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Chapitre 9 : Echanges

Chapitre 9 : Echanges

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 6/12/2002)

La jeune voleuse actionna le panneau secret qui lui permettait de regagner la tour de son Maître. Promptement et en silence, elle fila dans sa chambre sous le toit. Etalant son butin de la soirée sur la planche de bois à moitié pourrie qui lui servait de couche, elle examina les cylindres pris à Derym. Elle sourit. Ces trucs paraissaient anciens et probablement magiques. Ils valaient sûrement chacun un bon paquet ! En y regardant de plus près elle découvrit que chaque cylindre portait un symbole elfique, apparemment élémentaire pour quatre d’entre eux... Descellant délicatement une pierre sous son lit, elle ouvrit sa cachette secrète et y plaça les deux cylindres aux symboles les plus mystérieux.

"Thiiikiii ! Tu es finalement rentrée, mon enfant ?" fit une voix éraillée venant des étages inférieurs.
"Oui ! J’arrive immédiatement, Maître." cria la jeune fille, la peur, le dégoût et la colère se disputant son âme. Elle referma au plus vite sa cachette et empoigna les cylindres restants pour se précipiter vers l’antre de son Maître. Elle pénétra visiblement à contre cœur dans le bureau du magicien. Une vague d’odeur de décrépitude, de souffre, d’encens étrangers et de putréfaction l’assaillit, comme à chaque fois. Prostré dans un fauteuil confortable, un très vieux magicien rachitique aux longs (mais rares) cheveux filasses était penché sur la dissection d’une petite créature inidentifiable pour l’adolescente.

"Approche, approche ma douce..." fit le vieux de sa voix cassée.
"Bien maître." répondit automatiquement Thiki, essayant de ne pas paraître trop dégoûtée. Comme toujours elle hésita à essayer de briser la nuque fragile du vieillard... Elle n’en fit rien et s’approcha d’un air soumis. De toute façon elle savait qu’elle n’y arriverait pas...
"Fructueuse sortie ?" demanda le magicien en la détaillant avec ses yeux chassieux injectés de sang.
"Oui, Maître. Voici... Des étranges artefacts. Elfiques probablement, avec des symboles élémentaires. Enfin, je crois..." répondit la jeune fille en lui tendant les cylindres.
"Grandiose, grandiose mon amour ! Bonne fille." Le vieillard fit courir ses mains d’étrangleur à la peau parcheminée sur les objets, en murmurant d’étranges paroles dans une langue inconnue de la voleuse.
"Oui, c’est visiblement élémentaire... Je t’ai si bien formé ! Et très bien scellé." marmonna t’il. Trop heureuse d’avoir retenu ainsi l’attention de son Maître, la jeune demoiselle fit une révérence avant de vouloir se retirer.
"Un instant." fit le magicien d’une voix glacée. "Mentir n’est pas bien, petite fille... Me cacher quoique ce soit est MAL ! JE DOIS TE PUNIR !"

Avant que Thiki, folle de terreur n’arrive à quitter la pièce, le mage tendit la main et cracha un sortilège. L’adolescente fut brutalement catapultée, s’écrasant sur un établi d’alchimie, explosant au passage la verrerie dont les éclats lui transpercèrent la chair. Ses blessures furent encore avivées par les produits toxiques et irritants contenus dans les flacons brisés. Elle hurla de douleur. Le magicien s’approcha d’elle quand elle tenta de se relever. Un autre sortilège maléfique transforma ses ongles de la main en longues lanières noires barbillonnées. Il en fouetta violemment l’adolescente, s’acharnant en hurlant alors qu’elle gisait à terre dans son sang. Quand la jeune voleuse arrêta de crier et même de gémir, le sorcier ricanant stoppa son supplice. Il la saisit à la gorge et la releva sans ménagement. Ecartant les cheveux roux de la jeune fille qui lui masquaient le front, il posa un long ongle sale sur un rubis enchâssé dans le crâne de la demoiselle. Aussitôt une douleur cuisante dévora chaque nerf de l’adolescente. La douleur était telle qu’elle ne pouvait même pas hurler. Elle hoquetait et se convulsait dans les bras décharnés du vieillard sadique. Il colla son visage ravagé contre celui de Thiki. Son haleine fétide vint renforcer les sombres menaces qu’il lui murmura au creux de l’oreille...
"Apporte-moi les deux cylindres manquants, jeune inculte ! Je t’avais avertie de ne pas me mentir. Et soigne toi aussi. Et habille-toi un peu mieux que ces loques de brigands. Je t’attendrai dans la chambre. Il va falloir que tu sois bien gentille pour que je te pardonne..."

Thiki retourna péniblement vers sa chambre en maudissant intérieurement son patron cruel. Elle n’aurait pas dû essayer de le tromper. Pourtant ces deux artefacts lui auraient peut-être permis d’engager un prêtre ou un mage assez puissant pour lever le sort qui la tenait en esclavage... Résignée, comme d’habitude, elle passa prendre un onguent, le moins efficace (le Maître est vraiment radin), avant d’aller chercher les cylindres dans sa cachette. Une fois ceci fait, elle se reposa un instant, attendant la convocation. Ce ne serait pas long, il était toujours très excité par la vue du sang. Comme prévu, la voix éraillée du sorcier se fit vite entendre. Un frisson de dégoût et de douleur parcourut l’adolescente qui revêtait une affriolante chemise de nuit.

Elle se dirigea vers la chambre somptueuse du ténébreux magicien, à pas lents de condamnée, comme à chaque fois. Il était déjà alité. Elle se laissa attirer par ses mains rêches, se laissa caresser et dévêtir, fermant les yeux pour ne pas voir le corps hideux de son Maître. Elle gémit, simulant le plaisir comme des années d’immonde servitude lui avaient appris à le faire. A travers ses yeux pleins de larmes discrètes, elle voyait le soleil levant filtrer à travers une fenêtre, signe d’espoir ou de joie pour un nombre incalculable de races et de personnes. Pas pour elle. Même en plein jour elle restait dans les ténèbres...

"Et maintenant, on frappe à la porte pour qu’on vienne nous ouvrir ?" lança sarcastiquement Ysandre à Lelfe en désignant la lourde porte gravée de glyphes scintillants. Le barde ne répondit pas, poursuivant l’inspection de la base de la tour. Vieilles pierres noires, érodées. Solides et escaladables... Du moins pour un elfe assez agile. Pas une partie de plaisir quand même. Il repéra la voie empruntée par la jeune voleuse, menant à une alcôve près du sommet de la tour. Il y avait probablement un passage par-là, mais Groumpf ou Ysandre (en armure) ne parviendrait sans doute pas à l’atteindre. Il doutait même que Derym le puisse...
"On va se séparer. Je passerai par le haut de la tour, vous par le bas."
"C’est ça, séparons nous... On a bien vu là où ça nous a menés !" ricana la Paladine
"Faisons confiance à Lelfe." dit Derym. "Il a l’air d’être un spécialiste pour s’introduire là où on ne veut pas de lui."
"Pfff... d’abord ça ne résout pas notre problème : comment va-t-on entrer ?"
"Les magiciens sont assez paranoïaques, mais économes : regarde, seule la porte et les fenêtres sont couvertes de glyphes de protections et de pièges. Il en va de même sûrement pour l’entrée par les égouts..."
"Ah ! y’a une entrée par les égouts ?" demanda Derym.
"Y’en a toujours une ! Pour les fuites précipitées et les sorties discrètes. Mais revenons au problème. Je suis incapable de désamorcer ces pièges."
"Donc on est bloqué !"
"Non. Il suffit d’emprunter une voie qui défie la logique du sorcier !" sourit Lelfe en faisant un clin d’œil à Groumpf.
"Quoi !?!" s’exclamèrent ensemble Ysandre et Derym en voyant Groumpf sortir son énorme marteau de guerre à deux mains.
"Si y’a pas de porte, on va en faire une !" s’esclaffa joyeusement le Barde. "Bon, ça va faire plein de boucan et attirer le sorcier... Vous l’occuperez pendant que je reviendrai des étages supérieurs, avec les cylindres si j’ai de la chance."
"Tu es vraiment sûr ? Déjà que j’aime pas m’introduire chez les gens comme ça..." demanda la Paladine gênée par ce plan.
"Oui. Récupérer les cylindres est la priorité. Si ça se trouve on aura même pas à se battre... Enfin, pas trop."
"Alors allons-y." conclu Derym, lui aussi doutant un peu du plan simpliste. ++++ BBOOOOMM
"Qu’est-ce que ?"
BOOOMMM
Le son s’accompagna cette fois de vibrations qui firent trembler les petits objets dans la chambre à coucher du magicien. Le vieillard se leva d’un bond, malgré son âge et sa faiblesse apparente. Il murmura quelques sombres paroles en saisissant une coupe qui traînait. Une image ondoyante se forma, montrant Groumpf qui attaquait le mur de la tour avec l’ardeur frénétique d’un bûcheron barbare.
"Des intrus ! Et qui passent par le mur ! On me l’avait jamais faite celle-là." ricana méchamment le mage, persuadé de l’inutilité de cette approche ridicule. BOOOMMMCRRRAAACCKKK
Groumpf venait de la contredire en pulvérisant une bonne partie du mur du rez-de-chaussée. La mine du sorcier s’assombrit. Il fallait mieux prendre au sérieux ces mécréants. Il s’habilla en vitesse, prit son lourd bâton de magicien orné d’un saphir et s’apprêta à sortir punir ses invités. Une idée lui vint soudainement.
"Thiki ?" fit-il d’une voix glaciale.
"Oui, mon maître ?" répondit l’adolescente frissonnante qui se rhabillait au plus vite.
"Regarde un peu..." murmura le vieillard, menaçant, en lui plongeant à moitié la tête dans la coupe de Clairevision. Dans l’eau troublée de magie, elle reconnut Derym, près d’un colosse et d’une belle femme en armure. Qui défonçait le mur. Son regard la trahit, comme prévu par le magicien. Il l’envoya bouler à l’autre bout de la chambre, crachant sur elle des imprécations maudites.
"Incapable ! Stupide gamine ! Tu t’es faite suivre. Je le savais !" cria le sorcier dément en abattant son bâton sur la jeune fille. "Va chercher tes armes ! T’as intérêt à être utile ou la punition sera plus terrible encore." Le magicien partit en trombe vers le rez-de-chaussée.

Pendant que Groumpf se frayait un passage à travers la pierre, Lelfe avait escaladé avec difficulté la tour jusqu’à l’entrée dissimulée réservée à la jeune voleuse. Il tenta d’utiliser ses talents de monte-en-l’air pour crocheter la trappe secrète qu’il avait découverte, sans autre succès que de presque se faire trancher les doigts par un piège habilement dissimulé. Vu le boucan créé par Groumpf, il décida de ne plus s’embarrasser de discrétion : il défonça la trappe à coup de pieds. Après une roulade fort peu artistique (surtout pour éviter les éventuels piéges...), Lelfe pénétra dans le bâtiment. Au son, il se rendit compte que Groumpf et les autres n’avaient pas encore pénétré dans la tour. Il se mit vite en mouvement pour explorer la bâtisse, espérant le maître des lieux trop occupé et surpris par les travaux de "terrassement". Il arriva à un escalier central. Monter ? Descendre retrouver les autres ? Autant monter : il était près du sommet et pourrait toujours se précipiter pour aider ses amis au besoin.

Evitant les portes trop bien fermées et protégées, il se déplaçait silencieusement avec la grâce d’un cambrioleur professionnel (à ceci prés que ses vêtements chatoyants de Barde et le cliquettement de ses nombreux bijoux rendait tout effort de discrétion inutile...). Il avisa soudain une chambre miteuse et ouverte. Une misérable planche vermoulue était l’unique mobilier. à ses pieds un tas de vêtements en lambeaux et une armure de cuir déchiquetée. Le tout plein de sang. Farfouillant dans les hardes couvertes de sang ("Tiens des éclats de verre ?") , Lelfe sentit monter en lui une sourde colère en reconnaissant les vêtements de sa jeune voleuse. On l’avait sauvagement battue. Il se passait visiblement des choses étranges ici... Mais nulle trace des cylindres. Il sortit précipitamment : cette pièce le mettait mal à l’aise. Il descendit les étages à pas de loup, surprenant des éclats de voix et des sanglots venant d’une chambre. Il se dissimula attentivement derrière une colonnade. Le magicien coléreux sortit en trombe et se mit à descendre d’une démarche furieuse contrastant avec son apparence frêle de vieillard. Heureusement il n’avait pas vu Lelfe, obnubilé par sa rage. Un long craquement se fit alors entendre, suivit par un éboulement de pierraille. Groumpf et ses amis venaient d’entrer !

Le colosse jaillit aussitôt par l’ouverture, arme au poing. Derym et Ysandre le suivirent avec un peu d’hésitation. Ils pénétrèrent dans un hall luxueux, décoré de larges colonnes gravées de symboles probablement magiques. En formation de combat (c’est à dire Groumpf devant, suivi de prêt par Ysandre et avec Derym à l’arrière), ils finirent par déboucher sur un large escalier montant en spirale vers les étages. Et au milieu de celui-ci se tenait un vieillard furibond tenant un grand bâton à l’extrémité bleutée pulsante de magie. Ils s’arrêtèrent. Le magicien les dévisagea longuement. Ysandre s’avança alors.
"Veuillez nous excuser pour cette intrusion musclée. Vous détenez apparemment des artefacts nous appartenant, ou vous hébergez une jeune voleuse. Au nom de Tür, je vous somme de nous les remettre !" Le mage sembla un instant complètement pris au dépourvu par cette requête inattendue. Puis un sourire mauvais lui mangea le visage.
"Comment osez-vous ? Nul ne me donne d’ordre ! Encore moins sous mon toit. Préparez-vous à périr pour votre impudence !" cracha-t-il en levant son bâton.
"Mais..." Avant qu’Ysandre n’aie pu poursuivre, le bâton orné cracha un éclair bleuté. Derym faucha la Paladine aux jambes, qui s’effondra, évitant ainsi l’électrocution. L’éclair alla exploser une œuvre d’art. Le sorcier ne plaisantait pas ! ++++ Groumpf passa aussitôt à l’action, se ruant sur le vieillard à une vitesse prodigieuse. Il dominait le frêle magicien de toute sa taille de titan. Celui ci sourit quand le marteau de guerre colossal s’abattit sur lui. Des étincelles magiques jaillirent. Absorbant le choc. Le sorcier était indemne et n’avait même pas bougé. Il ricana devant l’air ahuri de Groumpf et leva à nouveau son bâton. La Chaîne d’Eclairs frappa Groumpf de plein fouet, l’expédiant au bas des escaliers au milieu d’éclairs bleutés. Une odeur de chair calcinée envahit la pièce en même temps que les hurlements du monstrueux guerrier. Ysandre se jeta à son tour dans le combat. Elle n’atteignit même pas le sorcier : d’une rapide incantation et d’un geste impérieux de la main, une sphère dorée jaillit et catapulta la jeune femme au loin, brisant son armure. Derym accouru immédiatement pour lui dispenser les premiers soins. Elle n’était que légèrement blessée. Visiblement le magicien s’amusait avec eux. Pendant que le druide soignait son amie, il lui décrivait par le menu les tortures qu’il leur ferait subir prochainement. Surtout à Ysandre. Dans un hurlement de rage berserk, Groumpf se releva, à la grande surprise du magicien. Sans même réfléchir, il s’interposa entre lui et ses amis, faisant pleuvoir une volée de coups titanesque sur le vieillard. Qui n’en parut pas le moins du monde affecté. Les étincelles magiques, témoins de sa protection, absorbaient les coups du guerrier. Profitant d’un relâchement, il renvoya un autre arc électrique en plein dans la poitrine de Groumpf.

Cette fois, le géant ne mit qu’un genou à terre. Il se redressa aussitôt pour poursuivre son attaque frénétique. Pour la première fois, le sorcier dément connut la peur et l’hésitation : sa protection n’était pas infinie et ce monstre l’amenuisait bien trop vite à son goût ! Et il avait résisté à deux coups d’éclair directs ! Etait-il immortel ? Les charges magiques du bâton n’étaient pas elles non plus inépuisables. Il fallait en finir. En se concentrant, le magicien renforça la puissance libérée par le bâton de pouvoir et lança une autre vague électrique. Cette fois Groumpf vola littéralement. Il s’écrasa dans des gerbes de flammes et de magie, le corps parcouru par des convulsions et des arcs électriques. Il fumait. Derym se précipita, mais le géant était déjà inconscient. Ces blessures pouvaient être mortelles, même pour une force de la nature telle que lui. Ysandre à peine guérie rejoignit l’apprenti druide pour l’aider de son mieux à soulager le colosse.

Du coin de l’œil elle vit le sorcier incanter. Elle interposa son bouclier entre le jet de flamme jaillissant de la main du sorcier et Derym. Elle recula sous le choc, brûlée même à travers son bouclier et son armure. Quand la débauche de flammes s’arrêta, la jeune femme vit que son bouclier n’était plus qu’une ruine fumante. Elle défit promptement la portion d’armure rougie qui lui brûlait le bras. En dessous ses vêtements étaient noircis. Elle n’osa pas les retirer pour voir l’état de son bras. Le magicien poussa un soupir, il avait raté son coup. Il leva son bâton, certain d’en finir cette fois. Au même moment, Ysandre, qui voyait la mort s’approcher à grand pas, vit un éclair métallique tomber. L’épée magique de Lelfe se ficha dans le sol à quelques pas de la jeune Paladine. Le Barde ne les avait pas abandonnés ! Du haut des étages il lui avait lancé son arme.

La guerrière s’empara prestement de la lame.
"Ravi de vous servir à nouveau mademoiselle !" fit l’arme enchantée _ "Vite ! Pointez-moi vers se sombre nécromant !" Obéissant à l’épée, la Paladine pointa la lame vers le sorcier à moment ou celui-ci libérait une fois encore ses Eclairs magiques. Toute la vague bleuté sembla converger vers l’épée. Des arcs électriques grésillants parcoururent la jeune fille qui hurla de douleur. Mais curieusement c’était supportable !
"On ne m’appelle pas L’Eclair du Châtiment Divin pour rien. Hélas mon maître maladroit n’a pas pris avec lui mon joyau de Lunepierre... Je ne puis vous protéger totalement de ce genre d’attaque. Seulement en atténuer les effets !" La Paladine reprit courage : tout n’était pas perdu. Mais le magicien roué avait bien vu que son attaque n’avait pas eu l’effet escompté. Il incanta un nouveau jet de flammes. Et rien ne protégerait plus Ysandre de celui-là ! Les flammes explosèrent devant elle ! Elle y discerna une silhouette amie qui priait doucement.
"La Nature est mon alliée, source de vie et de protection pour ses Fils. Nul Feu brûlant ou Bise glaciale ne saurait apporter le tourment." Derym l’avait protégée du brasier ! Au péril de sa vie, il s’était interposé entre la jeune femme et les flammes. Et il en paya le coup : malgré son incantation, le feu avait quasiment détruit ses vêtements et avait touché sa chair. Il n’était pas vraiment de taille contre un sorcier aussi puissant. Mais les deux jeunes gens échangèrent un sourire de connivence : tout n’était pas encore perdu ! Comme ressuscité par leur courage, le puissant Groumpf se redressa. Un bruit de cavalcade dans l’escalier leur apprit que Lelfe se ruait à leur secours. Le sorcier maléfique fit la grimace : ces envahisseurs étaient vraiment tenaces. ++++ Quelques instants auparavant...
Lelfe venait de voir sortir précipitamment le magicien de sa chambre. Peut-être les cylindres s’y trouvaient-ils ? Il se glissa vers la porte à pas prudents tandis ce que le sorcier dévalait les escaliers. Le barde misa sur ses amis pour retenir longuement le lanceur de sort. Après un regard en arrière il rentra dans la chambre... Et se heurta à Thiki, nue, qui en sortait précipitamment ! L’adolescente s’empara prestement d’une des dagues de Lelfe, la retournant contre lui pendant qu’il était au comble de la surprise. Mais après les cruels traitements infligés par son sinistre Maître, l’adolescente ne faisait pas le poids. Par pur réflexe, le Barde l’envoya s’écraser au sol. Il avisa finalement le triste état de la jeune fille et stoppa son attaque. Elle avait été battue comme plâtre. Et pas que ça apparemment vu sa tenue...

La rage monta chez l’aventurier en voyant les yeux remplis de larmes de la voleuse et les traces immondes de coups sur son corps d’enfant. Pour surmonter l’horreur qu’il sentait monter en lui, il détourna le regard de la jeune fille prostrée et examina la pièce. Soudain, en contemplant la chambre à coucher, un sombre sentiment l’envahit. Il tremblait. Cette pièce puait littéralement le désespoir, la folie et la tristesse. Lelfe avait l’impression d’étouffer dans un océan d’immondices. Il avait des hallucinations de cauchemars... Et son esprit lui soufflait qu’il s’agissait de visions bien réelles. Il tituba, cherchant à sortir sous le regard surpris et noyé de larmes de Thiki. Il s’effondra à genoux et vomit une bile âcre. Dans son esprit dansaient des horreurs sans fin. Il se raccrocha aux paroles de toutes les chansons vantant la joie de vivre, le courage et l’espoir qu’il connaissait pour ne pas sombrer dans la folie. Lentement, il se releva et se tourna vers Thiki.

Celle ci ne bougeait plus, terrorisée par la punition future qu’allait lui infliger son Maître. Pourtant quand elle croisa le regard enflammé par la détermination de Lelfe, elle fut saisie par une peur plus grande encore : la peur de mourir. Etait-ce vraiment le seul moyen de quitter cette vie d’esclave ?
"Pitié..." se lamenta t’elle "Je ne veux pas mourir... Les cylindres sont dans le laboratoire à côté. Je ne voulais pas..." Elle éclata en sanglots."J’ai autre chose à faire avant." dit Lelfe d’un ton implacable. Lelfe s’avança lentement vers elle. Elle ferma les yeux. Soudain une chaleur l’envahit : l’aventurier venait de la recouvrir de sa veste.Ensuite il s’agenouilla près de l’adolescente et posa ses mains douces sur ses plus graves blessures. Une lueur magique s’en échappa et cicatrisa quelques-unes des plaies les plus sales.
"Pourquoi ?" parvint à demander la jeune fille au comble de l’étonnement. Lelfe eut un sourire mélancolique et se releva.
"Pardon de n’être pas venu plus tôt..." Sur ces paroles qui firent exploser la jeune voleuse en sanglots, il quitta la pièce d’un air décidé. Des cris et des explosions montaient du rez-de-chaussée : ses amis avaient besoin de lui.

Ailleurs... Dans une sombre forteresse au sommet d’une montagne vertigineuse.
Dans un lit somptueux, garni de satin et de soie fine, couvert de coussins richement brodés et de fanfreluches, deux silhouettes dormaient, enlacées. L’une d’elles se redressa soudain. Elle n’était vêtue que de bandages étrangement entrecroisés, couverts de talismans et de glyphes aux contours étranges. Quelque-chose se passait ! Il avait été réveillé par une étrange sensation dans le Flux de Mana. Grommelant, le mystérieux magicien activa ses sorts de détections. Aucun danger à proximité pourtant... Il s’abandonna en esprit dans la Mer de Mana, vibrante, vivante et mystérieuse. Toujours rien. A côté de lui, une sensuelle elfe noire se réveilla.
"Que se passe-t-il, mon chéri ?"
"Rien. C’est juste... J’ai eu une étrange impression. Peut être un cauchemar."
"Toi ? Ahahaha ! Même le plus puissant des nécromants, l’archimage Elu de Loth la Sombre, peut avoir des cauchemars ?" explosa de rire la drow. Se joignant à son rire maléfique, la silhouette couverte de bandages l’attira à lui. C’est vrai, quasiment rien ne pouvait le menacer...

Ailleurs. Dans une tour d’argent cachée dans un endroit improbable... Brusquement, un archimage demi-elfe jaillit de son lit, prêt à lancer des foudres destructrices sur ce qui le menaçait. Rien. La pièce était vide. Il s’immergea dans la Mer de Mana, déployant sa volonté, se fondant dans l’étoffe même de la Magie. Ses yeux devinrent d’un vert phosphorescent tandis qu’il bandait sa volonté à la recherche d’une indicible menace. Rien. Pourtant la sensation était réelle... Au risque de perdre son esprit il se dilua encore dans la Mer de Mana. Là. Une sensation de désespoir et de tristesse si intense qu’elle avait fait "résonner" la trame magique. Qui ou Quoi avait provoqué cela ? Il se calma, son corps épuisé par l’effort. En tout cas ça avait disparu maintenant... ++++ Ailleurs... Dans une chapelle à demi détruite près d’une sombre forteresse au sommet d’une montagne vertigineuse.
Au centre d’un pentagramme, au milieu de corps ruisselants de sang encore frais, une petite fille à l’apparence d’une elfe à la peau grise tenait une coupe de Clairevision.
"Qui a bien pu faire ça ?" se demandait-elle, envoyant tous ses pouvoirs dans la coupe, cherchant l’origine de la perturbation.
"Je ne sais pas, Maîtresse..." répondit son esclave Aram, croyant qu’elle lui parlait.
"Silence, je me concentre ! J’ai déjà ma petite idée. Va me chercher d’autres gardes à sacrifier au lieu de rêvasser !"

Retour à la tour du mage où Derym, Ysandre et Groumpf sont en mauvaise posture... Groumpf bien que blessé se jeta à l’assaut du magicien qui ricana. Aucun effet à part de grandes gerbes d’étincelles. Ysandre attaqua avec lui, sans plus de succès, malgré l’arme magique de Lelfe. Derym s’apprêta à s’élancer aussi, à poings nus. Le sorcier se débarrassa de ses assaillants d’un sort qui les propulsa violemment aux quatre coins de la pièce. Le sorcier prit cette fois le temps d’incanter un sortilège assez puissant et que ne pourraient parer ni l’épée de la Paladine, ni la magie druidique de Derym. Tout semblait perdu quand un long cri retentit. Lelfe, suspendu à une corde s’était jeté dans l’escalier, et dans un mouvement pendulaire s’écrasa sur le mage noir ne pleine incantation. Bien que le choc fut violent, la majeure partie fut absorbée par la protection du sorcier. Celui ci, surpris, tomba à la renverse et dévala l’escalier. Son incantation mortelle était gaspillée ! De rage, il lança un sort de Poigne télékinétique et envoya Lelfe s’écraser brutalement au sol. Il ne lui restait plus qu’à recommencer ! Lelfe avait, presque comme prévu, atterri entre Ysandre et Groumpf. La douleur l’empêchait de se relever pour le moment. Faisant un clin d’oeil insistant, il capta l’attention de la Paladine et pointa son doigt vers le sorcier... Pas sur le sorcier. Après un ou deux instants d’hésitation la jeune femme activa le sortilège de Hâte de l’épée elfique, se ruant vers la cible désignée. Le sorcier hoqueta de surprise en voyant l’accélération de la belle. Il accéléra son incantation funèbre au mépris des risques. Ysandre arriva à portée et leva l’arme enchantée. Le sorcier fini et cria la dernière syllabe du sort. La jeune femme allait échouer. Groumpf jaillit à cet instant. Abattant de toutes ses forces son marteau de guerre sur le crâne du sorcier, sans dommages, il lui fit cependant à nouveau échouer son sort. Ce géant était vraiment increvable !

"Groumpf ! Le saphir !" hurla Lelfe.
Le colosse leva son marteau vers le bâton du mage, qui ne comprit que trop tard le plan des héros. Ysandre frappa elle aussi vers la pierre pulsante de magie. Pris entre l’enclume formée par le marteau de Groumpf et la lame magique de la Paladine, le cristal d’une solidité incroyable se fendit dans un craquement sourd. Immédiatement une petite explosion d’éclairs et de lumière propulsa Ysandre et le guerrier géant à terre. Le magicien hurla lui aussi de douleur, sa protection inutile contre de telles vagues d’énergie crépitante. Il lança le bâton et s’enfuit vers les étages, le bras largement brûlé. L’artefact magique s’écrasa au milieu de la pièce, lançant de puissants rayons électrocutant partout. L’explosion semblait imminente. Derym se jeta sur l’artefact et le saisit, se faisant sévèrement brûler une fois de plus. Grimaçant sous les arcs électriques qui lui cuisaient les membres il banda ses forces et lança le bâton crépitant... vers le vieillard qui gravissait les escaliers. Le magicien n’eut le temps que de pousser un cri d’horreur et de lever son bras valide dans un geste dérisoire de protection. Juste quand le bâton le toucha une vague d’énergie jaillit de l’artefact. Dans un éclair blanc, une explosion souffla l’escalier et une partie du mur de la tour s’effondra sur le sorcier. Il fut ensevelit sous une avalanche de rocs de flammes et de bois brûlé dans un fracas étourdissant. Le groupe d’aventuriers blessés resta un moment sans voix avant d’éclater de joie devant leur victoire inespérée ! Ils se relevèrent et se congratulèrent mutuellement, ignorant leurs terribles blessures et leur fatigue. Soudain, un cri retentit : du haut des débris de l’escalier Thiki avait assisté à la fin de son cruel Maître. Curieusement elle s’effondra à genoux, en larmes de désespoir... Et derrière elle apparut une sombre et mince silhouette. ++++ Thiki leva ses yeux pleins de larmes vers l’apparition. Un grand homme, borgne et à l’allure inquiétante la dominait. Il était armé d’une longue épée serpentine et d’une dague. Et sa cible ne faisait aucun doute. La jeune fille se résigna à mourir. C’était prévisible de toute façon.
"Zaralas ! NON !" cria Lelfe quand l’homme leva son épée. Il s’interrompit et prit un air maussade.
"Désolé, mais les ordres sont les ordres. Ce qu’elle a fait mérite punition. Ne t’en mêle pas s’il te plait." grommela le borgne. Il claqua des doigts pour appuyer son propos. Aussitôt une demi-douzaine de silhouettes toutes de noir vêtues envahirent le rez-de-chaussée dévasté, arbalètes aux poings. Ysandre, Derym et Groumpf, épuisés et blessés tentèrent péniblement de se mettre en garde pour faire face à cette nouvelle menace. Cela semblait bien inutile, mais ils avaient déjà accomplit des miracles ensemble. Lelfe enrageait : il voyait la victoire lui échapper. Le sinistre Zaralas leva à nouveau son épée pour décapiter la jeune voleuse.
"STOP !" hurla à nouveau Lelfe. Une fois de plus l’homme s’arrêta, irrité.
"Quoi encore ?" Le barde savait que supplier ne servirais à rien. Restait... Le bluff ! Il plongea une main dans une de ses poches et en sortit un étrange joyau noirâtre de la taille d’un oeuf de poule. Un pentagramme doré pulsait de magie en son centre. Recourant à la langue des Voleurs il le menaça :
"Enav’ poow’aly ! Ar o kal Damon Hayss ! Ikan dess’all !" Le borgne se figea et sembla se vider de son sang. Hésitant, il parcourut du regard la salle d’en bas, puis revint vers la pierre magique brandie comme un talisman par Lelfe. Tous les autres brigands avaient reculé sous la menace (?) étrange de l’aventurier. Ses amis n’avaient pas compris un traître mot de ce qu’il venait de dire, mais ça avait visiblement mis les nouveaux venus dans un état de choc ! Lelfe sourit. La victoire lui revenait !

Il perdit son beau sourire quand une dague glaciale se posa sur son dos. L’invisibilité du Maître-Voleur Hobbit s’annula au moment ou il prenait Lelfe en otage.
"Tu as de surprenants et puissants alliés... Malheureusement pour toi, je crois que tu bluffes. Sinon tu ne serais pas en si piteux état !" ricana le vieux roublard.
"Tu veux prendre le risque ? Laisse donc partir cette gamine : elle ne t’est d’aucun intérêt."
"Tu oublies ma réputation, mon ami. Comment pourrais-je épargner celle qui bafoue nos règles, s’introduit dans le QG de MA Guilde, dont elle ne fait pas partie d’ailleurs, et vole et agresse mes hôtes ? Je me dois de maintenir l’ordre et le respect de la hiérarchie."
"Humm... Et à part nous ici présents, qui d’autre est au courant ? Personne ! Fait preuve de sagesse mon ami et laisse la vivre. J’en prends la responsabilité. Et au fait, je suis vraiment ami avec Demon’s Eye. Cette Pierrecom est authentique, tu le sais !" Le petit voleur hésita. Il restait toujours la possibilité qu’il dise vrai. Connaissant Lelfe, rien n’était impossible.
"Je ne pense pas. Je ne trouve aucune... compensation à cette situation." Reconnaissant un appel au marchandage, Lelfe se détendit un peu. Prudemment, il fouilla dans ses poches et en sortit un petit étui à parchemins, scellé par des gravures d’argent. Il le remit au Hobbit.
"Vraiment ? Tu dois beaucoup tenir à cette gamine ! " S’esclaffa le Maître-Voleur en empochant l’étui. Il siffla et toutes les sombres silhouettes semblèrent se dissoudre dans les ombres.
"Par contre, je ne t’aiderai pas pour la suite !" lui cria le roué vieillard en s’en allant.
"La suite ?"

Lelfe se retourna alors violemment et hurla à plein poumon : "A TERRE !" La pile de décombres explosa alors ! Auréolé de flammes magiques, le sorcier dément se redressa, vivant !
"Vouuusss alllezz payyeerr !" hurla-t-il. Sa robe de mage n’était plus que lambeaux. Il avait un bras monstrueusement brûlé et saignait par de multiples plaies et fractures. Mais sa magie restait menaçante.
"Pourquoi faut il qu’ils reviennent TOUJOURS ?" se lamenta Lelfe. Groumpf s’élança. Le sorcier fit un geste et le géant s’abattit les jambes brisées. Ysandre passa à l’action aidée de Derym. Une explosion sonique les balaya comme des poupées. Restait Lelfe, déjà blessé. Il était en meilleur état que ses amis, pourtant ni ses maigres connaissances martiales, ni aucune de ses compétences magiques ne lui étaient utiles contre pareil adversaire. Et il ne semblait pas vouloir discuter...
"Vouss aaallez SOUFFRIR !" hurla le dément écumant de salive et de sang. Priant, il tenta une dernière chose : il s’en remit à la chance !

Il sortit de derrière son dos une baguette d’ébène pris hâtivement dans la chambre du mage.
"Non, c’est toi qui va souffrir !" ricana Lelfe, espérant paraître assez convaincant en pointant la baguette.
"Hein ? Non ! Ma baguette de Désinté... Oups !"
"Merci ! Desintegrate ! "
Un rayon verdâtre jaillit de la mince baguette et frappa le sorcier terrorisé. Il se retrouva englouti dans un inquiétant brasier de flammes vertes. Rassemblant ses forces magiques, il activa toutes ses barrières et contre-sorts. Il tenait bon contre le flux mortel. Lelfe relança un autre éclair verdâtre avec la formule si gentiment donné par le mage malchanceux. Les protections cédèrent. Le sorcier sentit son corps partir en poussière. NON ! Il refusait d’être vaincu par sa propre magie ! Il opposa son esprit aux flammes dévorantes. Il tenait encore. Lelfe tenta de relancer encore le sortilège, mais la baguette s’émietta en volutes de fumée noirâtre, sa magie épuisée. Le sorcier allait donc s’en sortir, annulant peu à peu les effets du terrible sortilège. Cette fois ils avaient perdu ! ++++ Une pierre luminescente vola soudain droit vers la tête du sorcier fou de douleur. Derym venait de concentrer tout le peu de pouvoir qui lui restait dans un Caillou Magique qu’il propulsa à la fronde. Le projectile était suffisamment enchanté pour traverser la barrière hurlante formée par les flammes vertes désintégrantes et frapper le sorcier au milieu du front. Cela suffit à briser la concentration du nécromant. Perdant le contrôle de ses contre-sorts et de ses barrières psychiques, il fut englouti par le sortilège verdâtre. Les héros virent sa peau s’émietter et ses os disparaître en fumée poussiéreuse. Cette fois il ne reviendrait pas ! Les aventuriers se redressèrent et congratulèrent Lelfe et Derym pour leur coup de maître.

Soudain, un hurlement déchira la paix enfin revenue. Thiki bascula de l’étage en ruine et manqua de s’écraser. Derym réussit à l’intercepter et elle s’affala dans ses bras. La jeune voleuse en pleurs hoquetait et tressaillait, en proie à une terrible douleur. De l’écume sanglante couvrait désormais sa bouche, ses pupilles étaient dilatées et sa respiration sifflante n’augurait rien de bon...
"Bon sang qu’est-ce qu’elle a ?" s’écria Ysandre en arrivant au chevet de la jeune fille tremblante. Lelfe s’agenouilla et lui souleva les cheveux. Une gemme luisait de façon inquiétante, insérée dans le front brûlant de la voleuse. Derym cru y discerner l’ombre d’une sinistre araignée...

"On dirait les symptômes d’un empoisonnement... Et rapide !" fit l’apprenti druide en auscultant la jeune fille.
"Derym, fait quelque chose !" supplia Lelfe. Curieusement il refusait de laisser mourir la gamine, malgré tous les ennuis qu’elle leur avait causés. Un coup d’œil vers Derym lui appris qu’il partageait ce sentiment. Malgré son affaiblissement et ses multiples blessures le jeune homme se concentra et invoqua la puissance de la Nature pour chasser le poison du corps de l’adolescente. Lelfe se releva et se précipita en courant vers la sortie de la tour. Là, il prit un sac caché au préalable derrière un tas de débris : quelques-unes de ses affaires. Dont les baumes et élixirs magiques revitalisant ! Il revint au plus vite. Derym avait l’air navré : ses pouvoirs restaient sans effet et il était de plus en plus épuisé. Lelfe lança rapidement deux potions de soin à Ysandre et à Groumpf pour leur rendre un peu de vitalité. Il en passa une aussi à Derym. Il préféra donner sa part à la jeune fille qui agonisait. Malgré le soin magique elle continuait de s’affaiblir en gémissant.
"Mais qu’est-ce qu’elle a ?" s’écria Ysandre, elle aussi émue par les souffrances de la voleuse.
"Aucune idée, mais ma magie ne sert à rien... Et j’ai bientôt épuisé toutes mes ressources." murmura Derym luttant contre la douleur et le désespoir.

"La gemme sur son front est un artefact magique de contrôle semi-vivant. Si son porteur s’éloigne de son Maître ou si celui-ci meurt, il se charge automatiquement de tuer l’organisme hôte. La magie de guérison simple ne peut rien contre lui, pas plus que la chirurgie : la gemme a projeté des extensions dans tout le corps, ce qui explique l’affaiblissement généralisé." dit Lelfe d’un ton monocorde. Les autres le regardèrent un instant ahuri. Il eut l’air aussi surpris qu’eux.
"Bon. Et comment ça se soigne ?" demanda Derym.
"Aucune idée !" répondit Lelfe, troublé. "Mais comment je sais tout ça, moi ?" se demandait-il intérieurement.
"Je peux t’aider..." fit une petite voix féminine dans son crâne. "En échange, vénère-moi !"
Lelfe fini par reconnaître la jeune voix mentale. Il ne l’avait croisée que deux fois dans le passé mais s’en souviendrait toujours : une fois lui et ses amis aventuriers faillirent se faire anéantir d’un geste et l’autre fois, l’un du groupe avait perdu son âme dans l’histoire.
"Ly-Hell... Dégage de ma tête ! Je ne veux rien avoir affaire avec toi."
"Dommage. Il me serait facile de la sauver. Et suivre un dieu de plus ou de moins ne devrait pas trop te déranger..."
"Pas question, ça fâcherait pas mal de gens de ma famille si je suivais une DEMI-déesse maléfique !"
"Pfff... Alors débrouille-toi !"

Le dialogue silencieux avait complètement échappé aux autres héros qui s’inquiétaient de plus en plus pour la jeune fille.
"Je refuse de l’abandonner !" fit Derym. "Et j’ai une solution... Risquée." Avant que quiconque n’ait fait la moindre remarque, Derym posa sa main sur la pierre luisante au milieu du front de Thiki. Il se mit à chantonner doucement une prière druidique complexe. Lelfe, distrait par son échange mental, ne comprit que trop tard la nature du sortilège : un Transfert de Blessures.
"NON ! Derym ! T’as aucune chance ! Tu ne maîtrises pas ce sort et t’es trop faible."
Le jeune humain sourit et fut entouré d’une lumière aveuglante. Un instant plus tard, il s’écroulait, une gemme sanguinolente fichée dans le front...
"Bon sang ! Ysandre vite : soigne-le ! Groumpf, prend la voleuse et donne lui une potion ! "
"Ça sert à rien !" dit la Paladine. "Je n’ai plus de pouvoir."
"Et bien fait un miracle. Les dieux, ça sert à ça, non ?" grogna Lelfe en appliquant ses mains sur la poitrine de Derym.

Le cœur ne battait plus que très faiblement. C’était déjà bien après la débauche de magie dont s’était servi le Druide.
"A moins qu’on l’ait aidé... Oui, ça doit être ça ! Jamais il n’aurait pu utiliser ce sortilège autrement. Ly-Hell ! A quoi jouait cette gamine ? Pourvu que Derym ne lui ait pas offert son âme et échange de l’adolescente." pensait Lelfe. En appelant à ses pouvoirs de Paladin, il joignit ses efforts à ceux d’Ysandre. Leur magie guérisseuse s’amplifia, en harmonie. Ysandre s’écroula sous l’effort, vaincue par le flux de Mana qu’elle dirigeait. Malgré leur tentative, Derym s’enfonçait... Lelfe fit alors appel à Dame Nature. Cette fois, quelque chose se produisit : en voulant chasser le poison, il s’était mis cette fois en harmonie avec l’esprit de Derym, qui tentait de faire de même malgré son état ! La gemme noircit et se détacha en fumant du corps du Druide. Il hoqueta. Sans avoir la force d’ouvrir les yeux, il fit timidement le V de la victoire avant de s’évanouir pour de bon. Lelfe sourit doucement en le contemplant. Sa joie augmenta encore quand Groumpf lui montra Thiki qui respirait faiblement et qui semblait reprendre des couleurs. Ysandre était elle aussi dans les vapes, mais ne semblait pas trop trop amochée.
"Sortons d’ici... Au temple de Tür. Groumpf ! J’crois...j’crois qui va falloir... Que tu nous y por..." déclara Lelfe avant de sombrer lui aussi.

Le prêtre de la justice se souviendrait longtemps de ce début de matinée ! Ils virent arriver un monstrueux géant ensanglanté, trimbalant péniblement une troupe encore plus en piteux état ! Quand ils s’interposèrent courageusement entre le colosse et leur sainte chapelle, ils reconnurent les emblèmes de Paladin d’Ysandre. Groumpf marmonna juste un "Faut soigner... Peut payer !" avant de s’écrouler à son tour, miné par l’effort et ses blessures. Quelques temps plus tard (et beaucoup d’or en moins) les héros étaient presque tous en état. De plus les prêtres leurs apprirent qu’à part Groumpf ils étaient tous en état de Négate : ils n’avaient plus accès à leurs pouvoirs magiques ! L’overdose de sorts avait saturé leurs corps meurtris pour quelque temps. Lelfe soupira : cette petite escapade leurs avait coûté bien cher ! Mais il sourit en voyant Thiki se réveiller. Le groupe d’aventurier entoura la jeune fille. Elle prit peur : voulaient-ils se venger ? Puis elle réalisa qu’elle était vivante malgré la mort de son Maître. ++++
"Vous... Vous m’avez… sauvée !" s’écria l’adolescente au comble de la surprise.
"On ne pouvait pas laisser une jeune fille en détresse !" s’écria Lelfe, riant.
"Ce n’est pas dans mes habitudes de sauver les voleurs..." grogna Ysandre d’un air faussement courroucée. "Mais ils ont insisté pour te laisser ta chance."
"Pas faire mal aux enfants." affirma Groumpf d’un air mortellement sérieux. "Sinon..." continua-t-il en caressant sa hache.
"C’était naturel. Lelfe nous a raconté ce que te faisait subir le sorcier. On devait t’aider de toute façon !"
"Remercie surtout Derym." dit Lelfe "Il a failli y rester pour te débarrasser de la gemme maudite."
Thiki regarda les aventuriers d’un air ébahi : ils existaient donc vraiment ces héros que décrivaient les légendes et les romans ! Sans voix, elle les laissa se présenter avant de finir par les remercier chaleureusement.
"Rassure toi, j’ai pas tout dit." lui glissa Lelfe au creux de l’oreille pendant qu’elle lui serrait la main. "Et prend ça, c’est à toi." Lelfe lui remis un sac d’affaire qu’il venait d’aller récupérer dans la tour, en même temps que les cylindres. Quel être extraordinaire ! Il pensait même à préserver l’honneur d’une petite voleuse comme elle. Et il lui rendait ses maigres affaires alors qu’elle l’avait dépouillé. La jeune fille éclata en sanglots de gratitude.
"Bon, il est temps d’y aller." fit Ysandre. "Ou on va rater notre Portail."
"Tu t’en sortiras ?" demanda Derym à la jeune fille.
"Oui... mais..."
"Je te conseille de quitter la ville. Tes exploits de la nuit ont malheureusement attiré l’attention de la Guilde." ajouta Lelfe.

La jeune demoiselle déglutit. Ainsi tout n’était pas si merveilleux. Mais déjà une pensée avait envahi son esprit. Elle rattrapa le groupe d’aventurier qui s’en allait déjà.
"EH ! Attendez-moi ! Vous pensez pas que vous allez vous débarrasser de moi comme ça !"
"Quoi ?" firent en cœur les héros.
"Ben oui, j’viens avec vous ! Y’a plus rien pour moi ici. Je veux voir un peu le monde."
"Mais, je ne sais pas si..." commença Lelfe.
"Tatata... Vous m’avez sauvée, vous êtes responsable. Donc j’vous suis ! Et on va où ?"
"A Everwhite par le RATP..." répondit machinalement Ysandre. "ET TU NE VIENS PAS ! Gamine, c’est trop dangereux."
"Pfff, moi l’danger m’fait pas peur... j’ai vécu pire !" conclut tristement la jeune fille. "Et vous ne pourriez pas partir sans ça." La jeune voleuse montra fièrement leurs laissez-passer pour le Vortex de Transport
"Rends ça !" cria Ysandre en poursuivant sans succès la gamine hilare.
"Tu vois qu’j’ai des talents utiles ! Allez..." supplia Thiki. Lelfe regarda Derym, qui hocha la tête. Groumpf haussa les épaules.
"Ok, tu peux venir... Mais tu obéis et tu te tiens tranquille." finit par décider le jeune Druide.
"QUOI ?" hurla Ysandre. Lelfe et Derym l’écoutèrent déblatérer sur le danger, la responsabilité, les risques et tutti-quanti tout le long du trajet. La Paladine finit par se taire, lasse.
"Oh non !" s’écria Lelfe.
"Quoi, enfin raisonnable ? On ne peut vraiment pas l’amener ! On pourrait la confier à un temple de Tür." renchérit la Paladine.
"Plutôt crever..." siffla l’adolescente entre ses dents.
"Non, c’est pas ça..." dit Lelfe. "Je pensais juste au prix qu’aller nous coûter un billet supplémentaire, sans réservation en plus."

Quelques temps après que Derym et son groupe eurent abattu le mage noir... Un tourbillon de poussière pénétra dans la tour désormais déserte du sorcier. Là, il prit un comportement fort anormal pour un banal tourbillon de poussière : il se mit à gravir les escaliers ! La petite tornade s’achemina ainsi jusqu’à la chambre de sorcier défunt. Là elle se déploya en une fine colonne de vent chatoyant de magie. Dans un souffle un Portail semi-translucide apparut au coeur de la mini-tempête. Un être encagoulé de noir en sortie nonchalamment. D’un claquement de doigts il fit disparaître le portail et cesser le vent. Il commença à examiner la pièce avec ses yeux verts perçants. Soudain, il s’arrêta. Il plissa les yeux en direction de la couche du sorcier. Il sourit méchamment. D’un geste brusque, il tendit la main, paume ouverte, en direction de la literie. Une vague sonique étincelante fit voler la literie en éclats. Une petite silhouette se jeta à terre pour éviter les éclats. Le magicien se prépara à enchaîner sur un autre sortilège dévastateur.
"Ly-Hell !" s’écria le sorcier en arrêtant son geste. "En voilà une bonne surprise..." Il souriait étrangement en disant ça.
"Si j’étais un banal mortel, je m’enfuirais en hurlant devant un tel sourire." pensa la jeune elfe grise. Elle se releva doucement, sans geste brusque. Ils se toisèrent un instant, aucun ne voulant entamer le combat le premier. La capuche du sorcier glissa, révélant son beau visage de demi-elfe. Ses traits ressemblaient étrangement à ceux de la petite elfe.

"Alors quelqu’un d’autre a pu remonter la perturbation jusqu’ici." dit finalement la demi-déesse.
"Arf. Tu en doutais ?"
"Je suis seulement étonnée. Il n’y est pas arrivé."
"J’ai toujours été le meilleur ! Et que fais tu ici, ô mon cauchemar ?"
"Comme toi. Ce truc m’a intrigué. Beaucoup l’ont ressenti. C’est Lelfe, non ?"
"Je ne pense pas... Il n’a pas autant de pouvoirs à ma connaissance. Et pourquoi j’te réponds d’abord ?"
"Parce que je suis mignonne, Père !" sourit innocemment la jeune elfe.
"NE M’APPELLE PAS COMME ÇA !" La petite fille sourit un instant, puis sa vision divine lui montra de puissants courants d’énergie magique qui convergeaient vers l’archimage. Elle resta un instant fascinée par le déferlement de puissance brute et par l’habilité du magicien. Sa vision lui permettait de voir qu’il disposait de sorts puissants en réserve, en Contingence. Elle détecta aussi une puissante Chaîne de Contingence qui activerait une cascade de sorts extrêmement puissants. Plus fascinant encore, elle n’arrivait pas à identifier certains sortilèges et son intuition lui soufflait qu’il avait d’autres surprises absolument indétectables. Bref, il valait mieux calmer le jeu... ++++
"Toutes mes excuses, Archimage." ricana Ly-Hell "Aurais-je touché un point sensible ?"
"Grrr... Tu prends des risques, gamine ! Tu es bien placée pour savoir ce dont je suis capable."
"Oui. Et je me doute aussi de tes... limites. Politiquement c’est pas la joie en ce moment, hein ? Un autre cratère pourrait te valoir encore plus d’ennuis."
"A qui la faute !" se récria le sorcier en se calmant un peu.
"Oooh ! On est mécontent quand ton propre plan se retourne contre toi ? Et puis je te vois mal prendre des risques dans ton état. T’es un peu diminué." Ly-Hell compris alors qu’elle venait de faire une belle erreur. Nul n’était censé savoir qu’il lui manquait 1/9éme de ses pouvoirs ! Les yeux de l’archimage virèrent au vert luminescent sous sa rage subite. La demi-déesse sentit la magie se concentrer. Elle connut la peur.
"Non, arrête !"
"Au diable Kross et les Dieux. Tu vas périr !"
"STOP ! Nul autre n’est au courant ! Je le jure... Et nul ne le sera jamais."

Le magicien suspendit ses gestes menaçants. Ly-Hell lui promit de ne pas interférer avec ses plans. Elle livra même deux-trois informations pour prouver sa bonne volonté. Il finit par se calmer. Pas la peine de se mettre à nouveau le Panthéon à dos. Et puis il avait enfin un pied dans le camp ennemi.
"Soit. Mais dis-moi... Tu t’intéresses de près à ce Derym, toi aussi ? Pourquoi : il n’a rien d’exceptionnel."
"Je sais. Mais il y a quelque chose... Je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Tu veux l’intégrer dans ton programme de Chaos’Seeds ?"
"Tu es même au courant de ça... Non, il ne présente aucun talent particulier : je m’intéresse à lui qu’à cause de Lelfe et de Groumpf. J’aime savoir ce que font mes amis." Il ment certainement se disait la fillette. Le magicien commença alors à invoquer un Portail dimensionnel. Il avait fini ses investigations. Curieusement elle se sentait soulagé.
"Au fait, tu collabores encore avec lui ?" demanda-t-il en se retournant.
"Oui, à ma manière..."
"Et selon le plan ? C’est bien naïf..."
"Pourquoi ?"
"Ma foi... Il s’agit à la base d’une théorie que j’ai bâtie. Engendrer un demi-dieu de mon sang. Implanter des religions pour accroître sa puissance... c’est bien ce que vous faites ?"
"Oui, et alors ?"
"Et la fin ?"
"La fin ?"
"Et bien, à la fin, le plan était que je devais sacrifier le demi-dieu pour que ses pouvoirs fusionnent aux miens. Avec l’aide de ma magie et de dieux ralliés à ma cause, je devais gagner le Panthéon et y prendre place. Probablement en tuant et absorbant les pouvoirs de la déesse utilisée pour engendrer l’enfant..."
Les yeux de Ly-Hell s’agrandirent de terreur et de surprise : on ne lui avait absolument pas parlé de cette étape cruciale ! La colère la gagna et elle siffla un sortilège. Un vortex crépitant apparut alors.
"Gare à toi si tu m’as menti !" cria-t-elle en s’engouffrant d’un pas rageur dans le passage.
"La vérité est une arme qui fait bien plus mal..." murmura l’archimage en pénétrant dans son propre portail dimensionnel.

Ly-Hell défonça presque la porte de ses appartements où elle venait de se rematérialiser. Sa servante Aram se pelotonna dans un coin devant la fureur de sa maîtresse. La petite fille remonta un long couloir d’un pas décidé et colérique. Tous les gardes drows qui ne fuirent pas assez vite devant sa fureur furent impitoyablement massacrés à grand renfort d’énergie magique et de cris de rage. Arrivée devant les portes massives (et ayant réduit les deux mages-guerriers Elfes Noirs qui les gardaient à l’état de pulpe sanglante) du laboratoire du Maître des lieux, Ly-Hell pris une profonde inspiration et fit exploser les portes magiquement protégées. Elle pénétra en trombe dans la pièce. Assis autour d’une table de marbre noir, le Triumvirat la regarda débouler comme une furie. Elle pointa son doigt vers le sorcier emmitouflé de bandages étranges assis à côté d’une Haute-Prêtresse Drow. ++++
"PÈRE ! TU COMPTAIS ME SACRIFIER SANS RIEN DIRE ?"
"Calme-toi... Ce plan n’est plus d’actualité." répondit le mage.
"DONC C’ÉTAIT VRAI ?"
"Oui, oui... On n’est pas des enfants de chœur, non ? Mais je ne suivrai jamais totalement les plans de mon... progéniteur."
"Donc, vous allez pas me tuer ?" demanda la fillette en larme.
"Non, non ! Tu es notre associée, non ? Et tu nous es bien plus utile vivante. N’est-ce pas Ezechiel ?"
L’Ange aux ailes noires hocha la tête d’un air encourageant.
"Regarde comment nous l’avons accusé de t’avoir créée... Rien que ça te rend plus indispensable." affirma l’ange d’une voix glaciale monocorde.
"Pas de caprice, enfant ! Sinon ton élimination viendra vraiment à l’ordre du jour." renchérit l’elfe noire d’un air méprisant. Elle la regardait comme une chose dégoûtante et blasphématoire. Ly-Hell avait d’ailleurs choisit d’avoir la peau grise rien que pour l’embêter, elle et ses préjugés Drows.

"En tout cas, je veux désormais être informée de tout ! Je veux faire parti de plein droit du Triumvirat. Sinon, adieu mes pouvoirs !" déclara la fillette décidée. Les trois chefs se regardèrent. Le mage haussa les épaules. La prêtresse de Loth secoua négativement la tête. Restait Sir Ezéchiel... L’ange aux plumes noires réfléchit un instant.
"Pourquoi pas." finit-il par conclure. "Du moins à l’essai. Et pas de caprice, ma belle... Et arrête de tuer les gardes drows comme ça !"
"Pff ! Ça vous va bien de dire ça. Vous en mangez un ou deux par jour !" se récria la jeune fille. "C’est vous qui m’avez tout appris sur la torture en plus."
"Bon écoute. Restreint toi à la piétaille au moins. Les autres sont utiles."
"Ok, ok !"

"Quel est l’ordre du jour ?" demanda alors l’ange noir.
"Le groupe de Derym. La Main m’a promis une évaluation complète." répondit le sorcier.
"Pfff... Un gamin sans intérêt !" déclara l’elfe noire, l’air mortellement ennuyée.
Sur ce, un grand elfe en armure noire enjamba les débris de l’entrée. Après une profonde révérence, il salua Ly-Hell, surpris, mais ne dit mot.
"Voici, comme demandé, l’évaluation de Derym par nos services" déclara l’elfe d’une voix mielleuse.
"Bien, vas-y."
"Et bien... Ne vous en déplaise, seigneurs, mais je n’ai quasiment rien trouvé d’important. Ce Derym n’est qu’un humain banal. Orphelin. Recueilli et un peu instruit par un Haut-Druide assez vieux, mais d’influence apparement faible car strictement attaché à la Neutralité. Pas d’ennemis ou d’amis connus ou intéressants pour nos projets."
"C’est tout ? Pas de pouvoirs spéciaux ? Et les autres ?"
"Rien d’extraordinaire. La Paladine errante Ysandre n’a rien d’exceptionnelle. Fille de marchands. Les comptes rendus sont là. Pas de pouvoirs spéciaux non plus. Pour Groumpf et Lelfe, vous avez déjà les évaluations."
"Humm... Pourquoi mon... homologue s’y intéresserait, alors ?" demanda le sorcier.
"Aucune idée. Probablement pour son programme génétique ou pour le projet Chaos’ Seeds. Et encore... En bref Derym et son groupe sont apparemment inoffensifs."
"Bien, je te fais confiance..."
"Certainement, Maître ! Je garderai un œil ouvert au cas où... Mais je pense que c’est une perte de temps et du gaspillage d’agent."
"Fait comme bon te semble, alors ! Tu es mon chef de la sécurité après tout." conclu le magicien. "La séance est levée ! Mes blessures me font souffrir... ET qu’on répare cette porte !"
Le Triumvirat et Ly-Hell quittèrent la salle. Le général elfe qu’on surnommait La Main de Dieu, encore à genoux, eut un petit sourire narquois.

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