbe sale et emmêlée, l’avait désigné du doigt. Mais que faisaient donc les serviteurs de Mère ? Ils devraient déjà l’avoir retrouvé ! Le gosse réprima un sanglot, se sentant abandonné, à la merci de ces gens bizarres. Puis il vit le signe. Une croix blanche se détachait entre les masures. Une église ! Sauvé !
« Dieu te protégera. » lui disait sans cesse sa Mère. Il y croyait, bien sur. Depuis son enfance, il baignait dans la Religion. Adam s’approcha au plus vite.

Comme le reste de se monde inconnu, pourtant à deux pas de chez lui, il trouva l’église minable, minuscule, sale… Mais c’était tout de même une vraie Maison de Dieu. Il y trouverait de l’aide. Sûrement. Il se figea à l’entrée. Des voix… Non. Des chants… Mais rien à voir avec les liturgies auxquelles il assistait quotidiennement. C’était trop vif, trop rapide. Presque joyeux. Et les voix aussi étaient bizarres… Il s’avança à pas de loup, oscillant entre peur et curiosité. Dans la minuscule église, se tenait une congrégation de Noirs, qui chantaient en cœur de leurs voix puissante, joyeuse.

Adam s’arrêta sur le pas de la porte, le dos inondé de soleil. Pourtant, il avait froid, il était paralysé. Etait-ce un de ces cultes païens, satanistes et violents qui profanaient ainsi la Sainte Eglise ? Grand-Père en parlait souvent, surtout avec les amis de son club…Le jeune Adam était ainsi bien informé sur les dangers des cultes des Nègres. Du vaudouisme, ça s’appelait. Il sentait la rage montait en lui. Comment ces êtres, ces serviteurs, osaient corrompre une Eglise avec leurs rituels obscène ? Comment osaient-ils le priver du refuge de la Maison du Seigneur ? Heureusement, Grand-Père lui avait déjà expliqué comment traiter cette vermine… Adam sortis de sa poche le briquet d’argent orné de ses armoiries que lui avait offert le vieil homme. Il y avait même son nom dessus.

« Maman, maman ! J’ai vu un ange ! » affirma une petite fille à la peau sombre à sa mère. « Il nous regardait à la porte ! »
Sa mère eut un sourire condescendant et jeta furtivement un coup d’œil. Surprise. Sa fille n’avait pas mentis, juste exagéré. Sur le pas de la porte se tenait un mince garçon. Il avait vraiment l’air d’un ange, avec sa mince silhouette, ses cheveux comme une cascade de miel rayonnant dans le soleil. Par contre, ses yeux bleus, magnifiques, la troublèrent. Comme son sourire. Le temps qu’elle comprenne pourquoi, il avait disparut, refermant la porte sur lui…

« Mon Dieu, mon Dieu, qu’allons nous faire de toi… » gémit le père d’Adam en contemplant l’incendie qui continuait à ravager l’église du ghetto noir.
« Bah ! Je trouve que le gamin a eut une bonne attitude ! » rugit Grand-Père, passant une main rude dans les cheveux couvert de suie de son petit-fils.
« Ne le congratule pas ! Il y avait près de vingt personnes dans cette église ! » explosa Père.
« Et alors ? Des nègres, en majorité… Ne me dit pas que tu te soucies d’eux ! »

Il marquait un point. Après tout, il était comme le vieil homme membre du Klan… Il soupira.
« Mais pense aux problèmes. Un incendie éclate, dix minutes après qu’un gosse, blanc, riche et peu discret arrive dans le quartier… »
« C’est à sa que servent les avocats ! Et j’ai quelques… amis… qui pourront arranger les témoignage compromettant. Je ne laisserais pas mon petit fils se faire arrêter pour cette vétille ! »
« Il s’agit quand même de meurtres… Les enfermer ainsi… Chercher tranquillement de l’essence… parfois je me demande si ce gosse est normal. »
« Bah ! Il est au moins méthodique ! C’est l’esprit des Standford-Beacley ! »
« Vieux fou ! Cessez de le complimenter ! »

Trois en plus tôt. Service de recrutement des Marines, Washington.

« Recrue Adam Standford-Beacley. » annonça un officier.
« Parcours brillant à l’école militaire. Aucun problème de discipline. »
« Il a même déjà un lourd sens du devoir et des responsabilités : il a reporté l’usage de substances stupéfiantes dans un dortoir… » annonça le responsable de la prestigieuse école militaire, cherchant à vendre son élève.
« Trop tard, malheureusement… J’ai eu vent de cette triste affaire. » coupa un gradé.
« Hélas, l’administration a été trop laxiste… » reconnut le responsable de l’école. « Si des sanction avaient été prise, les trois jeunes gens aurait peut être évité cet accident… »

« Que c’est-il passé ? » demanda un autre officier.
« Incendie. Dans leur dortoir qu’ils avaient vraisemblablement fermé à clef, pour satisfaire tranquillement leur vice… Un mégot, de l’alcool, des jeunes rendus apathiques par la drogue, je vous laisse deviner la suite… »
« Mon Dieu, où va la jeunesse… Qu’en pensez-vous, recrue Adam ? »
Le jeune homme réfléchit, calmant les pulsions de son cœur. Il entendait encore les cris d’agonie, il voyait encore les flammes qui dévoraient les pécheurs…
« Seule la discipline et la rigueur peuvent sauver de la tentation les esprits faibles. Leur mort est regrettable, mais elle servira désormais d’exemple à tous. »
« Voilà une bonne façon de voir les choses ! » rugit un vieil officier. « Au moins, la mort de vos camarade ne vous a pas brisé. Vous ne craignez pas la mort ? »

« Non, monsieur. J’ai foi en Notre Seigneur et je suis ses Règles. Je n’ai donc pas à avoir peur de la mort. »
« Ah, oui, je vois dans votre dossier que vous êtes croyant… Et que vous avez candidaté pour le poste d’aumônier dans votre future unité… Aumônier et spécialiste en démolition ? N’est-ce pas un mélange curieux ? »
Adam se retint de lui lancer un regard noir. Un vrai serviteur de Dieu n’aurait jamais posé pareille question ! Il devait se servir de par là où l’Homme avait fauté. Par le Fruit de la Connaissance mangé par son homonyme, par la science de l’Homme, il devait aller porter la punition divine, la purification par les flammes ! Son choix de carrière était pourtant si évident…

« Curieux ? Je ne vois pas pourquoi. Je servirai ainsi notre pays et notre Dieu. Je pourrai prier et encourager nos soldats, même dans les situations dangereuses et même en terre étrangère. »
« Apportez le feu de la destruction à nos ennemis, et le réconfort à nos amis, hein ? » déclara le vieil officier. Adam sentait qu’il était comme lui, une sorte d’âme sœur. Un soldat de Dieu… Et il connaissait cette voix… Sans doute un des amis masqués de Grand-Père…
« Notre armée à besoin de jeune comme la recrue Adam. » affirma un autre officier. « Il sera donc affecté au quatorzième bataillon des marines, en temps qu’expert en démolition et aumônier. »
« Bonne chance mon garçon… J’ai entendu dire que ça s’agitait en Iran. L’entraînement risque d’être court… »
« Je ferais mon maximum. Merci. »

Deux ans plus tôt. Washington. Cour Martiale des Marines.

« Lieutenant Adam Standford-Beacley, levez-vous ! »
« Oui, monsieur ! »
« Vous comparaissez ici au sujet de l’opération classé secret-défense n°1875-M44, en temps que seul survivant de votre bataillon. »
« Dois-je comprendre que le Major Maoha est décédé à la suite de ses blessures ? »
« C’est le cas. Hier matin, à l’hôpital militaire. Nous en sommes désolé… »
Désolé surtout de pas pouvoir l’interroger.
« C’était un ami et un bon soldat. » mentit Adam.
Une sale fouine, oui. Un mulâtre, un athée, d’origine incertaine.
« Veuillez une fois de plus présenter à cette coure votre version des faits. »

« Notre mission était complexe, comme présenté dans notre rapport, mais nous étions confiants. Nous devions nous infiltrer dans la ville, pour récupérer des données sur une usine de bioarmement supposée. La détruire, le cas échéant. Nous avons parfaitement réussis, grâce aux compétences techniques du lieutenant John Doe, notre spécialiste en infiltration et grâce aux talents de traducteurs du major Maoha… »
Un bâtard qui parlait la langue des ces infidèles. Pas étonnant que la suite…
« Poursuivez, je vous pris. »
« Malheureusement, l’usine était en cours de démantèlement. Comme si on les avait prévenus de notre arrivée… Il fallait réagir vite. J’ai proposé de faire sauté l’usine, même si nous n’avions pas alors pas assez de preuve suffisantes. Tous ont accepté. »
« Que c’est-il passé, ensuite ? Et pourquoi n’avez vous pas référé au commandement supérieur ? »

« Nous étions pressé par le temps, monsieur…Malheureusement, l’usine avait reçut des renforts inconnus, en hommes et en stakaas. La plupart des membres du bataillon furent capturés. Moi, le lieutenant Doe, le soldat Deam, le soldat Stern et le Major Maoha avons pus nous enfuir. »
« Pourquoi, suite à cet échec, ne pas avoir contacté vos supérieurs ? »
« Notre responsable des communication, l’officier Werrington, était du nombre des prisonniers. Le lieutenant Doe nous a affirmé qu’il n’y avait pas de renfort possible dans la ville… Là encore nous étions pressé par le temps : nos frères soldats, nos amis, allaient sans doute être exécutés... Nous avons décidé d’agir seuls. »
« Qui a eut l’idée du plan ? »
« Moi et le Major Maoha…bIl connaissait des… civils… Qui lui devaient des services… »
« Des Gambler… » grommela un militaire. « Toujours dans nos pattes. »

« Voilà, monsieur. J’avais élevé une protestation sur le fait d’impliquer pareil étranger, mais le Major n’a rien voulu savoir… Ils nous ont fournit des armes et nous ont accompagné. Je me permets d’ajouter que l’un deux, une femme, semblait fort bien s’entendre avec le Major. »
« Hmmm…Et ensuite ? »
« Pour faire diversion, j’avais décidé d’un plan. J’avais piégé une mosquée. »
« Qui a décidé de ça ? Et pourquoi ? »
« Nous avons décidés ensembles. Au vu des divergences de religions au sein de la communauté locale, je savais que cela créerait une bonne diversion… »
Des sauvages impies, se battant entre eux.
« Vous avez donc décidé de vous en prendre à un bâtiment civil ? »
« Monsieur, sauf votre respect, je ne considérerais pas qu’un lieu de culte musulman soit un bâtiment civil. C’est un lieu d’endoctrinement pour kamikazes, pour fanatiques. Et qu’est-ce qui est plus important : la vie de quelques musulman terroriste ou celle de nos soldats, des fils de l’Amérique ? »

Remous dans l’assemblée. Adam crut qu’il avait peut être été un peu trop loin… Non, ça allait encore : pas mal d’officier était encore de son coté, partageaient ses opinions. Il le voyait à leur sourire crispé. Le reste, minoritaire, n’était qu’un tas d’hypocrites… Comme le lieutenant Maoha, d’ailleurs, qui lui avait interdit de mettre son plan en application. Foutu collabo ! Se liguer avec ses abominations de Gambler, des êtres sans foi ni loi qui vivait pour l’argent et le stupre ! Cette femme, par exemple, avec ses propos indécents…
« Vous pouvez poursuivre, lieutenant. »
« L’assaut ne c’est pas déroulé comme prévu. Visiblement l’usine s’attendait à une contre-attaque et notre diversion n’a pas aussi bien fonctionné que prévus… Et les civils Gambler n’ont pas fait preuve du professionnalisme de vrais militaires. Ce fut le chaos. La suite… Et bien, j’étais chargé de placer les charges dans l’usine, tandis que les autres affrontaient les gardes et délivraient nos soldats. Le groupe d’assaut fut vaincu, j’allais être capturé…Aussi, j’ai fait explosé les charges. »
« Sans tenir comptes de la vie de vos compagnons captifs ? »

« J’avais entre-aperçut des corps, égorgés. Ces arabes sont des barbares… J’ai donc fait sauter l’usine… L’explosion a balayé les troupes terroristes. J’ai pu tirer le Major de cet enfer… l’attentat contre la mosquée avait plongé le pays dans le chaos, il nous fut assez simple de nous enfuir. Et vous nous avez récupéré. »
Mensonges que tout ça. Il devrait se faire confesser et faire contrition, mais tout ça était pour la gloire de Dieu. Il serait pardonné. Il avait fait sauté l’usine et la mosquée pour châtier ces mécréants d’islamistes. Il voulait faire aussi disparaître le trop curieux Doe et cet ignoble Major Maoha. Sans compter les Gambler. Pas un instant il s’était soucié des captifs. C’était des soldats de Dieu, ils comprendraient… Des sacrifices étaient nécessaire pour la gloire du Seigneur, pour châtier les infidèle ! Saloperie de Gambler. La femme été trop vive, trop rapide. Elle avait protégé Mahoa. Catin. Il l’avait abattu dès qu’il en avait eu l’occasion, mais les renforts étaient finalement arrivés avant qu’il ne se soit chargé de Maoha. Bah, il avait fini par avoir ce qu’il méritait…

Six mois avant. Champs pétrolifères Texano, Texas.

Adam aimait cet endroit. Des derricks à perte de vue, l’odeur du pétrole. Des raffineries qui lâchaient de temps en temps des flammes vives… L’influence de son père lui avait permit de trouver se job tranquille, loin de tout, de surveillant. L’extraction du maigre pétrole restant dans ce désert n’était même pas rentable. La biologie, Science du Malin, avait rendu les gisements comme celui-ci inutile. Mais restait la tradition. Et le spectre menaçant du chômage. Les Etats-Unis et surtout les Texan, ne pouvaient pas laisser l’une des fiertés nationales péricliter. Ça aurait plongé la région dans un marasme économique sans précédant. Et puis, il y avait encore quelques personnes assez riches, égocentriques et attachées aux traditions pour réclamer une essence pure, gagnée à la sueur de l’Homme. Grand-père, notamment, avec ses Cadillacs immenses, en consommait de grande quantité. Jamais le vieil homme n’aurait acheté un carburant produit par une forme de vie biomodifiée. Il aimait à répéter qu’il ne fallait pas toucher à ce que le Seigneur avait créé parfait.

Adam plongea son regard bleu acier dans la contemplation d’une flamme, pensant aux dernières paroles de son Grand-Père. Le vieux était malade, mourant malgré les soins coûteux. Il lui avait dit qu’il détestait ce siècle de faiblesse, énumérant les déchéances de leur glorieux pays. Les Etats-Unis, patrie de Dieu, chef de file du monde, n’existait plus. Ils s’essoufflaient, perdaient de son influence… Les Gambler, par exemple. Adam en avait vu quelques uns passer par ici, traquant sans vergogne une proie pour de l’argent et des privilèges. Des hommes rustres, qui jouaient ici aux cow-boys, comme s’ils étaient chez eux. Volant l’emploi des militaires, des policiers. Vivant dans l’insouciance, luxe et la fornication.

Adam les détestait. Quatre cadavres déchiquetés par des explosions minutieusement calculées gisaient quelque-part dans le désert…
« On rêve, signor Angelo ? » déclara soudain une voix. Le contremaître.
« Je fais mon boulot, je surveille. » ronchonna Adam. Il n’aimait pas l’autre.
Un hispanique ou un immigré mexicain, il n’avait pas demandé. Gras, à l’humour lourd (cette manie de l’appeler Angelo depuis que ses cheveux avait repoussé !), fainéant mais toujours prêt à reprendre les autres sur leur boulot.
« Tou avais plutôt l’air d’rêvasser au soleil… »
Et alors. Il ne se passait jamais rien ici. Et ce grassouillet étranger passait bien son temps à arriver en retard ou à picoler au boulot. C’est lui qui méritait un châtiment. Tiens, qu’avait dit Grand-Père, déjà. Ah oui… Qu’il lui faisait entièrement confiance pour sortir le pays du marasme… Oui… Châtier les infidèles, les mécréants… Punir au nom de Dieu. Purifier ce pays par les flammes…
« Houlà, tou m’fais les gros yeux, Angelo ? J’taquinais juste ! »
Il y avait une cuve pleine, non loin de là. Il étais peut être temps de faire comprendre à l’Amérique qu’elle avait suscité le courroux divin, par sa mollesse paresseuse. Autant qu’un parasite comme ce contremaître basané montre la voie…

« Et maintenant, des nouvelles du Texas… »
« Le gigantesque incendie ravageant les derniers puits de pétroles texans continue de s’étendre, malgré la lutte courageuse des pompiers et des services publics. Le gouverneurs à d’ors et déjà sollicité l’aide de l’armée pour contenir le sinistre. »
« On assiste là sans doute à la fin d’une de nos plus ancienne industrie…Le gouvernement ayant déjà fait savoir que les puits détruits ne serait pas reconstruit… »
« Sans parler de la catastrophe écologique. Les Industries Morgenstern ont fait savoir qu’elles allaient proposer au gouvernement… »

San Francisco. Maintenant.

« Vous voulez que je vous accompagne ? »
« Non. Connaissant le personnage, il n’apprécierait pas ta compagnie… Prépare plutôt le jet pour un vol longue distance. Nous irons rejoindre Terre, en Alaska, après que j’aie fini ici… »
« Comme vous voulez, boss… Et c’est quoi ce truc ? Jamais vu une épée comme ça… »
« Ce n’est pas qu’une simple épée. C’est une épée magique… » Zach renonça à comprendre ce que voulait dire par là son chef. Ne pas tenter de le comprendre quand il souriait comme ça…
« Il vous laissent passer la douane avec ça ? »
« J’ai mes méthodes… » déclara son chef, avec un sourire très inquiétant. « Soit prêt quand même à décoller en urgence… » ++++ Adam pénétra dans le poste de sapeur-pompier pour y chercher son uniforme. Pas de bol, Mary était là. Grande, lascive, féline mais pourtant musclée, la jeune femme l’énervait au plus haut point. Catin. Pécheresse. Exhibitionniste. Comme lui, elle était nouvelle dans la brigade. Arrivée même après lui, elle n’avait pas caché son attirance pour le sculptural jeune homme à l’allure d’ange… Profitant de la promiscuité de la vie de caserne, elle avait tous fait pour le séduire, n’hésitant pas à lui montrer inopportunément ses charmes dans les vestiaires… Mais elle allait se lasser devant son manque de réaction. Des rumeurs sur la sexualité d’Adam courraient déjà en réponse à ce refus… Pervers concupiscents. S’il pouvait tous… Bah. Il allait bientôt changer de brigade, de toute façon. Il ne restait jamais longtemps au même endroit…

« Tu vas où, en uniforme ? » demanda l’irritante jeune femme.
« On m’a demandé d’inspecter la sécurité anti-incendie d’un casino…Encore. »
« Ils nous exploitent vraiment…Faut dire qu’en ce moment, avec tous ces actes criminels… » commenta la jeune pompier en lui lançant un drôle de regard.
Aïe. Ses actes de purifications commençaient à trop faire parler d’eux. Jeune fouineuse impie !
« C’est pour ça qu’il faut que j’y aille. Pas besoin de m’accompagner. » répondit Adam, froidement.
« Fais gaffe de pas te brûler les cheveux ! » salua la jeune femme. « Et les ailes… »
C’était l’agaçante plaisanterie qui courrait en ce moment dans la brigade, pour se moquer de son obstination à garder les cheveux longs…

San Francisco, ville de la luxure, de la débauche. Le ciel autrefois pollué était couvert par les ptérophytes qui filtraient l’air et adoucissaient le soleil ardent. Et accessoirement servait de support à d’astucieux holoprojecteurs publicitaires vantant des établissements de perdition. Adam avait décidé, après le Texas, de commencer la purification par cette ville. Déjà de nombreux casino, maisons closes et hôtel de péchés avaient été sanctionnées par la justice des flammes divines. Sa nouvelle cible frapperait encore plus fort les imaginations. Il s’agissait d’un luxueux casino, copie quasiment exacte de la Basilique Saint Pierre de Rome. Adam détestait les gens qui se moquaient ainsi de la religion. Tout ça pour le profil. Ils allaient sentir le déplaisir divin. Ils allaient rôtir dans les flammes de l’enfer ! Le spectacle serait grandiose…

Il était déjà venu en repérage, en tant que client, et avait même déjà dissimuler des charges et du combustible semi-solide. C’était son nom qui avait ouvert les portes. Loué soit le Seigneur, ils ignoraient qu’il avait coupé les ponts avec sa famille après la mort de Grand-Père. Cette fois, il se présenta sous l’identité d’emprunt du pompier qu’il avait sacrifié. Au vu des récents et inquiétants incidents, il n’eut aucun mal à se faire ouvrir les portes pour une inspection. Bien vite, on l’oublia, le laissant mener à bien sa morne tache… Avec sa formation militaire, il n’eut aucun mal à placer discrètement ses explosifs quasiment indétectables. Se serait un sacré feu d’artifice…

Soudain, un canon froid s’appuya sur sa nuque alors qu’il plaçait la dernière bombe incendiaire.
« Plus un geste, monsieur le pyromane… » laissa tomber une voix froide. Une voix connue. « Retourne-toi doucement, que je vois tes mains… »
Il obéit à regret. Mary. Bardée d’armes et d’équipement menaçant. La salope était une Gambler !
« Mais que… »
« Vous êtes en état d’arrestation, Adam Standford-Beacley III. Une prime a été mise sur votre tête auprès d’Interpol. Suivez moi bien gentiment…Oh merde ! »
Elle venait de comprendre ce qu’il avait dans la main. Un détonateur à distance.
« Ce foutus truc m’avez pourtant assuré que vous n’aviez pas d’arme ! » gémit la Gambler , maudissant son scanner portable.
« Equipement militaire, bénit soit le Seigneur…Nous sommes dans une impasse. »

« Pas si vite, mon Ange ! C’est qu’un détail. Qui ira le plus vite de nous deux, à votre avis ? Votre putain d’index d’assassin pyromane ou mes balles ? »
« Prête à parier, Gambler ? » « _ Bien sur ! Mais vous ? Vous êtes prêt à vous sacrifier pour votre folie ? »
« Dieu guide mes pas. J’ai confiance en la volonté du Seigneur, il m’aidera… »
« Ou à défaut, un de ses représentants… » lança une voix joyeuse.
Une lame noirâtre trancha le bras armé de Mary, la faisant hurler de douleur. Elle se retourna, tout de même prête à combattre. La lame plongea vers son cœur, s’enflammant au passage. La jeune femme mourut, le corps transperçait par la lame brûlante. Sa dernière vision fut le sourire joyeux du jeune homme qui l’avait embroché sans scrupules.
« Je propose qu’on sorte d’ici. Son cri va nécessairement attirer du monde. »
« Bien. » fit Adam. Il ne savait quoi pensait de l’inconnu, un jeune homme, en apparence plus jeune que lui. Il portait un long manteau beige et un smoking blanc de bonne qualité.
Ainsi qu’un bandana ornée d’un symbole démoniaque. Un sataniste ? En blanc ? En tout cas, il l’avait aidé… Et ne semblait pas vouloir le dénoncer. Etait-ce vraiment un envoyé du Seigneur ?

Ils ressortirent promptement de l’établissement de débauche. Dès qu’ils furent hors de porté, Adam déclencha l’explosion. Au moins sa mission divine avait été accomplie. Le mystérieux jeune homme le conduisit jusqu’à un promontoire où ils purent admirer la reconstitution de la Basilique se consumait dans les flammes du courroux divins.
« Je peux voir votre arme ? » demanda Adam, tandis que l’autre posait un regard attendrit sur le brasier.
« Bien sûr. Elle est d’ailleurs pour vous, un cadeau. »
Adam tiqua mais saisit néanmoins l’arme noire pour l’examiner. Un astucieux mécanisme vaporisait un gel combustible sur la lame, à la demande de l’utilisateur. Une arme baroque, symbolique. Bizarre. Elle semblait être faite sur mesure pour lui.
« Qui êtes vous ? Que me voulez-vous ? »

« On me nomme Mr.Heaven. Ce que je veux est simple. Vous aider. D’ailleurs j’ai déjà commencé… »
Adam tiqua à nouveau devant l’étrange pseudonyme. Il n’aimait pas qu’on ce moque de Dieu et de la religions. Mais après tout, il s’appelait bien Adam, lui…
« Pourquoi ? »
« Parce que je veux vous guider. Vous voulez bien débarrasser ce monde de la pourriture, le purifier dans le feu pour créer un avenir nouveau, meilleur, emplis de la Vrai Foi ? C’est un noble but, mais vous n’y arriverait pas comme ça… »
« Qu’est-ce que vous en savez ? »
« Allons ! Ce n’est pas quelques puits de pétrole ou quelques casinos impies volatilisés dans l’ardente poigne du vengeur qui changeront quoi que ce soit ! Non, il faut voir bien plus grand ! Rendez-vous compte : vous êtes Elu par Dieu pour accomplir une quête, un croisade contre les forces chthoniennes ! »
Le regard de l’inconnu briller de la fièvre de la passion. Adam sentait une part de vérité dans ses paroles.

Il eut honte. Il s’était attaqué, par lâcheté, par idiotie, à de pauvres symboles. Il restait dans le monde tant de mal et d’incroyants à châtier…Il avait choisit la facilité. Et cet inconnu qui l’avait sauvé le lui faisait cruellement remarquer.
« Que voulez-vous exactement ? »
« Je vous l’ai dit : je souhaite vous aider. Pour que vous passiez à la vitesse supérieure. Les Etats-Unis, même s’ils ont longtemps servit Dieu, s’en sont peu à peu détourné. Il faut certes les remettre sur le chemin de la Vérité… Mais le monde entier et dans ce cas. Alors que vous vous escrimez contre de pathétique construction du vice humain, les islamistes, les athées et les impies se répandent dans le monde ! J’aimerai que vous portiez le courroux divin non pas dans plusieurs Etats, mais dans plusieurs pays ! Le monde doit comprendre le déplaisir de Dieu ! »
Oui, oui, il voyait maintenant, il avait été si égoïste en ne voulant que sauvé son pays… Il avait été faire la guerre là bas, chez les infidèles. Il savait comment ils endoctrinaient leurs troupes, leurs terroristes, leurs kamikazes… Il n’y avait plus de croisée pour les punir, pour faire front. Voilà où était le danger !

Il se sentait fiévreux, à la fois excité et honteux de n’avoir pas pleinement pris pleine mesure de sa mission divine.
« Que dois-je faire, Ô Prophète ? »
« Moi, prophète ? Ce serait bien me flatter. Je ne puis me targuer de ce titre…Je suis un simple conseiller, un soutien. Adam, j’aimerais que tu continues ton œuvre purificatrice, autant ici que dans le monde. Tous devront crainte le poigne impitoyable du Seigneur et les flammes de l’Enfer. Pour ce faire, je te fournirais tout ce dont tu as besoin : armes, explosifs, papiers d’identité, produits chimiques… C’est toi qui a une mission, je ne suis qu’un simple soutien… »
Quelle modestie, quelle grandeur d’âme visionnaire ! Cet homme au visage rayonnant de pureté, d’innocence, était visiblement inspiré par Dieu ! Adam devait lui vouer sa vie. Ensemble ils jetterait à bas la société corrompue et érigerais l’Empire de Dieu ! Adam s’agenouilla et embrassa la main de son sauveur, comme s’il s’agissait d’un Pape.

« J’ai encore quelques cadeau. Voici déjà une nouvelle identité, comme tu le sais déjà, Interpol a un contrat sur ta tête…Tu as un beau visage, se serait dommage d’en changer. Bah…Je vais me débrouiller pour faire annuler ce contrat…Suis moi. »
« Où allons-nous ? »
« Alaska. Dans une base militaire. Désolé, c’était la seule que nous pouvions prendre sans trop de casse… On a des implants militaires à réactiver pour toi…Un Chevalier de Dieu se doit d’être armé… » « J’accepterai toute souffrance pour ma mission ! Tiens, qu’est-ce que c’est ? »
Adam, qui fouillait dans ses nouveaux papiers d’identités, venait de découvrir un lecteur de puce et une carte de visite étrange. Elle était ornée d’un pentacle doré entourant un idéogramme chinois. Feu.
« Enclenche le lecteur, c’est mon dernier cadeau… »
« Je n’aime pas le symbole sur la carte et sur votre bandeau. Ça fait… sataniste. » déclara Adam, mal à l’aise.

« Hmm… Les Juifs ont un hexagramme. Cela représente une double trinité, l’union de la Terre et du Ciel, de l’Infini et du Fini, de Dieu et des Hommes. Mais ils ont fauté, comme tout les humains… Aussi ai-je retiré une branche au symbole, pour ne pas oublier, pour nous rappeler que la perfection est seulement divine… »
« Je vois… »
Il se replongea sur le lecteur, insérant une puce tendue par Heaven. Une image se forma. Visiblement une vidéo de surveillance. On y voyait un homme assez âgé, massif, inquiétant, qui progressait parmi les cadavres. Il portait…Oh !
« Mais c’est… »
« Oui, une ogive nucléaire. Magnifique feu de joie en perspective, non ? Cadeau ! »
Adam sourit, les yeux brillants. Ceux qui avait fauté en mangeant le Fruit de la Connaissance allait être punis par leurs plus destructrice réalisation…

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