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Interlude : Un conte de No'Hell...

Interlude : Un conte de No’Hell...

(Errare Humanum Est...? - 25/12/2002)

Derym, Ysandre, Groumpf et Thiki avaient repris la construction de la nef qui les amèneraient, si les plans de Lelfe et de Thiki s’avéraient juste, jusqu’au Temple de l’Eau.
"Qu’est-ce qu’il fout ?! J’ai faim ! ça fait des heures qu’il est parti !" grommela Thiki.
Ils avaient en effet chargé Lelfe d’aller chercher quelque ravitaillement. Or, voilà plusieurs heures que le Barde était parti.
"J’espère qu’il ne lui est rien arrivé..." s’inquiéta Ysandre "Il est fort capable de s’être encore mis dans le pétrin."
"Non." répondit Groumpf, laconique.
"Et comment t’en es sûr ? Il t’a dit où il allait ?" demanda la Paladine, un rien excédée.
Sur ce, la porte de l’entrepôt s’ouvrit en grand : Lelfe était de retour, portant un gros sac de victuailles.
"Mais qu’est-ce qu.." commencèrent en coeur Ysandre et Derym.
"Wahaha ! Ridicule !" s’esclaffa Thiki.

Lelfe avait réussi à complètement transformer les épaisses fourrures qu’il portait habituellement. Sa nouvelle tenue était fort cocasse et peu discrète. Il portait une toque de fourrure teinte en rouge vif, bordée de coton blanc et pelucheux. Tous ses vêtements étaient déclinés sur ce modèle rouge et blanc : sa veste de fourrure teinte en rouge, s’ornait de gros pompons blancs duveteux, son pantalon était fait d’épais tissus eux aussi teints en rouge, les coutures liserées de blanc. Il avait également une longue cape rouge sang aux bords rehaussés d’hermine blanche. Et des gants blancs. La seule touche différente à ce costume était ses hautes bottes de cuir noir, impeccablement cirées, voire brillantes.
"Voilà qui est... étrange..." commenta Derym.
"Haha ! Terrible ! Hahahaha ! " Ajouta Thiki, prise de fou rire.
"Tu nous avais habitués à des tenues extravagantes, mais là..." dit Ysandre en secouant la tête, tentant vainement de garder son sérieux.
"Ah. No’Hell." déclara Groumpf qui se désintéressa de la scène.

"Et oui, bande d’incultes rigolards ! Nous sommes la veille de la fête de No’Hell, l’une des plus belles coutumes de ma terre natale." s’exclama Lelfe un rien vexé.
Les trois humains se regardèrent, soudain sérieux : avaient-ils trop rigolé ? Avaient-ils blessé leur ami en se moquant d’une coutume ancestrale ? Vu leurs visages, Lelfe comprit qu’aucun d’entre eux ne connaissait cette fête. Il s’assit et déballa son énorme sac de provisions sur la planche qui leur servait de table commune. C’était un véritable festin de Roi. Lelfe leur expliqua qu’il était coutume de faire bombance la veille de cette fête. Il avait donc acheté de quoi festoyer sur ses propres deniers (à ses dires...). Un peu mal à l’aise de s’être moqués de lui, ils passèrent à table. Bien évidement ils demandèrent aussitôt plus d’informations sur la fête de No’Hell.
"Eh, bien, pour commencer, je crois qu’il faut que je vous en compte la légende..." commença le Barde.

Il était une fois, dans des temps reculés, trois Roi-Sorciers. Chacun vivait avec quelques fidèles dans chacune des Lunes..."
"Mais y’a que deux Lunes !" s’écria Thiki."
"Y’en avait trois avant... L’une a disparu y’a au moins cinq cent ans. Maintenant chut, laisse le raconter !" trancha Ysandre.
Donc, ils vivaient sur leurs Lunes, mais se languissaient : ils s’y sentaient bien seuls au milieu de leurs serviteurs... Alors ils regardaient la surface d’Aërth, s’émerveillant de la vie d’en bas. Ils virent alors une somptueuse Princesse elfique, vivant dans un palais d’Or et de Nacre. Ils tombèrent bien évidement amoureux de la belle, charmés par sa voix d’or, sa silhouette de reine et sa peau laiteuse... Les Rois-Sorciers se firent alors concurrence, chacun voulant éblouir la belle par ses talents et son art. Pourtant ils étaient égaux et de même pouvoir, donc le match n’avait pas de vainqueur.

Comme ils étaient d’immense puissance, ils ne pouvaient, comme des Dieux, ne descendre à la surface qu’une fois l’an afin de courtiser la belle. Pour célébrer ce jour, ils utilisaient la magie afin de parer leurs Lunes natales de milles feux somptueux et de lumières chatoyantes. Ils voulaient conquérir le cœur de la belle et l’inciter à venir s’installer avec eux. Mais à chaque fois et pour chaque prétendant, la froide beauté elfique répondait : "Ce n’est pas assez pur, ce n’est pas assez beau." Et chaque année ils recommençaient, rivalisant de sortilèges et d’art pour chacun parer sa Lune de milles couleurs. Et chaque fois elle les repoussait...

Jusqu’au jour où le magicien de Nosa eut une idée à la fois terrible et belle...
"C’est celui de la Lune manquante." commenta Derym pour Thiki.
"Mais vous aller vous taire et le laisser raconter !" gronda Ysandre.
A la grande surprise de ses deux concurrents, il ne vint pas une année pour courtiser la Princesse. Sa lune resta vide et froide, pathétique face aux couleurs chamoirées de ses consœurs. Après que la Princesse elfe eut éconduit ses deux prétendants par l’habituel "Ce n’est pas assez pur, ce n’est pas assez beau.", les deux Roi-Magiciens se concertèrent. Leur rival aurait-il voulu s’attirer la pitié de la belle ? Avait-il abandonné la lutte ? Ils retournèrent sur leurs Lunes, inquiets. Ils contactèrent leur collègue par magie, un rien anxieux. Ses serviteurs leur dirent que le Maître allait bien et qu’il était bien descendu sur Aërth, comme chaque année. Et qu’il était rentré fort tard, mais seul. Un peu rassurés et sachant que le Roi-sorcier de Nosa devait mijoter quelque chose, ils se mirent aussitôt au travail avec acharnement pour les préparatifs de l’an prochain. ++++ Durant son escapade, le Roi-Sorcier de Nosa avait mis en œuvre un plan machiavélique pour s’assurer la victoire l’an prochain. Comment gagner le cœur de la froide princesse ? Par quelque-chose de pur et quelque-chose de beau ! Et qui avait-t-il de plus beau que l’Amour, de plus pur que la Gentillesse ? Constatant cela, le Magicien avait passé un an à forger un Diamant magique d’un blanc étincelant et un Rubis de feu aux couleurs chaudes. Et il était descendu sur Aërth pour emprisonner l’Amour dans le Rubis et la Gentillesse dans le Diamant. Il avait parcouru toute la surface, volant leurs sentiments aux gens et augmentant l’éclat des deux pierres. Puis il était rentré, sûr de sa prochaine victoire. Et il se mit au travail comme ses confrères. Les deux autres Rois-Sorciers furent fort distraits dans leurs travaux cette année là : de la surface montait les cris des mourants, des abandonnées et des guerres qui éclataient plus nombreuses que jamais. Ils étaient inquiets et impuissants et leur travail s’en ressentit.

Vint le jour de présenter leurs efforts pour séduire la beauté elfique. Le Roi-Sorcier de Nosa arriva le premier, suivi du Roi-Magiciens d’Ysal et du Roi-Sage de Mëlun. Ces deux derniers étaient maigres et abattus : les plaintes et les souffrances des mortels n’avaient cessé de les hanter durant l’année écoulée. Aussi, ils laissèrent leur fringant collègue, nullement abattu débuter le spectacle.
"Ô ma reine de Lumière et de Beauté. Contemplez mon présent le plus Beau et le plus Pur : je vous offre l’Amour et la Gentillesse comme bijoux pour parer votre splendeur !"
Il sortit alors le Rubis et le Diamant, enchâssés dans un collier d’or fin. Simultanément il lança son sortilège : alimenté par l’Amour et la Gentillesse qu’il avait dérobés, sa Lune se para d’un festival de lumière et de couleurs. Le spectacle était magnifique et sans précédant, bien au-delà des capacités des autres Rois-Sorciers.

Ceux-ci étaient horrifiés ! Ils venaient de comprendre ce que leur sinistre confrère avait fait. Et ils venaient de comprendre l’origine des maux qui frappaient les mortels privés d’amour et de gentillesse !
"Ceci est une impardonnable trahison, frère ! Je ne te pardonnerais pas semblable forfait, même pour l’amour d’une dame." s’écria le Roi-Magicien d’Ysal.
"Frère, nulle victoire, nul désir ne peut avoir un coût si grand. Arrête, je t’en conjure..." ajouta le Roi-Sage de Mëlun.
Il ne les écouta pas : la Princesse elfique s’était jetée dans ses bras et lui murmurait : "Ceci est assez Pur, ceci est fort Beau. Mon cœur vous appartient, mon chevalier-magicien..."
"Alors mon présent durera toujours pour célébrer notre union !" déclara le Roi-Sorcier sans se soucier des conseils de ses frères. Vexés, ceux-ci s’en allèrent. Au lieu des festivités habituelles, ils recouvrirent leurs Lunes d’un voile noir, en signe de deuil pour l’humanité trompée et de mépris pour leur ex-collègue.
"Ce ne sont que de vils jaloux ! Allons vivre dans ta splendide demeure." murmura égoïstement la belle Princesse. Et le magicien l’écouta. Mais il était amer de perdre ainsi ses amis.

Pendant une année deux lunes restèrent noires de tristesse alors qu’une étincelait en narguant l’humanité qui se déchirait. Mais le Roi-Sorcier de Nosa n’avait pas trouvé le bonheur. Sa nouvelle femme se révéla être acariâtre et toujours aussi froide, exigeant sans cesse cadeaux et preuves d’amour. Il passait de plus en plus de temps à contempler la surface en dessous de lui, se demandant s’il avait eu raison de faire tout cela. Mais sa femme était une redoutable intrigante et ne voulait point perdre toutes les merveilles du Grand Magicien. A chaque fois qu’il s’inquiétait, à chaque fois qu’un de ses ex-amis tentait de renouer le dialogue et le convaincre, elle l’en détournait par de fielleuses paroles... Pourtant, un soir il n’y tint plus : il devait voir lui-même les conséquences de son sort.

Il descendit donc sur Aërth. Il vit moult batailles sans raison, moult injustices criantes. Pourtant il entendait sa femme lui murmurer : "C’est ainsi que les mortels se sont toujours comportés et se comporteront toujours." Puis il croisa une petite fille, à demi-nue, qui peinait dans la neige, portant un lourd fardeau de bois.
"Quel courage, jeune fille, sortir dans ce froid et traîner si lourde charge ! C’est sans doute pour aider vos parents ?"
"Hélas, noble seigneur, si je ne fais pas cela, ma mère m’a promis de me vendre comme esclave de plaisir..."
"Comment !?! Elle ne peut pas faire ça à la chair de sa chair ! Et votre père ne le permettrait pas !"
"Mon père est mort à la guerre, avec mes frères, mon seigneur. Deux de mes sœurs furent déjà vendues car pas assez travailleuses... Je ne peux espérer mieux dans ce monde froid, pourtant je lutte encore. Mais j’abandonnerais volontiers. Êtes-vous là pour m’occire ? Si vous êtes un brigand, je vous offre volontiers ma vie... Puissiez-vous simplement emporter aussi ma mère !"
Le Roi-Sorcier chancela devant une telle misère, une telle haine. Qu’avait-il fait en volant gentillesse et amour aux hommes ! Tout ça pour satisfaire un vil caprice ! ++++ Il retourna aussitôt sur Nosa, brûlant de colère mêlée au dégoût de sa culpabilité. Il entra tel une tornade dans les appartements luxueux de sa femme. D’un geste ferme il lui arracha le collier orné du Diamant et du Rubis. Malgré les hurlements de son épouse, il fracassa les pierres avec son bâton de Magicien. La Magie fut libérée de ses chaînes et se déversa tel un torrent, engloutissant le Palais du Roi-Sorcier et sa femme si froide et si hautaine. La Lune trembla sous la Magie déchaînée, se fissura et finit par exploser dans des gerbes blanches et rouges. Les débris s’abattirent en pluie sur Aërth, offrant à tous un spectacle féerique. Pendant un instant tout le monde regarda la chute des débris de Lune, oubliant querelle et mauvais sentiments. Le Roi-Sorcier survécut au désastre, s’abattant à terre dépouillé de son immortalité, de ses pouvoirs et de sa belle apparence. On aurait dit un vieillard. Il pleurait dans la neige : ses pouvoirs n’avaient pas suffit ! La gentillesse et l’amour s’étaient dispersés, s’étaient cachés sur tout Aërth au lieu de retourner dans le cœur de leurs propriétaires.

Deux silhouettes brillantes apparurent à coté de lui : les Rois-Sorciers d’Ysal et de Mëlun.
"Frère, tu as fini par comprendre."
"Tout n’est pas perdu : si on leur montre le chemin, les mortels peuvent retrouver eux-même leurs sentiments..."
"Nous t’aiderons : nous sommes aussi coupables ! Notre bête concours pour cette femme et notre arrogance sont aussi responsables."
Par magie ils habillèrent le vieil homme reconnaissant de pourpre et de blanc, en souvenir de ce jour. Pour lui, ils suspendirent le temps et créèrent de nombreux présents que le vieil homme, que l’on nomma désormais No’Hell, distribuait chaque année à tous, leur montrant le chemin de la gentillesse et de l’amour retrouvé. On dit qu’il continue encore et encore, même aujourd’hui, jamais certain d’avoir réussi à expier son péché... Fin.

"Cool, chouette histoire, le barde !" s’exclama Thiki.
"Un peu mièvre, mais c’est la tradition de s’offrir des présents ce jour là désormais... Et le costume vient de là aussi." sourit Lelfe.
"Charmante coutume en tout cas..." déclara Derym. "Encore désolé d’avoir ri : puisses-tu pardonner notre ignorance."
"Bah, c’est pas une coutume très répandue cette fête. Vous êtes tous pardonnés !" répondit joyeusement Lelfe.
"Il faudrait la répandre, alors... J’ai beaucoup aimé l’apprendre. Merci Lelfe." dit Ysandre, rêveuse.
"Oui. Bon, on mange ? "

Le lendemain matin...
"Eh, c’est quoi ces trucs ?" s’écria Ysandre en désignant une pile de boites enrubannées.
"Des cadeaux !" hurla Thiki, ravie.
"Ce n’était pas nécessaire, Lelfe..." murmura Derym.
"Mais-mais... C’est même pas moi !" répondit le Barde au comble de la surprise.
Nul ne savait d’où venaient les présents. Tous nièrent. Ils ouvrirent les paquets, remerciant intérieurement leur mystérieux donateur. Les hypothèses allaient bon train. Lelfe déclara en pas s’en soucier : No’Hell existait vraiment, point final !
"Woouuuah ! Un livre de chimie ! " S’écria Thiki. Elle passa sous silence la présence de délicats outils de crochetage glissés à l’intérieur...
"Une cire, pour armes et armures ?" dit Ysandre en ouvrant son paquet _ "Un présent étrange... Ah ! Une broche dorée de mon Ordre !"
"Une plume d’oie ! Et un nouveau journal !" s’écria Lelfe ravi.
"Moi j’ai une nouvelle veste en cuir... Humm ! Bien chaude ! Et pleine de poches pratiques." s’exclama Derym.
"Groumpf avoir grosse pierre à aiguiser. Armes couper mieux maintenant !" sourit le colosse.

Ailleurs, dans une forteresse sombre...
"Maîtresse Ly-Hell..." demanda l’Aram qui partageait la chambre de la demi-déesse.
"Quoi ? Pourquoi tu me réveilles à l’aube ? Gare à toi si c’est pas important !"
"Il y a une... boite étrange au pied de votre lit." La petite fille se pencha et ouvrit l’emballage. Un miroir et un mot. Elle lut le mot : "Les apparences sont souvent trompeuses..."
"Comme si je le savais pas déjà !" grimaça-t-elle en se contemplant dans le miroir. Elle eut un hoquet de surprise : le miroir inversait les couleurs ! Elle contempla longuement son reflet en négatif... Un hurlement de rage et une explosion déchira l’atmosphère. Ly-Hell se précipita dehors.
"Comment a-t-il pu entrer ! Le château est protégé contre la Téléportation ! Trouvez-le ! Vérifiez partout : il a pu piéger quelque-chose."
"Qui a-t-il, Père ?" demanda innocemment Ly-Hell à la silhouette écumante couverte de bandage.
"Ça ! Un message d’un vieil ami ." dit-il en lui lança un petit globe terrestre finement ouvragé. Sur le petit globe doré, représentant à la perfection Aërth, on pouvait lire en lettres de feu magiques : "Propriété privée".

Ailleurs, dans une tour d’argent... Un portail magique s’ouvrit. Puis un autre. Puis un autre. Chacun livra passage à une jeune femme humaine, drow, elfe et d’autres encore. Toutes étaient habillées de rouge et blanc. Comme le sorcier aux yeux vert qui émergea en dernier d’un vortex magique.
"Pfff... Terminé pour cette année. N’oubliez pas de rendre les sceptres magiques d’Arrêt du Temps. Merci pour tout les filles !"
Sa première apprentie se glissa prés de lui pour lui murmurer à l’oreille : "Pourquoi fais-tu ça ? C’est vraiment cocasse et inutile pour un type qu’on surnomme Demon’s Eye..."
"Humm... Arrête de me charrier. Je le fais par plaisir. Pour montrer à tous qu’un peu de générosité fait pas de mal... Et pour expier d’anciens péchés, bien sûr."
"Je n’arriverais jamais à vous comprendre... Mais ça fait partie de votre charme..."

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