Invocation
MageGaHell Aerth
Aerth, récits fantastiques
Commentez !     T T T  
Chapitre 6 : Pièges vicieux

Chapitre 6 : Pièges vicieux

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 16/11/2002)

Le groupe de Derym finit par quitter Hillend dans la précipitation, embarquant au passage Ysandre Sombreterre, nouvellement "promue" Paladine errante. La jeune fille apprécia ce début de voyage au parfum de grande aventure. Le trajet mené tambour battant lui permit de faire plus ample connaissance avec les aventuriers qu’elle avait sauvés d’une terrible embuscade...

Lelfe conduisait l’attelage, le dirigeant "à la voix" car Derym, l’apprenti-Druide avait été horrifié par les mors et le fouet habituellement utilisés. De fait, la Paladine priait fermement son Dieu que l’attelage ne rencontre pas d’obstacles, ni d’autres voyageurs. Les quatre chevaux aux fers magiquement enchantés fonçaient à travers la plaine en direction de l’ouest, suivant la Grand Route, heureusement bien pavée et entretenue. Assis à côté de Lelfe qui guidait tant bien que mal les chevaux, Derym jouissait de l’air ambiant qui lui fouettait le visage. Jamais il n’aurait pensé qu’il pourrait un jour se déplacer si vite ! Et en plus, pour le jeune homme fraîchement sorti de sa Forêt Sacrée, le paysage de l’immense plaine cultivée le remplissait d’émerveillement. Affalé dans le chariot, au beau milieu des sacs et autres affaires des voyageurs (enfin, essentiellement à Lelfe..), le colossal Groumpf dormait à poings fermés. Malgré sa constitution plus que robuste et les soins magiques, son récent combat l’avait beaucoup épuisé. Il avait aussi d’autres raisons pour rester ainsi à l’arrière : son physique monstrueux ne passait pas inaperçu et bien des gens auraient eu peur de lui... Il avait en outre un honteux secret : les chevaux lui faisaient peur, bien que pour rien au monde il ne l’aurait avoué !

Postée tout à l’arrière du chariot, Ysandre regardait sa ville natale s’évanouir dans le lointain. Cela faisait mal de voir cette cité disparaître aussi vite... Mais d’un autre côté, elle savait qu’elle aurait fini par partir un jour ou l’autre, aimant trop l’aventure et les risques pour rester dans une ville aussi tranquille. Cette dernière pensée la ramena à l’affaire de l’agression de Derym.

Le peu qu’elle avait vu du jeune Druide n’expliquait pas cette attaque soudaine. La criminalité à Hillend n’était pas un problème majeur habituellement... Des vols, des rixes d’ivrognes, quelques rares meurtres... Jamais elle n’avait vu une embuscade pareille impliquant autant de brigands. Lelfe et Groumpf étaient des aventuriers sans-emploi avant l’arrivée de Derym, ils n’étaient donc pas très "importants" pour la pègre locale. Quant à Derym, naïf au grand coeur, il ne semblait absolument pas dangereux... Sa quête semblait assez anodine (un simple transport de courrier entre Druides Elfes), confiée par un Haut-Druide assez respectable, bien que peu connu, d’après Lelfe. Etait-ce une méprise ? Ou bien Groumpf et Lelfe étaient-ils impliqués dans un vaste "complot" ? Ce dernier lui paraissait particulièrement suspect, se prétendant Paladin, avec pour preuve ses pouvoirs guérisseurs typiques... Mais Derym lui avait dit que Lelfe était aussi Barde et Druide ! Pour ce que la jeune femme en savait, c’était incompatible avec les credos habituels des Paladins ! Elle se sentait plonger à une allure vertigineuse dans un truc qui la dépassait. La peur l’envahit un instant car elle sentait inconsciemment de sombres puissances qui s’amoncelaient autour du groupe d’aventuriers...

Elle fut tirée de ses pensées par la voix mélodieuse de Lelfe, qui venait d’entonner un chant de marche très connu. Sa voix d’or était enivrante, rendant la chanson, d’habitude si banale, merveilleuse, entraînante et magique ! Elle se rapprocha pour s’asseoir devant avec les deux hommes, Lelfe ayant passé les "commandes" à Derym qui tentait de diriger par d’étranges paroles druidiques les chevaux. Le Barde se mit à jouer de sa harpe pour accompagner sa ritournelle. Sa musique était encore plus splendide que sa voix ! Il tirait de sa harpe des accords qui bouleversèrent la jeune fille : accompagnant avec brio le chant de marche, il faisait vibrer l’esprit aventureux et héroïque de la Paladine. Elle détailla l’elfe qui jouait les yeux perdus dans le ciel et pensa, comme à sa première rencontre, "Mince ! Ce qu’il est beau !" Mais cette fois, la jeune femme découvrait en plus de sa charmante apparence de dandy extravagant, une grande sensibilité. Les joues en feu elle détourna le regard vers le soleil qui déclinait déjà.
"En tout cas, un être comme lui ne pouvait sûrement pas être mauvais !" Elle s’aperçut alors qu’elle ne ressentait plus aucune peur ! La chanson de Lelfe avait chassé ses noires prémonitions. Elle sourit alors à Lelfe et à Derym.

Le voyage se poursuivit sans incident et dans la joie et la bonne humeur. Lelfe était un barde merveilleux, les distrayant avec moultes chansons diverses. La jeune femme rit de bon coeur quand il entonna une chanson à boire très osée, visiblement pour la choquer. Il ne se doutait pas qu’elle avait entendu bien pire pendant son service dans la soldatesque ! Elle le surprit donc en chantant avec lui, rajoutant quelques couplets obscènes omis par le Barde. Lelfe rieur continua de plus belle, poursuivant la chanson cochonne avec un brio d’improvisation. A l’arrière retentit alors une voix caverneuse, grondante et basse, mal assuré : Groumpf se joignait à la fête ! Il s’arrêta bien vite incapable de suivre le rythme déluré, mais son intervention fut du plus haut comique pour Ysandre : jamais elle n’aurait cru entendre chanter un jour pareil géant ! La chanson terminée, elle finissait juste de se remettre de ses rires quand Derym demanda le plus innocemment du monde quelques explications sur les paroles suggestives de la chanson.

Voir Lelfe bafouiller et rougir devant les questions forts précises du jeune homme acheva Ysandre qui repartit dans un fou rire fort peu digne d’une Paladine. Son hilarité fut coupée nette par Lelfe :
"Et pour plus de détails, en particulier sur les femmes, demande donc à cette gente demoiselle..." conseilla-t-il à Derym, un petit sourire en coin. Le jeune Druide se retourna immédiatement vers la Paladine, désormais écarlate, pour la questionner longuement sous le regard amusé de Lelfe qui arborait un sourire victorieux. ++++ Repérant un petit bois isolé, Lelfe déclara qu’il fallait s’y arrêter pour la nuit : voyager de nuit ainsi sans rien pour contrôler précisément les chevaux était suicidaire. Il guida avec Derym l’attelage, s’enfonçant dans la petite forêt. Suivant quelque piste invisible pour ses compagnons, il les conduisit tant bien que mal dans une petite clairière proche d’un ruisseau. Visiblement l’endroit était idéal pour dresser le camp bien à l’écart de la route principale. Eau, herbe d’allure confortable, une plage de galet pour faire tranquillement du feu et même un tas de bois mort ! Visiblement cet endroit pourtant à l’écart dans la forêt était fréquenté ! Instinctivement Ysandre dégaina son épée pour faire une reconnaissance. Mouvement instantanément imité par Groumpf dès qu’il vit la lame.

"Cet endroit semble trop parfait pour camper, soyons sur nos gardes, c’est peut être une embuscade." déclara la jeune Paladine
"Ahaha ! Bien sur qu’il est parfait ! C’est un campement de Rôdeur. Regarde ces marques sur ce gros caillou." rigola Lelfe. En effet, ce qu’il lui désignait était des marques humaines, et plutôt positives : licornes, ours, arbres, flèches et divers animaux et symboles prisés par les Rôdeurs. Se sentant un peu stupide d’être si méfiante, Ysandre rengaina sa longue lame et plongea tout de même son regard dans celui de Lelfe.
"Tu es sur qu’on ne court aucun risque ? Ces symboles pourraient avoir été laissés par n’importe qui."
"Mais non, mais non, je connais bien ce genre de dessins, étant moi-même un Rôdeur..."
"Tu es AUSSI un Rôdeur !?!" s’écrièrent ensemble Derym et Ysandre.
"Oui, j’ai en effet suivit cette formation pour protéger les gens et les forêts de mon pays natal... Tenez, d’ailleurs voici la preuve de ce que j’avance." Suivant les indications codées de ses confrères, il plongea alors la main entre deux pierres et en sortit une bouteille de vin et un briquet d’amadou.
"Vous voyez : des provisions et des affaires pour aider les voyageurs. Allons ! Ne faites pas cette tête et aidez-moi plutôt à monter le camp..."

Pendant que nos héros montaient leurs tentes dans la clairière (enfin, pas Derym, il tenait absolument à dormir à la belle étoile...), une petite silhouette d’enfant se matérialisa dans un arbre surplombant le campement. Elle sourit doucement. Les voilà enfin ! La partie pouvait commencer. Elle attendit le tour de garde de Lelfe pour envoyer ses mignons.

Une brume étrange envahit alors doucement le campement, accompagnée par une musique envoûtante. Comme prévu, le Barde trop curieux se dirigea vers la source de la musique sans même penser à prévenir ses compagnons. Parfait ! La petite silhouette fit un geste en direction de deux de ses alliés embusqués dans les bois...

Ysandre se réveilla en sursaut : quelque chose n’allait pas ! Un courant d’air glacé l’avait réveillée ! Quelqu’un venait de s’introduire dans sa tente !
"Chut !" fit doucement une voix en posant un doigt sur les lèvres de la jeune fille "Inutile de réveiller les autres..." Surprise, la jeune Paladine reconnus la silhouette gracieuse de Lelfe qui se découpait sous les Lunes.
"Qu’est-ce que tu veux ?" maugréa la jeune femme. "C’est pas une heure pour visiter une dame !" Lelfe eut un sourire narquois.
"Au contraire l’heure est parfaite ! Comme toi..." lui murmura Lelfe au creux de l’oreille. Et profitant du moment de stupeur de la jeune femme, il l’embrassa tendrement. Ysandre après un moment de totale surprise, repoussa le séducteur.
"Qu’est-ce que tu fais ! Arrête immédiatement ! Pervers !" se récria la jeune fille.
"Allons, ne soit pas si prude... Ne laisse pas la morale étriquée des Paladins gâcher notre plaisir." répondit t’il d’une voix mielleuse.
"Mais, mais..."

Lelfe embrassa encore la candide jeune fille, qui ne résista pas longtemps devant les yeux merveilleux du Barde. Ysandre sentait ses forces et sa volonté l’abandonner. Et en plus la situation n’était pas désagréable ! Lelfe se fit plus pressant et plus caressant, profitant de l’abandon de la jeune fille. Sans que celle-ci ne sut comment, elle se retrouva dénudée. Le froid sur son corps nu lui fit momentanément reprendre ses esprits et elle repoussa Lelfe dans un cri indigné.
"Arrête ! ça suffit ! On ne peut pas faire ça, je suis une Paladine quand même."
"Et alors ? Abandonne les préjugés ridicules sur le sexe de ton ordre si coincé. Tu verras comme la vie peut être agréable ! " Ces paroles agressives choquèrent la Paladine, mais curieusement elle ne pouvait pas résister au Barde... Employait-il une sorte de magie ? Quasiment contre sa volonté elle ouvrit les bras pour l’accueillir comme un amant. Pourtant elle ne voulait pas ! La jeune fille commença à pleurer, ce qui n’émut absolument pas Lelfe...

Soudain, un étrange sifflement se fit entendre. Et une énorme hache faucha Lelfe au niveau du torse, traversant la tente et envoyant bouler Lelfe au dehors. Ysandre cria, couverte de sang, à la vue de Groumpf qui venait de brutalement d’attaquer le Barde. La Paladine se précipita encore nue vers le corps de Lelfe, criant sur Groumpf au passage.
"Pourquoi t’as fait ça ? J’aurais très bien pu l’éconduire moi-même !"
"Lui pas Lelfe. Lelfe toujours gentil avec dames. Lui pas Lelfe." expliqua le géant "Et puis si lui Lelfe, lui s’en sortir !" conclut-il mystérieusement.
"Comment quelqu’un pourrait survivre à un tel coup ? " pensa-t-elle en voyant le corps broyé de son compagnon. Bien que Lelfe se fut montré odieux, il ne faisait peut être en fait que répondre à un des désirs inconscients de la jeune femme. Il ne méritait pas de finir ainsi. Mais sous ses yeux ébahis, le corps déchiqueté se transforma en une créature mi-elfe mi-araignée : un Aram ! Finalement Groumpf avait raison : ce n’était pas Lelfe. Et elle était tombée dans un piége ! Prenant conscience de cela et de sa nudité (Groumpf, pudiquement s’était retourné), la jeune Paladine se rua vers son équipement et enfila promptement ses vêtements et son armure.
"Vite ! Ou est Derym et le véritable Lelfe ?" questionna t’elle.
"Sais pas..."

De son côté, sous un chêne massif, Derym vivait une expérience fort semblable à celle de la Paladine. D’abord une brume inhabituelle avait envahit le campement, étouffant tous les sons de la forêt. Ceci avait troublé le sommeil de Derym et il fut à deux doigts de prévenir ses compagnons, mais une soudaine apparition lui coupa le souffle.

Emergeant de la brume telle une apparition divine, Ysandre complètement nue s’approcha de Derym, un sourire coquin illuminant son visage.
"Qu’est-ce que..." commença Derym, ne pouvant détacher son regard des courbes délicates de la jeune femme.
"Humm... Bonsoir mon ami. Il me semble que tu avais de la curiosité envers le corps féminin durant le voyage ? Soit heureux je suis là pour répondre à toutes tes questions, je suis prête à tout te montrer mon amour !"
"Mais, que sign..."
"Chut ! Nul besoin de parler. Ta bouche à une autre utilité..." murmura la jeune fille avant d’embrasser Derym Celui-ci était bien évidement très troublé par le comportement de la Paladine. Mais le baiser passionné le perturba complètement, lui faisant oublier le comportement anormal de la jeune femme. Ysandre était plus grande et plus forte que lui, et elle n’eut aucun mal à déshabiller le jeune homme malgré ses timides protestations.
"Je ne sais pas... Ysandre, voyons cela n’est pas vraiment raisonnable et on se connaît à pein…mmffff !!" Les protestations de Derym furent stoppées par un nouveau baiser de la Paladine. Elle l’attira tout contre elle, guidant ses mains fébriles (après tout il n’était qu’un jeune homme) sur le corps de la jeune fille. Au fond de son esprit Derym sentait que la situation lui échappait complètement : bien que convaincu que ce qu’il faisait était mal, son désir restait ardent et il ne pouvait résister aux caresses expertes de la demoiselle. ++++ Il crut entendre crier vers le campement, son lointain atténué par la brume et le désir. Cette distraction lui permit de se reprendre momentanément et il repoussa maladroitement la Paladine. Son entraînement de Druide reprit alors le dessus et lui indiqua les raisons de son malaise : il avait été drogué ! Et cela perturbait son corps et son jugement. Malgré les assauts érotiques de la jeune femme, il réussit à se concentrer et en appelait à la Déesse-Mère pour purifier son corps de la drogue qui l’envahissait. La magie lui rendit toute sa tête et il vit la jeune femme telle qu’elle était vraiment : jamais Ysandre n’aurait une telle expression de sauvage avidité en le regardant !
"Qui êtes-vous donc ?"
"Cesse de me repousser, mon amour ! Je te désire et tu me désires aussi, je le sais... laisse-moi donc t’embrasser encore !"
"Arrière ! Ysandre, si c’est bien toi, tu n’es pas dans ton état normal !" La jeune femme tenta alors de lui sauter dessus, bien décidée à conclure ce qu’ils avaient commencé ! Heureusement Derym avait les réflexes vifs et il évita la jeune fille. Sachant qu’il n’avait aucune chance physiquement pour arrêter la Paladine, il s’enfuit vers le campement pour chercher de l’aide. Franchissant la brume vers la tente de Lelfe, il se heurta un mur de métal. Derym venait de s’écraser contre l’armure de la Paladine, s’assommant presque pour le compte.

"Derym ! C’est bien toi ?" demanda la Paladine.
"Euh... Oui." répondit le Druide. "Et c’est bien toi ?"
"Vu que tu poses la question, plus de doute. Et oui c’est bien moi. Toi aussi tu as reçut une étrange visite, non ?"
"Oui ! Et j’ai été drogué ! Cette fille te ressemblait et elle voulait qu’on... enfin, que l’on... euh, tu vois ?"
"Oui...Trop bien." soupira la jeune fille. Groumpf se matérialisa à ce moment à côté d’eux, monstrueuse gargouille issue de la brume qui les fit sursauter.
"Pas trouver Lelfe. Dois trouver Lelfe !" déclara le géant aux deux jeunes gens qui s’étaient repris. A ce moment là, une autre Ysandre sortie nue de la brume sous les yeux ébahis du groupe.
"Attention ! C’est elle la copie !" cria l’apparition.
"Quoi ! Mais non ! Je suis la seule unique Ysandre !" se récria la jeune fille en armure.

Derym hésita un instant : laquelle était la bonne ? La logique voudrait que ce ne soit pas celle dénudée... Mais à ce moment là, l’apparition éclata en sanglots qui semblaient véritables. Groumpf n’hésita pas un instant : il attaqua brutalement, broyant la jeune fille nue sous sa hache géante. Sous le regard horrifié de Derym et soulagé d’Ysandre, il se justifia :
"Ysandre pas se montrer nue. Et Ysandre bonne guerrière : arrêter coup aussi faible." Une fois de plus le colosse avait eu raison : sous les yeux médusés des deux humains, le corps meurtri se transforma en chimère Aram.
"Qu’est-ce que c’était ?" demanda Derym en désignant le corps.
"Une Aram, une elfe-araignée. C’est une espèce légendaire qu’on ne trouve que dans les Profondeurs. Je n’en avais vu que dans les livres !"
"Et qu’est que ça faisait là ?"
"Visiblement, on est tombé dans une étrange embuscade. Ces monstres ne sont pas capables de se métamorphoser ainsi, ni d’hypnotiser les gens à l’aide de drogues. Et cette brume qui étouffe les sons n’est pas naturelle non plus... On nous en veut !" La jeune femme était visiblement très remontée.
"Utiliser ainsi les sentiments des autres ! C’est immonde ! Trouvons les coupables de cette indigne mascarade et châtions les au nom de la Justice !"
"Mais.. Où est donc Lelfe ? Il ne devait pas monter la garde ?" demanda Derym. Un épieu glacé traversa le cœur de la Paladine. Même avec la brume il aurait dû accourir avec tout ce boucan ! Donc soit il était lui aussi tombé dans un piège, soit il était impliqué dans cette sournoise embuscade ! Comme en réponse à ses pensées, un joyeux rire féminin retentit dans la clairière et la brume se dissipa soudainement. Et nulle trace de Lelfe n’était visible...

Les trois héros s’équipèrent pour le combat avant de partir à la recherche de Lelfe. Malgré la nuit, bien évidement sombre sous les arbres, malgré les Lunes, Derym finit par repérer des traces inhabituelles. Des traces arachnoïdes... Les compagnons échangèrent des regards consternés : Lelfe avait sûrement été enlevé ! Dans un recoin de son esprit, Ysandre ajouta qu’il pouvait aussi avoir rejoint des complices après une trahison... Ils emboîtèrent aussitôt le pas à Derym qui suivait la piste grâce à sa connaissance du milieu naturel. C’était néanmoins difficile, et le groupe ne progressait pas vite. Groumpf s’agitait, de plus en plus nerveux. Ses amis espéraient seulement que le colosse n’entrerait pas dans une rage berserk... Derym finit par désigner une ouverture dans un massif rocheux surplombant une rivière qui courait au travers du bois. La grotte avait tout d’un repaire de monstre. Sans même se consulter les héros dégainèrent leurs armes (enfin, pas Derym vu qu’il se battait généralement au corps à corps... Et qu’il avait déjà oublié l’existence de la fronde offerte par Lelfe).

Groumpf se lança sans même réfléchir vers l’intérieur de la caverne, alors que Derym et Ysandre s’interrogeaient encore : fallait-il s’élancer discrètement, sans lumières dans ces ténèbres ou risquer d’allumer une torche. Les deux humains haussèrent les épaules : après l’entrée fracassante de Groumpf, au diable la discrétion ! Derym se chargea de la torche, laissant Ysandre, bien meilleure combattante, passer devant avec Groumpf.

En file indienne, ils descendaient peu à peu dans la caverne. Derym s’agenouilla pour leur montrer de nombreuses traces dans la boue : l’endroit était bel et bien fréquenté ! De nombreuses toiles d’araignée (et leurs habitantes...) donnaient une apparence morbide à l’endroit. Cela ne gênait pas Derym (aucun animal ne gênait vraiment Derym) mais il fit remarquer à voix basse à ses compagnons que ce n’était pas l’habitat "traditionnel" de ces arachnides.

Ysandre, elle, devait lutter contre elle-même pour avancer, faisant appel à tout son courage de Paladine. Ces bestioles velues, venimeuses et grouillantes de pattes l’horrifiaient au plus au point ! Elle avançait en frissonnant, le regard fixé sur Groumpf qui balayait toiles et araignées avec négligence. Après un petit moment une voix bien connue se fit entendre.
"Vous savez, ma chère, j’aurais été ravi de discuter plus amplement avec vous. Et même de satisfaire d’autres de vos fantasmes..." Un inquiétant crissement répondit à Lelfe, faisant accélérer le groupe de héros. Des moisissures phosphorescentes sur les murs éclairaient faiblement cette partie de la grotte, visiblement un aménagement par des créatures intelligentes... Et récent en plus !
"Ahha... Je n’ai pas dit que la première fois était un peu... violente et étrange. Mais j’ai apprécié, si, si ! Hé ! Arrêtez de mâcher mon bras ! Je sais que ça ouvre l’appétit mais quand même !" Sur ce, les aventuriers débouchèrent au centre de la grotte. Dans une grande pièce centrale, trônait une gigantesque Aram, dont la partie humaine avait la peau sombre d’une Drow. Nu et ligoté, à ses pieds (pattes ?), se trouvait Lelfe, qui tentait visiblement de convaincre la reine Aram de ne pas faire de lui son repas.

Avec l’entrée des aventuriers, deux Arams mâles, portant chacun une paire de haches, sortirent de l’ombre pour protéger leur souveraine. Le combat était inévitable. Obnubilé par la pensée de secourir Lelfe, Groumpf s’élança vers la reine arachnide, négligeant les gardes royaux qui ne purent retenir le géant. Ysandre passa devant Derym pour le protéger, lui et la torche : contrairement aux Arams elle ne voyait pas assez bien dans la quasi-obscurité. Sortant de sa répulsion, elle esquiva un coup de hache et para le second avec son bouclier. Son adversaire était fort, mais elle avait l’humiliation de cette nuit à faire payer ! Habilement, elle trancha une patte à l’Aram, lui arrachant un cri strident et un flot d’ichor noirâtre. Derym ne voyait pas trop ce qu’il pouvait faire contre l’autre garde-araignée. Feintant et sautant pour esquiver les coups sans perdre sa torche, il se savait inutile. Et impossible d’attaquer avec le bâton enflammé : bien trop visible et facilement esquivable ! Son regard accrocha les nombreuses colonnades de toiles abandonnées par les elfes-araignées.A moins que... Il plongea vers l’Aram, qui surpris rata son coup, puis pivota pour s’enfuir, en escaladant une toile proche. c’était gluant et collant, mais solide. Bien évidement le garde poursuivit le jeune druide, le devançant même aisément dans une escalade. Au moment où l’Aram sombre qui surplombait Derym leva ses haches pour achever le Druide, Derym lui sourit et de laissa tomber de la toile... En y laissant la torche ! Idéalement placée, celle-ci enflamma la toile, précipitant l’Aram surpris et enflammé à terre ! Hurlant de douleur il réussit à étouffer les flammes (allumant ainsi d’autres foyers qui illumineraient le combat pour Ysandre). Il fut alors cueillit au menton par un coup de pied vindicatif de Derym, le sonnant à demi. Le jeune Druide en profita pour "chevaucher" l’elfe-araignée à moitié calciné. Là il tenta une prise d’étranglement, espérant que l’Aram manquerait de souffle avant de le désarçonner.

De son côté Ysandre se défoulait sur son adversaire, bloquant adroitement les haches sifflantes avant de contre-attaquer par d’habiles et vicieux mouvements de sa longue lame. Son bouclier et le bras musclé de la demoiselle arrêtaient toutes les attaques et quasiment toutes ses ripostes passaient ! L’issue du combat ne faisait plus aucun doute et la jeune fille sourit en plongeant son épée dans le torse vulnérable du drow-araignée. Son adversaire s’effondra et elle put voir le combat de Groumpf à la lumière des incendies déclenchés par Derym.

Groumpf avait libéré Lelfe dénudé de ses liens de toile (l’entaillant un peu au passage...) et s’était retourné contre la reine Aram. La titanesque souveraine sifflait de rage de s’être fait voler sa proie. Elle attaqua le colosse avec ses pattes antérieures larges comme des poutres et dures comme du fer. Groumpf, comme d’habitude avait engagé le combat pour protéger Lelfe au mieux : celui-ci était encore KO après des doses massives de venin et avec un bras en écharpe, il ne pouvait ni combattre ni utiliser sa magie. La hache géante du colosse cogna contre la carapace de chitine effroyablement dure de la maîtresse des lieux. Pourtant l’invulnérable armure naturelle semblait ne pas vouloir céder sous les coups de boutoir du guerrier. Cela rendit Groumpf encore plus furieux, aidé par les timides encouragements de Lelfe, puis de Derym qui l’avait rejoint pour panser ses plaies au mieux. Jetant sa propre sécurité aux orties, il se concentra sur l’attaque, encaissant les coups de l’Aram monstrueuse pour placer des attaques plus puissantes encore. Le sang noir fini par couler, la carapace de l’arachnide vaincue par la furie du colosse. Mais la ténébreuse souveraine ne s’avoua pas vaincue : basculant son abdomen, elle expulsa sur le géant une pléthore de toile gluante qui le paralysa ! Malgré sa force colossale, Groumpf se retrouva immobilisé : la substance était encore trop élastique pour que sa force herculéenne puisse servir à quelque chose. Avec horreur, Derym et Lelfe virent la reine se tourner vers eux, une lueur affamée et vengeresse dans le regard. ++++ Ysandre allait se précipiter pour prendre l’elfe-araignée à revers quand son ex-adversaire lui planta ses crocs empoisonnés dans la jambe : il n’était pas tout à fait mort et attaquait en lâche ! D’un mouvement rageur elle décapita le garde Aram et s’élança pour s’interposer entre la reine et ses amis. Mais le mal progressait déjà en elle : elle sentait le venin brûlant remonter sa jambe, lui causant mille souffrances et la ralentissant. Puisant dans son courage, luttant pour la justice et pour sauver ses compagnons, elle parvint à garder l’équilibre et à planter son épée longue dans l’abdomen boursouflé de l’Aram. En pure perte : sa lame n’arriva qu’à se coincer dans la carapace chitineuse de la drow-araignée. D’un coup de pattes arrière rageur, la souveraine l’envoyant bouler loin de ses amis, bientôt condamnés. Se relevant péniblement, le corps meurtri par le coup cinglant et par le poison distillé dans ses veines, Ysandre se redressa tant bien que mal, déterminée à défendre ses compagnons, jusqu’au bout. Malheureusement elle vit arriver deux autres Aram, bien que beaucoup plus petits que la reine et que les gardes, mais cela aggraverait encore la situation. De plus l’incendie déclenché par Derym atteignait des proportions dangereuses, la fumée toxique qui se dégageait des toiles en flammes gênait heureusement autant le groupe de Derym que les Arams. Derym et Lelfe tentaient de libérer Groumpf avant l’assaut de la Reine... ils n’y arriveraient sûrement pas.

Soudain Ysandre vit les yeux de Lelfe s’illuminer et il lui fit un signe en criant :
"A côté de toi ! Sers-toi de mon Epée !" La Paladine se retourna et vit la lame négligemment posée au milieu des toiles, dans son étrange fourreau enturbanné. Sans hésiter elle plongea vers la lame elfique, dégainant promptement. Le contact fut électrique et la jeune fille eut une étrange sensation de flou. Puis une voix retentit dans son esprit !
"Enfin quelqu’un digne de moi ! Allons gente Dame, pourfendons ces mécréants au nom de la Justice et de l’Ordre !"
"Que..." demanda la jeune fille.
"Inutile de parler. Je suis l’esprit habitant l’épée. Je suis L’éclair du Châtiment Divin ! Dépêche-toi l’accélération ne dure pas éternellement." C’est à ce moment que la jeune femme se rendit compte que ses mouvements se faisaient à une vitesse ahurissante. Elle passa donc à l’attaque sans attendre. En quelques instants elle fut sur les renforts Aram, les fauchant sans même qu’ils puissent riposter, traversant leurs carapaces sans le moindre effort !
"Quelle arme ! C’est presque trop facile." se dit la Paladine, quasi-honteuse d’utiliser cette puissance presque déloyale.
"Vos pensées vous honorent, Noble Paladine. Mais la justice doit être rendue. Le Mal sera châtié !" répondit l’épée. Et comme un ouragan furieux elle s’attaqua à l’elfe-araignée géante.

Virevoltant avec aisance à une vitesse incroyable, Ysandre larda de coups son immense adversaire, la lame enchantée traversant la cuirasse naturelle de la reine avec une aisance déconcertante. De plus la vitesse multipliait la force de la jeune fille. Soudain, un sentiment nauséeux l’envahit : le sort était terminé ! En plus ceci n’avait fait qu’accroître la propagation du poison. La Paladine s’écroula devant son adversaire. La reine Aram souffrait de multiples plaies et hémorragies. La fumée l’incommodait au plus haut point et pour couronner le tout le monstrueux guerrier était quasiment libre ! En effet la chaleur des flammes conjuguée aux efforts de Derym et de Lelfe avait séché la toile. Bandant ses muscles Groumpf se libéra. La reine-Aram savait qu’elle ne pourrait vaincre. Elle choisit donc la fuite. Mais pas avant d’avoir empalé cette maudite garce qui l’avait à moitié tuée ! Elle leva la patte vers le corps étendu d’Ysandre.
"Non !" hurla Derym en se précipitant pour faire bouclier de son corps à la Paladine. Il fut percuté par le dur appendice et s’effondra sur Ysandre, au milieu de... sang noir ?

Groumpf avait brillamment anticipé la réaction de la souveraine et avait lancé sa hache à deux mains contre la patte, désormais broyée par le coup. L’elfe-arachnide décida que c’en était trop et fuit en escaladant ses toiles en flammes, abandonnant la victoire aux héros. Malgré les flammes grondantes qui les menaçaient, Derym et Lelfe commencèrent à prodiguer des soins d’urgence à la jeune fille évanouie. Mettant son esprit en péril, Derym invoqua le peu de magie druidique qui lui restait pour évacuer le poison du sang de son amie. Lelfe récupéra bien vite ses affaires au milieu du feu et des cendres, à la recherche de potions et d’onguents pour la jeune femme. Il en trouva assez pour ramener la jeune fille à la conscience. Soulagés, les héros détalèrent, Groumpf portant Ysandre, encore trop faible, alors que Lelfe mal en point était soutenu par Derym. La mémoire et le sens de l’orientation de ce dernier les ramenèrent à leur campement, abandonnant le repaire Aram aux flammes en furie. Là ils espéraient enfin goûter à un repos mérité.

La reine Aram avait réussi à fuir le brasier par une sortie dérobée. Elle fuyait au travers de la forêt inconnue.
"Jamais je n’aurais du quitter l’Ombre ! Maudit soit ce pacte ! Jamais je n’aurais du renier Loth et quitter son obscur domaine pour la surface ! Maudit sois-tu..."
"Allons, allons, pas de pensées blasphématoires ma chère." fit une petite voix. Devant la colossale elfe-araignée se tenait une petite fille elfe à la peau grise et aux grands yeux bleus rieurs. Elle attendait, négligemment appuyée à un arbre, croquant une pomme visiblement volée au campement de Derym.
"Menteuse ! Ou étais-tu quand nous avions besoin de toi ? Pourquoi n’as tu pas fait usage de tes pouvoirs ? L’empire que tu m’as promis est partit en fumée avec les miens ! Et tu avais dit que se serait facile." Le regard de la gamine se fit glacial et méprisant. La reine recula, effrayée devant tant de haine à l’état brut.
"Je t’ai sauvé de L’Ombre, toi maudite par Loth ! Je t’ai conduit vers de nouvelles conquêtes en surface. Je t’ai fourni l’assistance magique pour cette mission. Et tu échoues et te plains ensuite devant moi ! Ne blasphème pas !"
"Pardon, Ôh déesse... Mais pendant le combat, mes prières sont restées vaines." La petite fille elfe eut un ricanant méprisant.
"Car tu avais rempli la mission principale. Tes guerriers se sont ensuite révélés incapables de tromper l’ennemi et de lui résister. Ton échec est cuisant ! Je n’avais nulle raison de t’aider contre ces misérables."
"Oui, maîtresse. Je m’excuse..." répondit la drow-araignée, chaque syllabe lui écorchant la langue.
"Hummfff... Prends ma main maintenant : en récompense, je vais encore te tirer d’affaire..." Pleine d’espoir, la reine toucha la main de l’elfette : peut être allait-elle la reconduire chez elle. Dans un tourbillon de magie, elles disparurent.

Elles se rematérialisèrent dans une large pièce obscure, remplie de livres de magie, de cornues bouillonnantes et d’artefacts étranges. Ainsi que de poupées. Visiblement elles étaient dans la chambre/salle d’étude de la petite fille.
"Où sommes-nous, Maîtresse ?" demanda la reine.
"Dans mon laboratoire. Tu as d’abord quelque chose que je désire, rappelle toi ! Ensuite je m’occuperais de te renvoyer. " Frémissante (rentrer ! enfin !), la reine se concentra et pondit l’oeuf demandé par la jeune elfe.
"Oui.." dit celle-ci caressant l’objet répugnant de fluide visqueux "Je sens déjà son pouvoir."
"Mon contrat est donc rempli, comme prévu : je me suis accouplée avec cet aventurier et vous avez obtenu ce que vous vouliez."
"C’est bon... Prend place au milieu de ce pentagramme. Prend aussi cet oeuf avec toi : il me servira de catalyseur pour mon sortilège."

L’elfe-araignée obéit sans réfléchir, trop contente de quitter l’étrangeté de la surface.
"Au début du commencement, à la fin de chaque fin, Flot incessant qui traverse l’éternité, répond à mon appel ! Gardien des Vies et des Morts, Ultime Destructeur et Créateur, devient Tempête et source furieuse. Plus ancien que l’Aube de la création, plus jeune que le plus court instant, change l’Ephémère et rompt ton écoulement ! Que tourne la roue de la destiné ! Tempus Fugit !" Obéissant à l’appel magique, d’effroyables énergies s’abattirent sur le pentagramme et sur la fillette. Des vagues magiques si puissantes qu’elles étaient visibles et troublaient l’essence même de la réalité s’enroulèrent autour de la reine. Celle-ci se sentit broyée par la déferlante de pouvoir. Puis tout s’arrêta. Pendant une éternité subjective, le Temps lui parut suspendu. L’Aram vit les cheveux blancs de la fillette onduler doucement pendant des éons. Elle devint presque folle. Et puis à la fin de l’éternité, elle se rendit compte que tout ceci n’était que l’oeil du cyclone magique... Brusquement le Temps se mit à couler dans un flot furieux dans le pentagramme. L’Aram fut balayé dans un tourbillon de décomposition accéléré. La reine sentit ses chairs et son âme pourrir emportés dans le flot temporel. Elle aurait du se méfier. Même si elle n’avait pas la noirceur de peau des vils Drows, sa maîtresse n’était qu’une comploteuse traîtresse !

La magie se dissipa lentement, ramenant le pentagramme dans le cours normal de la réalité. La jeune fille elfe épuisée contempla son œuvre : elle avait réussi ! Ce sort terrible prouvait qu’elle avait atteint le niveau de ses pères ! Au centre du pentagramme, se tenait une Aram adolescente aux longs cheveux couleur de soleil...

Commentez !
Un message, un commentaire ?

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)



Qui êtes-vous ? (optionnel)