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Chapitre 13 : L'Espadon, au-delà des limites...

Chapitre 13 : L’Espadon, au-delà des limites...

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 15/01/2003)

C’est dans une ambiance joyeuse que le bateau de Derym franchit à nouveau le tunnel traversant l’iceberg qui abritait le Temple de l’Eau. La réussite de la première partie de la mission du Druide réjouissait tout le groupe (même si Halonn semblait déçu de ne pas avoir participé, il avait aussi engueulé les aventuriers pour avoir pris tant de risques). Lelfe tentait de mettre leur aventure en chanson sous les rires amusés de Thiki. Ysandre préparait calmement le dîner en contemplant le soleil couchant sur la mer de glace. Tout le groupe se rassembla alors pour manger et discourir, échangeant forces anecdotes pour Halonn (qui faisait le service, toujours soucieux de se faire bien voir du groupe).
"Bon. J’crois qu’il est temps de décider de là où l’on va maintenant !" déclara Lelfe en fin de repas.
Le Barde sortit la carte de Derym de ses affaires, sous le regard un rien furibond d’Ysandre. Derym examina longuement la carte, puis ferma les yeux un instant et désigna un symbole elfique.
"Celui-ci. Le Temple du Vent."
"Pourquoi pas ? Y’a une raison particulière ?" demanda la Paladine.
"Non, juste l’instinct." répondit le jeune homme en souriant.
"Et jusqu’à maintenant, l’postier s’est jamais planté, non ?" ajouta Thiki d’un air taquin.
"Alors, va pour le Temple du Vent..." déclara Ysandre. "Et c’est où exactement ?"
Lelfe se pencha pour examiner la carte. Il soupira.

"Quelque part dans une chaîne de montagne de l’Empire du Hira Ku..."
"Hira Ku ? C’est quoi ? demandèrent simultanément Thiki et Derym.
"Un empire gigantesque, loin à l’Ouest. Très structuré, avec des Lois et des règles strictes. Isolationniste. Fier de sa culture. Indépendant. Voire même assez hostile envers les étrangers... C’est un endroit peu connu où seuls quelques marchands et diplomates sont déjà allés."
"Oh que ça à l’air chouette..." grommela Thiki.
"C’est pas le pire endroit d’Aërth, mais c’est un endroit très à cheval sur les coutumes et les rituels. Personnellement j’aime pas trop ça..." continua Lelfe. "Ah oui ! C’est essentiellement de là que proviennent les katanas, de merveilleuses lames. C’est un peuple à la fois sage et guerrier."
"J’ai hâte d’y être !" s’écria Ysandre.
"Tu en sais des choses..." s’étonna Halonn.
"Pas tant que ça : vous avez épuisez mes connaissances sur cette terre et ce peuple ! En tout cas le voyage promet d’être très long."

Le soleil s’abîma enfin dans les flots glacés et Halonn pu enfin sortir au grand air.
"Je prends la garde de nuit. Je maintiendrais le cap et si Derym n’est pas trop fatigué, il pourra m’aider à détecter les icebergs. Ainsi on pourra naviguer à pleine vitesse de jour et de nuit."
"Pas de problèmes pour moi, j’aurais juste besoin d’un somme rapide après qu’on soit sortit de la zone la plus dangereuse. Et j’aurais besoin de toi pour un service : tu es un grand guerrier et j’aimerais apprendre à mieux me battre..." répondit le Druide.
"Voilà de quoi m’occuper dans cette froide nuit ! J’accepte avec plaisir."
Thiki les interrompit soudain.
"C’est quoi, ça là bas ? On dirait du feu !" s’écria-t-elle en pointant un doigt vers une lueur dans la nuit.
Tout le groupe scruta la direction indiquée : en effet on voyait des flammes et de la fumée dans le lointain. En tentant l’oreille, les héros entendirent des cris et des chocs issus probablement d’une bataille.
"Deux navires pirates. Des barbares sans doute vu les bateaux. Ils attaquent un grand navire... Enfin, je crois." déclara Lelfe après un passage en infravision.
"Qu’est-ce qu’on fait ?" demanda Derym "On y va ?"
"Ceci ne nous regarde point." répondit Halonn. "Inutile de courir des risques : notre bateau n’est pas taillé pour la guerre."
"Mais on ne peut pas laisser ces gens à la merci de pirates sanguinaires ! Allons-y ! " s’exclama Ysandre en prenant Derym à témoin.
"Je suis assez d’accord... Bon, on y va au plus vite !" Excités (à part Halonn), ils se mirent au plus vite en action en lancèrent le navire à pleine vitesse vers les lieux de l’affrontement.

Sur les suggestions d’Halonn, ils avançaient sans lumière, guidé par la vision de Lelfe et l’instinct de Derym. Ces précautions devinrent vite superflues : un bâtiment barbare s’abîmait déjà, en proie aux flammes qui illuminaient la nuit noire. A la lueur de l’incendie, ils purent contempler le bâtiment qui était la cible de l’attaque des pirates nordiques. Ils restèrent un instant bouche bée.
"On dirait un... Poisson." murmura Ysandre.
"Enorme et à moitié en métal." poursuivit Derym ébahit.
"Wahaha ! Trop ridicule comme cargo !" s’esclaffa Thiki.
"Eh ! Moi j’aime ce design ! C’est... intéressant." coupa Lelfe.
Après s’être arraché à la contemplation fascinée de l’étrange embarcation, ils posèrent leurs regards sur le combat lui-même. De puissants barbares humains, avides de sang et ivres de rage, assaillaient un équipage de robustes Nains qui défendaient vaillamment l’étrange navire. Les Nains étaient de farouches combattants et ils étaient mieux armés et mieux placés que les barbares hurlants. Pourtant les humains chargeaient haineusement, malgré les corps jonchant le pont du navire.

L’équipage du "poisson" était de plus en plus en difficulté. Leur résistance héroïque était déjà dépassée par le nombre des assaillants. Sans un puissant coup de main, ils étaient perdus. Lelfe fit se placer leur embarcation au plus prés du gigantesque navire des Nains et lança une corde pour rejoindre le pont principal, siège de la bataille. Instinctivement, le groupe d’aventurier avait choisit de prendre la défense des moins nombreux. Derym escalada sans mal les flancs du navire, suivi par Ysandre, déjà harnachée pour la guerre. Thiki choisit de rester un moment sur leur bateau, arbalète prête et attentive à la moindre occasion. Groumpf monta sans mal à la corde, à la force des bras, suivit par Halonn, tout en souplesse. ++++ Les aventuriers furent immédiatement accueillis par une barrière de haches et de boucliers, dressées par des Nains en armures complètes à l’air peu commode.
"On vient vous aider !" cria Lelfe en lançant une dague vers un barbare trop aventureux.
"Merci étranger ! J’sais pas d’où vous sortez, mais un coup de main est le bienvenue." hurla un Nain à la barde poivre et sel, visiblement le capitaine.
Le groupe attaqua, sous les vivats des Nains qui reprenaient espoir. Les assaillants ralentirent soudain en voyant Groumpf charger, une hache à deux mains tournoyant d’une façon fort menaçante. Halonn tira parti de cet instant de flottement et jaillit des ombres, tranchant la gorge de deux combattants. Il sentait l’odeur du sang qui l’excitait. Il espéra qu’au plus fort de la bataille il pourrait se désaltérer à la source...

Lelfe lança un sortilège qui fit s’affaler les premiers barbares qui chargeaient. Les Nains, bien plus stables, les achevèrent immédiatement. Du bas du bateau, Thiki tirait ses carreaux asphyxiants, freinant l’arrivée des renforts pirates. Derym enchevêtra par une prière, un groupe de combattant qui contournait Groumpf. Halonn lança immédiatement quelques dagues empoisonnées sur les combattants qui bataillaient dans les lianes magiques. Trois morts supplémentaires. Ysandre et Groumpf, dos à dos, étaient à l’avant garde et luttaient contre une demi-douzaine de pirates. De son bouclier, la Paladine protégeait Groumpf des attaques les plus meurtrières, lui laissant l’attaque, domaine où le géant excellait. La bataille semblait avoir basculé avec l’arrivée impromptue des aventuriers, redonnant du coeur à l’ouvrage aux Nains. Soudain, un gigantesque chef barbare se laissa tomber sur le pont, un large harpon à la main.

D’un geste fluide et d’une force colossale, il empala un Nain et le lança à la mer avant d’embrocher un autre membre d’équipage. Lelfe dégaina sa lame enchantée et franchit en un instant la distance le séparant du géant ennemi. Il espérait porter un coup rapide et définitif. Malheureusement, le chef barbare était un habile combattant. D’instinct, il plongea, évitant la lame rendue floue par la vitesse du Barde. Avec la hampe du harpon, il fit un mouvement tournant qui faucha Lelfe et l’envoya s’écraser contre un mât. A moitié assommé, le Barde n’eut pas le temps de se remettre en garde. Le chef barbare lui plongea son harpon en os dans le torse. Il y eut un craquement hideux quand la pointe traversa les os et les entrailles de Lelfe, le clouant proprement au mât.
"Merd..." gémit le Barde en vomissant du sang. Déjà le noir et le froid l’envahissaient.
Ysandre et Derym hurlèrent en voyant leur ami ainsi empalé. Ils se précipitèrent en commençant à incanter leurs sorts de Soins. Du coin de l’oeil le barbare les vit se précipiter. Il sourit : deux proies faciles qui venaient secourir leur ami déjà mort ! Les faibles... D’un geste puissant il arracha Lelfe au mât et pointa en l’air son harpon avec son sinistre trophée. Il le fit tournoyer un instant avant de lancer le corps de Lelfe à la mer sous le regard horrifié de ses amis. Derym esquiva avec brio l’attaque quasi-immédiate du pirate et plongea sans réfléchir dans les flots. Ysandre, ivre de colère, attaqua après avoir ramassé la lame magique du Barde. Elle devait le tuer avec pour son ami !
"Merde ! Derym ! L’imbécile !" s’écria Halonn et plongeant lui aussi à la suite du Druide dans les flots noirs et glacés.

Ysandre parait au mieux les coups du gigantesque chef barbare, qui la dépassait malheureusement dans les arts de la guerre. Seule la vitesse offerte par l’épée ensorcelée et la rage lui permettait de contenir les assauts furieux du guerrier sauvage. Elle n’allait pas tenir longtemps à ce rythme, sans compter que son sort de Hâte arrivait à expiration, et hésitait à se jeter elle aussi à la mer à la suite de Derym et d’Halonn. Mais la raison l’emporta : elle ne survivrait pas à un plongeon dans cette mer glaciale et surtout pas en armure ! Soudain, une vague de chaleur frappa la Paladine et un puissant cri déchirant paralysa tous les combattants. Groumpf venait de se rendre compte de la disparition sanglante de Lelfe. Le géant parut grandir encore, les muscles brûlants, tendus comme des câbles d’acier. D’un souffle négligeant, il balaya ses adversaires, les transformant en une immonde pluie de sang et d’os broyé. Toujours hurlant, l’écume aux lèvres, le titan furieux se précipita vers le chef barbare abasourdi.

Courageusement (témérairement, même), certains pirates s’interposèrent entre leur chef et le fou furieux. Dans un mouvement fluide et d’une rapidité surprenante pour un être de cette taille, Groumpf les transforma illico en lambeaux, décapitant, lacérant et broyant les corps avec une force inouïe. Il ne dévia même pas de son cap, massacrant les opposants et les obstacles d’une façon horrible mais indifférente : il n’avait qu’un but, le chef pirate. Il se produisit un flottement devant cette charge de puissance et de férocité brute. Quelques pirates barbares murmurèrent avec crainte le nom de Tempus, le Dieu de la Guerre. On aurait dit qu’un de ses plus terrifiants Avatars fonçait sur eux. Le chef barbare eut un frisson de crainte et d’excitation mêlée. Enfin venait un adversaire à sa taille ! Mais c’était peut être aussi la punition divine pour lui, qui avait abandonné l’honneur de son clan si fier au profit de la basse piraterie. Il lança son harpon en plein sur le géant. Groumpf n’évita même pas cette arme de lâche qui se ficha à peine dans l’une de ses épaules aux muscles tendus. Cela ne le ralentit même pas. Le puissant pirate sourit : ce serait un corps à corps viril, le plus honorable des combats. Il dégaina promptement une lourde épée large qu’il portait sur son dos. Ysandre n’eut que le temps de se mettre maladroitement à l’abri avant que Groumpf ne balance sa lourde hache sur le chef barbare. Tous désormais regardaient le duel. Il n’eut pas lieu. ++++ Le chef pirate para le premier coup de son épée, mais recula sous la violence terrible du choc. Il se remit en garde quasi-instantanément. Quasi. La hache monumentale de Groumpf vola durant ce minuscule intervalle. Le guerrier barbare contempla un instant ses bras, désormais réduit à deux moignons sanglants. Son épée et ses mains s’écrasèrent au sol dans un bruit écoeurant. Il plongea un regard terrorisé dans les yeux fou de Groumpf. Le titan berserk eut un sourire mauvais. Groumpf posa sa hache dans un sourire terrifiant de cannibale. Il attrapa et souleva au-dessus le chef barbare, pourtant lourdement musclé. Le chef hurlait de peur, exhortait en pleurant ses fidèles tétanisés à l’aider, sans résultat. Tout le monde contemplait Groumpf qui le levait en l’air dans ses bras puissants. Un craquement sinistre se fit entendre en écho aux hurlements du pirate : Groumpf le tordait littéralement dans les airs. On entendait les os se briser, se tordre et les organes se plier et se rompre sous la puissance du colosse. Dans un ultime effort Groumpf broya sans complexe le pirate, répandant sur lui et sur le pont une avalanche de sang et de tripes immondes dans un cri de rage libératrice.

Toujours brûlant de colère, le colosse se tourna vers les pirates restants qui s’agenouillèrent en murmurant des prières à Tempus. Quelques courageux inconscients se mirent timidement en garde, le regard exorbité par l’approche du géant sanglant. Ce fut un massacre sans nom. Sans se soucier des blessures ou des supplications désespérées des assaillants, Groumpf fondit sur eux comme un fléau divin, dépeçant, décapitant, tranchant les corps comme des fétus de paille. En quelques instants les assaillants furent balayés sous le regard médusé d’Ysandre et des Nains. Ils tentèrent de se replier vers leur bateau, coupant les grappins et renversant les passerelles d’abordage pour ralentir le géant berserker. Cela ne suffit pas à les sauver. D’un bond prodigieux, Groumpf s’abattit dans l’embarcation en fauchant les corps des fuyards au passage. Il massacra sans complexe les pirates barbares qui tentèrent une inutile et désespérée résistance. Ysandre se retourna et vomit devant le spectacle de ce répugnant charnier. Les Nains étaient moins tendres que la jeune fille : ils applaudissaient à tout rompre l’exploit du guerrier géant. Seul leur chef paraissait vaguement inquiet devant l’étalage de brutalité du colosse.

D’un autre saut d’une souplesse surprenante, le surpuissant berserker regagna le pont de l’étrange navire Nain. Dans son regard rouge on lisait encore l’envie de sang et de meurtre... Et l’équipage inconscient s’avançait pour féliciter le titan enragé !
"Vite ! Lâchez tous vos armes !" hurla Ysandre en comprenant le danger.
"Faites c’que dit la gamine ! C’est un berserker fou furieux !" renchérit immédiatement le capitaine.
Affolé, les Nains jetèrent au plus vite leurs armes devant le géant au sourire mauvais qui s’avançait. Cela allait-il suffire à calmer Groumpf ? Ysandre en doutait, vu comment il avait massacré des pirates qui s’étaient déjà rendus. La Paladine s’avança, puisant du courage dans sa Foi et dans l’amitié qu’elle avait développée avec le combattant. Elle s’interposa entre Groumpf et l’équipage terrifié. Par des paroles apaisantes et des ordres insistants. Le géant fini par lâcher son arme sanglante et s’abattre en larmes à genoux devant la Paladine. Frappant du poing le pont, un seul son échappait à ses sanglots désespérés : le nom de Lelfe.

"EH ! Quand vous aurez fini, vous pourriez venir nous aider !" hurla soudain une voix.
Tous se précipitèrent à l’appel d’Halonn. Le vampire avait fiché un cimeterre dans la coque du navire et tentait maladroitement (et sans grand succès) de maintenir les corps de Lelfe et de Derym hors de l’eau glaciale. Il était visiblement à bout de force. Tout l’équipage s’y mit et remonta les corps transis de froid des héros.
"Par Tür ! Ils sont vivants !" s’écria Ysandre en voyant se soulever doucement la poitrine du Druide et du Barde.
Immédiatement, elle alla dispenser les premiers soins à Lelfe, sûrement le plus blessé. A sa grande surprise, celui-ci ouvrit péniblement les yeux et désigna Derym en marmonnant de s’occuper du jeune homme au plus vite.
"Que s’est-il passé ?" demanda la Paladine à Halonn qu’on venait de hisser péniblement à bord.
"Je... Sais pas trop..." commença le vampire. "Je le pensais bien plus blessé que ça... Voire mort... A moins que Derym..."
"Raconte en détail !" somma la Paladine. ++++ "J’ai vu Derym plonger. Ma mission divine impliquait qu’il ne devait rien lui arriver de mal et cet idiot inconscient s’est jeté dans une mer glacée ! Je sais que c’est un Druide mais je craignais que ses talents ne suffisent pas. J’ai donc plongé moi aussi par réflexe. C’est en heurtant l’eau que j’ai réalisé mon erreur : j’étais encore en armes et en armure. J’ai aussitôt planté mes cimeterres dans la coque, espérant m’en servir comme point d’appui pour remonter. Je coulais comme une pierre avec le poids de mon armure, à la poursuite de Derym et de Lelfe. Je m’en débarrassais au plus vite en coupant les sangles avec une dague et je pus enfin contrôler ma nage. Je ne les voyais pas : l’eau était noire et glacée. Je priais donc mon Dieu et lançais un sort de Détection de la Vie. Une lueur faiblissante m’indiqua plus bas la position de Derym. Je n’eus alors plus d’espoir pour Lelfe et je nageais comme un fou vers le Druide. Une lueur magique m’apprit qu’il prodiguait quand même des soins druidiques à son ami défunt... Sans se soucier de sa propre sécurité : le froid allait passer outre ses protections et il n’allait pas tarder à se noyer. Je nageais plus vite. Je tendis la main vers Derym, déjà au bord de l’évanouissement. Je voyais sa flamme de vie s’éteindre peu à peu. Soudain, il y eut une explosion de lumière incompréhensible ! Elle me brûla les yeux et me fit lâcher Derym. Puis elle reflua, me laissant aveugle pour quelques instants. Et la main de Lelfe s’agrippa à moi, quasi sans force. Je les ai remontés en puisant dans mes dernières ressources, au plus vite car c’était maintenant Derym qui était en danger mortel d’hypothermie. Lelfe ne valait guère mieux. Une chance que moi je ne sois pas sensible au froid. Une chance aussi que ma nature m’ait permis de retrouver les vaisseaux en suivant le goût du sang qui s’écoulait dans la mer..."

Ysandre resta un moment silencieuse devant cette incroyable histoire. Le vampire fit appel à ses sortilèges divins pour remettre en état Derym qui hoqueta et cracha un peu d’eau avant de se redresser. Lelfe se releva aussi, contemplant d’un air effaré la terrible blessure sur sa poitrine. Terrible. Pas tant que ça en fait. C’était certes une sale plaie, mais rien de comparable à l’empalement dont avait été témoin Ysandre.
"J’aurais dû mourir..." murmura Lelfe stupéfait.
"Je pensais que tu l’étais. J’ai utilisé tous mes sorts de guérison, peut-être ça a suffit ?" déclara le jeune Druide. Ysandre en doutait, mais en tout cas c’était un bien beau miracle !
"Comment va Lelfe ?!" hurla alors Thiki qui venait d’escalader le bateau des Nains.
"Bien, apparemment. Encore un peu dans les vapes, mais sa chance légendaire ne l’a pas lâché !" répondit la Paladine en désignant le Barde à demi-broyé sous les étreintes de joie de Groumpf.
"Eh ! Mais t’es blessée !" s’écria alors Derym qui reprenait peu à peu des couleurs sous les soins attentifs de la Paladine et de l’albinos mort-vivant.
"C’est rien, juste une coupure et une bosse..." répondit la jeune fille en essuyant le sang coulant de son crâne. "J’suis tombé quand y’a eut une grosse lumière sous la flotte. J’ai pas pu aider à cause de ça, mais apparemment vous vous en êtes tirés sans moi !"

"Eh ! Vous, là !" cria alors le capitaine des Nains. "Venez dans ma cabine, on a à parler. Je tiens à remercier nos sauveurs comme il se doit et en savoir plus sur votre étrange équipage."
Souriant, les héros hochèrent la tête et bras dessus, bras dessous, se dirigèrent vers la cabine du chef de cet étrange navire. Seul Halonn traîna un peu : il contemplait en silence sa main, complètement noircie et brûlée. Cette blessure était apparue quand il tenait Derym au coeur de cette étrange lumière. Elle était douloureuse et ne réagissait pas aux soins magiques... Etrange. Et comment Lelfe avait-il pu revenir ainsi à la vie ? Le vampire en était sûr : son corps n’avait plus une once de vitalité, sinon son sort l’aurait localisé sans peine. Et ni Derym ni lui n’avait le pouvoir de faire se relever les morts. Ce Barde avait apparemment d’étranges talents cachés ! L’albinos rattrapa ses nouveaux compagnons et rangea ses pensées dans un coin. Un autre défi l’attendait maintenant : encore une fois il allait devoir expliquer sa nature de Vampire. Et devant un équipage de Nains en armes.

Le groupe de héros fut conduit à l’intérieur et put, au passage, admirer l’étendue et les particularités du navire. La première chose qui les frappa fut qu’il régnait une chaleur d’enfer dans les coursives du bateau. Le contraste avec le dehors glacial surpris même Halonn, pourtant peu sensible à ce genre de chose. L’architecture était typiquement Naine, longs couloirs rectilignes peu décorés, portes lourdes et massives, pas de fenêtres ou de hublots. En plus de ça, le navire était traversé par endroits d’énormes pièces métalliques énigmatiques, ainsi que de tuyauteries cuivrées. Lelfe nota quand même la présence de touches typiquement elfiques dans certaines gravures et portes-lampe. Il repéra également des inscriptions et des rouages étranges qu’il pensait d’origine gnomique. L’équipage était aussi bien plus important qu’ils l’avaient d’abord cru. Ils croisèrent une pléthore de Nains tous à l’air plus affairé et pressé les uns que les autres. Le capitaine qui les guidait lançait des ordres impérieux dans sa langue natale. ++++ Ces marins n’étaient visiblement pas des combattants : ils semblaient tous trop vieux et n’avaient pas d’armes ou d’armure visible. Ysandre fit remarquer que tout compte fait, ces marins n’auraient peut être pas eu besoin de leur aide pour terrasser les assaillants barbares.
"Ne croyez pas ça." déclara le capitaine en entendant la remarque de la Paladine. "Ce sont essentiellement des techniciens, âgés et peu entraînés. Sans vous ça aurait tourné au massacre... Pour nous."
Cette dernière remarque fut accompagnée d’un coup d’oeil vers Groumpf, qui baissa la tête (encore plus bas, il avançait déjà quasiment à quatre pattes). Le géant avait un peu honte de s’être emporté ainsi durant le combat. Mais il avait juré de défendre Lelfe à n’importe quel prix et sa mort apparente lui avait ôté toute raison. Finalement, le capitaine leur fit gravir un escalier massif taillé dans du bois de fer et franchir une lourde porte plombée. Ils pénétrèrent dans une luxueuse cabine. Une grande table de banquet trônait au centre de la pièce. Visiblement c’était le mess des officiers. Le capitaine Nain leur fit signe de s’asseoir et aussitôt un cuisinier jaillit d’une porte pour apporter moultes victuailles et rafraîchissements. Lelfe étant pas tout à fait remis et en plus conscient de l’animosité naturelle entre les gens de sa race et celle du capitaine, laissa Ysandre et Derym raconter leurs péripéties et leur quête au Nain.

"Humm... Je vois, en gros z’êtes des pèlerins messagers, non ?" demanda le capitaine. Derym hocha la tête affirmativement. "Et vous vous trimballer avec un monstre géant et un vampire ! Diable ! Quel étrange et suspect équipage..." La méfiance naturelle du Nain reprenait le dessus. Il hésitait à croire Derym... Même s’ils leur avaient sauvé la vie et s’il y avait une Paladine avec eux. Lelfe s’avança.
"Groumpf est un fidèle ami, garde du corps et puissant guerrier. Il est un peu... émotif et brutal, mais c’est une personne digne de confiance."
"Quant à moi, même si ma nature vous répugne, je suis ce que je suis. Je poursuis une quête divine en aidant ces aventuriers de mon mieux. Je comprends cependant que des êtres de ma nature ne soit pas les bienvenus. Nous prendrons bientôt congé..." déclara Halonn dignement.
"Holà ! Holà ! " rigola le Nain "J’suis p’t’être un rien méfiant mais j’suis l’chef ici. J’dois être prudent... Mais j’voulais pas vous offenser. Vous savez, nous les Nains, on est méfiant avec les étrangers."
Un Nain vêtu d’une toge gris-bleutée entra soudain dans la pièce. Le capitaine leva les yeux vers lui d’un air inquiet.
"Tout va bien, capitaine ! La Dame à repris conscience et n’est pas blessée ! Elle arrive et veut voir nos sauveurs."
"Bien ! Très bien ! Et les autres ?"
"Je suis heureux de vos informer que grâce à ces courageux aventuriers, nos pertes sont minimes : seul Baruk, Forghel, Kortis et Ralam sont... morts. Nous les avons traités du mieux que nous pouvons et les avons placés en chambre froide. Rien ne s’opposera à leur résurrection. Mais il ne faut point tarder et mettre le cap sur Pointefroide."
"Humm... Faite le nécessaire. Comme d’habitude, nos hommes passent avant tout ! On ne regardera pas à la dépense."

Le Nain s’inclina et sortit précipitamment, hurlant des ordres aux marins. Dans son sillage, entra une nouvelle personne. Tremblotante, une vielle elfe pénétra dans le mess et s’avança vers le capitaine. Elle était petite et mince, d’aspect fragile. Pourtant ses cheveux gris acier coupés agressivement court et ses yeux violets brillants démentaient cette fragilité.
"Ma mie ! Vous allez bien ?" s’écria le capitaine en prenant les longues mains de l’elfe. Le groupe de Derym sursauta presque en voyant ce geste incongru d’affection.
"Rassurez-vous mon cher ami, je n’ai rien... J’ai juste un peu trop forcé la dose avec ma magie et je me suis évanouie en état de Négate." expliqua la vieille femme "Et reprenez-vous donc et faites donc les présentations !"
Le Nain eut un sourire gêné à l’adresse du groupe de Derym. ++++ "Voici Dame Aëlda Vol D’Argent, Deuxième Maître-Capitaine de l’Espadon le fier vaisseau que vous avez contribué à sauver... C’est aussi la magicienne de bord et ma tendre épouse..."
"Et ce charmant Nain qui a oublié de se présenter est le Maître-Capitaine Goklim Fortepierre. Au nom de tout l’équipage, je vous suis reconnaissante de nous avoir si vaillamment aidé. "
Derym refit donc les présentations pour chacun et réexpliqua l’objet de sa quête. La capitaine Elfe salua dignement chacun d’entre eux, même Halonn, sans éprouver la moindre répugnance devant le colossal Groumpf ou l’inquiétant albinos vampire. Lelfe lui fit grâce de moults compliments polis et révérences exquises, ravi de trouver ici une compatriote si raffinée et si tolérante. C’était malheureusement assez rare chez son peuple... Le capitaine fit appeler le cuisinier et fit servir un nouveau repas. Les Nains combattants et des officiers vinrent saluer les aventuriers et les remercier chaleureusement. L’ambiance tourna vite à la fête, bières et récits héroïques coulèrent à flot. Le combat mortel semblait oublié, chacun fêtant à sa manière le fait d’être en vie.

Un nouveau personnage retint l’attention de Derym et de ses amis. Apparemment déplacé au milieu des Nains rigolards, un jeune Gnome portant de grosses lunettes et un tablier noirci et graisseux vint s’installer près de Goklim et d’Aëlda. Grommelant, il se plaignait du retard occasionné par cette attaque et cette fête impromptue. Il ne semblait pas se soucier le moins du monde des aventuriers. Lelfe se pencha vers Aëlda et demanda poliment qui était cet étrange personnage.
"Ah ! Laisser moi vous présentez notre dernier Maître-Capitaine. Nous ne serions rien sans lui ! Il s’agit de Esytéreskan, le génial concepteur de ce navire. Maître Esy, ne soyez pas ainsi asocial et présentez vous correctement. Ils ont sauvé votre création quand même."
"C’est vous qui avez conçu ce truc ? Génial !" s’écria Thiki qui jusqu’à maintenant était restée silencieuse. "Et comment un truc si lourd et avec tant de métal peut flotter ?"
Le gnome eut une moue méprisante, mais s’intéressa enfin au aventuriers.
"Un bête calcul de portance/flottaison. Très simple une fois pris en compte la densité de l’ensemble..."
"Mais j’ai remarqué la ligne de flottaison et les mats... Quelque-chose cloche."
Les yeux du gnome parurent soudain luire de bonheur derrière ses lunettes.
"Vous avez remarqué ! Bien, bien vous n’êtes pas si bête que vous en avez l’air." répondit-il, vexant la jeune fille au passage.
"Eh ! J’me débrouille en bateau maintenant. Vous n’avez pas assez de voilure pour propulser ce machin et vous semblez bien trop lourd... Comment faites vous avancer une masse pareille ?"
Le gnome était maintenant ravi et prit un air rusé. Tout le monde était suspendu à ses lèvres.
"Ehehe ! En effet... C’est que nous avons un secret ! Vous êtes sur le génial, le splendide, le merveilleux Espadon le premier et unique navire à propulsion à vapeur !"
Silence.

"Euh… à vapeur ? Comment ça ?" demanda Thiki.
"Vous avez vu les nageoires ? Elles sont en réalité mobiles et manœuvrables par des pistons actionnés par de l’eau de mer, portée à ébullition ! Des sortes de rames automatiques. Merveilleux, non ?"
"Mais comment produisez vous la chaleur nécessaire ? ça me parait... énorme." questionna Thiki en griffonnant des notes sur un carnet de Lelfe. "Il faudrait des tonnes de bois alimentant en permanence d’énormes chaudières... Vous utilisez la magie ? Vous avez un dragon enfermé à fond de cale ?"
"Ah ! Géniale enfant ! Presque, presque ! Point de magie ou si peu... Nous utilisons en effet du Sang de dragon, liquide incandescent et si précieux. Placé dans des récipients métalliques immergés dans des cuves pleines d’eau de mer, quelques litres suffisent à porter à ébullition l’eau et à générer longuement la vapeur nécessaire."
"Fascinant ! Mais très coûteux comme système. Et il doit y avoir d’énormes pertes calorifiques... Ah oui ! C’est pour ça qu’il fait si chaud ici : vous utilisez la vapeur aussi pour le chauffage. Prodigieux ! Je veux voir !"
"Et au fait, pourquoi le bateau à une forme de poisson ?" demanda Derym.
"C’est mon idée. Un hommage à la Nature mise au service de l’homme... Et puis c’est plus joli comme ça." déclara la vieille elfe magicienne en rigolant. "Et puis ce cher Goklim adore les poissons et la mer."
"De plus la forme profilée et recouverte d’écailles métalliques soigneusement lustrées par..."
"Esy, plus de détails techniques, vous ruinez la poésie de la chose."
Le gnome se drapa dans sa dignité et entraîna Thiki, visiblement ravie, dans une discussion technique qui ne passionnait qu’eux. ++++ "Vous formez vous aussi un équipage bien disparate, possédant un encore plus étrange navire... Puis-je m’enquérir de ce qui vous amène dans ces mers nordiques ?" demanda poliment Lelfe à sa consœur.
"Certes... Et bien voyez vous, mon cher Goklim est un descendant d’un richissime clan Nain... Mais malgré ses airs bourrus, c’est un grand rêveur et un aventurier. Il ne se voyait pas finir mineur ou forgeron, comme ses ancêtres."
"J’ai donc décidé de tenter ma chance. J’ai fondé une compagnie et je suis parti à la conquête de mon rêve : la mer ! Ah ! Ils se sont moqués ! Comme si les Nains n’étaient pas dignes d’être marins." continua le capitaine.
"Et ce cher Goklim embaucha notre fort doué mais fort pauvre Esy. Avec lui, il construisit ce fantastique vaisseau. Intéressée par ce projet un peu fou, je leur offris mon aide." poursuivit la vieille elfe avec un regard affectueux vers le Nain.
"Avec de l’argent, de la volonté et du talent, on a bâti ce navire. Rapide, et immensément grand. On a vite fait fortune avec le commerce. Nos cales transportent cinq fois plus de marchandises que les autres navires !"

"Quant à notre voyage vers ces mers glacées... Esy voulait tester le navire dans ces conditions particulières. Et le commerce actif de ces régions en développement convenait parfaitement à l’avarice naturelle des confrères de Goklim."
"Bah, tu aimes bien voyager et découvrir de nouveaux horizons, non ?"
"Serais-tu en train de dire que tu l’as fait pour moi, charmant Maître Nain ?" dit l’elfe en faisant un clin d’oeil coquin au capitaine. _"Ah.Euh... Pas seulement ma mie." balbutia le Nain en rougissant. "En tout cas, notre bonne fortune devint un peu trop célèbre, apparemment : ces pirates nous ont pris en embuscade et sans votre intervention..." continua le capitaine en se reprenant.
"Nous vous en remercions encore : considérez que vous êtes ici chez vous ! Quoiqu’en dise Goklim, on a l’habitude de fréquentez pas mal de gens différents. Vous êtes les bienvenus ici : on n’a pas appelé notre compagnie les Briseurs de Limites pour rien !" s’exclama la vieille magicienne.
Ils portèrent un toast à leurs nouveaux amis et même Halonn fut congratulé par les combattants : son style efficace n’était pas passé inaperçu !

"Nous ne voudrions pas déranger, surtout... Et notre route est encore fort longue" déclara Derym.
"Et où aller vous, jeune druide ?" demanda Aëlda.
"Nous nous dirigeons vers l’Empire Hira Ku. C’est à l’autre bout du monde ou presque d’après Lelfe."
"Mais voilà qui est formidable ! Après notre escale au comptoir de Pointefroide, nous allons vers Hao Na, la Porte de l’Est et premier port du Hira Ku ! Venez donc avec nous !" déclara l’elfe.
"Voilà un heureux hasard. Je ne sais pas... Nous ne voudrions pas vous déranger." répondit Derym.
"Ce sera un bien humble remerciement pour votre sauvetage ! Pas de discussions, vous venez avec nous ! Je vais de ce pas ordonner à mes marins d’embarquer votre bateau." décida le capitaine Nain.
Et dans un tourbillon de Nains joyeux et insistant, le groupe d’aventurier fut quasiment contraint d’accepter l’offre.
"D’ailleurs je ne pense pas qu’on aurait eu assez de vivres pour une telle expédition... ça tombe vraiment bien !" murmura Lelfe à Derym "En plus ce bateau est superbe et bien plus spacieux que notre coque de noix."
"C’est un signe divin !" déclarèrent simultanément Ysandre et Halonn. _ Ils se regardèrent un instant avant d’éclater de rire.
"On reste ? Génial ! Esy va me montrer la chaufferie !" s’écria Thiki, visiblement ravie.
"Bon puisque tout le monde est d’accord... On reste volontiers ! Milles merci !" décida Derym.

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