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Chapitre 16 : Instinct et Raison

Chapitre 16 : Instinct et Raison

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 13/02/2003)

Assis sur un trône d’os humains, dans une salle obscure d’un château gothique d’un noir inquiétant, se tenait une silhouette formée apparemment que d’ombres et de lames dissimulées. Bhaal, Dieu du Meurtre et des Assassins méditait. Il avait presque déclaré officiellement son opposition à ses anciens alliés, le Dieu des Morts et le Dieu des Voleurs. Devait-il porter l’Affaire devant le Conseil Divin ? Devait-il au moins en révéler certaines parties à divers Dieux du Bien ? La prudence, son honneur et surtout son orgueil le lui déconseillaient... Tapis dans l’ombre même de son royaume, ses sbires n’attendaient qu’une faiblesse pour tenter de prendre sa place. Le Dieu des Voleurs et le Dieu des Morts aussi. L’entité soupira. Que pouvait-il faire à présent, ses anciens alliés le surveillaient de près. Soudain, il sentit une présence qui s’insinuait discrètement vers lui. Une sourde colère monta en lui. On osait l’attaquer dans son domaine ! Le croyait-il fini juste parce qu’une de ses créatures avait manqué un assassinat ? Instantanément, il se fondit dans l’ombre et dégaina une courte lame empoisonnée. Même un Dieu Majeur souffrirait horriblement s’il se faisait ne serait-ce qu’égratigner par cette arme.

Il joua à cache-cache un moment avec l’intrus, parcourant son sombre domaine rempli des âmes méphitiques d’assassins aux abois. Nul d’entre eux ne les vit passer au cœur de la nuit éternelle. L’intrus était doué, mais pas assez. Bhaal l’entraîna dans une ruelle sordide (ici, elles l’étaient presque toutes) avant de disparaître au cœur de l’obscurité. Le Dieu décela une mince silhouette qui se coulait lentement d’ombre en ombre, prudente, chasseresse. Il bondit et frappa en un éclair avec son arme maudite la cible de dos. Avec une vivacité étonnante, inhumaine, l’étranger para tant bien que mal. Pourtant, il savait qu’il était fini : Bhaal allait sans tarder ajuster son coup.
"Paix mon frère ! Je ne suis ici qu’en ami !" s’écria l’intrus. Le Dieu du Meurtre finit par reconnaître un confrère, un vassal même : Kyravel, Dieu Drow des Traîtres, des Assassins et des Voleurs. Il était rare que plusieurs Dieux partagent la même sphère d’influence, mais les Drows étaient un peuple si renfermé et si isolé qu’ils n’avaient que peu de connaissances des divinités de l’Extérieur. Et leur Foi était assez forte pour avoir générer une divinité qui ressemblait tant à Bhaal. Enfin, presque. Pas étonnant qu’il ait pu pénétrer ainsi dans le sanctuaire de Bhaal. L’intrus, tout souriant, écarta les bras pour montrer qu’il n’avait pas d’armes (enfin, pas d’armes visibles...).Il avait choisit l’apparence d’un jeune et beau Drow aux yeux noirs. Bhaal se tint quand même prêt à tout. Il n’avait aucune confiance dans ce sourire. Aucune.

"Que viens-tu faire ici ?" déclara froidement Bhaal. "Tu es loin de tes cavernes et de tes citées obscures..."
"Disons que je... cherche des alliés."
"Toi ! Dieu de la Traîtrise, Maître des manipulations et des mensonges ! Ne me fait pas rire !"
"Pas de sarcasmes, je suis sérieux." répondit l’autre divinité. "Mais allons en parler dans un endroit plus sûr... Ton palais par exemple. Il y a trop d’ombres qui rodent par ici, même pour moi..." Intrigué, Bhaal ouvrit un portail magique pour gagner la salle la plus secrète de son antre. Les deux puissances maléfiques s’y installèrent confortablement, chacun craignant une fourberie de la part de l’autre. Rien ne se produisit et ils reprirent leur conversation.
"Alors, pourquoi envahis-tu mon domaine ?" demanda Bhaal. Le Dieu Drow sembla se perdre un instant dans ses pensées. Il soupira.
"J’ai un vent de l’affaire Derym. Mes espions sont très efficaces." Bhaal se raidit. Ceci ne concernait en rien la divinité Drow. Il n’avait même pas encore pris de décision définitive. Le Dieu des Meurtriers se prépara à occire promptement cet encombrant visiteur. ++++ "Je te rassure : ça ne me plait pas davantage qu’à toi." continua le Dieu des Traîtres, ignorant l’aura d’indicible menace émanant de son confrère.
"Ceci ne te concerne en rien. Tes disciples n’ont rien à craindre."
"Je sais que tu tentes de d’opposer à ce plan. J’ai des informations pour toi. On sait tous ce que veut le Dieu des morts : des âmes, toujours plus d’âmes. Je me doute du prix qu’ils t’ont proposé : le plus grand assassinat de tous les temps et le plaisir de traquer des Dieux Majeurs affaiblis."
"Tu me parais fort bien renseigné. Trop peut-être..." "Attends la fin avant de m’occire, ça va te plaire..." poursuivit le Dieu Drow "A ton avis, que veut obtenir Mask, le Dieu des Voleurs ? D’autres domaines d’influence ? Oui, sans doute, comme nous tous. Mais on lui a proposé autre chose : mes fidèles !"
"QUOI ?"
"Je me meurs mon ami... Apparemment, le clergé de Loth poursuit et capture mes fidèles. Rien d’inhabituel. Si ce n’était l’obstination et l’efficacité soudaine de ces manœuvres. Mes fidèles sont emprisonnés et expulsés vers la surface, hors de ma portée. Et comme par hasard, des prêtres du Dieu des Voleurs accueillent les exilés traumatisés. Ils les convertissent peu à peu, m’affaiblissant un peu chaque jour !"
"Humm... C’est troublant mais pas illégal, non ? Quel rapport avec Derym ?"
"A ton avis, qui fournit puissance, argent, foyer et qui m’empêche de contacter mes fidèles ? Qui les traque malgré nos protections, les meilleures au monde ? J’ai identifié des agents du Renouveau et je sais que l’inconnu nommé Ezéchiel trafique en coulisse. Il faut plusieurs Dieux, dont Loth, pour bloquer ainsi la communication avec mes prêtres !"

"Loth et le Renouveau ? Une alliance avec les elfes blancs ? Je n’étais pas au courant. Visiblement l’affaire Derym se répand curieusement."
"On ne peut laisser faire ça ! c’est contre notre éthique professionnelle !"
"Je suis d’accord. J’ai toujours préféré un assassinat superbement exécuté à un massacre sans nom. Mais quelle aide pourrais-je obtenir de toi, qui te dis moribond ? Et contre quoi ?" déclara Bhaal après une pause de réflexion.
"Nous devons monter une contre-alliance et détruire Derym. Tu as déjà essayé, mais tes anciens alliés te surveillent. Moi aussi, d’ailleurs, Loth ne me lâchera pas avant de m’avoir exterminé. Mais j’ai un plan..."
"Qui est ? Pour le moment, je te suis... Mais ne parle pas d’impliquer dans cette histoire des Dieux du Bien, de la Loi ou de la Balance. On risque l’anéantissement."
"Il existe d’autres divinités. D’autres personnalités qui n’apprécieraient pas le Plan Derym. Quelqu’un d’égoïste et violent... De pas très futé, pour être plus facilement manipulable. Et qui dispose de nombreux adeptes qui aiment traquer et exécuter un gibier dangereux..."
La lumière se fit alors dans l’esprit de Bhaal ! Pourquoi n’y avait-il pas pensé seul ? C’était risqué mais...
"Roklev ! Le Dieu Orc des Chasseurs ! Bien sûr... Mais peut-on avoir confiance dans un primitif violent comme lui ?"
"Nous partageons tous un goût pour le sang. Et la traque... Je pense qu’on pourra le convaincre/" termina Kyravel dans un sourire effrayant.

Pendant ce temps...
L’Espadon finit par arriver en vue d’une île sombre battue par les flots et les vents glacials. L’île de Pointefroide était un vaste conglomérat de noirs rocs basaltiques érodés par les embruns, à la limite des eaux arctiques. Une toundra pelée couvrait les rares zones plus ou moins plates de l’île, assurant un maigre pâturage à quelques troupeaux. L’intérêt de ce tas de rocher au milieu de nul part était justement sa position géographique. Loin et près de tout, c’était le seul port bien abrité entre l’extrême Nord de l’Empire Hira et la lointaine côte arctique d’Everwhite et des ports de pêches du Nord. Et ce n’était pas tout : l’île regorgeait littéralement de sources chaudes et de minéraux d’origine volcanique. La terre, bien que battue par le vent froid et chargé de sel, pouvait être cultivée ou servir pour faire paître des bêtes. L’eau autour des pylônes de basaltes encerclant une anse portuaire abritée regorgeait de poissons comestibles. C’était un endroit idéal pour ravitailler les marins naviguant sur les océans inhospitaliers du grand Nord. Poissons, céréales et viandes fraîches étaient convoités par les équipages des navires, agrémentés bien sûr d’une spécialité locale d’eau de vie. ++++ Pointefroide permettait aussi de faire faire de nombreuses réparations aux navires qui bravaient vaillamment les flots. La proximité du volcanisme permettait le développement d’une industrie de la forge assez impressionnante pour un endroit aussi isolé. La demande principale était bien évidemment les armes. L’île permettait (moyennant finance, bien sûr) de stocker aussi des marchandises dans de grandes grottes-entrepôts creusées dans les falaises. Enfin, Pointefroide n’appartenait vraiment à personne, aucun gouvernement ou groupuscule ne voulant s’aliéner les autres forces en présence qui utilisaient l’île. Elle jouissait donc d’un statut à part, en faisant un havre pour les mercenaires et les aventuriers et pour d’autres personnes plus ou moins scrupuleuses. Ajoutons à cela marchands blasés et intermédiaires ne voulant pas s’établir sur les continents (les impôts mon bon ami...), des brigands vivant cachés, des natifs de l’île, des prêtres de diverses confessions et d’autres aventuriers, on obtient un mélange hétéroclite propice au commerce.

Derym se trouvait à l’avant du bateau, contemplant avec ravissement la terre qui s’approchait doucement. Il admira les colonnes hexagonales de basalte noir qui parsemaient le pourtour de l’île. Thiki se fit un plaisir de lui décrire dans les menus détails les phénomènes physico-chimiques ayant donné naissance aux formations. Le druide n’y prêta pas attention : pour lui c’était joli, point. Après des semaines en mer, parfois dans des conditions éprouvantes, le jeune homme était ravi d’apercevoir enfin un peu de terre ferme. Il détailla l’île, écoutant d’une oreille distraite les commentaires économiques et culturels de Lelfe. Il se gorgea d’embruns salins et froids, mêlés à la senteur de centaines de forges et de foyers divers illuminant la petite cité portuaire nichée au coeur protégé de l’île. Il avait hâte d’y être. Lelfe aussi, visiblement : il ne tenait pas en place, gênant presque les marins au travail. Derym finit par lui ordonner de rester tranquille. Il s’excusa et obéit... Un moment. Ensuite, il se mit à jouer sauvagement de la harpe, accompagnant sa mélopée joyeuse d’un chant plein d’entrain. Derym secoua la tête, renonçant à contrôler la bonne humeur exubérante du Barde. Après tout, pourquoi pas ? Lui aussi se sentait le cœur en fête à l’idée de poser pied à terre. Et c’était contagieux : même la douce Ysandre et le sauvage Groumpf regardaient le port comme si c’était la terre promise. Et comme pour copier Lelfe, Thiki ne tenait plus en place.

Le navire finit par accoster sur l’île malgré les efforts gênants de Lelfe qui tenait au moins à encourager l’équipage... C’était plutôt amusant et agréable à écouter, jusqu’à la Ballade d’Herath Dul, qui glorifie le siège d’une capitale naine... Ce fut très apprécié par l’équipage et Lelfe fut le premier à débarquer, enfin à plonger ! Derym et les autres donnèrent un coup de main pour décharger les marchandises pendant que Lelfe se séchait sous les rires moqueurs. Enfin, tous les aventuriers débarquèrent dans le plus grand désordre. Sauf Halonn, bien sûr : il faisait encore grand jour ! Ils flânèrent un moment parmi les échoppes fort diverses du front de mer. Derym s’extasia encore une fois sur la diversité des types humains rencontrés. Comme pour illustrer le récit d’Halonn, d’étranges guerriers et des marchands à la peau noire, vêtus de moult fourrures d’origines inconnues faisaient commerce avec de grands blonds nordiques. Tout était à vendre ou à acheter. Les gens faisaient la fête sans pudeur et les vendeurs se livraient à une amusante débauche de vindictes attractives, s’insultant entre eux avec bonhomie. Lelfe était aux anges : il adorait ce genre d’endroit, l’ambiance des villes-frontières. Ysandre avait l’air moins ravie, guettant le danger dans cette foule improbable d’agités et de semi-hors-la-loi. Derym lui aussi était ravi : non seulement il pouvait fouler la terre de ses pieds nus (il avait ôté ses bottes fourrées dès que le temps était devenu un peu plus clément et il avait repris ses habitudes...) mais il respirait le parfum de l’aventure dans ce lieu bigarré. Thiki chinait, s’extasiant devant les merveilles exotiques des vendeurs. Groumpf fermait la marche, imposant garde du corps, assurant la tranquillité du groupe. ++++ Lelfe et Ysandre commencèrent à se disputer : le Barde voulant faire la tournée des bars et autres lieux de débauche, la Paladine insistant pour visiter temples et autres curiosités intellectuelles de la région.
"Et bien, on a qu’à se séparer !"
"Tu es fou ! T’as jeté un oeil à la racaille rassemblée ? Y’a que des pirates et des barbares !" s’écria la Paladine, outrée
"Mais non, mais non, y’a aussi des marchands. Voire même quelques nobles Paladins, sait on jamais ! D’ailleurs y’a une règle tacite ici : pas de violence. Du moins, pas visiblement... C’est mauvais pour le commerce sinon."
"Un peu de tolérance, damoiselle Paladine... Ne juge pas ces gens trop vite. L’idée de me balader seule un moment me plait !" coupa Thiki. "Vivre toujours au côté des mêmes personnes, ça devient presque lassant."
"Derym ! Raisonne les donc un peu ! C’est dangereux et nous avons des ennemis à nos trousses."
"Tu penses ?" répondit le Druide "Je crois qu’ils nous ont lâché maintenant... Et puis, moi aussi j’aimerais visiter cette cité à mon rythme. J’ai décidé de faire désormais plus confiance à mon instinct. Libre à ceux qui le veulent de me suivre."
"Alors, puisque le chef le dit..." termina Lelfe en riant.
Entraînant Groumpf avec lui, comme toujours, il s’éloigna en direction d’auberges et tavernes à l’air très animées, sous le regard furieux de la Paladine. Thiki s’éclipsa juste avant que la jeune femme lui propose de lui servir de chaperon. La jeune voleuse doutait que la Paladine lui laisse visiter tous les endroits qu’elle avait en tête.

Ysandre se retrouva seule avec Derym qui souriait doucement. Vaincue par le nombre, elle soupira.
"J’espère seulement qu’ils ne vont pas faire trop de bêtises, ni s’attirer trop d’ennuis..." marmonna-t-elle, vexée (ou réaliste ?).
"Ne t’en fait pas, tout ira bien. Et puis la ville ne me semble pas très étendue : on pourra vite les retrouver."
"Oh, ça oui ! Il suffira de suivre les catastrophes !" ricana méchamment la jeune femme. "Je vais au temple. Tu viens avec moi ?"
"Je t’accompagne juste : je tiens à visiter cet endroit. Et puis, même si j’apprécie ta religion, je serais déplacé dans un Temple de la Justice."
"En tout cas, sois prudent... Et n’hésite pas à venir me chercher en cas d’ennuis." déclara doucement la jeune femme inquiète.
"Je suis un grand garçon maintenant, Ysandre." répondit le Druide, un rien vexé par l’attitude protectrice de la Paladine "Je sais me défendre et je commence à me faire à cette vie d’aventure."

Ysandre pénétra dans la chapelle dédiée à Tür d’un pas décidé, toujours énervée par l’inconscience de ses amis. Chapelle était déjà un bien grand mot. Tür n’était visiblement pas la divinité préférée des gens du cru... Pas étonnant vu le nombre de racailles, pirates et aventuriers suspects qu’avait vu traîner sur le port la jeune femme. Elle soupira et se dirigea vers l’autel minuscule abrité par la peu glorieuse construction. La Paladine s’agenouilla et pria son Dieu. Calmée par l’atmosphère du lieu saint, elle se repentit de sa colère et même de ses jugements hâtifs. Après tout, les gens d’ici n’étaient sûrement pas tous des pillards ou des barbares... Elle dédia quand même une prière à la sécurité de ses coéquipiers. Soudain, une cavalcade se fit entendre dans l’entrée. Elle se redressa vivement, prête à défendre le sanctuaire. Un jeune homme en tenue de novice franchit précipitamment l’entrée et alla littéralement s’écraser à ses pieds.
"Votre Sainteté ! Pardonnez-moi ! Je m’étais absenté ! Pardonnez-moi !"
"Euh... Qui êtes-vous ? Et de quoi parlez-vous ?" demanda Ysandre, rougissante, tandis que l’arrivant lui embrassait les pieds avec forces génuflexions.
"Que Votre Grâce me pardonne ! Je suis Urfel, novice de première année de Tür. Je vous remercie, Vous et le Saint Ordre d’avoir si rapidement répondu à nos prières !"
"Je crois que vous me confondez avec quelqu’un d’autre, Urfel..."
"Comment !?!" s’écria le jeune homme "Vous n’êtes point le Saint Inquisiteur que j’ai fait mander ?" ++++ "Désolé de vous décevoir, mais je ne suis qu’une humble Paladine errante qui passait par hasard dans cet endroit... Eh ! Un moment ! Vous avez mandé un Inquisiteur ? Ce n’est pas du ressort d’un novice, sans vous offenser."
"C’est justement le problème ma Dame. Notre culte n’est pas très étendu ici... Et le Grand Prêtre Kolsyv est mort ! Assassiné !"
"Que dites-vous ? Voilà qui est fort grave ! Il faut prévenir le Saint Siège à Türnold. Et les autorités locales."
"Je l’ai fait, ma Dame..." déclara l’apprenti en se relevant. "Malheureusement, il n’y a point vraiment ici d’autorité locale... Seuls nous autres essayons de maintenir un semblant d’ordre et de paix ici. Les autres s’en fichent, tant que rien ne vient menacer leurs affaires commerciales."
"Et quelle a été la réponse du Saint Siège ?" demanda Ysandre. "Visiblement, votre inquisiteur n’est pas encore là... Quand se sont déroulés les faits ?"
"Il y a plus d’un mois maintenant." répondit l’apprenti en gémissant. "Il est de notoriété publique que notre branche de l’Ordre n’est pas la plus importante mais j’aurais espéré un peu plus de sollicitude... Au moins une réponse. Et en plus le Lieutenant Calever vient de disparaître !"

"Le lieutenant Calever ?"
"Notre unique Paladin. Nous étions trois fidèles de Tür sur cette île : le Grand Prêtre Kolsyv, le Paladin-Lieutenant Calever et moi. Je me sens si abandonné..."
"Gardez espoir, mon ami ! Tür n’abandonne pas ses serviteurs : les renforts vont sûrement venir sous peu." déclara Ysandre pour remonter le moral au novice.
"Oui... Oui ! Gloire à Tür !" s’écria soudain le jeune homme en se redressant vivement. Il saisit Ysandre, surprise, par les épaules. "C’est évident. Votre venue est un signe ! La réponse à mes questions. Noble Paladine, accepteriez-vous d’enquêter sur ce vil crime ?"
"Quoi ! Mais je ne suis pas habilitée à faire ce genre de chose..."
"Mais si, mais si ! Votre venue est une réponse divine. En tant que seul représentant du clergé, je peux faire de vous un Inquisiteur à ma demande ! Loué soit Tür pour votre venue..."

Ysandre eut beau insister, le novice tenait absolument à voir en elle un sauveur divin. Le plus dérangeant c’est qu’elle-même ne savait pas si Tür n’avait pas prédestiné cette rencontre. Que devait-elle faire ? La Paladine finit par céder aux suppliques du jeune prêtre. Elle se chargerait de l’enquête... Ou du moins elle essaierait ! Cette expérience devrait lui être profitable pour son futur. Et puis, enquêter sur un meurtre dans une ville si petite ne devrait pas être hors de sa portée. Elle suivit Urfel dans le bureau du Grand Prêtre, qui se révéla être aussi une bibliothèque, une chambre et une cuisine. Vraiment, le culte de Tür n’était pas très développé ici. L’histoire du novice était assez simple. Il y a un mois, il était arrivé comme prévu à la Chapelle pour débuter ses corvées et son étude. Le Grand prêtre était absent, chose plutôt rare mais pas forcément inhabituelle. Il l’attendit donc en nettoyant la Chapelle. Mais le Grand Prêtre ne parut pas d’avantage au repas et pour la messe de l’après-midi, à la grande surprise du lieutenant Calever qui était venu rejoindre Urfel pour l’office. Le Paladin finit par s’inquiéter de cette absence prolongée. Il se rendit en ville pour chercher le Grand Prêtre, laissant le novice se charger des rituels. En interrogeant les gens, il apprit qu’un corps sanglant avait été retrouvé dans une ruelle ce matin. Calever courut au Temple du Dieu du Commerce, seul endroit où les corps pouvaient être conservés, en vue d’une identification et d’une éventuelle résurrection.

Là, il identifia le malheureux Grand Prêtre. Son corps était affreusement mutilé, broyé et brûlé. Seule une marque de brûlure sur le torse, celle du médaillon sacré de Tür qui avait visiblement été porté au rouge, avait permis au Paladin de reconnaître son Grand Prêtre. Une résurrection d’un corps en si piteux état était difficile, voire impossible. De plus le clergé de Tür sur l’île n’était pas assez riche pour une telle dépense. La mort dans l’âme, Calever ramena le corps pour qu’il subisse les derniers sacrements de son ordre. Lui et Urfel avaient enterré le vieil homme derrière la Chapelle et avaient immédiatement envoyé un messager rapide, à grands frais, vers le continent. Mais aucune nouvelle n’était revenue et le Paladin décida de commencer son enquête seul, malgré les injonctions de patience d’Urfel. Mais cela faisait deux jours que le lieutenant n’assistait plus aux offices et Urfel craignait qu’il ne lui soit arrivé malheur à lui aussi. Il avait posé quelques questions sur le port, sans résultats. De nature renfermée, voire timide, le jeune prêtre se destinait plus aux études livresques qu’à l’action sur le terrain. ++++ Ysandre lui posa les questions d’usages préconisées par le Manuel de Formation des Paladins de Tür aux Enquêtes Criminelles. Non, le Grand Prêtre n’avait pas d’ennemis connus. Pas de maîtresses. Pas de dettes. Non, Calever non plus. Oui, ils se connaissaient depuis longtemps et s’appréciaient. Pas de dispute récente. Ni de vieille rancœur d’ailleurs. La seule réponse qu’obtint Ysandre était que le vieil homme "avait l’air surmené et parfois en colère contre quelque chose". Finalement ça ne s’annonçait pas si simple que ça... Ysandre se dirigea vers la cité à pas décidés : il lui fallait enquêter avec raison et méthode. Sa logique, sa détermination et sa foi en Tür lui permettraient sans nul doute de résoudre cette énigme !

Lelfe revint s’attabler avec Groumpf, portant deux nouvelles chopes de bières. Il avait l’air pensif.
"Y’a quoi ?" demanda Groumpf en s’emparant de la chope. Il connaissait bien les attitudes de son compagnon.
"Un truc bizarre. Des rumeurs étranges et... Un prix excessif."
"Ah ?" murmura le géant, assez peu intéressé. Mais Lelfe avait besoin d’un interlocuteur : il réfléchissait mieux en parlant, ça ralentissait ses idées débridées.
"Curieusement pour un port de commerce, le prix des boissons est plutôt élevé... Curieux avec tous ces soiffards de marins et toutes ces cargaisons d’alcool venues du monde entier. Plus surprenant encore : l’eau douce est vendue à un prix exorbitant. Bien plus que les vins !"
"Et alors ?" déclara Groumpf en vidant sa chope d’un coup. "Pas besoin d’eau : bonne bière !"
"Oui, mais réfléchit un instant..." répondit Lelfe, espérant peut être un miracle. "L’une des principales raisons du développement de cet îlot perdu, est la possibilité pour les navires de se ravitailler en eau douce. Impossible de manœuvrer un bateau avec un équipage de marins ivres !"

"Eh ! Pas bête Lelfe ! Mais pourquoi gens pas aller chercher eau sur... gros tas de glace qui flotte ?" dit Groumpf, avec pour une fois une pointe d’intelligence. Lelfe sourit.
"Nous sommes un peu trop au Sud pour les icebergs. En plus c’est une manœuvre risquée que de s’en approcher. Mais y’a des fous qui le font. Et pour survivre, ils vendent la glace récoltée ici. Mais ça n’explique pas pourquoi les prix sont si élevés..."
Groumpf sourit à son ami. Il connaissait ce regard.
"Tu vas chercher, non ?" ricana le colosse. "Toi trop aimer mystères. J’viens, comme d’hab’ !"
Lelfe se laissa aller sur ça chaise en souriant à son tour. Il adorait un peu trop l’aventure. Mais ceci l’intriguait. Et en plus ça pimenterait un peu leur escale. Il entendait déjà Ysandre lui faire la morale...
"On y va ?" demanda-t-il après avoir bu sa bière. "J’ai des questions à poser un peu partout."
Groumpf se leva et ils partirent déambuler sur le port à la recherche de personnes à questionner. Lelfe faisait confiance à son charme inné et à son bagout pour délier les langues les plus revêches... Et si ça ne suffisait pas, la simple vision de Groumpf quand il prenait l’air menaçant devrait permettre de décider les récalcitrants.
"En avant et en chasse !" s’écria Lelfe, joyeux. "Mon instinct infaillible devrait vite nous mener au coeur du problème." Groumpf hocha la tête et le suivit. Le géant aussi aimait l’action et l’aventure. ++++ Ysandre commençait à désespérer. Son enquête n’avançait pas malgré les interrogatoires et les fouilles. Curieusement les gens se renfrognaient immédiatement à son approche et semblaient réticent à lui parler.Visiblement l’autorité de Tür n’était pas trés appréciée dans le coin. En plus la plupart de ceux qu’elle avait interrogé se fichaient éperdument de la mort du Grand Prêtre de Tür. Certain ne le connaissaient même pas. Pire : certains ne connaissaient même pas cette religion ! Et elle qui pensait que cette affaire serait vite réglée dans cette petite ville. La Paladine déambulait dans la rue marchande, espérant croiser quelqu’un qui connaissait le lieutenant disparu, voire même, si Tür l’entendais, le lieutenant Calever lui même. Toujours pareil : personne ne l’avait vu, personne ne le connaissait. Un tel refus de coopération indignait la jeune femme.
"Eh ! Ysandre !" lui cria soudaine une voix joyeuse.
La Paladine se retourna et découvrit Thiki, allongé à demi-nue sur la table de travail d’un artisan tatoueur.La gamine venait juste de se faire tatouer deux ailes noire stylisé dans le dos.Ysandre en lâcha son épée, choquée.
"THIKI ! Au nom du ciel qu’as-tu encore fais ? Et cette tenue ! En public ! C’est indécent." s’écria la Paladine, outrée.
"Curieusement, je savais que tu allais dire ça... Relax, c’est qu’un tatouage. Une décoration banale."
"Mais tu vas garder ça toute ta vie ! Inconsciente ! Et pour l’amour de Tür, rhabilles toi. Une jeune fille ne doit pas se dépoitrailler ainsi dans la rue !"
"Ne soit pas si vieux jeu. Et d’ailleurs, l’œuvre est récente, ça pique. Je me rhabillerais quand la douleur sera passée... Tiens d’ailleurs, tu pourrais utiliser tes dons divins pour me soulager plus vite ?"

Grommelant et sachant qu’elle ne pourrait convaincre la gamine obstinée, Ysandre s’approcha et appliqua ses mains sur la peau de l’adolescente, lui insufflant la bénédiction de Tür. La Paladine avait honte d’utiliser ses dons ainsi, mais elle ne pouvait décemment pas laisser son amie ainsi dénudée à la vue de tous ! Thiki prit un malin plaisir à humilier un peu plus la Paladine en poussant d’obscènes petits gémissements de plaisir durant le traitement curatif magique.Ysandre vira au pivoine et vêtit promptement la gamine dés la fin du traitement, malgré les protestations douloureuse de Thiki. La magie divine n’avait pas fait disparaitre le tatouage. Tant pis.
"J’aurais du d’avantage te surveiller. C’est ma faute. Une jeune fille laissée à elle même dans un endroit pareil, les tentations... C’est ma faute." gémissait la Paladine.
"Tu n’en fais pas un peu trop là ? Je fais ce que je veux après tout ! Je ne suis pas si jeune... Arrête de déprimer pour si peu !"
Mais la Paladine continua de se morfondre, grommelant qu’en plus de son enquête, elle allait devoir s’occuper de Thiki.
"Une enquête ?" demanda la jeune fille, peu ravie d’avoir la Paladine comme chaperonne. "Sur quoi ?" Ysandre fini par tout lui raconter sur le meurtre du Grand Prêtre du culte local de Tür et sur la disparition du Lieutenant-Paladin. Les yeux de Thiki s’allumèrent, brillants d’excitation. ++++ "Un mystère ! Et moi qui pensait que ta compagnie allait être ennuyeuse ! Voilà une distraction toute trouvée !"
"Ce n’est pas un jeu, petite ! C’est une enquête de meurtre très sérieuse... Et je me suis surement engagée un peu vite. C’était mon devoir. Pourtant Tür ne me montre pas encore la lumière malgré mes prières et je n’avance pas. La honte et la disgrâce m’attendent maintenant..."
"Pas de défaitisme ! Les Paladins sont censés être courageux et affronter vaillamment l’adversité, non ? Ne t’inquiète pas, j’vais te filer un coup de main. Tu sais, les coups tordus, ça me connait !" déclara Thiki, toute excitée.
Le moral de la Paladine remonta, les propos de son amie rallumant la flamme vacillante de sa Foi et de son honneur. Et malgré elle, elle devait reconnaitre que l’aide de Thiki serait précieuse : la gamine était drôlement futée malgré son manque de respect et d’éthique ! Sans plus attendre, elle donna tous les détails de l’affaire à la jeune voleuse.

Derym déambulait seul dans la cité portuaire, admirant une fois encore l’ingéniosité de l’homme face à la férocité de la Nature de cet endroit battus par les vents froids et les flots. La majorité de la ville était construit avec du bois d’épave, provenant de génération de navires qui s’étaient échoués sur les récifs basaltiques. D’après les conversations des habitants, il y avait aussi un petit bois au Sud dans l’intérieur de l’île. Un essai d’implantation par des Druides et des Lathandristes de passage... Derym se promit de le visiter. Pour l’instant, il admirait les forges, profondément enfoncées dans une falaise de roche volcanique noire. Là, des Nains affairés utilisaient intelligemment un affleurement de lave pour produire des lames et des outils d’une qualité exceptionnelle. Plus profond, il y avait une source d’eau chaude et potable, sévèrement gardée par des disciples du Dieu du Commerce (Derym commençait à reconnaître les vêtements ornées de ce culte omniprésent).

Derym décida ensuite de retourner sur le port à fin de se restaurer. Il déjeuna sur le front de mer et fit par la même occasion sa première rencontre avec la culture de l’Empire Hira Ku. Le cuisinier du restaurant qu’il avait choisit était en effet un émigré à la peau jaunâtre. Il servit à Derym des spécialités de son pays, à base de poisson cru et d’une céréale blanchâtre. Il répondit tant bien que mal aux questions du jeune Druide, sans s’offenser. Malgré tout, la conversation tourna vite court, faute de langue et de vocabulaire commun. Le jeune homme poursuivit ses déambulations au hasard dans les ruelles marchandes, faisant cependant attention à sa bourse. Les leçons de Lelfe avaient été profitables et le Druide amusé évita quelques mains aventureuses de garnements des rues. Flânant au hasard, il finit par revenir sur ces pas et aperçut Lelfe et Groumpf prêt de l’Espadon. Ils étaient en grande conversation avec le capitaine qui paraissait assez énervé. Le Druide héla ses amis et s’approcha.

"Ne vous inquiétez pas, capitaine ! J’enquête déjà sur ce problème : attendez et faites moi confiance." termina Lelfe.
"Que ce passe-t-il ?" demanda Derym en arrivant "Rien de grave, j’espère ?"
"Rien de bien méchant..." commença Lelfe.
"QUOI ?" hurla le capitaine Nain. "Mais c’est scandaleux ! Le prix de cette eau va nous ruiner !"
"N’exagérons rien." déclara Lelfe. Il se tourna vers Derym et son air interrogateur. "Le prix de l’eau douce, nécessaire au ravitaillement de tous les navires, à depuis deux mois, fait un bond spectaculaire. J’enquête là-dessus. Mon instinct me souffle qu’une telle flambée des prix si soudaine est fort louche..."
"Tu ne vas pas t’attirer des ennuis au moins ?" demanda Derym, avec un ton qui ressemblait fort à celui d’Ysandre.
"Mais non,mais non. J’ai promis au capitaine de découvrir le pourquoi d’une telle augmentation et si possible de nous obtenir de l’eau potable à prix raisonnable."
"Tu ne t’avances pas un peu, là ?"
"Mais non. Nous sommes des aventuriers, non ? Résoudre ce genre de mystère nous échoie ! D’ailleurs... En temps que Druide, tu peux nous être utile. Viendrais-tu enquêter avec nous ?"
"Ma foi, pourquoi pas. Mais je te préviens : je ne ferais rien d’illégal !"
"D’accord, d’accord..." ++++ Lelfe les entraina à l’écart pour faire tranquillement le point sur ce que lui et Groumpf avaient appris. D’après les rumeurs, la montée indécente des prix avait commencé il y a deux mois. En effet, l’île avait deux sources principales d’eau potable. L’une jaillissait naturellement dans les entrailles des mines. La source appartenait aux prêtres du Dieu du Commerce depuis une éternité. Ils savaient que cela représentait une denrée vitale et monnayable à souhait. L’autre source était magique : elle jaillissait dans le Temple de Naquëryl, la Déesse des Océans. C’était l’un des nombreux services (payant) offert par le Temple. Malheureusement les principales prêtresses responsable de ce culte avaient disparut en mer lors d’une cérémonie pourtant habituelle. Lelfe jugea cela fort étrange, d’autant plus que les messagers envoyés vers le continent n’était toujours pas rentrés et qu’aucun remplaçant n’avait été envoyé... Sans la concurrence de la source de Naquërym, les Prêtres du Commerce, si avides, avaient put monter outrageusement les prix de la denrée vitale. Lelfe pensait, sans preuve, à un complot. Mais les prêtres se défendaient : ils proclamaient qu’ils ne faisaient que suivre la loi de l’offre et de la demande. De plus, la raréfaction de la quantité d’eau les obligeaient à faire un tri dans leurs clients : ils avaient choisit de servir les plus riches.
"J’ai vu la source." déclara Derym. "Elle est très gardée, surement pour empêcher les vols. Mais vu son débit, il y a largement de quoi fournir tout le monde."
"Tiens, tiens..." murmura Lelfe. "ça se confirme."

Thiki insista pour obtenir une entrevue avec les prêtres du Dieu du Commerce qui s’étaient occupés du corps. Elle se fit décrire l’état du mort avec forces détails écœurant. Suivant les indications des prêtres, elle dessina moult schéma et dessins d’horreurs. Ysandre était muette de stupéfaction : la gamine posait des questions d’anatomie précises et était d’une efficacité redoutable, ne ménageant aucun des témoins. Elle se faisait répéter chaque mot et notait tout. La Paladine était impressionnée par le sens aigu de l’observation de son amie. Sur les instructions de Thiki, elle jouait ce que l’adolescente appelait "le méchant inquisiteur". Peu aimable, fort de son autorité, sûre d’elle. Pointilleuse et menaçante. Le bras armé de la Justice. Ses remarques, pourtant dictées par Thiki, étaient fortes et tranchantes, menaçantes parfois. Thiki se réservait le rôle de « l’inquisiteur compréhensif ». Aimable, souriante, babillante avec plaisir en compagnie des témoins, calmant Ysandre au besoin. Elle faisait répéter doucement les informations mais en fait, c’était elle qui conduisait l’interrogatoire, manipulant les pauvres prêtres.

Elles apprirent ainsi que le corps sanguinolent et atrocement brûlé avait été découvert par un novice, non loin du temple. Il gisait depuis quelque temps dans une ruelle peu fréquentée qui servait de raccourci aux fidèles pressés... Elles allèrent voir l’endroit. Sale, sombre et étroit. Un coupe-gorge typique. Le novice, frissonnant, leur montra l’endroit où le corps gisait. Thiki s’agenouilla et montra les traces de sang séché qui couvraient le sol terreux et les murs des bâtiments proches. Elle fouilla les tonneaux, caisses et tas de débris qui encombraient l’endroit sordide. Elle examina longuement la chaussé de terre durcie, marmonnant dans sa barbe. Thiki fit remarquer à la Paladine qu’il y avait des traces brunâtres de sang tout le long de l’allée.Pourtant il ne semblait pas qu’il y ait eu lutte... Le regard brillant, Thiki se tourna vers Ysandre. D’un geste, elle congédia le novice. ++++ "Tu ne remarques rien ?" demanda l’adolescente.
"Non, pas vraiment : pas de trace de pas ni d’arme abandonnée par le meurtrier..."
"Exact, mais ce n’est pas tout ! Souvient toi de l’état du corps : la plupart des blessures décrites ont dû être faites par des armes contondantes, broyant chair et os. Le corps a dû être lacéré ensuite, ce qui expliquerait les faibles traces de sang. Mais il y a mieux : les brulures !"
"Oui, et alors ? On aura sans doute voulu incinérer maladroitement le corps. Ou alors... Le tueur est magicien ! Bravo Thiki !"
"Peut-être, peut-être... Mais c’est pas tout : regarde cet endroit. Tonneaux, caisses vides et ... bâtiments en bois ! Vois-tu une seule trace de brulure ici ?"
La Paladine était sidérée : il n’y avait absolument aucune trace d’un feu quelconque. Et elle n’avait même pas vu ce détail ! Heureusement que Thiki était là ! Tout ceci impliquait...
"Le corps a été transporté ici pour faire croire à une agression de bandit." déclara Ysandre.
"Sûrement !" approuva Thiki. "Mais ce n’est pas tout : ce type était Grand Prêtre, non ? J’connais pas trop la magie de votre ordre, mais même dans un bled comme celui là, un Grand Prêtre devrait pouvoir résister à une banale attaque par les flammes, non ?"
"C’est vrai... Mais ça nous avance à quoi ?"
"L’assassin ou les assassins devaient donc disposer d’un pouvoir magique supérieur à celui du Grand Prêtre. Ou le frapper par surprise. Et dans ce cas, comment ? Je suppose que même des naïfs comme vos religieux doivent prendre des précaution quand ils se baladent dans une ville comme celle là, non ?"
"Oui, oui... Il existe de nombreux rituels permettant de se protéger d’une agression physique ou magique."
"Soyons un peu logique : un combat magique contre le Grand Prêtre, surtout à coup d’explosion, de colonne de feu ou de boule de feu, ça se serait vu, non ? Même dans une attaque surprise où il n’aurait pas riposté."

"Et il a riposté !" déclara soudain Ysandre. Son médaillon, normalement quasi-inaltérable, avait fondu et s’était incrusté dans sa chair. Comme s’il avait drainé trop de puissance divine !"
"Ah ! Voilà l’information qui me manquait..." répondit Thiki. "On peut donc supposer logiquement que le Grand Prêtre a été assassiné au cours d’un combat, où il y a eu échange d’attaques magiques et physiques. Et cela dans un endroit discret, grand et en pierre..."
"En pierre ?"
"Eh oui... Sinon, le feu aurait été visible, voire se serait communiqué à la lande ou à la ville ! Je paris également que le Grand Prêtre connaissait son assassin."
"Pourquoi ?"
"Il n’a prévenu personne de son départ et n’a pas pris de précautions particulières."
Ysandre était abasourdie par les progrès fulgurant de l’enquête. Elle se sentait aussi un peu honteuse de n’avoir pas su voir tout ce qu’avait aisément découvert Thiki.
"Il me manque encore une chose... J’ai bien un coupable en tête, mais il nous manque le mobile : qui a intérêt à faire disparaitre un prêtre de Tür ? Et où est donc passé le lieutenant Calever ?" poursuivit l’adolescente futée.
"A qui penses-tu ?" demanda Ysandre. La jeune voleuse lui fit part de ses suppositions. La Paladine blêmit. Cette affaire sentait maintenant le roussi... Un complot était à l’œuvre ici.

Derym et Lelfe venaient de terminer l’interrogatoire des jeunes prêtresses de Naquërym. Elles étaient visiblement surchargées : leur culte était très en vogue auprès des marins et de tous ceux qui vivaient de la mer et elles devaient se débrouiller sans leurs supérieurs. En plus du tarissement de la source divine, habituellement maintenue en permanence par la Foi de leur Grande Prêtresse, les services les plus puissants du Temple commençaient à manquer cruellement. Soins, bénédictions, protections contre les tempêtes et résurrections ne pouvaient être réalisés que par les plus puissants de l’Ordre. Malheureusement, aucun remplaçant n’était arrivé du continent... Pour l’instant, ces services fort demandés (pour preuve, les Nains mort au combat de l’équipage l’Espadon attendaient encore leur résurrection) n’étaient plus assurés que grâce aux rares parchemins de sorts sacrés en réserve... Lelfe se promit d’aller vérifier les prix de ces services chez les autres cultes : il s’attendait à une autre augmentation. D’après les novices de Naquërym, les haute-prêtresses étaient parties en mer pour un rituel fort classique, afin d’honorer leur Déesse lors d’une pleine lune et d’une grande marée. Elles n’étaient jamais revenues. ++++ On avait retrouvé des débris de leur embarcation sacrée flottant au large. Beaucoup avait sourit de la situation ironique : celles qui se disaient maitresses de la mer avaient péris noyées. L’explication officielle étaient que les prêtresses avaient déplut à leur divinité, entrainant un châtiment divin. Ni Lelfe, ni Derym n’y croyait. Naquërym était connue pour être colérique et vindicative, souvent changeante et instable, mais il aurait vraiment fallut une faute gravissime de toutes les hautes prêtresses pour susciter pareil châtiment. Renseignement pris, aucune novice ne se souvenait de blasphémes, hérésies ou autres crimes contre la divinité. De plus, les prêtresses restantes, même de bas rang, avait encore la faveur de leur Déesse. Au contraire même : leurs sorts divins n’avaient jamais donné d’aussi bons résultats.
"Comme si Naquërym, voulaient nous dire quelque-chose... Comme si elle les soutenait dans l’épreuve sans oser envoyer un message plus clair." murmura Lelfe.
"Pourquoi cela ?"
"Pour nous mettre sur la voie : si Naquërym n’intervient pas directement, c’est qu’une autre divinité puissante risque de contrecarrer ses plans. Tu vois à qui je pense ?"
Derym était loin d’être idiot et même si sa connaissance de panthéons n’égalait pas celle de Lelfe, il se tourna immédiatement vers le plus beau et plus grand Temple de la ville : le Temple du Dieu du Commerce.
"Tu crois que..."
"J’en suis presque certain. Mais je n’ai aucune preuve pour l’instant. Ce n’est pas parce qu’ils profitent du crime que ce sont eux les coupables... Pourtant mon intuition me dit que c’est bien eux. Ou au moins l’un d’entre eux..."
"Et comment comptes-tu avoir des preuves ?"
"On va se séparer un moment : toi, tu vas prendre la mer. Fais-toi conduire par les prêtresses de Naquërym sur les lieux du drame. Avec ta connexion avec l’élément aqueux, je suis sûr que tu peux y apprendre plein de choses !"
"D’accord, je vais faire de mon mieux, mais toi ?"
"Je vais poursuivre mes interrogatoires..." répondit Lelfe d’un air rusé.

Lelfe regarda Derym partir suivant ses instructions. Il ne voulait pas impliquer le jeune Druide dans la suite du programme. Il avait en tête des persuasions musclées et des perquisitions illégales. Suite à une rumeur entendue dans une auberge proche du Temple, Lelfe laissa Groumpf un moment et retourna au Temple de Naquërym. Là, il invita une jeune novice à se confier à lui, usant de ses charmes et de son fameux bagou... Conquise par sa beauté et son audace, la jeune femme lui avoua négligemment qu’une des Hautes Prêtresses disparues entretenait une liaison coupable avec un soldat d’un autre culte. Il ne fallut pas longtemps à l’entreprenant aventurier pour arracher le nom de cet amant à sa compagne : Calever. Il était Paladin d’un culte local. Après quelques investigation supplémentaire, Lelfe découvrit que Calever servait Tür. Et qu’il avait disparu. D’après les rumeurs, un Inquisiteur fraichement débarqué posait des questions sur la disparition de Calever et du Grand Prêtre de Tür. Quelques chopines habilement distribuées apprirent à Lelfe le meurtre du Grand Prêtre de Tür.

La coïncidence le troubla et ses convictions s’affermirent : pour lui, les Prêtresses de Naquërym et les servants de Tür avaient été éliminés par la même personne. Il soupçonnait les prêtres du Dieu du Commerce d’avoir éliminé les Hautes Prêtresses afin d’avoir le monopole de l’eau. Les servants de Tür, justiciers dans l’âme, devaient avoir appris quelque-chose et le meutrier les avait éliminés. Mais là encore il manquait de preuves concrètes. Lelfe songea un instant à aller trouver l’Inquisiteur de Tür. Il y renonça : il ne se sentait pas très à l’aise avec ces gens là, trop à cheval sur les règlements pour lui... En plus, il voulait résoudre lui-même ce mystère ! Pas question de mâcher le travail à un Paladin ! Il lui fallait établir une connexion entre les Prêtresses de Naquërym et les prêtres avides du Dieu du Commerce. Soudain, une idée le frappa : pour s’être aisément débarrassé des Hautes Prêtresses, dans leur élément qui plus est, il fallait être sacrement puissant ! Il se maudit : la vérité creuvait les yeux ! Une visite rapide au Temple du Dieu du Commerce avec comme prétexte la négociation du prix (qui curieusement avait augmenté) de la résurrection de l’équipage de l’Espadon lui permit de rencontrer le Grand Prêtre. C’était un vieil homme grassouillet mais à la carrure impressionnante. Sa chair opulente, n’était pas ridicule ou signe de laisser aller, au contraire : elle rendait encore plus imposant le puissant personnage. Ayant appris le nom complet du terrible personnage, Lelfe se rendit sur les quais. Comme il s’en doutait sur une île aussi frequenté, on notait scrupuleusement les bateaux entrant et sortant du port.

Lelfe récupéra Groumpf et en s’aidant de la carrure menaçante du géant, il obtint un accès aux registres maritimes de la Guilde des Marins. La date et l’heure du départ des Prêtresses de Naquërym y figuraient en bonne place. Bien évidemment, il n’y avait pas d’autre entrée durant cette période... L’œil exercé du Barde sembla déceler une supercherie : le registre avait-il été trafiqué ? En tout cas la page ne semblait pas avoir été trafiquée... Du moins en apparence. L’intuition de Lelfe lui soufflait que pourtant elle l’était : tout ses sens de voleurs rusé étaient en éveil.Un examen minutieux ne lui apprit rien de plus. Pourtant l’impression était là... Une idée lui vint : tournant la page, il arracha discrètement celle du dessous. Il alla ensuite chercher un morceau de charbon, il crayonna la page. Lelfe sourit. Heureusement celui qui avait remplis le registre avait appuyé fort ! La trace devenait visible : d’après elle, un certain Dorfel, Haut Prêtre du Dieu du Commerce, avait emprunté une embarcation à un convoi de passage le même jour que les servantes de Naquërym. Information qui avait bien évidemment disparue de la page originale. ++++ Mais qui était donc chargé de noter ces informations ? Etait-il complice ? Lelfe n’eut guère de mal pour obtenir ces détails : la plupart du temps, c’était les marins de la Guilde qui remplissaient ce journal. Mais avec les va et vient constant et les nécessités du port, ils avaient fréquemment recours à une aide extérieure pour ces paperasses administratives... Il faisait donc appel à quelqu’un d’instruit, qui savait écrire et dont la loyauté était sans faille : quoi de mieux qu’un Paladin de Tür ! Surtout que le pauvre homme n’avait pas grand chose à faire vu la faible étendue de son culte ! Avec l’aide des muscles impressionnants de Groumpf, il se fit ouvrir le registre des horaires des gardes assignés aux écritures. Et le nom du lieutenant Calever y figurait en bonne place. Tout était maintenant parfaitement clair dans l’esprit du Barde : Dorfel avait emprunté une embarcation pour éliminer les prêtresses. Ensuite, il s’était débrouillé pour effacer les traces de son passage, ce qui n’était guère difficile, vu la facilité avec laquelle Lelfe avait eu accès au registre. Calever était cependant un homme méticuleux et consciencieux. Il avait dut remarquer quelque-chose... Sans doute s’en était il ouvert à son Grand Prêtre.

Ysandre et Thiki venaient de terminer une nouvelle inspection. Elles avaient décidé (enfin surtout Thiki) de visiter tous les rares bâtiments de pierre de la cité, à la recherche du véritable lieu du meurtre. Elles n’avaient rien trouvé dans les forges. Les traces de brûlé abondaient, mais pas la moindre tache de sang... De plus, le vieux Grand Prêtre de Tür se seraient aisément remarqué au milieu de la population locale, de robuste Nains forgerons qui se relayaient nuits et jours. L’autre bâtiment suspect était une grande tour habité par un mage. Celui-ci se révéla curieusement charmant et affable et les fit visiter sans se faire prier. Il vivait seul, en reclus, méditant sur un projet magique auquel les deux jeunes femmes ne comprirent rien, malgré l’exposé insistant du personnage. Il ne recevait pas souvent de visite et encore moins de femmes ! Ce fut une épreuve que de se dépêtrer de l’attentionné personnage.

"Bon, il reste plus que le Temple du Dieu du Commerce." maugréa Ysandre.
C’était là que Thiki pensait trouver le coupable. D’aprés elle, ce devrait être une personne de haut rang. Malheureusement, elles ne purent pas visiter tout le Temple, les prêtres n’appréciant pas leurs fouilles et leurs sous-entendus. Thiki pensait qu’ils n’aimaient pas nom plus devoir céder à l’autorité d’une religion autre que la leur qu’ils considéraient en plus comme inférieure. Usant de son influence de Paladine, Ysandre obtint néanmoins l’autorisation de visiter le Temple. La persécution religieuse était un crime très grave (d’autant plus qu’un fidèle puissant du Dieu dénigré pouvait soudainement lancer sur vous les foudres déchainées de sa divinité). Elles purent donc fouiller le Temple et les chambres de novices et des prêtres. Seule la chambre du Grand Prêtre, sa retraite sacrée, et son bureau était interdit. Thiki sourit. Elle comprenait pour la chambre, saints des saints, endroit de méditation du chef suprême du culte. Mais pourquoi interdire l’accès au bureau, lieu public par essence ? Sa conviction se renforça lorsque les gardes, visiblement réticent, n’acceptèrent pas le traditionnel pot-de-vin qu’elle leur proposa. Curieux pour des membres du culte du Dieu du Commerce, passant pour les plus corruptibles des religieux. Pendant qu’Ysandre interrogeait les suspects (elle était maintenant rodée), la jeune voleuse s’éclipsa discrètement. Rodant parmi les ombres, elle s’introduisit dans la zone administrative du Temple.

Profitant de l’inattention des prêtres, distraite grâce au remue-ménage, elle fouilla dans les bureaux, tiroirs et dossiers à la recherche d’une preuve, d’un indice. Et elle trouva enfin quelque-chose d’intéressant. Apparemment, le Grand Prêtre avait récemment fait changer son mobilier. Deux fois. Et il avait fait venir des menuisiers et décorateurs de passage ! Elle obtint aussi l’adresse de l’entrepôt où avaient été conduits les anciens meubles du Grand Prêtre Dorfel. La voleuse revint discrètement vers Ysandre. Dorfel supervisait lui même les interrogatoires. Il était tout sucre, tout miel, encore plus que le mage prévenant de la tour. Son obséquiosité fit se hérisser Thiki : elle avait déjà vu son ancien Maître se comporter ainsi devant les questions de l’autorité. Elle fit signe à Ysandre de vite terminer. Une fois dehors, elle expliqua ses découvertes à la Paladine, passant sous silence diverses effractions et le vol des documents. Malgré son sens ardent de la Justice, son amie n’approuverait pas ses efficaces initiatives. L’entrepôt qu’elles visitèrent se révéla surprenant. Loin d’être un dêpot d’antiquités et de meubles usagés, c’était un sordide lieu de stockage de bois de chauffage. L’unique employé, visiblement à demi retardé mental et d’une rare incompétence, ne leur fut d’aucun secours. Il était incapable de se rappeler la provenance précise des tas de bois. ++++ Heureusement, Thiki était futée : connaissant le gout pour l’opulence de ces religieux, elle se dirigea illico vers un tas de débris de bois précieux. Qui irait bruler ce genre de bois poli et vernissé ? Les deux enquêtrices farfouillèrent un moment dans les débris. ça s’assemblait : il s’agissait bien de meubles prestigieux qui avaient été broyés. Certains portaient la trace de profondes brulures. La culpabilité de Dorfel, Haut-Prêtre du Dieu du Commerce, semblait de plus en plus évidente. Thiki aperçut alors les restes d’un grand bureau. Curieusement quasi-intact, il était fort étrangement cloué. Frissonnante par intuition, Thiki défonça la lourde construction de bois d’un coup de pied rageur. Ce qu’elle découvrit ne fut pas une grande surprise. Ysandre sursauta et verdit : de part l’ouverture jaillissait la main d’un cadavre. Prenant son courage à deux mains, elle aida sa jeune amie à dégager le corps. La Paladine reconnut difficilement le pauvre lieutenant Calever. Il portait lui aussi les traces de nombreux coups, essentiellement causé par une arme contondante. Lui aussi avait été atrocement brûlé, bien plus que le Grand Prêtre... Il portait lui aussi un médaillon sacré de Tür complètement calciné.

"On a la preuve maintenant... On fait quoi ?" demanda Thiki.
"J’hésite encore...C’est vrai que nous avons beaucoup d’indices, mais..."
"Quoi encore ! ça ne te suffit pas ? Tu veux des aveux signés en présence de deux témoins ou quoi ?" s’emporta l’adolescente.
"Je sais, Dorfel est coupable, j’en suis convaincue... Pourtant, il va nous falloir un dossier solide pour l’accuser. Le pouvoir ici est divisé entre les religieux, la Guilde des Marins et les Libres-Commerçants. Et Dorfel est le chef de la religion la plus implantée ici. Et les marchands le suivront."
"Tu penses donc qu’on doit abandonner ? Qu’il est intouchable et qu’il ne pourra jamais être accusé et condamné ? Pff... On devrait régler ça avec un couteau, ça poserait pas de problème."
"THIKI !" s’écria la Paladine indignée. "L’assassinat est un CRIME !"
"Je plaisantais... Presque. Vu ce qu’il a fait, c’est la mort qui l’attend, non ?"
"Oui, mais ce n’est pas à nous d’exécuter la sentence. Et pas sans un procés équitable."
"Hmmm... c’est décidément bien compliqué de servir la Loi et la Justice ! Pas très efficace ce système." conclut Thiki dubitative. "Et on fait quoi maintenant ?"
"On rentre faire, notre rapport au Temple de Tür. Et la nuit ne va pas tarder à tomber, il faut songer à manger et dormir...Une rude journée va nous attendre demain."

Ysandre et Thiki eurent la surprise de découvrir l’immense Groumpf qui attendait à l’entrée du petit Temple de Tür. Il les salua amicalement et grogna que Lelfe était à l’intérieur. Lui n’était pas rentré : l’endroit était trop petit et le novice qui les avait accueillit semblait inoffensif. Haussant les épaules, les deux jeunes femmes entrèrent. Que venait faire l’insouciant, l’irrévérencieux Barde dans un Temple de Tür ?
"Et c’est pourquoi je pense que votre Grand Prêtre a été assassiné par Dorfel, Haut-Prélat du Dieu du Commerce afin d’obtenir le monopole de la distribution d’eau potable aux navires marchands..."
"QUOI ?" s’écrièrent ensemble Thiki et Ysandre en entendant les explications de Lelfe. Il venait sous leur yeux de résumer, non, de clarifier même, leur enquête !
"Ah ! Bonsoir mesdemoiselles ! Vous tombez à pics, surtout toi, Ysandre." déclara calmement Lelfe. "Tu n’aurais pas vue un Inquisiteur de Tür ? J’ai plein d’informations qui lui seraient utile."
La Paladine inspira profondément pour se calmer. Que venait faire Lelfe dans cette histoire ? Et bon sang, comment savait-il tout ça ?

"C’est moi, l’Inquisiteur de Tür... Du moins, pour cette enquête." commença la jeune femme.
"C’est vrai ?" coupa Lelfe. "Quelle chance ! Moi qui m’attendait à un vieillard pompeux, rigide et à cheval sur le règlement."
"Elle est à cheval sur le règlement..." glissa sournoisement Thiki.
"Mais alors... On travaille sur la même enquête ?" termina Lelfe, surpris.
La Paladine hocha la tête, affirmative. Elle se retenait pour pas secouer Lelfe de toutes ses forces et lui faire cracher ses informations. Captant le regard de la jeune fille, le Barde déballa son histoire et raconta son enquête sur l’augmentation soudaine du prix du baril d’eau potable. Il leur fit part de toutes ses démarches et de tous ses soupsons et montra ses preuves. Ysandre enchaina en racontant sa propre investigation sur le meurtre ou plutôt les meurtres. Tout concordait. Thiki souriait à l’écoute de cette récapitulation. Les talents d’enquêteur de Lelfe étaient impressionnant ! Sous son manque de sérieux se cachait une vive intelligence et un sens des initiatives très important. ++++
"Tu nous fournis la dernière pièce." déclara Thiki "Il me manquait le mobile."
"Tu l’aurais su tôt au tard." répondit lelfe, bon joueur. "Que fait-on maintenant ? On a assez de preuves à nous tous, non ? En plus Derym m’a dit qu’il en avait d’autres."
"Ah bon ? Et où est-il ?" demanda la Paladine, espérant que le Druide ne s’était pas mis en tête de se confronter seul au prêtre assassin.
"Il est resté avec les prêtresses-apprenties de Naquërym. Apparement, il a trouvé des indices et des preuves là où leurs chefs ont été décimées. Il organise quelque-chose en vue de l’accusation : on aura besion du soutien de ce clergé pour déstabiliser le Haut-Prêtre du Dieu du Commerce."
"Bien, on fait ça demain alors ?"
"Non, Derym veut que ça se passe ce soir. Il a déjà prévenu la Guilde des Marins et les Libres-Marchands."
"Pourquoi ce soir ? J’suis crevée, on a marché et on s’est démenée toute la journée..." maugréa Thiki.
"J’en sais rien, mais c’est lui le chef. Il a un plan, faisons lui confiance."

Sous les rayons ambrés du couchant, ils se dirigèrent vers la place de la cité, vers le rendez-vous avec les représentants et témoins de la Guilde des Marins et des Libres-Marchands. L’affaire était grave et Ysandre dut faire appel à toute l’autorité de son statut d’Inquisiteur (honoraire) de Tür pour leur faire prendre les accusations au sérieux. En plus Lelfe et Thiki assénaient preuves et raisonnement d’une voix convaincante et d’une froide logique. Finalement les représentants locaux furent enfin convaincus quand une messagère du Temple de la Déesse des Mers vint soutenir les enquêteurs. La nuit tomba pendant qu’ils discutaient. Loin d’eux, sur le port, une forme vive jaillit littéralement de l’Espadon. Chasseresse, inquisitrice, elle était dangereuse et se mouvait avec grâce dans les ombres. Assoiffée. Sur la place, la prêtresse novice les pressait d’aller porter une accusation officielle sans attendre, avant que le félon ne maquille les preuves (les enquêteurs n’ayant pas été fort discret durant leurs investigations) ou ne tente quelque acte infâme pour les réduire au silence. Ils se mirent en branle vers le Temple du Dieu du commerce, quasi-désert à cette heure.

Ysandre à leur tête, était resplendissante sous les lumières dorées illuminant le Temple. Ils franchirent hardiment les portes intérieures du Temple, vers le sanctuaire du Haut-Prêtre Dorfel. Leur procession fut rejoint par une autre : Derym, escorté par cinq prêtresses de Naquërym. Il avait l’air mortellement sérieux. Et il s’était changé : il portait à présent les habits cléricaux du culte de la Déesse des Mers. Cela étonna Lelfe : une brusque conversion ? Peu probable... Mais le plus impressionnant était le crâne humain que portait le jeune Druide entre les mains, comme une sainte relique. C’était d’ailleurs le cas, constata Thiki, toujours logique : l’os avait était poli doucement par les flots. C’était un miracle qu’il ne fut pas déjà réduit en poussière. Il devait s’agir du crâne d’une des Hautes-Prêtresse de Naquërym assassinée en mer ! D’ailleurs, il portait la marque sombre d’un carreau d’arbalète en plein front... Avec des gestes impérieux, Ysandre chassa novices et prêtres assurant la garde de nuit. Inutile de faire un scandale public maintenant ou de fournir un appui au Haut-Prêtre Dorfel. La suite envahit le bureau de celui-ci, sans se faire annoncer.

"Que signifie cette bruyante et violente intrusion ? Et à cette heure indue !" déclara Dorfel, incisif. Il avait été surpris en plein "compte" des recettes de la journée.
Ysandre s’avança, ses insignes de Paladine brillants. Elle était l’Autorité incarné.
"Seigneur Dorfel, Haut-Prêtre du Dieu du Commerce, vous êtes en état d’arrestation..." déclama le jeune femme d’une voix forte.
"Quoi ? Comment osez-vous ?" coupa le Haut-Prêtre, rouge de colére.
"Vous êtes accusé du meurtre des quatre Hautes-Prêtresses de Naquërym, ci-nommées Natal’Shia, Perl Naya, Ilisan Rëa et Cinell Dasho. Vous êtes également accusé du meurtre du Grand Prêtre de Tür, dans l’exercice de ses fonctions ainsi que du Lieutenant-Paladin de Tür Calever Moonshan, lui aussi dans l’exercice de ses fonctions."
"Hérésie ! Je ne suis pour rien dans..."
"En sus, vous êtes également accusé d’avoir commis ces meurtres dans l’unique but d’asseoir votre monopole sur l’exploitation d’une denrée vitale : l’eau potable et en vue d’établir un quasi-monopole sur les services fournis par les Temples. De plus, vu la nature cléricale de vos victimes supposées, vous êtes également accusé du crime impardonnable de persécution religieuse !"
Le Haut-Prêtre blêmit : la dernière accusation était terrifiante. Il tenta de se reprendre.
"Vos accusations sont tout bonnement insensées ! Mes avocats et mes conseillers vont tailler ces médisances en pièces. Et je vous ferais condamner pour outrage !"
"Nous disposons de preuves formelles et de témoignages de nos enquêteurs délégués. De plus ma parole en temps qu’Inquisitrice de Tür ne saurait être mise en doute !" rugit Ysandre.
"Vous n’êtes qu’une suppléante ! Une étrangère ! Ici, c’est moi qui fait la Loi !" ++++ "Tiens, vous saviez qu’elle n’était qu’une suppléante ?" remarqua Thiki. "Vous espionniez ?"
Un lourd silence s’en suivit. Le Grand Prêtre aurait encore put s’en sortir, inventer une excuse et engager un long procès qu’il aurait gagné par la corruption. Mais un tintement sinistre suivit d’un grésillement mit fin à ses espérances. Le médaillon sacrée du Haut-Prêtre venait de se détaché de sa chaîne et de s’abattre sur le sol où il se consuma avec une fumée de mauvaise augure.
"Votre Dieu vous abandonne !" déclara Derym, froidement. "Il aime les gens hardis et débrouillard mais ne veut pas se compromettre avec de vils assassins !"
"Rendez-vous maintenant, cela ne sert plus à rien." déclara Ysandre en s’avançant.

L’ex-Haut-Prêtre se tassa sur lui même et commença à ricaner, probablement hystérique. Ysandre s’avança, une paire de fers au poing.
"N’approchez pas !" souffla haineusement le prêtre en se redressant, vif comme un serpent. "Mon Dieu m’abandonne ? Il finira bien par reconnaître ma valeur ! J’ai fait tout ça pour lui !"
"Inutile de résister, Monseigneur." s’obstina Ysandre.
"Arrière misérable !"
D’un geste, il sortit de son ample toge un sceptre orné d’une pierre jaune scintillante. Un bâton de sorcellerie !
"Comme vous le voyez, j’ai encore de la ressource. Vous allez tous périr !" Le prélat déchu prononça un mot de pouvoir. Aussitôt une vague d’énergie blanchâtre déferla sur les aventuriers, les jetant à terre loin du prêtre fou ricanant. Son rire s’éteignit : Derym et son escorte de prêtresses n’avaient absolument pas bougé. La puissance du sceptre avait pourtant envoyé Groumpf et Ysandre s’étaler les quatre fers en l’air .

Derym sourit tristement, comme pour conseiller à l’assassin une rédition plus honorable. Le meurtrier dément grogna sa hargne : les prêtresses avaient entamées un rituel ensemble. Groumpf fut moins diplomate : le géant jaillit, épée au poing, avant même que les autres se soient relevés. Dorfel dégaina aussi un fléau d’arme, arme qui avait déjà bien versé le sang d’innocents. Le coup titanesque de Groumpf fut arrêté par un bouclier violet semi-translucide qui se déploya sur l’ordre du prêtre. Conçut normalement pour la défense, son arme recelait de terribles pouvoirs... Profitant de la surprise, le prêtre porta un coup de fléau à Groumpf. L’acier mordit cruellement la chair. Une magie puissante congela aussitôt le bras blessé de Groumpf, l’obligeant à une retraite temporaire. Ysandre s’élança à son tour : elle avait remarqué que le bouclier magique ne protégeait plus le meurtrier quand il levait son arme pour attaquer. La Paladine fut trop lente et son coup fut stoppé par la magie réactivée en urgence par le Haut-Prêtre déchu. Elle se maudit intérieurement : elle aurait dut prendre l’arme enchantée de Lelfe avant d’entrer dans le Temple !

Lelfe incanta, espérant que la magie pourrait traverser le bouclier lumineux. Une flèche de flamme fonça sur le clerc maudit. Il fit un geste, levant sa main désarmée. Une bague ornée d’une améthyste rutilante brilla, matérialisant un bouclier rond de magie bleutée crépitante. Le sort s’y écrasa, sans effet. Lelfe jura : ce traitre associait plusieurs objets magiques très puissants. Trop. C’était mortellement dangereux ! Si les différentes magies interagissaient... Il risquait de perdre tout contrôle et d’entrainer la fin de tous ! Le Barde jeta son épée enchanté à Ysandre qui se mit en position, prête à frapper. Groumpf, qui avait déjà récupéré, s’avança lui aussi malgré ses blessures, prenant le prêtre félon en tenaille. Lelfe était prêt à incanter un autre sortilège à la moindre erreur du prélat. La situation était bloqué : le meurtrier était isolé derrière ses bouclier magiques, pour le moment infranchissable. Il ne pouvait pas contre attaquer non plus : il lui aurait fallut désactiver l’une de ses protections, occasion que n’aurait pas manqué l’un des héros.

Soudain, une sensation fraiche et humide envahit les belligérants. Les prêtresses de Naquërym et Derym venaient de terminer leur rituel. Des vague éthérés, blanches-bleutées, de magie circulaient entre les prêtresses novices, chacune à la pointe du pentagramme centré sur Derym qu’elles formaient.
"Mais Derym ne peut pas participer à un rituel de Naquërym !" hurla Ysandre en voyant le déferlement de magie.
"Regarde !" dit Lelfe en pointant son doigts vers l’épaule de Derym.On devinait sous la toge du jeune Druide, la présence du Saphir de L’Eau, qui illuminait le corps du jeune homme par une aura bleue glacée. "Elles se servent de lui comme Focaliseur pour renforcer les pouvoirs de leur déesse ! Celle-ci est une divinité trés liée à l’élément Eau et Derym est un vrai canal vers le Plan de l’Eau. Elle peuvent entrer en communion avec lui et y puiser de l’énergie."
L’ex-Haut-Prêtre frissonna devant la manifestation de puissance brute émanant du rituel. Puis il sourit : il se croyait à l’abri derrières ses boucliers. Après tout, même avec l’aide de ce jeune Druide, les prêtresses n’étaient que des novices. A elles cinq elle ne valait même pas tout à fait une Grande Prêtresse ! Et il en avait déjà terrassé plusieurs. Puis il croisa le regard de Derym, un regard lourd de reproche, un regard à la fois dur, accusateur et triste. Le jeune Druide leva alors le crâne poli qu’il portait. ++++ Toute la magie du rituel s’y engouffra dans une cascade rugissante blanc-bleu. Le crâne disparut, happé par la tornade de puissance. Une silhouette apparut. Le félon, hoqueta : "Un élémentaire d’Eau ? C’est tout ! Quel gaspillage de puiss..."
La forme prit alors l’apparence d’une femme d’allure royale. Vieille mais au regard perçant. Bien qu’uniquement constitué d’eau, elle restait imposante, forçant le respect. Le prêtre déchus était paralysé : il venait de reconnaître l’une de ses victimes, la Matriarche des Hautes-Prêtresses de Naquërym ! Le fantôme aqueux traversa lentement le cercle formé par les novices épuisées, se dirigeant vers le Haut-Prêtre. Son regard était de glace, déterminé. Elle était le châtiment de Naquërym, la vengeance formée de flot écumant, réclamant le sang pour ses sœurs mortes par traîtrise et félonie. Tout le monde était bouche-bée devant l’apparition et nul n’attaqua, même quand le Haut-Prêtre maudit lança des sorts destructeurs sur l’apparition vengeresse. Sans effet. Le prélat déchu recula, pleurant, gémissant de peur. Il réactiva ses défenses magiques, espérant tenir à l’écart la créature. Celle-ci s’arrêta juste devant les barrières chatoyantes. Puis elle y plongea !

Emportant le prêtre dément dans une tornade d’eau et de magie, l’esprit s’attaqua aux objets magiques du félon, altérant leur essence même, la surchargeant de sa propre énergie magique. Lelfe et Derym crièrent en même temps : il fallait se mettre à couvert ! Les objets magiques explosèrent, arrachant des lambeaux de chair au meurtrier. Quand les flammes et les brumes magiques se dispersèrent, tous purent contempler l’horrible spectacle. Le prêtre renégat avait perdu un bras. Son torse était horriblement noircit par les flammes dévorante. Sa main restante était horriblement brisée. Pour finir, il saignait par de multiples plaies. Pourtant Dorfel était encore vivant. A la surprise de tous, il hurla puis s’enfuit. Personne n’eut le temps de réagir : ce traître avait vraiment la peau dure ! Gagnant un passage secret, le prélat qui riait comme un possédé fit un geste obscène en direction des aventuriers : il allait réussir à s’enfuir. Le passage dérobé se referma juste à temps : même Ysandre sous l’effet de la Hâte conférée par l’épée elfique enchantée, n’arriva pas à l’arrêter. Il était libre. Groumpf et Lelfe tentèrent d’ouvrir le passage. L’un par la force, l’autre en utilisant ses talents de monte-en-l’air. Rien à faire, l’entrée était bien scellée de l’intérieur.

"Oh non ! Il ne peut pas s’enfuir maintenant. Pas après tous ces efforts !" gémit Thiki.
A côté d’elle, Derym eut un sourire froid et dur. Voilà qui était inhabituel pour le jeune Druide.
"Ne t’inquiète pas. J’avais prévu cette éventualité." déclara le Druide d’une voix à la fois triste et froide. "Je ne peux laisser s’échapper quelqu’un qui prive les autres d’une ressource vitale comme l’eau. Mère Nature nous fournit gracieusement de quoi vivre. Elle est généreuse. Je ne laisserais pas de tels dons souillés par le comportement cupide de certain. Le châtiment sera à la mesure du crime..."
Thiki et les autres ne comprirent pas sur l’instant. Puis des cris et des sanglot s’élevèrent derrière le passage secret.
"Nooonnn ! Pitié ! Laissez-moi ! Nooo... Je peux vous payer. Lâchez moi ! Vade Retr..."
Le silence revint. Derym soupira.
"Je regrette que cela se finisse ainsi. Mais c’était nécessaire." déclara le jeune Druide.
"Que lui est il arrivé ?" demanda Ysandre, un rien apeurée et surprise par le ton dur du si calme Derym.
"Il a rencontré quelqu’un de vraiment assoiffé..." répondit Derym dans un sourire féroce. Pourtant les yeux du Druide étaient emplis de larmes. Certaines décisions étaient si difficiles et il n’aimait pas se sentir responsable de la mort de ses semblables.

La porte secrète se dévérouilla soudain. Halonn parut, portant le cadavre désormais desséché du prêtre assassin.
"J’ai ordonné à Halonn de trouver les issues cachées du Temple et de s’y embusquer. Si le meurtrier fuyait... Il était libre d’en faire ce qu’il voulait." déclara le Druide.
"Et le mal a été puni par le mal..." murmura Lelfe.
"Désolé..." dit Halonn. "Je n’ai pas pu me contrôler. Savez-vous que j’entendais ce type depuis cette cache ? C’est une pourriture. Il est mort comme une pourriture. Désolé de n’avoir put te le ramener, Ysandre... Mais de toute façon, ici ou au tribunal, c’était la mort qui l’attendait."
"Oui, c’est vrai. Je te remercie, Halonn. Toi aussi, Derym. Sans vous, il nous aurait échappé et les âmes des morts n’auraient pas connu le repos. Le châtiment est venu... Pas comme je l’espérais, mais..." finit par dire la Paladine. Elle haussa les épaules "Les voix de la Justice sont parfois impénétrables."

Peu à peu, les représentants, encore sous le choc, se retirèrent : ils devaient préparer le peuple et les fidéles du Dieu du Commerce à la nouvelle. La distribution efficace de l’eau allait pouvoir reprendre. Ils remercièrent chaleureusement les aventuriers. Une fête traditionelle allait être organisée en toute hâte en leur honneur. Lelfe se sentait gagné par un irrésistible sourire alors qu’il contemplait le Temple du Dieu du Commerce.
"Qui y-a-t-il de si drôle ?" demanda Thiki.
"Tu sais, ce prêtre déchu vient d’apprendre une chose fort banale... Et si approprié pour son culte !"
"Quoi ?" Lelfe prit une pose très sérieuse et déclara d’une voix lourde d’autorité et de sagesse ancienne :
"Le crime ne paie pas !"

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