Invocation
MageGaHell Aerth
Aerth, récits fantastiques
1 commentaire     T T T  
Etrop Al

Etrop Al

(Divers - PLC 2007 - 10/11/2007)

World Change H-88658.

"Tu vas voir Julien, tu vas t’éclater ! Je te vois bien en Paladin..." murmura Frank. Julien sourit, essayant de paraître vaguement intéressé. Il devait participer à ce "jeu de rôles". Cela semblait être une des distractions favorites de ses grosses têtes de copains. Ça, le net et les jeux vidéo. Et d’autres trucs de geeks sans grand intérêt. Intérieurement, Julien se demanda se qu’il faisait là.

Oh, il avait bien des réponses, mais elles étaient... un peu déplaisantes. Elles révélaient un pan de sa personnalité qu’il n’était pas sûr d’aimer... D’abord, il y avait l’acceptation des desiderata de (son Père) ses parents. Il l’avait "encouragé" à choisir la voie scientifique. Le Bac Scientifique était pour l’élite, ouvrait tous les métiers, toutes les fac, était demandé par les employeurs, etc. Lui, il aimait plus la finance, le contact avec les gens. Le management et l’économie l’attiraient. Cela fit même plaisir à son père lorsqu’il s’en ouvrit à lui. Mais pas question de dévier de la "voie royale". Il était obligé de se farcir deux ans de boutonneux. Cependant, Julien avait finit par y découvrir un intérêt inattendu. Oh, la compagnie des "grosses têtes" n’était pas la plus plaisante (il avait les écho de fêtes à la limite de l’orgie de ses collègues d’autres sections), mais elle avait beaucoup d’intérêt. Ces gens étaient avides de contact. D’amis.

Et ces gens regorgeaient de talents plus ou moins utiles qu’ils gaspillaient en solitaire. Grâce à eux, Julien avait une connaissance très développée d’Internet, des sites web, du référencement, des mailings, de la sécurité. Ils lui enseignaient tout ça. Gratuitement ! Ses camarades de classes étaient aussi forts utiles en cas de problèmes techniques. Portable bloqué ? Ordinateur en rade ? Lecteur de DVD à dézoner ? Pas de soucis. Un vivier de spécialistes. En bref, Julien se remplissait un carnet de contacts utiles pour le futur. Voilà pourquoi il devait subir leurs loisirs étranges et anecdotiques. Il était "le gars sympa toujours prêt à déconner avec les potes". Un beau rôle. Tiens, pendant que son esprit vagabondait, ces "rôlistes" étaient partis dans un de leur éternel et stupide débat stérile.
"Oui, mais Starwars D6..."
"C’est nul Starwars, ça manque de réalisme..."
"C’est de la Science Fantasy, pas besoin de cherche le réalisme à tout prix..."
"Mais des sons dans l’espace ! Et des sabres-laser ! Un laser, ça s’arrête pas comme ça au bout d’un mètre..." Et blablabla... Bizarre cette manie de disséquer et critiquer des pans entiers de leur propre culture.
"...Et pourtant... Je me demande..." murmura une petite voix à coté de Julien. Son voisin, un petit gros qu’on lui avait présenté comme Joshua Remier, petit frère du meneur du jeu, se mit à écrire. Il n’avait que peu parlé, mais à chaque fois avec une intelligence profonde, faisant oublier la différence d’âge avec ses aînés. Julien se pencha pour voir ce qu’il notait. Des formules mathématiques et des dessins.
"C’est quoi ?" osa-t-il demander à voix basse alors que le "débat" se poursuivait sur les pistolasers.
"Oh...euh... Je me demandais si avec un champ magnétique approprié on pourrait courber la lumière laser. Si on fait une sorte de boucle, on devrait pouvoir obtenir un sabre laser honorable, non ? L’ennuie, c’est la puissance et le façonnage du champs...Hummm..."

Quelques-mois plus tard, le jeune Joshua se retrouva à passer le bac avec Julien. Avec quelques années d’avance. Il réussit bien mieux que son frère aîné et Julien. Le jeune adolescent fut fort déçu que Julien ne puisse le suivre à la faculté de Physique. On s’amusait tellement avec Julien...

World Change H-36972.

"Magitech ?"
"Ouais, Julien, c’est un super nom ! Ensemble, on va réaliser des miracles !" s’exclama Joshua.
"Où faire exploser des tas de trucs, dont mon capital de départ... Mais soit, je n’ai pas les moyens d’embaucher un publicitaire pour trouver un nom pour la boite..."
"Des explosions... Y’en a eu qu’une d’abord. Et aucune durant ma thèse. Mes calculs sont toujours fiables, c’est le matériel qui a du mal à suivre..."
"Bon, j’ai contacté une ingénieur très doué. L’as des as. Une femme. Tu vas l’adorer. Elle a pour devise : rien n’est impossible si le plan est bien conçut et si rien dans la théorie ne l’interdit. Tous le monde la déteste."
"Pourquoi tu l’embauches alors ?"
"Tous le monde la déteste parce que c’est une insupportable vieille chieuse collé-monté, mais surtout c’est parce qu’elle a toujours raison. Elle va me coûter un pont d’or, mais si elle arrive à réaliser ton truc quantique..."
"Mon pontage quantique. De quoi améliorer de 20% la vitesse de tous les processeurs, en théorie."
"Si une personne peut réaliser ça, c’est cette Hélène Vaughan".

World Change H-20559.

"Tu peux répéter !?!"
"Et bien, l’irrégularité quantique, la mesure aberrante dans le transfert électronique du..."
"Non, la fin !"
"... Et bien, je pense l’avoir reproduit et le décalage indique que l’électron a été... déplacé."
"Téléporté ! Tu as dit téléporté !"
"Oui, on pourrait le décrire comme ça."
"C’est reproductible ?"
"...Oui. Et, même s’il faut que je revoie la formule, je pense qu’on peut l’appliquer aux atomes. Et aux molécules. A tout, en fait... Enfin, à tout ce qui à une masse, car il faut que..."
"Attends, attends... Tu veux dire que la téléportation, le voyage instantané sont possibles ? Comme dans Star Trek ?"
"Oh non..."
"Ouf..."
"Dans Star Trek, on dirait de la démolécularisation/remolécularisation. C’est bien trop complexe. Là, il s’agit plus d’un... décalage. Comme... Le franchissement d’une porte. On est sur le seuil, on fait un pas, on est dehors. Ou dedans. Enfin, tu vois le truc."
"Pas vraiment, mais..."
"Ah, j’ai trouvé l’analogie. Star Gate, pas Star Trek !"
"Hum ? J’suis perdu Joshua... Tu veux dire que tu serais capable de fabriquer une sorte de... Porte des étoiles ?"
"Fabriquer, fabriquer... ça serait bien, hein ? Mais oui, ma petite expérience va dans ce sens là. On passe un pont de singularité, on subit un décalage d’un paramètre espace-temp et..."
"Vraiment, c’est faisable ?"
"Bon sang, oui, je crois. Je dois encore retravailler les équations, mais ça semble fonctionner... Bon, je sais pas si niveau énergie ça ne va pas être gourmand..."
"C’était trop beau... Il va falloir l’énergie d’une nova, c’est ça ?"
"Oh non, si j’en crois mes calculs, le transport en lui même ne coûte rien. C’est établir le... pont ? La porte. Là, plus elle est importante, plus l’énergie sera importante. Et continuellement consommée..." Julien réfléchit. Souvent il amenait Joshua au restaurant, pour parler de ces travaux. Un vrai gouffre financier pour la Magitech, mais de temps en temps, il sortait une bonne idée. Le brevet sur les "Magibooster" de processeur, par exemple... Mais là… Délire ? Folie ? Ou... folle opportunité. Julien saisit son portable.
"Hélène. On est au troquet en bas du bureau. Je sais que vous n’aimez pas ça, mais pouvez-vous nous rejoindre. Avec un PC. Et je vous assure déjà que ni moi ni Joshua n’avons bu."

World Change H-9943.

"Ça fonctionne."
Hélène avait presque l’air dépité en annonçant ça.
"Vous voyez, ma théorie était juste..." se rengorgea Joshua en contemplant le monstrueux amas de fils et de machines.
"Que suis-je sensé voir exactement ?" demanda Julien. Pour l’instant, le patron de la Magitech n’avait vu que des listing d’ordinateur, des graphiques incompréhensible et des "vues retravaillées par ordinateurs" de phénomènes quantiques dont il était bien incapable de retenir ne serait-ce que le nom.
"Ah oui, ce n’est pas très parlant... Un instant..."

Hélène actionna plusieurs leviers et interrupteurs et l’un des plus gros appareils s’ouvrit comme un monstrueux coquillage, libérant une vapeur glacée dans la salle blanche. Une fois celle-ci dissipée, l’ingénieur écarta prudemment une énorme masse de câbles et de sondes. Au centre, un petit rectangle noir relié à de biscornus appareillages.
"Voici notre porte des étoiles !" s’enthousiasma Joshua. "Merveilleux, non ?"
"Ce truc noir de trois centimètres de coté ?"
"Quatre virgule sept, en fait, c’est le plus gros cristal..."
"Mais c’est minuscule !"
"La fabrication d’un cristal plus gros prend du temps... Je pense même qu’il ne peut se réaliser qu’en apesanteur afin d’avoir l’organisation voulue et..."
"C’est quand même minuscule..." Soudain, un bout de bois jaillit du carré d’un noir opaque, faisant sursauter Julien.

"C’est quoi ça !?!" Un rire étouffé fusa, venant de la pièce d’à coté.
"Nos techniciens qui s’amusent, patron... C’est si... magique ! La Porte peut tout transmettre. Une fois les deux systèmes liés, on peut tout transmettre, tant que cela à une masse..."
"Et si les systèmes ne sont pas... liés ?"
"Euhhh... Bonne question. Je pense que la matière est... perdue... Oh, elle reviendra... Mais sûrement par un trou blanc quelque-part dans l’univers..."
"Génial... Y’a intérêt à ce que vous ne vous plantiez pas dans votre... liaison."
"Normalement, pas de risque. C’est comme donner une adresse IP à..."
"Oui, oui, oui... Bon, est-ce que l’on pourra un jour téléporter des gens ? Des plus gros qu’un farfadet ?"
"Pas de problème. Il suffit juste d’un cristal plus gros et de... plus d’énergie."

"J’ai obtenu un nouveau réacteur, pour ça..."
"Et... Bon sang Julien, ça va bien plus loin que la téléportation payante qu’on avait envisagée. Un réseau est possible ! On pourrait également envoyer des fusées avec des Portes sur d’autres planètes, dans les étoiles ! Mon dieu, ce truc nous ouvre l’Univers !"
"Je viens de songer à une autre utilisation, suite à la remarque de Julien." intervint alors Hélène. "Nous pourrions utiliser une Porte désaccordée pour nous débarrasser de nos déchets toxiques. Non. De toutes sortes de déchets. Quel meilleur recyclage que la décomposition en particules élémentaires ?"
"Oh oui ! Oh oui !" s’esclaffa Joshua. "Les Chiottes des Grands Anciens !"
"Hein ?"

World Change H-1786.

"Tout semble en bonne voie et les derniers tests on été concluants..." termina Hélène.
"Merci pour ce... euh... brillant rapport technique." balbutia Julien. Il n’avait pas compris grand chose à part que tout marchait comme sur des roulettes. La fortune et la gloire étaient à deux pas !
"Point suivant... Logo et marque déposés..." annonça son assistante.
"Bien. Alors, qu’avons-nous là ? Que nous a pondu le service marketing pour justifier son salaire ?"
"Pour le nom, nous avons voulu faire simple et efficace. Nous vous proposons : Distran, Gate, Warper"
"Houlà, ils se sont pas foulé..." ricana Joshua à mi-voix.
"Distran ?"
"Une référence à un livre de science-fiction fort connu, monsieur. Très cultivé, très futuriste, on comblera les amateurs de SF... Je pense que nous pouvons obtenir des ayant droit un..."
"Mouaip... Je n’aime pas Warper... Trop anglais... Pareil pour Gate."
"Gate est très évocateur, très explicite. Cela incite à l’imagination... Et il faut penser à l’international."
"Hummm... Pourquoi pas... Ah, je n’ai jamais été doué pour les noms. Joshua ?"
"Je n’ai pas d’avis. Gate... C’est brevetable, comme nom ? On risque pas d’ennuie avec Bill Gates par exemple ?"
"Nous parlons là d’un homme qui a fait breveté le mot Windows... C’est plutôt un bel exemple."
"Eh ! Ça, ça me plait comme argument !" s’exclama Julien, rigolard. "Allez, on prend Gate. On ne va pas y passer la journée... C’est simple et je suis sûr que nos publicistes vont pouvoir nous trouver une bonne campagne avec ça !"
"Bon... Passons alors aux logos. Voici le set que nous avons réalisé pour Gate..."
"Je me demande combien seront inspirés de StarGate..." se gaussa Joshua
"Si tu ne laissais pas traîner tes bouquins pour ado retardé partout, aussi..." lui souffla Hélène.

World Change, H-18.
Julien Mignard avait normalement fini sa journée. Une bonne et épuisante journée de labeur. Un stress et une excitation sans pareille avaient rythmé la semaine, croissant chaque jour, chaque heure qui les rapprochaient de la conférence du lendemain. L’excitation battait ses tempes, ses mains tremblaient devant l’écran de son ordinateur. Un mal de crâne et des papillonnements lumineux indiquaient au patron de la Magitech qu’il devait se coucher. Et qu’il avait abusé du café, de l’alcool et de ses merveilleuses petites pilules anti-fatigue prescrites par le complaisant (et subordonnée) médecin de l’entreprise. Et il faut dire que le soleil (enfin de retour après six mois de grisailles qu’on appelait pompeusement printemps), avait frappé tout l’après-midi sur la magnifique mais cuisante verrière de son bureau.

L’astre du jour s’étant enfin (déjà !) couché, Julien actionna la commande fatiguée qui relevait les stores. La verrière, si maudite en été depuis des années, l’immeuble si mal orienté n’avait qu’un but : lui permettre d’avoir une lointaine mais imprenable vue sur les barres d’immeubles d’affaires alentours. Il avait loué ces bureaux pour une bouchée de pain, tant ils étaient vétustes (hormis leur design de verre, très tendance) et mal conçus. Glacière en hiver, fournaise en été. Le loyer plus que décent pour la capitale compensait à peine l’inconfort et la facture d’électricité des climatiseurs toujours en panne. Cela allait beaucoup mieux depuis qu’il avait passé le deal avec la Matsumiya Industrie et qu’il avait obtenu (pas vraiment illégalement, pas vraiment légalement, une belle zone grise) l’usage d’un des merveilleux prototypes de micro-surgénérateurs à neutrons rapides pour les labos (quoique que cela puisse être. Tout ce que Julien en savait, c’était qu’il s’agissait d’une source d’énergie expérimentale, atrocement dispendieuse mais effroyablement productrice).

Le patron actionna une touche, affichant sur l’écran de son ordinateur les vues des caméras de sécurité. Les labos. La manne céleste. Le Grand Plan. Derrière ces bulbes blanchâtres, ces blockhaus anodins, se trouvait le futur. Véritable gouffre financier, ils avaient saigné à blanc la Magitech. Demain, ils allaient changer le futur. Demain, ils allaient faire entrer son nom dans l’Histoire. Et son compte en banque.

Julien s’approcha de la verrière, qui malgré l’heure tardive rayonnait encore de la chaleur accumulée. Dans le lointain, il contempla quelques magnifiques tours modernes de la haute-finance mondiale. Demain, métaphoriquement, il abattrait ces tours. Demain, la bourse ne serait plus qu’un jouet entre ses doigts. Son regard dériva, devinant plus que lisant les noms de ses futurs (et déjà morts) concurrents. Les néons et logos illuminés des grandes compagnies de transport dansèrent dans son imagination. Il imaginait déjà les suicides, les faillites, le choc qui allait ébranler tous ces gens.

Un sourire torve défigura le patron au physique quelconque. Trentenaire (enfin... à 37 ans, était-on encore trentenaire ?), il avait un physique prématurément vieilli par les soucis et sa quête insatiable d’argent. Les cheveux blancs étaient nombreux, mais il les arborait comme autant de médailles. Sa compagnie avait survécu. Son plan allait enfin se réaliser. Il repensa à toutes les trahisons, tous les coups fourrés et toutes les magouilles qu’il avait dû utiliser pour garder à flot son entreprise et financer le Projet. Un sentiment de fierté l’envahit et il savoura longuement son triomphe, se versant déraisonnablement un nouveau verre de scotch.

La ville était illuminée, superbe, écrin de diamant. Il voyait danser langoureusement les phares des véhicules avançant lentement sur le périphérique surchargé. Le ronron des trains de banlieue qui passaient bien trop près des labos au goût de ses chercheurs le berçait... Dans le ciel sans étoile (on était en ville, après tout), il repéra les clignotements d’une dizaine d’avions en phase d’approche et quelques hélicoptères d’intervention d’urgence. Souriant comme un requin, il songea que demain, tout cela allait changer. Pendant de longues minutes alcoolisées, il se délecta de sa vision du futur, de l’humiliation de concurrents qui ne le connaissaient même pas, qui n’avaient jamais porté la moindre attention à sa modeste entreprise. Sentiment grisant de triomphe. Puis en contemplant la masse des transport de la citée, il en vint à songer aux métiers qu’il allait briser, à l’économie qu’il allait déstabiliser. Si tout se passait comme prévu, il ébranlerait même le fondement des Nations.

La joie infâme du triomphe sadique vira à un sentiment doux-amer. Pour la première fois, Julien hésitait. Devait-il changer le monde ? Annuler le Projet serait fatal pour sa société, mais n’aurait aucune conséquence pour la société, pour l’humanité... Devait-il tout risquer, tout balayer pour un fantasme ? Pour l’argent ? Il se savait avide, tant de fortune que de gloire, mais cela valait-il vraiment le coup ? Pendant quelques minutes, son verre vide à la main, il hésita. Non. Oui. Son sous-costume coûteux, sous ses airs de terne gratte-papier, Julien était avide d’aventure. Il allait le faire. A fond, comme toujours, comme on l’enseignait aux jeunes loups aux dents longues à l’école de commerce. Tuer ou être tué. Il allait faire un carnage dans l’impitoyable faune du pouvoir. La morale, l’appréhension, la peur ne devait pas l’arrêter. Son but transcendait même ses propres aspirations. Il allait marquer l’Histoire de l’Humanité au fer rouge. Tant pis si cela faisait mal. Aux autres. Il s’éloigna de la verrière. Son choix était fait. Ne plus jamais hésiter. D’ailleurs...

Son doigt fin enclencha une touche de l’interphone.
"Carole ? Prévenez ma femme que je dormirai une fois de plus au bureau. Et commandez quelque-chose à manger. Du japonais. Pour vous aussi, je vous invite." Au diable la morale, au diable l’avarice, au diable les scrupules. Demain, il aurait le pouvoir et l’argent. Il pouvait tout faire. Faire ce qu’il n’avait jamais osé. Il sourit. Un de ces sourires qui vous faisait frissonner et rechercher dans quelle main était le poignard. Il se demanda à partir de combien de milliers d’euros elle s’abstiendrait de porter plainte pour harcèlement sexuel...

World Change H-11

Thomas s’ennuyait profondément. Il avait perdu à la courte-paille et c’était lui qui restait dans le labo cette nuit. La dernière nuit. Stupide. Il savait qu’aucun de ses collègues ne pourrait dormir avant la fin de la conférence de demain. Mais c’était lui, pauvre analyste-programmeur, qui restait à veiller dans le mausolée. Pari stupide du pot célébrant par avance la victoire. Soupirant, le jeune homme se laissa tomber dans la confortable chaise de son chef de l’Unité de Gestion Informatisé de l’Energie. Par lassitude plus que par conscience professionnelle, il lança les programmes de diagnostics et de surveillance. De longues minutes s’écoulèrent, rythmées par les grésillements des disques durs, par les souffles des ventilateurs des super-processeurs soudainement sollicités. Rien, évidemment. Pas même un petit bug. Les japonais avaient fait un bon boulot, leur truc nucléaire balançait à l’immeuble pléthore d’énergie sans le moindre heurt.

Les chiffres dansèrent, déclarant que la puissance était là, utilisée à 89.99997% par le Prototype Commercial Actif 1, à 10.000001 par le Prototype Test 17 et à ce qui restait par les labos, les systèmes de refroidissement et la tour des cols-blancs. Il passa au second moniteur, dont il ne comprenait pas les chiffres ni tous les graphes. Mais les indicateurs étaient au vert, signe de bonne santé des Trucsbidules hypermagnétiques plongés dans l’azote liquide. La température était ok, les chiffres étaient ok et l’alarme "fuyez ça va vous péter à la gueule" restait silencieuse. Thomas avait tenté de vaguement de comprendre de quoi parlaient les scientifiques. Après tout, il avait fini major de son école d’ingénieurs et s’était toujours intéressé aux sciences. Mais là, il était complètement largué.

Vexé, il avait codé des programmes et des interfaces les plus imbittables possibles afin que ces grands cerveaux doivent se rabaisser à lui demander de l’aide pour quelques anodines opérations. Ah, le plaisir de lâcher un "Mais c’est pourtant évident, il suffit de partir de l’exemple de la doc’ technique et d’adapter un peu. Bon, il faut recompiler le Kernel après l’installation de ces paquets..." à un multi-doctorant valait bien quelques engueulades du chef de projet. En tout cas, même s’il ne comprenait rien à la théorie et aux principes mis en jeu, il pouvait sans mal voir le résultat.
En trois mots : "Ouaaah, la vache !".

Maintenant, il comprenait son salaire mirifique et toutes ses clauses de confidentialité. Depuis qu’il avait vu le Prototype Test fonctionner, il avait de plus en plus de mal à se retenir de tout divulguer sur le net et à ses amis. Mais ceux-ci l’auraient-ils cru ? Pas sûr... Bah, de toute manière, il n’avait aucune envie de risquer la colère de ses patrons. Thomas avait lâché quelques commentaires sibyllins sur des forums qu’il fréquentait... Et dès le lendemain, les cyber-flics de la boite lui étaient tombé sur le râble. Blâme, retenue de salaire, sermon... A un moment, il s’était même demandé s’il ne finirait pas avec un bloc de béton au pied.

Mais le Projet était en phase terminale et ils avaient encore besoin de lui. Et pour rien au monde Thomas ne voulait faire capoter le Projet. Ne pouvant résister, il bascula les interrupteurs principaux. Lentement, majestueusement les volets de sécurité plombés se relevèrent. Derrière une épaisse vitre blindée, le Prototype Commercial Actif 1, Section P, apparut dans un clignotement cru de néons. Impressionnant. Monolithique. Bon... Pas trop quand même. Il ne faisait qu’un mètre soixante-cinq de haut à peine, un mètre de large, vingt centimètres d’épaisseur. Thomas était là quand il avait livré ce truc. Un cristal produit dans un laboratoire orbital dans la station expérimentale asiatique. Le coût était faramineux, bien plus que le diamant et l’uranium, pour un poids bien moindre.

D’après ce que Thomas en savait, ce n’était qu’une sorte de verre dopé avec tout un tas de produits rares et d’atomes "perturbées" (c’était un des termes de l’équipe scientifique). Un parallélépipède de verre, lançant des reflets étranges. Maintenant, il était d’un noir absolu. Il n’y avait pas d’autres termes. Ce n’était pas le noir que l’être humain normal connaissait. Pas un noir obtenu par un colorant. Pas le noir d’une nuit sans lune, sans étoile. Pas le noir d’une pièce fermée, sans lumière. Le noir absolu, sans photon. D’après les scientifiques, c’était théoriquement comme la couleur d’un trou noir si bien nommé (enfin, eux, ils disaient "singularité")... Thomas frissonna, son esprit mathématique se perdant dans les chiffres criant la débauche de puissance nécessaire à ce miracle scientifique... Et, insidieusement, par en dessous, ce même esprit s’égarait, murmurant des "et si..." sinistres. Et si l’énergie venait à se couper ? Et si l’alignement des électro-aimants venait à se modifier ? Et si un super-processeur grillait subitement ? Et si... Thomas grogna et détourna le regard du Prototype, pour chasser son sentiment de malaise.
"Et bien si un truc foire, ça fera un sacré trou..." Il évita un moment de penser au truc nucléaire qu’avaient installé leurs associés pour alimenter le prototype.

Mal à l’aise, il tenta un instant de se distraire en vérifiant les caméra de sécurité du labo. Hélène et Joshua étaient encore dans le bâtiment, dans le petit bureau du scientifique. Thomas n’avait aucune envie de parler à la glaciale ingénieur ou au bizarre scientifique. Ses gens n’étaient pas de son monde. Il se dandina un instant sur sa chaise, se demandant s’il allait lancer un film ou un jeu. Pas de net, ici la paranoïa régnait. Mais personne n’avait parlé des clefs USB... Son regard s’arrêta sur le "tableau noir des désastres". Les paris allaient bon train sur les catastrophes possibles lors de la conférence de demain. Une manière pour les scientifiques d’exorciser leurs peurs, sans doute. Thomas savait que seul Joshua comprenait tout ce qui se faisait ici. Hélène n’était qu’un génie avec les machines et malgré son effroyable culture scientifique, même elle ne pouvait suivre les délires du père du Projet.

Il lut la liste presque malgré lui, son esprit fatigué, anxieux se délectant des calamités que pourrait provoquer le Prototype : - Explosion thermonucléaire : 8 votes.
- EMP de grande envergure plongeant la France dans le noir : 4 votes.
- Trou noir dévorant la Terre : 4 votes.
- Passer pour des glands aux yeux du monde entier : 6 votes.
- Cancers à long terme : 8 votes.
- Invasion aliens/êtres d’un autres mondes : 3 votes.
- Petit tas de cendre : 1 votes.
- Décérébrés : 7 votes.

Fichus scientifiques et leur imagination ! Thomas se retourna vers les écrans de contrôle, tentant d’échapper à ses désagréable pensées. Les Prototypes Test avaient fini par fonctionner. Il n’avait qu’une fois plongrt les labo dans le noir. Et une fois provoqué une dépressurisation dans la zone-test. Mais le n°17 était stable et fonctionnel. La démonstration avait été suivie d’une fête épique l’année dernière. Et puis, après tout, s’il avait tout comprit, le Prototype Commercial 1 était déjà actif. Thomas se doutait que le patron et les scientifiques n’oseraient pas risquer ce qu’il appelait une "activation" lors d’une conférence publique. Si le jeune homme avait tout compris, ça impliquait une sorte d’effondrement nucléaire "contrôlé"...

Et voilà, il repensait aux catastrophes... Mais non, bon sang ! Ça fonctionnait ! Pourtant... Pourtant... Le beau cristal exotique s’était changé en maléfique monolithe noir. Comme ces trucs venus d’ailleurs dans les vieux films de SF. L’azote liquide qui baignait les électro-aimants entourant le monolithique Prototype Commercial répandait de sinistres vapeurs blanchâtres. La pièce ressemblait plus à l’antre d’un sinistre magicien, une crypte impie. Le monolithe trônait tel une sombre et énigmatique idole, au centre d’appareillages mystérieux et de vapeurs sûrement délétères...

Thomas frissonna à nouveau, comme si les volutes glaciales pouvaient franchir les murs plombés et la vitre épaisse. Il se sentait épié. Comme si une chose indicible le regardait, le guettait au travers du sombre monolithe. Attendant qu’il s’endorme. Déglutissant, il ralluma les moniteurs de surveillance... Et zut, évidemment les deux scientifiques étaient partis. Il était seul. Les labos étaient donc bouclés pour la nuit.
"Génial... On dirait un mauvais film d’horreur..." Nerveux, il fit un tour dans les couloirs déserts. Mauvaise idée. Ses pas résonnaient étrangement sur le sol ciré. Comme d’habitude, certains néons clignotaient, grésillaient ou tressautaient, créant d’inquiétantes zones d’ombres, décomposant les mouvements... Très vite, Thomas regagna le nid du centre de contrôle. Il but un café, trop vite, sans même y prêter attention. Il fit un tour sur ses programmes illicites, cherchant à se détendre. Un jeu ? Génial, quel choix parfaitement adapté.... Half Life IV Reborn...Mais à quoi pensait-il ?!? Bon... Un film alors... Un truc plein d’action. Thomas lança un navet américain. Pas de scénario, mais des explosions divertissantes. Et PAS nucléaires.

Mais l’informaticien ne put savourer pleinement son film. Il avait refermé les volets métalliques, masquant le monolithe, mais il "sentait" sa présence. Toutes les cinq minutes, il levait nerveusement la tête de son écran vers la vitre aveugle. Toutes les dix minutes, il examinait les écrans de contrôle débitant leurs chiffres rassurants, guettant la moindre anomalie, le moindre changement. Un signe de... quelque chose. La solitude devenait étouffante. Thomas soupira. D’un geste écœuré, il coupa son film sans intérêt.

Encore une patrouille, encore plus brève que la précédente. Retour au centre de contrôle. Cette fois Thomas verrouilla la porte donnant accès au reste des labos. L’horloge murale jetait un éclat sanglant sur les ordinateurs ronronnant. Les chiffres ne semblaient jamais changer. Nerveusement, Thomas s’installa dans son siège. Son regard se fixa sur la porte qui menait à la chambre expérimentale, véritable sas blindé. Pas la moindre vitre. Une épaisseur rassurante, impression renforcée par un imposant digicode et un scanner oculaire. A peine installé, il se releva et éteignit un maximum d’ordinateurs, coupant tous les processus non-vitaux. Les bruissements informatiques décrurent. Parfait... Comme ça, il entendrait mieux, au cas où...

Impossible de se plonger dans un jeu ou un film. Les écrans blafards ne renvoyaient que les chiffres invariablement normaux. Bizarre même qu’il y ait si peu de fluctuations... Une fois encore, Thomas se releva et fit les cents pas dans sa petite pièce confinée, guettant un son, une lumière. Rien. Enfin, rien qu’il perçut... Ronronnement des ventilateurs, des filtres à air. Crépitement des disques-dur, clinc-clinc de ces fichus néons...

Après une longue hésitation, il déclencha à nouveau l’ouverture des volets blindés. Le monolithe sinistre réapparut, parfait, absolu. Véritable brèche dans la réalité. Ce qu’il était, ou presque... Il referma les volets. Vite. D’interminables minutes d’angoisse s’écoulèrent. La colère contre sa propre peur finit par l’emporter. Thomas se leva une énièmes fois. Une inspiration. Il tapa la longue série de chiffre. Un bip déchira le silence, le faisant sursauter. Il déglutit bruyamment et plaça son oeil devant le scanner. Une lumière rouge. Bip. Clac. C’était ouvert, plus qu’à pousser la lourde porte du sas. Pas de pièges, pas de douleur. Pas de rayon laser contrôlé par un IA folle pour l’aveugler. Il poussa la lourde porte. Celle-ci se verrouilla, beaucoup trop vite. C’était normal. Il pouvait à tout moment l’ouvrir avec le code approprié. Prudent, il fit un essai. Aucun souci. Bien. Il lança le cycle du sas, ce soumettant au rituel du purification avant de pénétrer dans le sanctuaire de la techno-idole.

La pièce était glaciale, blanche. Un bruissement silencieux de ventilateurs et de néons (toujours ces trucs ! Qu’est-ce que les gens reprochaient à une bonne lampe ?). Au milieu de la salle aseptisée, la Porte tranchait, tel un accroc noir dans la toile de l’Univers. Fichu truc. Thomas avait vu faire les scientifiques et avait assisté aux essais. Bien forcé, si jamais un superordinateur tombait en carafe durant un test vital où les chiffres étaient tous précédés de Giga ou Terra. Il activa le déploiement d’une passerelle de céramique, passage qui permettait de franchir la mer d’azote et d’aimants.

Un grésillement. Normalement, il devrait déposer tous ses objets métalliques dans un panier avant d’avancer sur la passerelle. Il n’y pensa même pas. Précautionneusement, hésitant, il avança pas à pas, presque religieusement, au dessus des vapeurs blanchâtres. Le monolithe n’eut aucune réaction. Un objet, ce n’était qu’un objet. Il était à deux pas, deux pas le séparant de la noirceur absolu. Et s’il avançait ? Un tentacule, une griffe inhumaine allait-elle jaillir pour l’emporter vers d’insondables ténèbres ? Encore un pas. Tous ses sens aux aguets, guettant la moindre variation dans les sons de la machine.
Rien.

Et maintenant ?
Que se passerait-il s’il franchissait la Porte, le Prototype ? Se retrouverait-il dans un monde inconnu et bizarre dans une galaxie inconnu, un univers lointain ? Se désintégrerait-il ? Disparaîtrait-il sans laisser la moindre trace ? Finirait-il comme un tas de chair informe, horrible présent à son collègue de Yokohama ? Ou bien rejoindrait-il le Japon, finissant décérébré ou fou après avoir franchit le portail maléfique ?
Non.

Le plus probable c’est qu’il atterrisse dans le labo de leurs associés japonais, déclenchant moult alarmes et semant la panique dans le Projet... Thomas se sentit bête. Il haussa les épaules et se détourna. Il essaierait ce truc plus tard. Genre quand un million de personnes l’aurait traversé. Dans les deux sens. Tout en jetant encore des regards nerveux par dessus son épaule, il s’écarta et fit se replier la passerelle. Bon, il allait la finir, cette nuit. Après tout, il aurait une prime pour ça... Il atteignit le sas quand la main griffue se referma sur son épaule...

World Change H-7.

Thomas hurla.
"Bon sang, Thomas ! On vous a demandé de surveiller..."
"Hein ! Quoi ? Hélène !"
"...Et vous pioncer au boulot, laissant les moniteurs sans surveillance. Sauf celui devant lequel vous êtes affalé, qui diffuse le générique d’un programme qui n’a rien à faire là..." L’informaticien ne prêta pas immédiatement attention à l’ingénieur et à son sermon. Son cœur palpitant, il réalisa qu’il était vivant et qu’il n’y avait pas de monstre issu d’un autre espace...
"Oh...Euh... Toutes mes excuses, Hélène..." Il endura encore de longues minutes de remontrance avant de pouvoir s’esquiver vers les toilettes.
"Et prenez un café..." lui ordonna la voix d’Hélène qui le poursuivit jusque dans le couloir. "La longue journée va commencer et vous avez l’air bien pâle..."

L’ingénieur soupira et relança elle-même tous les programmes de diagnostic. Il avait l’air bien nerveux, ce garçon. Et peu fiable. Non-professionnel. Un homme rondouillard, pourtant un t-shirt graisseux "Selputura", entra dans la pièce, une tasse. Non, une chopine de café à la main. Tout en lui hurlait "geek", y comprit les lunettes triple-foyer réparées avec du scotch.
"Un problème, Hélène ? Le p’tit Thomas avait l’air vachement pressé et était tout pâlichon..."
"Je l’ai surpris en pleine sieste, visiblement..."
"Ouais, j’crois avoir entendu ça. On aurait dit le cri d’un chat passé dans une centrifugeuse..."
"Il doit être nerveux, ce garçon."
"Faut dire que rester seul dans ce mausolée, la nuit..." Hélène jeta un oeil désapprobateur au tableau des désastres.
"Oui. Donc si tu pouvais arrêter de laisser traîner tes manuels de rôlistes dégénérés dans la salle de pause..."

World Change H-2.

"Julien, je peux te parler cinq minutes ?" demanda Joshua.
"Maintenant ? J’ai des millions de choses à faire ! La conférence est dans deux heures ! DEUX HEURES ! Bon dieu, que foutent les décorateurs !"
"Euh... Je ne suis pas certain qu’on doive déjà lancer officiellement la Porte. Plus de tests..."
"BON DIEU ! Ne me dit pas que tu as des doutes ! Ça fonctionne ! On a fait tous les tests imaginables ! La mini-Porte de cinq centimètres par laquelle passe nos câbles vers Yokohama depuis six mois ! La Porte prototype, par laquelle on a envoyé au Japon dieu seul sait combien de truc et d’animaux témoins ! Et des volontaires surpayés l’on déjà franchi quatre fois !"
"Oui, oui, je sais, mais en travaillant sur ma formule, j’ai remarqué un point qui..."
"Hélène, ça marche, oui ou non ?"

"Techniquement et du point de vue empirique, la Porte est fonctionnelle. Nous n’avons constaté aucun soucis, tous les tests ont été effectués, les échantillons l’ont tous franchis et sont intacts..."
"Ah ! Tu vois, Joshua ! Je suis sûr que tu as revu la formule de ton machintruc quantique toute la nuit, à cause du stress. La fatigue a pu te jouer des tours..."
"Cependant..." poursuivit Hélène "Les équations de Joshua, servant de base au système de la Porte, ne sont pas pleinement comprises. Ça fonctionne, point. La formule est si complexe que nous utilisons des super-ordinateurs pour n’en calculer que des fragments. Fragments qui sont ensuite rassemblés pour actionner le mécanisme de la porte par un autre super-ordinateur. Nous n’avons jamais eu de vision d’ensemble. Même Joshua n’en a pas vraiment, les calculs et les interactions impliquées dépassent l’esprit humain..."

"Merci Hélène..." balbutia Joshua.
"Et c’est maintenant que vous me dîtes ça ?!? Bon, quel risque ? A quoi dois-je m’attendre dans le tableau des désastres ?"
"Je... je ne sais pas exactement..." ânonna Joshua. "Ce n’est qu’une intuition. Quelques choses... semblent... ne pas coller. Une sorte d’asymétrie bizarre dans les résultats de quelques simulations... Rien de très concret."
"Hélène ?"
"Je n’ai rien constaté de spécial de mon coté. Pour moi tout fonctionne... Honnêtement, si il y avait une erreur dans les équations de bases, nous l’aurions constaté et la porte serait inopérante..."
"Bref, vous n’êtes sûr de rien et vous avez juste un mauvais pressentiment ?"
"Je ne crois pas aux mauvais pressentiments."

"Quel est le risque, au pire ?"
"Je ne crois qu’en deux possibilité : la Porte fonctionne mal et vous tue ou vous perd à jamais dans les limbes. Mais cela ne s’est jamais produit dans aucun test."
"Ok. Désolé Joshua, ce système fonctionne. Si il y a une erreur dans une formule, elle n’influe en rien sur le résultat final. Je ne vais pas décaler le lancement officiel parce que vous avez eut une intuition ou un mauvais rêve."
"Bon, bon, d’accord. Je vais quand même revoir les calcul..."
"Parfait. Si y’a une vraie erreur, prévenez moi avant que je ne passe au mixer."

World Change H-0,1.

"Et nous voici en duplex avec Yokohama !" annonça fièrement Julien, l’œil vif, le costume impeccable, merci la pharmacopée moderne et les larbins. Les invités s’intéressèrent vaguement aux moniteurs, alors que l’homologue de Julien débitait son baratin aux japonais qui assistaient à la même conférence à l’autre bout du monde.
"Je vous présente Takeru-san de la Matsumiya Industrie, nos si brillants partenaires... Vous m’entendez Takeru-san ?"
"Fort et clair, Julien-san. J’étais en train de vous présenter à nos prestigieux invités de Yokohama..."
"Ah, mais j’aimerais les saluer moi-même..." répliqua Julien, jouant le scénario prévu. Vive les rôlistes et les commerciaux aux idées amusantes.

Les invités de la conférence japonaise saluèrent vaguement les caméras qui retransmettaient la conférence en France, par politesse.
"...et en personne." termina Julien avant de passer derrière le rideau de velour rouge qui barrait mystérieusement la scène, comme au théâtre. Quelques instants plus tard, il ressortait de derrière le rideau rouge de Yokohama. "Konichiwa !" lança gaiement le français aux invités asiatiques médusés.
"Je pense que je vais moi même saluer en personne nos invités européens..." lança alors Takeru, l’œil pétillant de malice. Il passa lui aussi derrière le rideau, puis ressorti sur la scène française sous les yeux surpris de la foule. Julien lui fit un signe via la caméra et les écrans géants.

"Que signifie ceci ?!" lança un vieux japonais, l’air vaguement courroucé. "Un tour de magie ?"
"Et oui, messieurs !" clama-t-il "Dans Magitech, il y a magie ! Mais ici nul truc, nulle tricherie... Car dans Magitech, il y aussi Tech..."
"Nous sommes fier de vous présenter le fruit de notre collaboration internationale. Theee Gaaaate !"
Levé de rideau.
Julien et Takeru-san reprirent leur show, passant négligemment au travers du monolithe noir, franchissant instantanément les milliers de kilomètres entre la France et le Japon. Julien servit même un verre de champagne typique à Takeru-san au travers de la Porte. Plus tard, Joshua et Hélène, habillée pour une fois par les meilleurs stylistes parisiens, vinrent apporter le crédit scientifique à l’incroyable démonstration.

Julien, Takeru, Joshua et Hélène se retrouvèrent tous ensemble dans la salle de Yokohama pour recevoir les félicitations des investisseurs de Matsumiya Industrie. Voilà. Il l’avait fait. Il avait changé le monde à jamais. Il avait ouvert l’ère du voyage instantanée, sans soucis, sûr. Il avait donné la liberté et même offert les étoiles à l’humanité
"Notre monde ne sera plus jamais comme avant..."
"Oui. Nous écrivons l’histoire !"
"Nous sommes l’Histoire..."
"Espérons que nous y entrerons comme des héros, des sauveurs et non comme les responsables d’un chaos sans nom..."

"Takeru-san ! Un peu plus d’optimisme !" le gronda Misuki-sama, le grand patron de Matsumiya Industrie. "C’est un grand succès pour nos deux compagnies."
"Bon... La fête est finie. On a quelques heures pour se détendre avant que la meute de journalistes ne rapplique... Que faisons-nous ?"
"Ah, Julien-san, je suis un adepte de tennis. Cela me calme et me maintient en forme." annonça Misuki-sama. "La Matsumiya Industrie a un cours et je serais honoré que vous soyez l’un de mes adversaires."
"Oh... Pourquoi pas. Même si je ne suis pas très doué."
"Pourquoi ne pas faire de double, vu que vous êtes tous là ? Et rassurez-vous, je n’ai jamais joué contre des gauchers, la victoire n’est donc pas acquise."
"Des gauchers ?"
"J’ai remarqué que vous étiez tous gauchers. C’est peut être un signe de grand talent."
"Mais je ne suis pas..." commença Julien. Puis il se tourna vers Joshua et Hélène.
Ils avaient blêmit.

1 commentaire
Un message, un commentaire ?

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)



Qui êtes-vous ? (optionnel)