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Chapitre 7 : Le récit de Groumpf : Pour donner la mort.

Chapitre 7 : Le récit de Groumpf : Pour donner la mort.

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 24/11/2002)

Le groupe d’aventuriers de Derym finissait la nuit dans un bosquet dissimulé non loin de leur précédent campement. Groumpf montait la garde, nul ne voulant d’autres mauvaises surprises, et les magiciens du groupe avaient besoin de repos. Les héros se réveillèrent quand même aux aurores, pressés de quitter ces lieux maudits. Silencieusement ils replièrent leurs affaires dans le chariot et se mirent en route au plus vite, sous un ciel couvert illuminé par le soleil levant. Lelfe avait l’air soucieux.
"A quoi tu penses ?" demanda Ysandre en s’asseyant à côté de lui.
"A cette étrange embuscade. Et au fait que rien ne nous ait été volé : ni notre équipement, ni notre argent, même pas nos chevaux enchantés."
"C’est vrai que c’est suspect. Le but de nos mystérieux agresseurs ne semblait même pas le meurtre. Les Arams n’ont attaqué que dans leur repaire."
"J’ai la désagréable impression de me faire manipuler... J’ai pourtant l’habitude : j’ai travaillé au service de mages puissants et tordus. Mais je n’arrive pas à trouver une logique à tout ça. A moins que..."
"Oui ?"
"...Leur but était peut être de semer le doute et la jalousie dans notre groupe. Regarde ces tentatives de séduction... Par contre je ne comprends pas le reste : ces attaques ont plutôt soudé notre groupe, non ?" dit Lelfe en levant les yeux vers le ciel. Ysandre rougit en se remémorant les évènements de cette nuit, et son comportement indigne d’une Paladine de Tür. L’ennemi avait visé un point faible honteux. Jamais elle ne lui pardonnerait de jouer avec les sentiments des gens. Détaillant Lelfe et Derym à la dérobée, elle se demanda ce qu’ils avaient pensé de cette étrange nuit. Lelfe ne paraissait se soucier de rien et la jeune Paladine trouvait exaspérant ce trait de personnalité. Derym avait l’air plus touché : son regard fuyait celui de la jeune fille quand elle le fixait trop longuement. Soudain elle eut une idée.

"Je viens de penser à quelque chose. Nous nous connaissons à peine en fait, c’est pourquoi nous ne nous faisons pas encore totalement confiance."
"Ah bon ?" dit Lelfe surpris "Moi je te fais entièrement confiance" rajouta t’il dans un grand sourire charmeur.
"Mais nous ne savons rien les uns des autres, c’est vrai." renchérit Derym qui conduisait l’attelage.
"Et c’est pourquoi notre groupe risque de tomber dans d’autres pièges vicieux comme celui de la nuit dernière."
"Et tu proposes quoi" demanda Lelfe, soudain plus intéressé par la conversation.
"Voilà : chacun de nous devrait raconter un pan de son passé aux autres, pour que chacun se connaisse mieux. Et pour comprendre les buts et les motivations de chacun."
"Chic ! Des histoires !" s’écria Lelfe tout joyeux "Vous remplissez mon coeur de ménestrel de joie, gente dame Paladine. Proposition adoptée !"
"C’est une idée intéressante." dit Derym "Je suis d’accord aussi : voyons ce qui va en sortir."
"Et ça nous distraira pendant le voyage !" rajouta Lelfe, visiblement aux anges. Ysandre sourit : sa proposition semblait déjà souder le groupe.
"Et qui veut commencer ?" demanda innocemment la Paladine. Silence.

"Pas moi !" dit Derym "Et d’ailleurs ce serait bien ennuyeux. Et je conduis."
"C’est ton idée Ysandre ! Ouvre donc le bal." déclara Lelfe, un sourire aux lèvres.
"Euh... Comme ça, maintenant ? Mais je suis pas prête ! Pourquoi pas vous d’ailleurs ? Messire le Barde ferait-il une crise de timidité ?" répondit la Paladine.
"Humm... ma vie est assez compliquée. Moi aussi il me faudrait un temps, pour tout remettre en ordre." Un grognement venant de l’arrière du chariot interrompit les réflexions du Barde.
"Groumpf... Journal ! Raconte ça !" Le guerrier géant épuisé de par ses combats et sa veille, tendit un sac vers Lelfe.
"Ah... Et pourquoi pas ! Souhaiterez-vous que je vous narre l’histoire de Groumpf ? Je l’ai déjà consignée dans un de mes carnets. Et vous savez que Groumpf et assez peu loquace lui-même."
"Pourquoi pas ! " répondit gaiement Derym "Je suis assez curieux du passé de notre titan."
"Alors vas-y..." finit Ysandre.
"Bien sur j’ai du un peu broder et affiner tout ça pour le rendre compréhensible... Vous savez, Groumpf n’est pas un grand narrateur. Et sa mémoire n’est pas vraiment très fidèle..." Sur ce, il commença le récit pendant que leur attelage magique fonçait à travers la plaine. ++++ Groumpf était né quelque part dans le grand Nord. Ses maigres souvenirs rendaient la région même inidentifiable. Il se rappelait seulement de montagnes grandioses et sauvages, couronnées de blancheur immaculée. Des sommets inviolés, loin de toute civilisation humaine. Il se rappelait aussi de profondes forêts de conifères, pleines de gibier sauvage et de dangers. Il se souvenait aussi de rivières tumultueuses dévalant les pics acérés, issus de glaciers millénaires. Le père de Groumpf était pécheur, ceci expliquant pourquoi le colosse se souvenait si bien des flots indomptables proches de son village natal. Il n’avait pas la moindre idée de la profession de sa mère. Le village était en fait un campement de semi-nomades, qui passaient la mauvaise saison plus au sud de leurs territoires habituels. Le concept de race étant totalement étranger à Groumpf, il était incapable de se souvenir de l’ethnie ou même de l’apparence de ses compagnons. Ogre ? Orcs ? Barbares humains ? Géants ? Les régions nordiques ne manquaient pas de telles peuplades, isolées de tout. Grands et forts. Bons chasseurs. C’est tout ce qui restait dans la mémoire défaillante du colosse.

Lui-même se rappelait qu’il était, dès son plus jeune age, plus costaud, plus endurant que ses congénères. Et plus idiot... Fils unique, il était la honte de ses parents : même dans une culture vénérant la force physique, un attardé n’avait pas bonne réputation. Groumpf était sans cesse en bute aux quolibets des garçons de son âge, une véritable meute qui tourmentait le jeune géant. Ils avaient probablement peur de lui, de sa "différence" et s’acharnaient sur lui. Revenant souvent en pleurs, à l’issus de "jeux" mesquins, il s’était forgé une réputation de lâcheté. Seul le shaman du village lui montrait un peu de respect : malgré son irrespect des traditions (car Groumpf était bien incapable de retenir ne serait-ce que le chant cérémoniel le plus simple), le sage homme le considérait comme "touché par les dieux". Et il était le seul à connaître l’étendue prodigieuse de la force du colosse : en le chargeant de corvées de plus en plus difficiles il vit le jeune géant déployer une puissance et une endurance qui ferait pâlir bien des guerriers. Il peut sembler étonnant que nanti de cette force prodigieuse, Groumpf se laissait maltraiter par quelques enfants barbares... Mais le géant avait en fait un coeur d’or : au plus profond de lui-même il savait qu’employer ses muscles contre plus faible que lui dans un but de vengeance était mal.

Groumpf continua a grandir parmi la tribu sauvage, chargé d’office des pires corvées. Mais sa force immense n’en devint que plus visible, forçant les chasseurs et les guerriers de la tribu à prendre conscience de son incroyable potentiel. Ils finirent par l’initier à l’usage des armes, à un âge si jeune qui suscita la jalousie chez tous les autres enfants. Son style était loin d’être parfait mais la puissance de ses coups impressionna même les braves les plus endurcis. Les parents de Groumpf passèrent alors de la pitié pour leur fils si différent à une grande fierté. Ils avaient probablement donné naissance à un grand combattant ! Malheureusement, la jalousie rongeait certains... Dont le fils du chef de la tribu, du même âge que Groumpf. Bien que fort et déjà aguerri par son père au maniement des armes, les récents succès de Groumpf lui déplaisaient : le géant s’attirait un peu trop la faveur des combattants adultes à son goût. Avec quelques amis il persuada le colosse de les suivre dans une expédition de chasse dangereuse en forêt. Bien que récemment entraîné, Groumpf n’avait jamais encore participé à une vraie chasse dans la nature sauvage. Les autres adolescents non plus : c’était réservé aux vrais hommes ! Le fils du chef emmena sa troupe bien loin des territoires de chasse habituels, vers le nord glacial et dangereux. Son père l’avait secrètement instruit de "coins" fabuleusement giboyeux, assurant ainsi sa notoriété future auprès des autres et préparant par la même occasion sa succession. Faisant fi de toute prudence, il les guida vers des zones où même un pisteur expérimenté ne se serait risqué volontiers, obnubilé par la jalousie. Il se servait des connaissances de son père non pour la chasse, non dans le but de prouver qu’il était lui aussi un homme, mais dans l’unique but de perdre Groumpf au milieu de l’inconnu. Il y avait vraiment un Dieu pour les adolescents imbéciles, et la chance fut avec eux : les jeunes chasseurs ne croisèrent aucun des monstres qui peuplaient l’endroit. Profitant d’une brève tempête de neige, le fils du chef envoya l’innocent Groumpf en éclaireur vers un vrai labyrinthe de végétaux et de glace. Ricanant, il s’enfuit ensuite avec sa bande de fidèles, abandonnant le géant dans la nature hostile, certain de sa mort prochaine...

Ils revinrent au village, victorieux, car ayant fait un détour par un territoire de chasse moins dangereux. Leurs prises étaient bien maigres, mais ils s’attirèrent le respect des chasseurs (et aussi quelques réprimandes). La disparition de Groumpf fut aisément expliquée : le géant n’avait pas obéi aux ordres (et d’ailleurs les avait suivi sans demander leur avis) et était parti seul vers l’inconnu, jaloux de leurs prises. Il n’allait sans doute pas tarder à rentrer, probablement bredouille. Après tout ce n’était qu’un idiot inconscient... Mais Groumpf ne rentra pas le lendemain, ni le surlendemain. Les guerriers expérimentés du village organisèrent une battue "pour la forme" face aux suppliques de la mère de Groumpf. Les jeunes idiots furent grondés bien plus vertement, mais c’était un maigre prix à payer pour se débarrasser du colosse. Une autre journée passa et le shaman avait déjà commencé à préparer les rituels funéraires. Le fils du chef et sa bande clamait un peu partout que de toute façon se n’était pas une grande perte, et qu’un fils de pécheur (profession bien peu glorieuse) ne pouvait vraiment pas faire un grand chasseur ou un grand guerrier. ++++ Une tempête de neige s’était abattu sur l’ensemble des tentes en peau qui tenaient lieu de village dans ces froides contrées, rendant l’atmosphère sombre et froide, en somme propice à une veillée mortuaire. Un guetteur esseulé, grelottant de froid se tenait à l’orée des bois quand un bruit inquiétant retentit : un arbre venait de se briser ! Le vent n’était pas assez fort pour l’expliquer et d’ailleurs il perçut le mouvement d’un énorme animal dans les bois. Dégainant instantanément sa hache, il siffla le signal d’alerte, pour avertir les guerriers de l’arrivée d’une bête énorme qui broyait la forêt dans son avancée. Devant l’assemblé des guerriers médusés, une forme noire et velue sortie de la forêt : un ours gigantesque ! Non ! Groumpf ! Et vêtu d’une énorme peau d’ours encore ensanglantée ! Le géant s’écroula au milieu de ses congénères, qui le portèrent au plus vite à l’abri dans la tente du shaman.

Groumpf portait les traces de terribles combats, la plus marquante était les horribles sillons sanglants entrecroisés de coups de griffes d’un grizzly géant. Dont le guerrier portait la peau pourrissante sur lui... Arrachée à mains nues ! Quand il revint à lui (alors que bien des chasseurs pensaient qu’il ne passerait pas la nuit) il raconta maladroitement son histoire. Oui, il était bien parti chasser. Avec les autres. Oui, ils lui avaient demandé de venir. Oui, il s’était perdu alors qu’il ouvrait le chemin aux autres. Et il avait erré jusqu’à la nuit. Le froid l’avait forcé à s’abriter dans une sombre caverne. Malheureusement occupée par un féroce grizzly ! Il avait combattu avec l’énergie du désespoir et sans armes (il avait laissé sa lance au groupe suite à un "conseil" malintentionné)... Et il l’avait vaincu, lui brisant la colonne vertébrale de ses muscles puissants pendant que la bête lui ravageait le dos. Groumpf avait ensuite dévoré la bête, avant de s’emmitoufler dans la peau de l’animal pour passer la nuit dans le froid glacial de la caverne. Il s’évanouit plutôt qu’il s’endormit.

Ses nombreuses blessures le réveillèrent dès l’aube. Il se mit en route, à l’instinct, pour retrouver soit le village, soit ses compagnons. Mais il erra encore une journée avant de retrouver une piste lui rappelant vaguement quelque chose. Désespéré, il courut tout droit à travers la forêt sous la glace, brisant tout sous sa charge colossale. Malheureusement ceci ne le ramena pas encore au village, avertissant plutôt les bêtes sauvages et les monstres de son passage ! Groumpf avait ensuite été confronté à une meute de loups, attiré par sa charge de bête blessée et par l’odeur de sang. Il les combattit de toute sa hargne, se défoulant sur les fauves. Malgré ses blessures, il en sortit victorieux, avec de nombreuses morsures. Il ne prit même pas la peine de dépecer les loups, en gardant seulement un seul pour le dévorer séance tenante ! Ensuite, on ne peut qu’invoquer à nouveau le Dieu protégeant les adolescents imbéciles pour expliquer le retour du jeune colosse : il n’avait fait que marcher tout droit, se frayant un chemin à la force de ses muscles au travers des bois glacés.

Ce récit impressionna grandement les chasseurs du clan. Dés qu’il fut remis de ses sauvages blessures, il fut dignement intronisé dans le cercle des guerriers les plus prestigieux du village ! On le fêta et remercia les Dieux et Groumpf fut désormais considéré comme un homme et un chasseur, devenant la fierté du village et surtout de ses parents. Les plus braves combattants s’entretenaient avec lui, expliquant laborieusement leurs techniques de combat, instruisant le géant comme leur égal. Les cicatrices de Groumpf et son titre de Tueur d’Ours Sauvages impressionnait même les jeunes femmes du village qui cessèrent de regarder le colosse comme un monstre, voire l’envisageant comme mari potentiel. Groumpf était béat dans sa nouvelle vie, découvrant l’alcool des fêtes barbares, les femmes affriolantes, le maniement brutal des armes et surtout le respect. Il comprit ainsi que l’habilité au combat pouvait lui ouvrir une existence agréable : il concentra toutes ses maigres capacités mentales à apprendre l’art du combat auprès des anciens. La jalousie des autres adolescents ne s’éteignit pas, loin de là... Mais ils ne pouvaient s’en prendre au géant maintenant : le guerrier jouissait des avantages de l’âge adulte et du respect des chasseurs. Il était intouchable ! L’attardé issu de parents modestes leur en avait remontré et festoyait maintenant à la table des maîtres du clan. Peu à peu, à mesure que le temps passait et que les exploits de chasse et les faits de guerres (la tribu de Groumpf ne négligeant pas le pillage des villages humains, curieusement de plus en plus nombreux) de Groumpf se faisaient légende, seul le fils du chef haïssait encore le colosse. Tout le monde avait l’impression d’avoir avec eux une légende, un héros, voire un Avatar divin. La silhouette de Groumpf inspirait la terreur aux monstres et aux tribus de gobelinoïdes. Il était craint par les autres tribus et par les villageois humains. Mais le destin s’avançait à la rencontre du jeune colosse sous la forme de trois silhouettes encapuchonnées de noir qui bravaient la neige vers le village.

"Ce doit être ici. Ce village miteux..." fit la silhouette la plus musculeuse.
"Bien frère. Dépêchons nous de trouver ce guerrier, on gèle dans ce pays de dingue" fit un autre replié dans sa cape noirâtre.
"Ce climat rude est propice au développement d’une résistance hors du commun. La faune et la flore sont elles-même dangereuses. La nourriture est rare et disputée. La guerre et le pillage sont une tradition ici. Nous trouverons notre guerrier" fit la dernière silhouette d’une voix aussi froide que la neige environnante. Les trois compères avançaient péniblement dans la neige, directement et bien en vue du village. Ils ne furent donc pas surpris de trouver une escouade de puissants guerriers venus leurs souhaiter la "bienvenue". Il s’arrêtèrent à quelque distance des colosses lourdement armés. A l’arrière des guerriers de la tribu, le shaman, plus sage, n’avait pas conseillé d’attaquer : trois étrangers, humains, à l’aspect bizarre et apparemment sans armes, c’était vraiment étrange.
"Que voulez-vous, étrangers ? " hurla-t-il aux étranges apparitions dans un langage approximatif. Pas de réponse. Pas de mouvement. Les trois silhouettes dévisagèrent longuement les féroces guerriers, puis se concertèrent, ignorant complètement les menaces hystériques du shaman.
"Lequel est-ce ?" demanda le plus petit, grelottant de froid malgré sa bure épaisse.
"Je ne sais. Tous semblent forts et compétents. Leur carrure est approximativement semblable. On nous a décrit un géant. Est-ce vraiment là les meilleurs guerriers de cette tribu ?" fit la silhouette la plus grande de sa voix monocorde.
"Bon, je vais les tester alors !" fit le plus musclé du trio en faisant tomber son vêtement au sol. Il avança torse nu vers les guerriers surpris. Son corps n’était que muscles noueux et puissants. Un dragon noir tatoué couvrait son poitrail de lutteur. Et il avançait avec la souplesse d’un félin. Il portait comme seules armes deux gantelets de métal d’étrange apparence. ++++ Voyant arriver ce combattant visiblement expérimenté, le chef du clan ordonna l’attaque malgré les glapissements du shaman. Dix puissants guerriers barbares s’élancèrent sur l’étrange humain. Epées et haches ne fauchèrent que le vide, l’apparition semblait danser autour des coups, esquivant avec agilité les assauts des combattants pourtant aguerris. Il tua net deux imprudents, d’un coup colossalement puissant et rapide sur la nuque. Sautant, il évita une lourde hache de guerre, envoyant au passage un vicieux coup de pied dans la tête du guerrier qui s’étala pour le compte. Il bloqua à mains nues la lame d’un féroce chasseur et le désarma malgré sa force herculéenne. Un autre vif coup de pied sonna le guerrier. Tournant autour des assaillants restants il brisa un genou trop exposé tout en continuant d’esquiver les charges pesantes des barbares. Le chef du village entra alors en action et le combat pris une autre tournure : il fit pleuvoir des coups vifs et vicieux sur l’étranger, l’obligeant à reculer sans cesse. Le chef esquiva quelques coups de poing rapides et en encaissa volontairement quelques autres. Cet étrange humain avait une force incroyable ! L’apparition ne tomba pas dans la feinte visible du colosse et esquiva vivement l’épée. Malgré cela il ne parvint pas à prendre l’avantage, les guerriers restants protégeant bien leur chef. Et il était décidé à venger les morts et les blessés !
"Pas mal, surtout le grand au centre..." commenta la petite silhouette encapuchonnée.
"Ils sont forts. Je l’avais prévenu. Il va être obligé de dégainer et d’utiliser sa magie." analysa froidement l’autre.
"On l’aide ?"
"Non. C’est juste un test. Pour eux comme pour lui."

Conformément aux prévisions de son acolyte, l’étrange combattant était maintenant en mauvaise posture : les guerriers sauvages étaient revenus de leur surprise et guidés par leur chef ils se battaient en harmonie. Et des renforts ne cessaient d’arriver du village. Résigné, il actionna le mécanisme de ses bracelets. De longues griffes noires en jaillirent et fauchèrent vivement les combattants les plus proches. Seul le chef eut le temps de parer l’assaut surprise. Profitant du flottement de stupeur, le Moine de l’Ordre du Dragon Noir se concentra sur son Ki, laissant la puissance acquise par des années d’effort et de concentration se répandre dans son corps. Une douce chaleur envahit son corps, qui fuma alors dans l’atmosphère gelée, terrorisant quelques guerriers superstitieux.
"Plus rapide que le vent, plus puissant que la tempête, je suis l’aile du Dragon Noir" murmura le moine déchaîné. D’un souffle il passa dans le dos d’un guerrier et lui brisa la nuque d’un coup de coude. Il réitéra la manœuvre et un autre combattant mordit la poussière sans qu’il puisse réagir.
"Plus souple que le serpent, plus puissant que le tonnerre, je suis la Queue du Dragon Noir." continua le moine. Il plongea entre les jambes d’un colosse, esquivant sa lame, puis monta d’un bond sur son dos avant de sauter avec une force prodigieuse sur un autre combattant, égorgeant au passage son malheureux "tremplin". Il abattit ses deux pieds dans la tête de sa cible avec une force colossale, lui enfonçant le nez jusqu’au cerveau.
"Plus tranchant que les lames, plus dur que la Terre, je suis les Griffes du Dragon Noir !" poursuivit le puissant guerrier. Entrant dans une transe de mort, il porta des attaques sauvages, plongeant ses griffes d’acier avides de sang dans le poitrail des barbares. Pour ceux qui n’étaient pas à portée, il se contenta de leur trancher quelques membres.
"Porteur de l’éternelle Mort, Force sanglante dominant le monde, brisant les rêves et les espoirs, je suis les Crocs du Dragon Noir !" explosa finalement le moine ivre de sang. D’un mouvement d’une rapidité et d’une violence inouïe, il balaya l’épée géante du chef du village de Groumpf, avant de plonger ses griffes dans son coeur. Il arracha l’organe déchiqueté du poitrail de l’immense chef, qui le regarda un instant, le maudissant avant de s’écrouler, vaincu. Les rares survivants du carnage reculèrent terrifiés par la perte de leur chef.

"Idiot ! Et si c’était lui ?" cria la petite silhouette en désignant le corps du chef.
"Mmfff ! On n’est pas venus ici pour s’embarrasser de quelqu’un qui ne serait même pas capable d’arrêter mon coup !" répondit le moine fou.
"Raisonnement correct. Mais personne ici ne semble capable de vous contenir. Nos informations étaient fausses ou exagérées. Partons." dit le dernier.
"Pas de suite mon ami ! Inutile de laisser une trace de nos... Activités... Et un bon feu de joie me réchaufferait ! " Déclara la petite silhouette d’un ton cruel.
"Logique. Incinérez donc ce village. Vous semblez en mourir d’envie." Un beuglement furieux les fit se retourner au moment où le sombre petit magicien terminait son incantation sous les regards horrifiés des barbares. Leur champion venait de rentrer de la chasse.

Beuglant de rage à la vue de ses compagnons massacrés, Groumpf chargea le groupe d’inconnus. Il était armé d’une longue lance ayant une pointe en os, don de son père. Le moine noir se rua vers lui pour l’intercepter, un sourire diabolique aux lèvres. Le choc entre les deux combattants fut brutal et impitoyable : comme s’y attendait le moine, Groumpf tenta de l’empaler, son élan s’ajoutant à sa force colossale. Le plan était donc prévisible et il n’eut aucun mal à esquiver la lance, un peu déçu. Il balança un terrible coup de coude dans l’estomac de Groumpf. Ce fut à son tour d’être surpris. Le colosse ne sembla pas affecté par ce coup qui aurait plié en deux n’importe qui d’autre. Il ramena la hampe de la lance d’un mouvement réflexe et balaya le moine.

Celui-ci fit habilement une roulade pour se mettre hors de portée, puis inversa soudain le mouvement pour se catapulter entre les jambes du guerrier géant. Ses lames de poignet visèrent les mollets. Groumpf, par pur réflexe, sauta au-dessus du coup, retombant lance pointée vers le crâne de son agresseur. Faisant appel à toute sa maîtrise du Ki, le moine de L’Ordre Dragon Noir saisi la lance entre ses mains jointes, bloquant le terrible coup. Groumpf poussa. Sous l’impact la lance se brisa, désarmant le féroce guerrier mais envoyant son adversaire au tapis. Aussitôt le moine se redressa, un sourire de plaisir sadique aux lèvres : quel adversaire ! Sans les protections de poignet et sa maîtrise de l’Art du combat, il aurait eu les bras brisés ! Maintenant il avait l’avantage devant le guerrier barbare écumant de rage et désarmé.

"Suffit !" hurla le grand inconnu "N’abîme pas le sujet." Le moine, interrompu par son allié, ne dut la vie qu’à ses réflexes incroyables : Groumpf avait jailli, un bras puissant en avant. Feinte, le titan frappa en fait avec la hampe brisée de la lance, de son autre main ! Le moine noir évita miraculeusement le coup, au prix d’une légère coupure au front. Cela faisait des années que son sang n’avait pas coulé ! Aucun doute : ils avaient leur sujet ! Il fit un signe à ses alliés vêtus de ténèbres et un champ magique s’abattit sur Groumpf, le paralysant complètement. Les deux magiciens noirs fixèrent alors le géant, ahuri : écumant de rage, Groumpf tentait de se libérer, de vaincre le sort par sa seule volonté ! Ils sourirent : leur quête arrivait à sa fin. Soudain Groumpf s’affala brutalement. Un nouveau guerrier sauvage se tenait derrière lui et venait de l’assommer proprement ! Le fils du chef du village fixa un instant le corps de son père et ceux des autres guerriers tombés pour la tribu. Puis il se tourna pesamment vers le trio mystérieux.
"Vous le voulez ? Prenez-le ! Nous vous le laissons si vous épargnez le village !" cracha le jeune guerrier.

Le moine noir et le plus petit mage se regardèrent, prêts à écraser l’impudent. Leur compagnon fit un geste conciliant.
"C’est d’accord. Inutile d’attirer plus l’attention. La disparition d’une tribu se repérerait trop vite." dit-il froidement. Il incanta longuement en un ovale bleuâtre apparu prés d’eux. Son collègue lança un sort de Télékinésie Majeure pour soulever le corps de Groumpf, l’entraînant dans le cercle magique pulsatile pendant que le moine fou tenait les guerriers restants en respect. Le nouveau chef de la tribu regarda les inquiétantes silhouettes disparaître dans le portail magique, se maudissant de son impuissance tout en se félicitant de s’être débarrassé de son rival. A quel coût !

Groumpf n’a pas non plus beaucoup de souvenir du temps passé au "service" de l’étrange trio. Juste de la rage, de la haine et de la honte... Il se réveilla dans une salle blanche, froide et illuminée de façon dérangeante. Attaché par magie. Le plus grand du trio, qu’il nomma bien plus tard le "Docteur" l’observait. Il faisait courir de longues mains glaciales sur le corps de Groumpf, dictant d’une voix monocorde ses instructions à son acolyte (que Groumpf nomma le "nécromant").
"Splendide, splendide ! Quelle force ! Quelle matière première divine !" disait-il, laissant pour une fois transparaître une émotion : une joie malsaine.
"Par quoi commençons-nous ?" demanda le nécromant.
"Les os. Il faut restructurer et renforcer sa structure osseuse avant l’ajout de capacités supplémentaires." Les deux magiciens commencèrent à s’afférer autour de Groumpf, qui hurlait de rage. Une lame aiguisée et froide lui déchira le bras. Il cria de douleur, voyant le sang s’écouler, les muscles et les tendons s’écarter sans rien pouvoir faire. Impuissant le géant subit la torture, hurlant comme un damné, tentant de s’agiter sans succès pour finir par s’évanouir de douleur.
"Enfin il se tait... Ne pouvait-on pas l’anesthésier ? Si on fait ça chaque jour, il va me briser les tympans !"
"Non. Pour que nos sorts soient les plus efficaces possible, il doit être vivant et éveillé. Son corps doit être pur. Appliquez un choc électrique pour le ramener à la conscience, puis commencez à sculpter les Glyphes de Puissances dans ses os." ++++ Groumpf endura ainsi une éternité de tortures et d’opérations perverses. Les magiciens impurs modifièrent son corps, transformant le guerrier en hideux titan. Renforçant sa carrure, démultipliant ses muscles massifs, améliorant la résistance de ses os, de son corps et de sa peau. Il dut ingurgiter un nombre incroyable de substances étranges et nauséabondes, de drogues perverses qui brisèrent son esprit et développèrent son corps au-delà de toute limite. Le géant torturé, brisé, ne garda de cette période qu’une énorme sensation de souffrance, de rage et d’humiliation. Il se souvient avoir crié sa rage, hurlé de douleur et même supplié pour avoir certaines drogues.

Complètement dépendant et considéré comme "achevé" par le Docteur, il fut mis à l’entraînement, sous les ordres du Moine de l’Ordre du Dragon. Contrairement au plan initial, ils ne purent lui enseigner les techniques mystiques secrètes de l’Ordre. L’esprit brisé et le corps difforme de Groumpf n’était plus adapté à la pureté de la Voie du Moine. Alors, ils l’instruisirent pour le combat armé. De force, ils placèrent dans son esprit la connaissance de toutes sortes d’armes. Ensuite le moine l’affronta, faisant naître des réflexes de combat fulgurants chez Groumpf. Périodiquement, le géant mutilé devait affronter d’autres "expériences" du sombre trio. Expériences d’où ne sortirait qu’un vainqueur : le modèle définitif de guerrier parfait.

Après des années de préparations et d’expérimentations sadiques, le trio se déclara "satisfait" : ils avaient leur meurtrier suprême, le guerrier parfait, obéissant et complètement shooté aux drogues de combat. Ils voulaient un champion pour prendre la tête d’une armée de gobelinoïdes et de mercenaires. Ils voulaient un monstre, imbattable au combat. Et Groumpf devint un monstre. Les régions Nordiques tremblèrent sous son joug. Son immense silhouette terrorisait des villes entières, encore plus que son armée. Il se livra aux pillages, aux meurtres et aux pires extrémités, aux ordres de ses maîtres qui restaient bien à l’abri. Un voile noir de terreur commençait à se répandre sur les régions glaciales, descendant peu à peu vers le Sud. L’armée et son chef brutal semblaient inarrêtables : même les monstres et les barbares fuyaient devant Groumpf. Les inconscients qui lui résistaient étaient impitoyablement brisés et déchiquetés par la machine de combat parfaite qu’il était devenu. Ironiquement, une des premières victimes de la folle conquête menée par Groumpf fut la petite tribu d’origine du guerrier... Il les massacra, ivre de sang et de drogue et de manipulation mentale, à la joie de ses sombres maîtres. Le monstre repris ses esprits un bref instant, reconnaissant sous ses coups titanesques ses parents... Trop tard. Beuglant de rage berserk entrecoupée de sanglots, le géant se retourna contre son armée et massacra les monstres alliés. Ses chefs reprirent vite le dessus et contrôlèrent la bête fauve.

Comme quasiment à chaque fois que le Mal se dresse pour frapper les hommes, des héros surgirent. Lors d’un assaut difficile sur une cité fortifiée, un groupe d’aventuriers anonymes, comme il en existe tant, réussi à s’introduire dans les rangs ennemis et à détruire la salle de Clairevision du trio maléfique. Le contact avec l’armée fut perdu, semant l’anarchie et la peur dans l’armée. De plus, Groumpf le titan était peut-être un combattant excellent, mais il n’avait rien d’un véritable général, régnant par la peur et la puissance, plutôt que par le charisme et la stratégie. Le temps de reprendre les commandes, l’armée maudite fut anéantie ou en fuite. Seul Groumpf résista, mais finit par succomber sous le nombre... Les malfaisants, lâchement, fuirent chacun de leur côté, abandonnant leurs conquêtes et leur création.

Groumpf fut capturé et jugé. Il ne fut pas exécuté, solution trop facile pour ce criminel de guerre. Le géant, qui avaient vaguement retrouvé ses esprits, sevré des drogues maudites durant son incarcération. Il restait prostré dans sa cellule, abruti par les souvenirs de ses actes de pure folie meurtrière. Il fut considéré comme un esclave, un monstre, une attraction pour le public haineux, qui avait souffert sous l’oppression sanglante de ses maîtres. Il fut finalement conduit dans une arène privée. Là, il devait combattre sans relâche pour rester en vie, dans des combats inéquitables, organisés dans le seul but de distraire quelques riches et pervers personnages. Il resta en vie étonnamment longtemps, ses réflexes de guerres lui sauvant la mise, même si le plus souvent il désirait la mort. Les nouveaux maîtres du colosse finirent par se lasser : ils devaient en finir. Un grand combat fut organisé. A un contre vingt, avec que des combattants expérimentés et agressifs. Et Groumpf, seul.

Groumpf gisait attaché au centre de l’arène depuis deux jours, sans avoir mangé ni bu. Un ingénieux mécanisme pouvait le libérer des lourdes chaînes qui l’entravaient avant chaque combat. Par contre ce soir, la chaîne reliant son cou de taureau au monolithe noir trônant dans l’arène ne s’ouvrirait pas... Ses mouvements en seraient encore plus limités. Groumpf ne le savait pas mais le pilier noirâtre au centre était un bloc massif de Morteroche, une substance qui annulait toute magie dans une certaine zone. Elle était utilisée ici pour rendre les combats plus "équitables". Ou plus inéquitables. Ce soir, quand le puissant guerrier vit s’ouvrir simultanément toutes les portes de l’arène, il comprit que la fin était arrivée. Il l’accepta avec résignement, voire avec gratitude. Après tout il était coupable. Pourtant il savait qu’il se battrait jusqu’au bout, son instinct primal le poussant à résister, même en vain. De nombreux combattants trouveraient encore la mort sous ses coups. Un soupir las monta du géant pendant qu’une vingtaine de combattants se pavanaient sous les vivats de la foule. ++++ On était venu nombreux ce soir pour voir la "finale". Le public de riches marchands et de nobles était séparé de la zone de combat par une haute muraille de pierres lisses, enduite de graisse et recouverte de pieux acérés et de barbillons empoisonnés. L’escalade ou la descente était impossible, la magie étant en plus encore neutralisée dans la zone. Groumpf entendit le cliquetis annonçant le retrait de ses chaînes : ça allait commencer. Et il était déjà encerclé. Un présentateur chauffait le public et clamait le nom des combattants. Une récompense était promise pour celui qui donnerait le coup de grâce au "monstre". Un gong retentit. Groumpf se jeta en avant vers un type en armure. Soudain il fut étranglé par sa chaîne autour du coup : trop loin ! Les petites pointes de son collier d’esclave lui rentrèrent dans la gorge. Les guerriers autour de Groumpf éclatèrent de rire. Quelques-uns crièrent des insultes et firent des gestes obscènes, à la grande joie du public. Les plus hardis (et surtout ceux dans le dos de Groumpf) s’amusèrent à le piquer du bout de leurs armes, couvrant le colosse de multiples petites plaies. L’agonie promettait d’être longue... Soudain un long grondement retentit : la porte principale des gladiateurs venait de se re-ouvrir !

"Arrêtez immédiatement !! " cria une voix flûtée venant de la porte. Sous le regard médusé du public et des combattants, un petit bout d’elfe entra dans l’arène.
"Votre comportement est odieux ! C’est un être vivant comme vous que vous torturez ainsi !" continua l’enfant elfe pointant un doigt accusateur vers un solide mercenaire en armure.
"Que t’veux, nabot ? T’es ’vec lui ? T’en veux aussi ?"
"De plus il faut punir ce mécréant !" renchérit un autre guerrier "Il est responsable de la guerre et de nos morts !"
"Ce n’est pas une raison ! Vous êtes des êtres civilisés, non ? Pourtant vous vous comportez comme des bêtes et jouissez de malmener cet homme." riposta l’elfe.
"Homme ! Pouaaah ! C’te monstruosité ? T’es bigleux p’tit ? "
"Je ne sais pas de quelle race ou ethnie est ce prisonnier. Et ça n’a pas d’importance. Libérez-le sur-le-champ !"
"Et en quel honneur ? Pour tes beaux yeux ? Tu comptes nous y forcer peut-être ? "
"S’il le faut !"
"Ahaha !! Mais selon les règles, il faudrait que tu nous battes tous !" Le jeune elfe se tourna vers une loge somptueuse où le propriétaire noble de l’arène assisté à la scène médusé.
"Cela vous convient-il ? Si moi ou ce prisonnier arrivons à terrasser tous vos guerriers, promettez-vous de le libérer ?" Le noble réfléchit à la tournure imprévue. Ce gosse n’avait aucune chance. Et puisque tel était son désir...
"Soit ! Le pari est tenu. Maintenant commencez !" cria-t-il en réponse sans réfléchir plus avant.

Le jeune elfe dégaina une courte dague, à l’allure plus ornementale que guerrière. Il attaqua le mercenaire en armure en face de lui. Celui-ci para aisément l’assaut. Aucun des autres gladiateurs n’intervint, préférant se méfier de Groumpf qui tirait comme un damné sur sa chaîne, espérant la briser ou au moins atteindre un des combattants. Le mercenaire devait reconnaître que le petit elfe se battait bien, avec entrain et rapidité. Mais son style était classique, du tout théorique, bref très inexpérimenté. D’un mouvement souple il plongea sa lame entre les côtes du gamin, un rien chagriné. Celui-ci s’effondra en sang sous les clameurs de déception du public. Tout était allé bien trop vite. Le mercenaire se tourna vers Groumpf : passons aux choses sérieuses ! Une froideur acide envie ses omoplates quand la dague du petit elfe pénétra dans son cou. Il mourut noyé dans son sang, ne parvenant toujours pas à réaliser : l’elfe s’était redressé ! Chancelant et blessé, couvert de sang mais victorieux, le jeune elfe venait d’occire le premier combattant. Il tourna son regard bleu décidé vers le suivant.

"Voilà ou était donc passé le petit agité..." murmura un elfe en armure posté dans le public.
"Dans quoi il s’est fourré cette fois ?" demanda un autre elfe, très grand, qui venait de sortir d’un Portail magique.
"Il semble décidé à sauver ce monstre, quitte à se combattre tous les gladiateurs de cette arène..."
"QUOI ! Mais il est malade ! Lelfe est à cent lieues d’avoir le niveau."
"Et oui... Mère va m’incendier. Pour l’avoir amener là, d’abord, ensuite pour l’avoir fait tuer... On intervient. A nous deux y’en a pour cinq minutes pour massacrer ces types et le sortir de là."
"Impossible : pense à la situation ! On est ici en mission diplomatique, et quasiment toute l’aristocratie du coin est là. On ne doit pas nous associer à l’incident !"
"Alors on le laisse se faire buter ? Bah, Mère pourra toujours le ressusciter, non ?"
"Seulement s’il reste intact..."
"Bon... Je m’en vais les prévenir." conclu l‘elfe en armure en ouvrant lui aussi un Portail Magique. "Autant faire un mea culpa tout de suite..."

Lelfe plongea vers Groumpf, attirant un combattant à porté des mains meurtrières du géant. Celui-ci paya son erreur de sa vie. Changeant de cible, le jeune combattant se rua vers un type armé d’une massue. Sa charge héroïque s’acheva lamentablement au sol, la main tenant sa dague brisée par le guerrier roué. Ignorant la douleur, il se redressa et enserra le guerrier de ses bras, insensible aux coups de masses qui résonnaient sur son crane à présent ensanglanté. Il réussit dans un suprême effort à pousser le combattant et à l’empaler sur les pieux entourant l’arène. Il partit ensuite en courant pour intercepter deux lanciers. Mais se fut lui qui fut empalé par les lances. Hurlant de douleur, il empoigna les deux hampes, emprisonnant dans sa chair les armes des deux gladiateurs. Reculant ensuite malgré la souffrance, il les entraîna à portée de Groumpf. Une fois les guerriers occis par le géant, il arracha les lances de son corps et les tendit au colosse. Ainsi armé, il pouvait maintenant faire face aux ennemis. Sur ces actes incroyables, le jeune elfe s’écroula dans son sang. Il avait subit de terribles et irrémédiables blessures.

Groumpf entra dans une rage frénétique, semant la destruction autour de lui, se libérant de ses chaînes. On l’avait maltraité. Plus important : on avait tué le seul être qui l’avait considéré comme un humain et qui l’avait regardé avec amitié ! Ils allaient payer. Mais même avec l’aide de sa puissance de berserker, il savait qu’il allait perdre contre un si grand nombre. L’elfe avait par chance réduit les rangs ennemis et semé le doute. C’était son dernier combat. Il allait tout donner. Ses cris de fauve blessé réveillèrent l’elfe gisant, juste à temps pour voir le titan s’effondrer au milieu de corps broyés... Une rage sans pareille envahit alors le gamin blessé. Il s’évanouit.

"Et voilà..." conclu subitement Lelfe.
"Quoi !!" hurlèrent en coeur Derym et Ysandre.
"Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite... Désolé."
"Mais comment vous en êtes vous sortis, alors ?" demanda Ysandre.
"Je ne sais pas. Mon frère qui était dans l’assistance m’a dit que je m’étais relevé et que j’avais vaincu tous les guerriers. Il n’a pas vu la scène, il courrait déjà dans les corridors menant à l’arène pour me sauver." répondit Lelfe.
"Et Groumpf ?" questionna Derym.
"Il allait bien malgré de sales blessures... C’est lui et mon frère qui m’ont sorti de là. Il m’a porté dans ses bras jusqu’à ma mère. Qui nous a soignés. Plus tard, mon grand frère a réussi à convaincre les autorités de nous laisser Groumpf. Il est venu avec nous dans mon pays et y a trouvé la paix. On ne s’est plus quitté..."
"Hummm... Et que sont devenus ceux qui ont déclenché la guerre et utilisé Groumpf ?" demanda Ysandre d’un air pensif.
"Un jour, sans me prévenir, Groumpf et l’un de mes frères sont partis... Ils ont traqué ces gens. Je sais que Groumpf en a abattu deux, seul le Docteur échappant à sa vengeance. Je ne sais comment ils les ont retrouvés, mais Groumpf est revenu sombre et changé. Il a fallu des mois pour lui redonner le goût de vivre. La vengeance est parfois amère..."

Pendant qu’ils méditaient sur ses dernières paroles une cité gigantesque se détacha de la plaine : leur destination.
"Wouaah !" s’émerveilla Derym "C’est gigantesque ! Plus grand que Hillend !"
"Oui." répondit Lelfe "Voici la capitale du royaume : Kross ! On en va faire qu’un bref passage, mais tu verras Derym : tu vas être ébloui ! Fais-moi confiance."

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