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Chapitre 15 : Saïyuki, fragments de voyage

Chapitre 15 : Saïyuki, fragments de voyage

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 4/02/2003)

Après avoir écouté l’histoire d’Halonn, le groupe d’aventuriers alla se coucher un moment. Seul le vampire resta éveillé, plongé dans ses pensées suite à cette débauche de souvenirs... Le lendemain, Ysandre se leva à l’aube, bien décidé à profiter d’une bonne journée bien active au service de son prochain. Elle fit ses prières et rituels destinés à honorer son Dieu et à commencer une saine journée de travail. Malheureusement pour elle, l’équipage de l’Espadon ne semblait pas avoir le moins du monde besoin de son aide. Dépitée, la Paladine se rendit sur le pont, bien décidée à s’entraîner au combat tout en admirant le lever du soleil sur la mer glaciale. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir que quelqu’un l’avait précédée en cette heure matinale. Lelfe se tenait debout, face au soleil levant. Pourtant il n’était pas connu pour ses levers aux aurores, étant plutôt du genre grasse matinée et fainéantise. Ysandre allait l’interpeller quand quelque chose l’arrêta : Lelfe ne portait pas un de ses étranges accoutrements habituels ! Au contraire, il portait une robe formelle de cérémonie, blanche et or.

Ysandre fut tellement surprise par l’habit sérieux et le visage concentré de Lelfe qu’elle s’arrêta. Son ami ne l’avait pas vu et murmurait d’étranges paroles d’un rituel inconnu. Sans savoir pourquoi, Ysandre se cacha pour pouvoir l’observer tranquillement.
"Pourquoi je fais ça ?" pensa la jeune fille en rougissant "La curiosité est un vilain défaut. Mais je ne voudrais pas le déranger. Peuh ! Quelle excuse minable, j’ai honte..."
Elle allait se redresser et saluer son compagnon, le rituel étant à l’évidence terminé et sans effet apparent, quand Lelfe ôta soudain le haut de sa robe en soupirant. Ysandre replongea aussitôt derrière sa cachette, le visage cramoisi. Lelfe caressa doucement la mince cicatrice qui barrait son torse, dernier souvenir qui s’effaçait du combat contre le chef des pirates. Il frissonna, de froid et de peur rétrospective.

"Alors, tu t’inquiètes ?" demanda une voix douce et inconnue.
"Seigneur Lathandre !?! " s’écria Lelfe en sursautant. "Vous... vous êtes venu en personne ! Si je m’attendais à..."
"Quoi ? Ai-je bien entendu ?" pensa Ysandre, choquée, en se redressant.
A coté de Lelfe torse nu se tenait maintenant une majestueuse silhouette brillante qui admirait le lever du soleil. Il s’agissait d’un elfe très grand, à la longue chevelure dorée flamboyante sous le levant. Il portait une toge blanche et or somptueuse et une épée de flamme battait tranquillement son flanc. Le plus surprenant était son aspect semi-transparent et une incroyable aura de puissance et de sérénité. Ysandre resta bouche bée devant la divine apparition.

"J’avais du temps libre. Et j’ai senti ta détresse : il est rare que tu fasses le rituel de communion dans les formes." rigola le Dieu du Renouveau. "Et puis ta mère s’inquiète, et tu sais comme elle m’est précieuse."
"Humm... En tout cas, merci. Comment va-t-elle, au fait ?" répondit Lelfe.
"Très bien. Sa grossesse avance : tu auras bientôt une petite sœur ! Elle aimerait d’ailleurs te revoir à cette occasion."
"Ne me dîtes pas qu’elle vous a envoyés me dire ça ?"
"Non, non, je suis venu pour savoir ce qui te tracasse tant."
"Ça s’est reproduit... J’ai encore une fois échappé à la mort sans savoir pourquoi ! A moins que Derym soit beaucoup plus puissant qu’il n’y parait... Mais j’en doute. ça va faire la troisième fois que je ressuscite ou que j’échappe à une mort certaine... Sans savoir pourquoi !"
"Quatre fois. Tu étais trop jeune pour t’en souvenir mais tu es un jour tombé sur le crâne du haut d’un grand arbre. Et tu t’en es sorti : en deux jours tu n’en portais plus trace."
"Ah ! ça confirme donc une de mes hypothèses ! J’ai toujours pensé que c’était l’amulette de maman qui me protégeait. Mais je ne la porte que depuis que je suis parti à l’aventure. Ce n’est donc pas ça ? Pardon, mon seigneur, mais est-ce vous qui me maintenez ainsi en vie ?" ++++ "Désolé, je n’ai rien à y voir. Je t’aime bien et tu fais presque parti de la famille mais je ne peux m’autoriser de telles interventions dans la vie des mortels. Je pensais moi aussi que ta mère ou GaHell y étais pour quelque chose. A eux deux, ils sont assez puissants pour ça et pour que ça m’échappe. Je n’ai donc pas de vraie réponse à t’apporter."
"Et vous ne pensez pas que ça pourrait venir de moi . Que je serais une sorte de monstre ? Une sorte de phénix ou de fantôme ?"
"Je crois pas !" s’exclama le Dieu du Levant. "Ou alors tu le caches bien ! Par contre, vu ton ascendance il n’est pas étonnant que tu développes certains pouvoirs spéciaux. En plus, j’ignore le but du programme génétique de ton ex-employeur et ce qu’il espère obtenir avec ça... Ce genre de truc m’échappe complètement, tu sais."
"Humm... En tout cas, merci. Je n’ai pas mes réponses, mais ça m’a fait plaisir de parler avec vous."
"De rien. Désolé de n’avoir pas de divine révélation à t’apporter." plaisanta l’apparition scintillante "Tu sembles avoir repris du poil de la bête. Je vais donc te laisser... Pense quand même à ta famille de temps en temps ! Sinon ta mère va m’enguirlander."
Et sur un geste amical, l’image du Dieu s’effaça, laissant Lelfe souriant et un rien rêveur. A quoi bon s’inquiéter pour ça : après tout, il était bien mieux vivant que mort ! Pourquoi s’en plaindre ?

Ysandre resta un moment, pâle et abasourdi par cette conversation. Lelfe conversait avec son Dieu ! Et comme s’ils étaient deux bons amis, de vieilles connaissances !
"Bon sang, mais qui est ce type ?" pensa la Paladine au comble de la stupéfaction.
Ysandre s’arma de courage avant de se redresser. Elle s’avança vers Lelfe qui contemplait rêveusement le paysage. La Paladine fit un maximum de bruit pour indiquer son approche, tirant le Barde de ses pensées. Il se tourna nonchalamment vers la Paladine et la salua d’un sourire.
"Salut Ysandre ! Bien matinale... Remarque c’est normal : les Paladins ne sont pas du genre flemmard." La jeune femme ne savait que lui dire. Devait-elle confesser l’avoir espionné ? Elle décida de ne rien en faire... Pour l’instant.

"Bonjour Lelfe. Toi aussi tu es bien matinal. Un souci ?"
"Non, non... J’aime les levers de soleil, c’est tout. Et j’avais à réfléchir un peu seul. Tu sais, je ne suis pas toujours aussi fainéant que j’en ai l’air ! Et toi, que fais tu ici de si bonne heure ?"
"Je... Je venais m’entraîner un peu. Histoire de pas rouiller sur ce bateau où on s’occupe de tout pour nous." répondit la Paladine. Après tout ce n’était pas un mensonge. Juste une petite omission...
"On le fait ensemble ? Seul... Tous les deux ? Il faut bien qu’on s’amuse un peu." demanda d’un air faussement innocent Lelfe.
"Oui, pourquoi pas..." commença la Paladine, un rien mal à l’aise devant le ton doucereux du Barde.
Elle fut interrompue par Thiki qui éclata de rire derrière son dos. Lelfe sourit : il avait vu approcher la jeune fille.
"T’es vraiment impayable, toi ! Je m’incline devant Vous, Ô Maître en sous-entendus." ricana l’adolescente après s’être reprise.
"Qu’est-ce qu’il a fait ? Qu’est-ce qu’il y avait de si drôle ?" demanda la Paladine, persuadée d’être le dindon d’une farce qu’elle ne voyait même pas.
"Ah, ces Paladins..." soupira Thiki avant de rire en cœur avec Lelfe.
La jeune fille finit par expliquer à l’oreille de la Paladine, les connotations sexuelles de son dernier dialogue avec le Barde charmeur. La Paladine rougit violemment et s’apprêta à corriger l’outrecuidant et rigolard personnage quand la dernière phrase murmurée de Thiki l’arrêta.
"Je crois qu’il a fait ça pour te punir gentiment de ton indiscrétion..." Sur un clin d’œil, Lelfe et la voleuse se retirèrent pour déjeuner, laissant la Paladine pâle et choquée. Peu après elle éclata de rire : la voilà bien punie ! Elle se jura désormais d’être honnête avec son ami. ++++ Toujours à bord de l’Espadon, Derym et ses amis profitaient pour une fois du soleil sur le pont. Le navire ayant atteint des latitudes un peu plus clémentes, les aventuriers étaient sortis admirer la mer parsemée d’icebergs de plus en plus rares et de plus en plus petits. Puis ça leur permettait de se détendre loin de la fournaise de l’intérieur du bateau et ce sans gêner les manœuvres de l’équipage. Le temps était splendide, bien qu’encore très froid. D’énormes nuages blancs cotonneux dérivaient paresseusement dans le ciel d’un bleu intense, contrastant avec la mer glaciale et verdâtre. Le soleil donnait au tableau des couleurs crues et apportait plus de lumière vive que de chaleur. Ysandre et Lelfe rivalisaient d’assauts frénétiques contre Groumpf, entraînement difficile mais efficace. Seule la Paladine arrivait quelque temps à contenir le géant, Lelfe lui servant de façon tacite de diversion. Derym méditait dans un coin, le regard perdu dans le paysage somptueux de cet après-midi. Plus loin Thiki jouait (ou étudiait ?) avec un ensemble complexe de sextants, boussoles, longue-vues et autres instruments nautiques.

Soudain, un étrange équipage arriva avec fracas. Dame Aëlda, magicienne et seconde capitaine du navire sortit sur le pont, précédée par trois Nains qui portaient délicatement une fragile et mystérieuse structure de voiles, tissus et filins. Suivait enfin le capitaine Goklim, un lourd manteau sur les épaules, tricorne orné fièrement vissé sur le crâne et une énorme pipe à herbe dans la bouche. Il portait un chevalet et une boîte à peinture. Deux autres Nains arrivèrent, portant la lourde chaise du capitaine et une fort longue canne à pêche.
"Que ce passe t’il capitaine ?" demanda Derym.
"Oh, rien de grave mon ami ! Disons que tout marche sans problème et qu’on a nous aussi eu envie de profiter du beau temps. Enfin, surtout elle..." répondit le Nain et désignant sa femme.
C’est à ce moment que le jeune homme remarqua la tenue de la magicienne elfe. Elle portait une tenue extrêmement moulante, lisse et argenté, d’un tissu si fin qu’on aurait dit une seconde peau d’argent liquide. Bien évidement, ceci ne cachait en rien les harmonieuses courbes parfaitement conservées de l’elfe. Derym rougit et détourna le regard, ce qui fit éclater de rire Thiki qui s’était approchée.
"Et que va-t-elle faire ?" demanda Derym au capitaine pour masquer son trouble. La vénérable magicienne s’affairant autour de l’étrange amas de toiles et de bois fin transporté par l’équipage.
"Vous savez, ma marotte, c’est la mer." répondit le Nain et s’installant confortablement dans sa chaise, canne à pêche dans une main, pinceau dans l’autre. "Elle, c’est le ciel. Elle va donc voler un peu..."
"Quoi ?" s’écrièrent ensemble Derym et Thiki.
"Voler. Dans ce truc... Elle appelle ça un aéroplane ou un truc du style. Le gnome l’a aidée à fabriquer ça... Et ça marche !"

Tout le groupe d’aventurier se rassembla pour voir la magicienne monter son étrange appareil. Il s’agissait d’un ensemble de voiles fines, de traverses de bois et de cordages minuscules soutenant de petites attaches sur lequel l’elfe s’harnacha solidement.
"Ça a l’air fantastique ! Faut vraiment que je vois ça !" s’écria Lelfe ébahi. "Et ça vole vraiment ?"
"Logiquement... Oui, ça peut marcher." murmura Thiki en griffonnant croquis et calculs dans un carnet en détaillant l’appareillage.
"Fascinant..."
"Et pourquoi ne pas simplement faire appel à la magie ?" demanda Ysandre, toujours logique.
La magicienne se tourna vers eux et leur sourit.
"Parce que c’est moins drôle ! Sentir le vent pour se déplacer, se mouvoir par une idéale coordination du corps et de l’esprit... Y’a rien de plus fascinant ! Et puis songez un peu aux risques de la magie : et si on m’attaquait en l’air ? Et si j’entrais par mégarde dans une zone de mortemagie ?"
"Inutile de leurs donner toutes les explications que tu m’as servies pour me rassurer, ma douce. Dis leur simplement la vérité : tu aimes ça car c’est plus excitant..." coupa le capitaine en rigolant.

La vieille elfe sourit et fit un signe aux Nains qui l’entouraient : elle était prête ! L’aéroplane était monté sur un chariot à roulettes que les puissants marins propulsèrent violemment le long du grand pont du navire. Pendant la course, la magicienne actionnait diverses tirettes et cordages pour faire prendre l’air à ses ailes... Du moins c’est ce que tenta d’expliquer Thiki aux autres. Ils suivirent la course effrénée avec enthousiasme et un rien d’appréhension. Soudain, sur un signe de leur capitaine, les Nains pilèrent, bloquant le chariot juste avant l’extrémité du pont. L’aéroplane fut brutalement propulsé par-dessus bord, plongeant vers la mer. Tous retinrent leur souffle en voyant disparaître l’aéroplane. Puis ce furent d’intenses soupirs de soulagement mêlés à de bruyantes acclamations de joie et des applaudissements nourris quant l’appareil réapparut, fonçant vers l’azur avec grâce et souplesse. ++++ "C’est merveilleux !" s’exclama Ysandre "J’aimerais bien essayer aussi."
"T’es trop lourde... Aïe ! Qu’est-ce que j’ai dis !?" s’exclama Thiki. La Paladine venait de lui pincer méchamment le coude.
"Ahaha !" rigola Lelfe tout en suivant des yeux les évolutions aériennes de l’appareil. "Ne te vexe pas, mais je crois qu’elle à raison... Désolé Ysandre, mais tu es trop grande et trop... musclée pour une construction si fragile."
"Dites tout de suite que je ne suis qu’une brute !" ronchonna Ysandre. Mais c’était malheureusement vrai... A côté de la frêle magicienne elfe, elle avait l’air d’une géante maladroite et épaisse. La jeune fille soupira. Tant pis.
"Dit moi Thiki, tu penses que certains d’entre nous pourraient essayer ça ?" demanda Derym, intéressé. "Ceci me semble à la fois une expérience fascinante et un bon présage pour nous qui allons vers le Temple de l’Air."
"Toujours boulot-boulot, hein ? Laisse-moi réfléchir... Moi, sûrement, j’dois pas peser bien lourd et j’suis plus p’tite... Lelfe, peut être : même s’il est musclé, il n’est pas très grand et semble fort léger, comme ceux de sa race. Mais faut qu’il vire tout son barda habituel !"
"Et encore faut-il que la Dame nous donne sa permission : je n’ai aucune idée de la façon dont on pilote cet engin." ajouta Lelfe.
"Depuis quand ce genre de détails t’arrête ?" murmura Thiki en faisant un clin d’œil narquois au Barde. "A moins que tu aies peur ?" rajouta-t-elle en haussant la voix.
"Peur ? Moi ? Jamais !"
"En tout cas ne faites rien d’inconsidéré." conclut Derym avec un regard mortellement sérieux.

Aëlda fendait l’azur avec ravissement. Il faisait à nouveau assez chaud pour qu’elle s’adonne à sa passion. La manœuvrabilité avait été encore améliorée. Il faudrait quelle félicite son ingénieur-gnome adoré... Elle fit quelques passages autour et au-dessus du navire, saluant négligemment l’équipage et les aventuriers qui lui répondaient par de grands gestes d’encouragement et des vivats. Pour leur faire plaisir et taquiner son bon mari, l’elfe fit quelques figures d’acrobatie aérienne qui ravirent les spectateurs et glacèrent d’effrois le maître Nain. Elle plongea vers l’océan, se gavant de vitesse et d’air salin et frais. Elle pouvait même voir quelques bancs de poissons fuir en désordre devant son ombre inhabituelle. Elle respira les embruns glacés et vivifiants avant de reprendre de l’altitude. Tournoyant autour du bateau, elle écoutait le vent chanter dans la voilure et dans les cordages de ses ailes de toile. Souriant en écoutant la mélopée, elle virevolta autour d’un iceberg fondant et se craquelant doucement. Le contraste entre la glace blanche, resplendissante sous le soleil de cette magnifique journée, et la mer verte, profonde et mystérieuse, ravit l’âme poétique de l’elfe. Elle comprenait parfaitement la fascination de son mari pour ces étendues d’eau merveilleusement diverses. Levant la tête, elle contempla les nuages d’une glaciale blancheur flottant paresseusement dans le ciel d’un bleu profond.
"Moi aussi, j’ai mes icebergs, mes titans splendides du ciel." pensa l’elfe.
Toujours souriante, elle inclina son aéroplane pour prendre de l’altitude : elle au moins pouvait plonger dans ces masses cotonneuses ! Pas sans risque, mais... C’était ainsi plus excitant ! Le navire n’était plus à présent qu’une maquette sous elle, un jouet. Cela l’amusa un instant, elle qui connaissait parfaitement l’ouvrage colossal qu’il avait fallut pour créer le magnifique navire.

Elle atteignit enfin le nuage et y pénétra sans appréhensions. C’était froid et humide et un rien étrange, mais cela lui procura un vif plaisir. La visibilité était fort réduite mais ça ne la dérangea pas, elle était trop occupée à suivre les étranges circonvolutions internes du nuage. Elle plongea avec ravissement dans l’étrange substance ouatée, se gorgeant de l’air humide, froid et pur. Elle savait qu’elle ne devait pas trop s’attarder ici au milieu de ces blanches colonnades duveteuses : le nuage avait une douce mais trompeuse apparence. Le givre et l’humidité allaient trop alourdir les voiles, provoquant une terrible et incontrôlable chute. Pourtant elle décida d’y rester un maximum. De toute façon, il lui restait sa magie, au cas où... Même si elle s’était jurée de ne pas en faire usage durant les séances de son égoïste plaisir coupable au cœur des cieux. ++++ Elle allait sortir des doux tourbillons internes du nuage, quand un mouvement suspect l’intrigua : autre chose volait non loin d’elle ! Quelque chose de gros ! Elle s’approcha lentement, suivant des mouvements fluides dans les traînées blanchâtres du nuage. Elle ne faisait que deviner une forme puissante, animée d’une volonté propre : pas un phénomène naturel. Elle finit par atteindre une trouée, un espace où le nuage s’ouvrait doucement, révélant par intermittence la mer splendide en bas. Et dans cet espace se tenait un jeune dragon blanc.

Le choc de voir ce titan des airs aux écailles de perle nacrée et délicate, la surprit tellement quelle ne remarqua même pas que la bête était nantie d’un étrange cavalier qui scrutait le navire en contrebas. Sans même réfléchir, elle s’approcha pour mieux admirer le seigneur des airs. Il semblait si parfaitement adapté à ce paysage de nacre, trônant tel un prince blanc dans son château dans le ciel... Puis la raison et la peur lui revinrent. Que faisait ici, si loin des terres, une créature aussi dangereuse ? D’habitude les dragons ne sortaient pas volontiers de leurs antres et de leurs territoires. C’est alors qu’elle remarqua le cavalier qui chevauchait le wyrm des glaces. Il était grand, très grand, nanti de longs cheveux d’or et portant une lourde armure blanc bleu pâle, elle-même en écailles de dragons. Un casque lui aussi taillé dans un crâne de dragon lui cachait le visage. Elle devina deux yeux brûlants, couleur bleu acier. Il portait également une longue lance à la pointe gigantesque, apparemment taillée dans un cristal, si ce n’est dans un diamant. Le cavalier était aussi impressionnant que la monture ! Et il incantait ! La magicienne elfe se maudit de s’être laisser distraire par le spectacle. Elle plongea au coeur des brumes nuageuses environnantes, tentant d’échapper au sort...
"An-Memnos !" termina une voix glaciale et impérieuse.
Un courant magique violet entoura un instant la magicienne qui cria de souffrance, sentant un dard mental glacé et inexorable lui fouiller le cerveau. Elle s’évanouit.

Aëlda s’éveilla douloureusement, sentant le sifflement insistant et menaçant du vent glacial. Elle tombait ! Jurant, elle poussa les commandes et les cordages de secours de son aéroplane, gonflant les voiles de frein et déployant les ailes à fond pour ralentir sa chute. Son piquet fou pris heureusement fin avant l’impact avec les eaux d’un froid mortel. De justesse, elle redressa l’appareil, fonçant à pleine vitesse vers l’Espadon malgré des voilures en piteux état. Elle se posa en urgence d’une manière fort peu élégante, manquant au passage de se briser les jambes dans l’atterrissage. Elle ne s’était pas extraite des toiles entremêlées que déjà son mari et les aventuriers amicaux se précipitaient en hurlant.

"Pas de mal, ne vous en faites pas..." dit-elle en se relevant en grimaçant. "Mais mon bel aéroplane va avoir besoin d’une sérieuse révision."
"Ma mie ! Ne me refaites jamais plus une peur pareille ! Mon vieux cœur ! Je vous interdis formellement de recommencer ces acrobaties aériennes si périlleuses !"
Elle lui lança un regard où se mêlait courroux et amour.
"Je ferais ce qu’il me plait, mon cher ! Qui êtes vous pour vouloir limiter ma liberté ? Et vous osez vous prétendre Briseur de Limites ? Je suis indemne, non ?"
"Pardon, mon aimée... Mais je ne peux me résoudre à vous perdre. J’étais si inquiet... Vous pourrez continuer, bien sûr, si vous le souhaitez. Mais tachez de prendre moins de risques, je vous pris ! Faites le au moins pour ma santé mentale." répondit le capitaine en balbutiant.
"Que s’est-il passé là haut ?" demanda Derym.
"Je ne sais pas... Je pense que je suis restée trop longtemps dans le nuage. Le givre a dû alourdir et modifier la voilure, provocant mon plongeon forcé. J’ai dû m’évanouir un instant sous le choc de la plongée et du froid. Heureusement je me suis réveillée à temps et j’ai pu redresser."
La magicienne se tût un instant, frissonnant d’appréhension résiduelle et... d’une indéfinissable autre chose qui lui échappait. Quelques instants plus tard elle haussa les épaules et inspecta l’appareil. Les dégâts étaient plus minimes qu’elle ne l’aurait cru : quelques pièces tordues et peu de voiles déchirées... Aisément réparable. Elle donna aussitôt des ordres impérieux aux marins qui s’empressèrent de la satisfaire. Elle devait vite remettre l’appareil en état de marche : la si belle journée commençait à peine ! De plus, Thiki et Lelfe, peu refroidis par l’accident, mouraient d’envie d’essayer ce nouveau et excitant mode de locomotion. ++++ Haut dans les airs, en partie caché par les nuages colossaux, le cavalier du dragon contemplait le navire en contrebas. Il suivait les déplacements maladroits mais hardis de Lelfe aux commandes de l’aéroplane à nouveau opérationnel. Cet appareil et cette magicienne l’avaient surpris .Et nul ne devait se douter de sa présence. Il contempla encore un moment les voltiges de Lelfe, en souriant doucement.
"Trop jeune. Si inexpérimenté... ça ne vaudrait pas le coup. Laissons-le grandir encore un peu." pensait le chevaucheur de dragon. D’un mouvement vif de sa lance, il ordonna à sa puissante monture de faire volte-face, retournant en silence vers le Nord sauvage et glacial, son domaine incontesté.
"Qui sait. Il pourrait faire un jour un adversaire valable." murmura-t-il après un dernier regard perçant en direction du navire.

"Fantastique ! Inoubliable ! Grandiose ! Et d’une utilité sans borne..." railla Thiki.
"Ah ah ! Bel effort en tout cas. Mais c’est vrai que c’est pas très... glorieux." renchérit Lelfe.
"Quoiqu’en été, s’il fait chaud..." ajouta Thiki, toujours en s’esclaffant.
"Oh, ça va vous deux ! Il a fait des efforts, non ? c’est déjà un signe encourageant qu’il commence à maîtriser ses nouveaux pouvoirs." coupa Ysandre pour consoler Derym.
Le jeune homme était attablé devant un verre d’eau posé sur la table du mess. Sous les yeux ébahis (ou sceptiques) de ses amis, il venait de transformer l’eau du gobelet en glace dure. L’apprenti Druide s’entraînait en effet depuis des jours pour comprendre et maîtriser la pierre élémentaire fichée dans son corps. Grâce à elle et grâce à un long et pénible entraînement, il pouvait maintenant congeler et décongeler un petit volume d’eau à volonté. Malgré les railleries devant l’absurdité et les limitations de ce nouveau pouvoir, le jeune homme repris un peu confiance en lui.

Depuis le début de la traversée, il doutait en effet de ses compétences. Il ne se sentait pas digne d’avoir été choisi par son vieux Maître pour cette étrange équipée. Il se sentait trop jeune, trop faible, pas assez expérimenté et entraîné. Pourtant, il avait eu accès à l’un des trésors les plus secrets de son ordre. La peur de ne pas se montrer à la hauteur l’avait jusqu’à présent hanté chaque jour. Mais aujourd’hui, il avait enfin obtenu un signe encourageant ! Finalement, il pourrait par de longs et constants efforts se montrer digne du choix risqué de son Maître ! Le jeune homme sourit à Ysandre qui le soutenait depuis le début dans ses efforts par des remarques encourageantes empreintes de gentillesse. Pour la Paladine, tout devait passer par le travail et les efforts.
"Rien n’est vraiment impossible si on l’affronte avec courage et détermination." disait-elle au Druide. Comme il aurait aimé être aussi déterminé et sûr de lui !
La jeune fille sermonnait à présent Lelfe et Thiki sur leur moquerie, dérivant sur un pamphlet sur le respect du travail, des efforts et d’autrui... Derym resta amusé un instant : il était quasiment sûr que les remarques narquoises dont il venait juste d’être la cible n’avaient pas d’autre but que de taquiner la Paladine, si prompte à s’enflammer. ++++ C’était tout à fait du genre de Lelfe, donnant par là même une leçon à la Paladine, retournant son sermon sur la tolérance contre elle. Et Thiki le suivrait sans doute : elle idolâtrait presque le Barde et partageait avec lui un étrange sens de l’humour. Toujours concentré sur ses congélations-décongélations, le Druide écoutait d’une oreille distraite les autres argumenter. Tiens, il ne s’était pas trompé... Lelfe moralisait maintenant sur le droit à la libre expression et à la satire comique. Ysandre avait du mal à suivre son exposé alambiqué et ses arguments tordus. Thiki buvait les paroles habiles du Barde.
"Il ne faut jamais argumenter avec un Barde." pensa Derym, amusé. "Après tout, ces gens vivent de leur bagout et de leur talent d’orateur."
Le visage déconfit de la Paladine chagrina le druide un instant. Il soupira : ces deux là aimaient vraiment trop faire tourner en bourrique Ysandre et ses convictions (il est vrai un rien étriquées et irréalistes) de Paladine. Devait-il intervenir et calmer le débat ? Au moment ou il allait intervenir, Lelfe lui fit un clin d’oeil avant de sourire à Ysandre et d’avouer qu’il la faisait marcher : en fait, il était d’accord pour soutenir Derym dans ses efforts. Ysandre secoua la tête, ne sachant plus trop ou elle en était. Thiki se désintéressa de la conversation.

La porte menant au pont s’ouvrit à ce moment là : Groumpf et Halonn revenaient de leur désormais traditionnel entraînement nocturne au combat. Le géant était en nage et il alla immédiatement se verser un seau d’eau sur le corps (Thiki ayant fait une remarque sur l’exquis plaisir de dîner en compagnie d’un guerrier barbare sentant le fauve). Halonn se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Pour lui, c’était une façon sportive de commencer la journée...
"Il est vraiment si fort que ça ?" demanda Derym devant la figure défaite de l’albinos. Pour lui, d’après le peu qu’il en avait vu, Halonn et Groumpf se valaient en combat.
"Incroyablement... Malgré son apparence, ce n’est pas un simple lourdaud baraqué. C’est un vrai Maître d’arme, un combattant professionnel. Rapide et souple malgré sa carrure, il est en plus effroyablement fort et endurant. Sans mes ruses et mes pouvoirs mystiques, il me surclasserait complètement."
Le géant revint s’asseoir et commença à engloutir le repas à présent servi. Après avoir dévoré une quantité monstrueuse de victuailles, il commenta lui aussi l’affrontement de ce soir. ++++ "Halonn très fort aussi ! Anguille... Presque insaisissable ! Très rapide et dangereux avec deux lames. Bon adversaire : tient longtemps contre Groumpf. Jusqu’à être touché ! Ah ! Ah !"
Le vampire sourit devant ces compliments. Il regarda manger les autres avec une pointe d’envie : ça avait l’air savoureux... Mais pour lui, les plaisirs de la table étaient perdus à jamais. Bah ! Il avait déjà mené une longue vie de sybarite décadent. Il vivrait sur ses souvenirs. Ces réflexions sur son état et le silence autour de la table pendant que les aventuriers faisaient un sort aux vivres, amenèrent les pensées du vampire albinos à la véritable et sombre raison de ses combats acharnés contre Groumpf. En fait, la réserve de sang frais, conservée dans des fioles magiques de son Ordre, était quasiment épuisée. Déjà il se restreignait. Déjà il sentait la faim et le manque croître furieusement en lui. Pourtant, il ne voulait surtout pas s’en prendre aux aventuriers. Il les respectait désormais bien trop pour ça. Et malheurs à lui s’il arrivait quelque chose à Derym ! Quant à se nourrir sur l’équipage... Les Nains étaient tolérants mais son sort ne ferait aucun doute s’il s’en prenait à l’un d’entre eux. Il n’aurait aucune chance. Alors, pour se défouler et calmer la frénésie qui montait en lui, il se donnait à fond contre Groumpf chaque soir. Et chaque soir, il constatait que ses attaques étaient plus violentes et vicieuses, lui faisant prendre des risques quasiment à son insu. Il désirait tout en le redoutant voir le sang du colosse.

Heureusement, le géant était un féroce guerrier et ne se laissait pas faire ! Pourtant, Halonn savait qu’un jour lui ou Groumpf serait sérieusement blessé. Le géant survivrait-il à son irrépressible besoin de sang ? Et lui, survivrait-il à la furie berserk du guerrier s’il le mettait en colère ? Le vampire se résolut à désormais espacer ces entraînements. Autant ne prendre aucun risque. Il se défoulerait autrement, quitte à se tuer à la tache en aidant sur le navire.
"Le capitaine a dit si on arrive bientôt à cette île perdue ?" demanda l’albinos.
"Non, mais d’après la carte, y’en a encore pour un moment." répondit Thiki, la bouche pleine.
"Pas le pied marin ? Mal de mer ?" rigola Lelfe.
"Non, bien sûr... Mais j’aimerais me détendre un peu hors du navire. Je préfère la terre ferme, c’est tout." mentit le vampire.
Intérieurement, l’albinos gémit : la situation allait bientôt devenir critique.

Quelques nuits plus tard, Halonn était au bord de la panique et de la folie. Il avait complètement asséché ses réserves et tournait dans le navire tel un lion en cage. Il évitait au maximum de croiser du monde et surtout le groupe de Derym. Et il n’y eut vite plus un seul rat vivant dans le bateau. Au cœur des nuits obscures, il sortait en cachette sur le pont pour courir comme un fou au clair des lunes. Il espérait que le froid et l’exercice lui ferait oublier sa faim. Peine perdue, il devenait de plus en plus frénétique, comme un animal en chasse. Il s’était même déjà involontairement métamorphosé en loup sanguinaire, l’un de ses pouvoirs de vampire qu’il ne maîtrisait pas bien. Heureusement personne n’avait assisté à la métamorphose et, seul sur le pont, il n’avait pu agresser personne. A son corps défendant, ses pas l’avait conduit cette nuit une fois de plus devant la porte de la cabine ou dormaient Ysandre et Thiki. Les deux aventurières exerçaient sur lui un attrait indicible et interdit. Son esprit fiévreux ne cessait de lui souffler des plans démoniaques pour l’inciter à s’abreuver du sang chaud des deux demoiselles. Après tout, il ne devait protéger que Derym. Une insomnie, un accident, une disparition sur cette mer glaciale... Non ! A quoi pensait-il ? Remarque... Il n’était pas obligé de les tuer. Il assouvirait son sinistre besoin en douceur, discrètement... Elles ne remarqueraient sûrement rien... Il devrait se rationner. N’en prendre qu’un petit peu... Délicatement. ++++ "Halonn ? T’fais quoi d’vant not’porte ? Visite nocturne, vieux pervers ?" dit la voix ensommeillée de Thiki derrière son dos.
Et voilà... Il était resté suffisamment longtemps pour qu’on le remarque ! Obnubilé par le désir de sang, il n’avait même vu que la gamine était aux toilettes. Le vampire se redressa, prêt à frapper. Thiki recula d’instinct, sentant qu’il y avait quelque chose d’anormal chez le guerrier albinos. Halonn hésita : tuer l’adolescente et boire jusqu’à l’extase ? Mais comment se débarrasser du corps ? Thiki compris le problème en voyant les crocs luisants et le regard à moitié fou d’Halonn.
"Je vois... T’as soif, non ? Plus de réserve ?"
Le vampire albinos hocha lentement la tête. Si elle criait maintenant... Pourtant, il ne sentait ni peur ni révulsion dans la voix de la jeune fille.
"Fais pas ses yeux là... Tu me ferais presque peur." déclara la voleuse. "Pourquoi tu ne l’as pas dit, tout simplement ?"
"Je... Vous ne comprendriez pas. Je ne veux pas... Que vous me détestiez. Et vous ne pouvez pas m’aider."
"Mais si ! Idiot !" répondit Thiki en relevant la manche de sa chemise de nuit. "Je sais ce qu’être esclave signifie et je n’ai pas peur de la douleur. Et j’suis pas une sainte-nitouche comme certaines... Je suis ton amie ! Vas-y, sert toi donc. vas-y mollo quand même, j’tiens à ma peau !"
Le vampire tomba à genoux devant l’adolescente. S’il avait pu pleurer, il l’aurait fait. Jamais personne ne lui avait fait une si généreuse proposition ! Hoquetant et balbutiant des remerciements, il prit le poignet délicat de la jeune fille et y enfonça ses crocs avides.

C’était douloureux. Mais Thiki sentait vite une froideur envahir la blessure : visiblement, les crocs du prédateur nocturne devaient contenir un anesthésiant quelconque. Le plus désagréable était la sensation d’être vidée... Le tout accompagné par de petits mais horribles bruits de succions en provenance du vampire affamé. Thiki se sentit rapidement faiblir : elle fit signe à Halonn d’arrêter. Elle dut insister et frapper le vampire. Halonn finit par se redresser, le sang coulant en minuscule filet sur ses joues blanches. Thiki frissonna, de faiblesse et de peur.
"Depuis combien de temps il est comme ça ?" se demandait-elle "Il aurait put devenir dangereux et nous tuer tous si je ne l’avais pas nourri !"
Elle sentait la tête lui tourner, conséquence probable de la saignée. Halonn ne semblait pas encore repu, même si son regard était désormais bien moins diabolique. Le vampire la remercia d’une voix rauque, s’excusant encore et encore de sa faiblesse, de sa malédiction.

Il allait soigner la blessure sacrificielle de Thiki par sa magie cléricale quand la porte de la chambre s’ouvrit.
"C’est pas fini ce bru..." commença Ysandre à demi-réveillée.
Elle se figea devant la scène : Thiki chancelante, Halonn lui emprisonnant un bras couvert de sang. Et avec une blessure caractéristique. Immédiatement elle saisit son épée qui n’était jamais bien loin, prête à châtier l’impie personnage qui maltraitait l’adolescente.
"Halonn ! Sale traître !"
"NON ! " cria Thiki "J’étais volontaire !"
"QUOI ? Tu t’es donnée à cette créature du Mal ? Quel sortilège maudit cette pourriture a-t-il utilisé ? N’aie crainte, sa mort le dissipera !"
Thiki eut juste la force de s’interposer entre le vampire et la Paladine. _ Elle raconta précipitamment toute l’affaire à son amie. Halonn, empressé de prouver sa bonne volonté, lança un sort pour refermer la blessure de la jeune fille. Ensuite, il se mit à genoux devant la Paladine, avouant ses sombres pulsions de prédateur. Il jouait le tout pour le tout. Ysandre reposa doucement son épée, hébété par l’histoire d’Halonn et de Thiki.
"Halonn, vous êtes un faible, une créature des Ténèbres... Mais à la demande de cette enfant, je consens à vous épargner." déclara finalement la Paladine "Votre esprit corrompu et faible ne peut apparemment lutter contre vos pulsions démoniaques. Même si je désapprouve cela, je ne vous en tiendrais pas rigueur pour cette fois."
"Merci, Noble Paladine. J’essaie de me racheter chaque jour de ma malédiction, mais elle est ma punition et mon fardeau... Thiki m’a aidé au-delà du possible. Je vais essayer de contrôler mes sombres instincts."

"Elle n’aurait pas dû faire ça !" gronda la Paladine. "Même pour nous protéger de toi et de tes pulsions répugnantes ! Si... Si quelqu’un doit se sacrifier pour que tu vives et pour protéger les autres, c’est moi !"
Halonn n’en cru pas ses oreilles : la Paladine lui proposait de...
"Pardon !?!"
"Prends donc mon sang aussi ! Je vois bien ton regard vicieux briller d’envie !"
"Mais... Mais, pourquoi ?" demanda le vampire d’une voix émue.
"C’est mon rôle de protéger et de servir ! J’espère aussi t’enseigner la générosité, Halonn. Et je souhaite que tu vives et nous accompagnes en compagnon et non en traître lâche. Tu dois parvenir à la rédemption ! D’ici là, je t’aiderais."
Halonn était complètement abasourdi par le comportement inattendu de la Paladine. Il fit une profonde révérence à la demoiselle et lui donna un délicat baisemain, ce qui fit rougir la Paladine. Enfin, il planta tendrement ses crocs dans l’avant-bras offert de la jeune femme, se gorgeant du sang offert.

La Paladine se montra digne devant l’épreuve. Son visage ne trahit en rien son trouble et son dégoût devant cet acte contre-nature. Enfin, elle se sentit épuisé, à la limite de l’évanouissement. Elle allait faire un signe à Halonn mais l’albinos s’était déjà écarté et psalmodiait un sortilège curatif pour refermer la plaie.
"Cela suffira ?" demanda la Paladine affaiblie.
"Oui, amplement ! Le sang d’une vierge est particulièrement nourrissant et je pourrais sans pei..."

"Pas de commentaire déplacé ! Filez dans votre cabine, monstre ! Il nous faut dormir, nous autres humains. Et évitez à l’avenir de venir roder autour de ma chambre." coupa la Paladine après avoir vertement appliqué sa main dans la figure de l’albinos.
"Bien sûr, milady. Je me retire... Merci."
La Paladine et Thiki rentrèrent dans leur cabine, vérifiant qu’Halonn s’était calmement éloigné. Par plus de sécurité, Ysandre verrouilla la porte. Puis une pensée frappa son esprit épuisé.
"Il a dit le sang d’une vierge... Et je suis... Thiki ?"
"Ouais... Quoi, encore ?" marmonna la voleuse qui s’était déjà recouché.
"Tu es... Tu n’es pas… plus..."
"De quoi tu causes ? J’suis crevée là... On en r’parle d’main."

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