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Chapitre 19 : Epées et Diplomatie

Chapitre 19 : Epées et Diplomatie

(Errare Humanum Est...? - Heroïc-Fantasy - 13/04/2003)

Halonn arpentait les couloirs tranquilles de la résidence de l’ambassadeur, attentif au moindre bruit. Il n’était pas seul apparemment. Le jour, diligents serviteurs, la nuit, traîtres et espions. Des silhouettes furtives allaient et venaient dans la propriété. Charmantes coutumes. Il aurait pu se plaire ici. Halonn n’était pas là depuis assez longtemps pour faire la différence entre amis et ennemis. Aussi il surveillait les faits et gestes de chaque intrus ou de chaque gardien, soucieux pour la vie de Derym. Au cour de sa ronde, il remarqua pourtant qu’une partie du bâtiment était absolument laissée tranquille. Mystérieusement, les arpenteurs nocturnes évitaient la partie la plus luxueuse et la plus... La plus elfique du palace. S’il se rappelait bien, le frère de Lelfe devait loger par là... Curieux vraiment que des espions ou des gardes évitent ainsi le principal centre d’intérêt... Il était si fort et si dangereux que ça ? Halonn s’avança vers cette section, traversant de merveilleux jardins, de gracieuses et surprenantes cours intérieures magnifiquement décorées. On ne pouvait dire où était l’intérieur et où commençait l’extérieur.

Pourtant, devant cet étalage de merveilles, l’albinos était mal à l’aise. Beaucoup trop. Bien qu’il soit essentiellement un prédateur urbain, il ne devrait pas se sentir aussi mal dans cette nature domestiquée. Le vampire compris en voyant luire discrètement un glyphe caché : l’ambassadeur était prudent. Et était un magicien fort compétent. Halonn lança un sortilège pour identifier la magie de la protection, juste par curiosité. Splendide. Ça déployait un champ qui poussait les gens à dire sincèrement la vérité. Et ça neutralisait tout instinct agressif. Rien qui bloque directement ou qui agresse. C’était vraiment un sort de... Diplomate. Ainsi, personne n’avait envie de se battre et tout le monde était obligé de répondre à d’éventuelles questions des gardes (même s’il ne les voyait pas, Halonn se doutait qu’il y en avait. Surement des esprits ou d’autres créatures). En tout cas, il comprenait pourquoi les espions évitaient cet endroit. Il allait repartir, certain que Onyshahell ne risquait rien ici, quand une lumière vacillante capta son attention.

Un bureau était resté ouvert. Ou quelqu’un aimait travailler dans la nuit. Le Maître Espion de la maison ? Mue par sa curiosité instinctive et ses habitudes, l’albinos s’approcha en silence. Des voix. Lelfe. Et son frère. Il se coula dans l’ombre de la porte mal fermée.
"Et comment va la guerre ?" demanda Lelfe d’une voix inhabituellement sombre.
Onyshahell poussa un profond soupir et commença à jouer distraitement avec un globe terrestre.
"Mal. On est en train de la perdre. Doucement mais surement. L’affaire Ly-Hell a porté un véritable coup mortel à GaHell. Il a perdu sa crédibilité, ses alliés les plus précieux et a dut fuir outre-plan. Tu peux aisément imaginer l’impact sur le moral des troupes."
"Humm. Je pense bien. Se retrouver du côté d’un manipulateur, d’un sorcier fou qui a séquestré et violé une Déesse... J’imagine, en effet. Mais Elrond tient quand même les rennes de la coalition, non ? Même en écartant GaHell, il reste quand même un chef pour qui se battre. Et ne me dit pas que Hagell et ses sbires ne constituent pas une menace évidente !"
"Voilà le problème justement... Hagell a magnifiquement joué son coup. Sachant qu’il avait autant de chance que son homologue de se faire accuser, il a gardé profil bas. Pire même, il a nié avoir tout rapport avec la horde de gobelinoïdes qui assaille les royaumes humains de L’Alliance. Pire encore : il a même détaché de ses propres troupes pour les aider."
"Salaud manipulateur !"
"Il est comme l’autre." ricana l’Ambassadeur. "Mais seul quelques rares personnes savent qui il est vraiment et combien il est dangereux. Et celui qui les a avertis est..."
"Le Mage GaHell. Qui vient de perdre toute crédibilité... ça va vraiment mal !" ++++ "Pas tant que ça. On se débrouille quand même. Tous ceux qui sont restés fidèles combattent les plans tordus d’Hagell. Même si son influence grandie... Les mots ordres et sécurité sont ses nouvelles armes."
"Tu crois que je dois revenir chez nous ? Aider à nouveau GaHell ?"
"Non. Il a mis à l’abri les Chaos Seeds en coupant tous les ponts avec eux. Et n’oublies pas le but de ce programme : faire ce que vous voulez !"
"Jamais compris où il voulait en venir avec ça d’ailleurs..."
"Je n’en sais pas plus. J’aurais même pas dû te dire ça."
"Alors, si on me le permet, j’aimerais continuer à suivre Derym et les autres. Ces histoires de domination du monde, ces complots tordus, ces luttes de pouvoir intestines et ces affrontements louches entre Archimages me dérange. Je préfère vivre avec mes amis, en quête d’aventures, de découvertes et de sensations fortes ! Même si c’est égoïste..."
"Irresponsable jusqu’au bout, hein ?" plaisanta Onyshahell. "C’est pour ça qu’on t’adore. Et puis qui sait, vous découvrirez peut être quelque-chose d’utile pour nous."
"Manipulateur jusqu’au bout, hein ?" ricana à son tour Lelfe. "On fera de notre mieux. Tu penses que la mission de Derym a un rapport avec tout ça ?"

"Je ne sais pas... Les Druides sont des êtres forts mystérieux. Parfois bizarre. J’ignore ce qu’ils ont en tête et nous avons fort peu d’agents infiltrés dans ce genre d’Ordre. Ils sont généralement inoffensif, voire utile. Non, je ne sais vraiment pas."
"Humm... En plus avec Miellikki qui fait la gueule à GaHell, vous avez perdu un contact magnifique avec les Rôdeurs, proches des Druides. Et Adacad est hors-monde en mission."
"Oui. Mais je pense quand même que ça va s’arranger. L’Archimage est revenu. En disgrâce certes, mais peu à peu il va regagner la confiance de nos alliés. Et la Déesse des Forêt finira bien par pardonner son amant. Les accusations n’ont pas été formellement prouvées, même s’il a fuit devant... Je suis sûr qu’il trouvera un moyen de prouver que Ly-Hell n’est pas vraiment de lui. Et on pourra alors étaler la véritable identité d’Hagell aux yeux du monde !"
"Juste vengeance... Au fait, tu sais pourquoi la demi-déesse nous colle aux basques ? ça un rapport avec moi et Groumpf et notre ancien employeur ou elle a un autre plan en vue ?"
"Aucune idée... Mais bizarrement, on dirait que Ly-Hell t’apprécie. Un peu comme GaHell. J’ignore quel est son rôle, ses buts et ses motivations.J’ignore qui la contrôle vraiment. Si elle est contrôlée..."

"Pas rassurant tout ça. Je me sens si... insignifiant. Je ne peux rien faire contre des monstres pareils."
"Si tu t’étais concentré un peu plus dans tes études..."
"Oh, arrête ! Je fais ce qu’il me plait ! "
L’ambassadeur éclata de rire.
"Voilà qui est bien dit ! Continue, c’est ce que nous souhaitons tous. Même si parfois je regrette un peu... On ne te voit pas souvent tu sais."
"Désolé, j’aime trop courir les routes ! Et puis, on est des elfes, non ? On n’est pas pressé."
"Oui, mais Mère souhaiterais te voir avant d’accoucher. Tu ne veux pas voir ta nouvelle petite sœur ?"
"Si, si. J’viendrais... C’est une fille donc ? La troisième... Comme ça j’aurais égalité : trois frères, trois sœur." "Deux frères." répliqua froidement Onyshahell d’un ton dur. "Désolé... Il m’arrive d’oublier." "Pas grave. Mais allons nous coucher maintenant : il est tard et je vous ai obtenu un entretient en présence de L’Empereur demain. Il faut que vous soyez en forme. Je le prévois... musclé !"
"Hein ?"

L’ambassadeur fit un clin d’œil à son frère mais n’en dit pas plus. Il congédia gentiment Lelfe avant d’éteindre les bougies de la pièce.
"Vous prenez votre travail fort à cœur Messire Halonn..." déclara-t-il une fois son frère partit. "Mince, il m’a repéré !" pensa Halonn. Il sortit piteusement des ombres de sa cachette. "Veuillez m’excuser, votre Excellence. De vieux et méprisables réflexes..."
"Ce n’est rien. Vous avez une volonté de fer et un certain culot. J’aime ça. Mais ne recommencez plus. La sécurité de Derym et des autres est sous ma responsabilité. Je ne faillirais pas. Et à l’avenir j’aimerais que mes conversations familiales restent privées... Et que celle-ci le reste également."
"Bien sûr, votre Excellence. Encore toutes mes excuses !"
Le vampire fit une courbette avant de se retirer sous le regard amusé de l’ambassadeur. Intérieurement, il bouillait. Lui, si fier, si sûr de ses pouvoirs, même maudit, devait s’excuser et ramper ainsi devant le frère de Lelfe... Pourtant il était totalement incapable de protester. Ce type était réellement effrayant. ++++ "Salut Ysandre ! Bien dormi ?" s’exclama Thiki. "_ Impeccable. Cet endroit est magnifique. Et toi ?"
"Pareil ! En pleine forme, comme d’hab’" mentit l’adolescente. En réalité elle feignait son exubérance. Suite à ses escapades nocturnes et ses libations, elle avait pris de dangereux stimulants qu’elle avait concoctés discrètement.
Elles rejoignirent les autres, déjà attablés pour prendre un copieux petit déjeuner. Thiki sentit son estomac se révulser devant l’étalage de nourriture exotique. Mais elle devait simuler son habituelle joie de vivre le temps que ses potions agissent.
"Bonjours les filles !" commença Lelfe, toujours en forme. "Il faut absolument que vous goutiez ça. Thiki, tu vas adorer !"
"C’est quoi ?"
"Une spécialité locale : poisson cru, piment et fromage fort. Surprenant mais délicieux ! ça donne un coup de fouet au réveil !" répondit Lelfe guilleret et lui mettant sous le nez le plat répugnant.
Thiki se contint de son mieux. Y’a des jours où elle tuerait volontiers cet idiot de Barde. Heureusement Ysandre émit une protestation de dégout devant l’aliment peu ragoutant.

La réprimande amusée et suffisante de Lelfe sur le "Courage des Paladins, la tolérance et l’ouverture aux coutumes étrangères." détourna l’attention de la tablé de la jeune voleuse. Elle se servit abondamment en jus d’agrumes et en fruit pour calmer son estomac torturé.
"Prenez des forces en tout cas. Nous avons une audience avec l’Empereur tout à l’heure. Et elle sera sans doute mouvementée." annonça en souriant le frère de Lelfe.
Derym lui lança un regard intrigué.
"Mouvementée ? L’Empereur serait-il en colère contre nous ? On a enfreint un tabou quelconque ?"Thiki se raidit, songeant à sa mouvementée escapade nocturne.
"Oh non, rassurez-vous... C’est juste qu’il aime s’amuser un peu et tester ses visiteurs." répondit mystérieusement Onyshahell.
Lelfe se pencha vers Derym.
"Regarde son sourire : mon frère adore les mystères et les effets dramatiques de suspens ridicules. Et c’est un têtu, impossible de lui faire cracher le morceau !"

L’Ambassadeur abattit gentiment son poing sur le crâne de Lelfe.
"Un peu de respect envers tes aînés ! Prend exemple sur les coutumes locales, le culte des ancêtres, la considération du rang social et la hiérarchie familiale..."
"C’est chiant !"

"Ne soit pas vulgaire. Et habille-toi correctement. On part dans vingt minutes. "L’Ambassadeur se leva de table et se retira, laissant les héros perplexes sur la suite des événements.
"Qui vivra verra..." murmura Derym en hochant les épaules. Ysandre soupira : avec les agités du groupe et les mystères de l’ambassadeur, elle doutait que l’entrevue soit de tout repos.
"Et prenez vos armes !" lança Onyshahell avant de disparaître vers sa suite.

Derym fut prêt le premier, tant il était nerveux. Et il n’avait pas d’armes ou de tenue particulière à choisir. Le Druide se sentait un peu ridicule dans un kimono couleur terre de Sienne ourlé de motif de feuilles d’automnes. Lelfe avait déclaré que c’était magnifique, mais les goûts du Barde était au mieux exotiques. Il espérait que ça irait et qu’il ne commettrait aucune faute en présence du souverain. Groumpf arriva ensuite. Sa tenue était on ne peut plus simple. Torse nu mettant en valeur ses titanesques muscles saillants (et malheureusement ses horribles cicatrices...), un simple pagne noir et des bottes noires épaisses. L’image même du barbare. Image renforcée par la sangle de cuir barrant le poitrail du monstre, servant d’attache à une hache colossale trônant fièrement dans le dos du titan. Le jeune Druide soupira. Ysandre fut la suivante. Là, c’était déjà mieux. En tenue d’apparat de Paladine de Tür, avec armure de plaque lustrée et bouclier d’argent reflétant le soleil, elle avait tout d’une princesse guerrière. Derym en eu le souffle coupé. La jeune femme avait laissé pousser ses cheveux noirs bouclés et les avait rassemblés dans son dos, donnant une touche bienvenue de féminité à son image de guerrière. Elle eut un sourire charmant en voyant la tenue de Derym. Ca ne devait donc pas être ridicule. Tant mieux. Il sourit à son tour à la jeune femme. ++++ Thiki et Onyshahell arrivèrent ensemble. La jeune voleuse portait un yukata aux teintes lavande et grise. Curieusement discret pour une personne aussi extravagante.
"Tes cheveux." commença Ysandre.
"Sympa, non ? J’ignorais qu’il existait des sorts pour ça ! Lelfe m’a convaincu d’essayer."
La jeune fille arborait maintenant une longue natte rousse qui lui descendait jusqu’au creux des reins. Sa chevelure habituellement désordonnée au possible était lissée et luisait comme un bronze polis.

L’Ambassadeur était comme d’habitude vêtu de son magnifique kimono blanc liseré d’or en motif complexe. Mais un élément surprenant attira le regard d’Ysandre.
"Mais cette ceinture... c’est une chaîne !"
En effet, l’elfe portait enroulée autour de la taille une grosse chaîne d’or aux maillons épais, faisant plusieurs fois le tour de son corps et lui servant de ceinture. Le plus curieux était qu’elle semblait reliée à la longue épée bâtarde qu’il portait au fourreau.
"Oui, c’est une partie de mon arme." Déclara l’ambassadeur. "Un trésor familial. Une Lamelune relié à une chaîne."
Pour appuyer ses dires, il montra l’autre extrémité de l’étrange assemblage : la chaine se terminait par une boule d’argent massive couverte de pointe.
"On peut se battre avec ça ?" Commenta Ysandre, sceptique.
"Oui, bien que je le fasse peu souvent... C’est plus pour l’apparat où les circonstances spéciales." L’arrivée de Lelfe coupa court à la discussion. Et leur coupa le souffle par la même occasion.

L’elfe portait un costume somptueux et pour une fois de coupe et de couleur classique où se disputait l’or et l’argent sur un fond blanc. La tenue ressemblait étonnement à celle de son frère. Il y avait ajouté tout de même quelques touches personnelles : une cape légère, vert feuille et un bandana bleu pâle. En bandoulière, il portait sa plus belle harpe de ménestrel. Et comme pour en faire le pendant, son épée magique impressionnante battait son flanc opposé. Satisfait de son effet, il plongea ses yeux saphir dans ceux de son grand frère.
"Est-ce correct ?"
"En effet, tu es magnifique là dedans. L’uniforme de notre maison te va à ravir."
"Bah, ça gratte et c’est inconfortable au possible ! Mais ça en jette, hein ?"
"Au fait, ton épée..."
"Oui, c’est la..."
"Je sais. Tu l’as volée dans notre salle au trésor, non ? Mère est au courant ? Et t’as même pas pensé à prendre le joyau !"
"Oohh ! Jamais content..."

Des serviteurs les conduisirent dans des palanquins à porteurs qui leurs firent traverser la ville avant d’entamer l’ascension d’une colline. Thiki et Derym n’aimaient pas se faire trimballer ainsi, à la sueur d’autres personnes. Ysandre non plus, mais elle comprenait l’importance du décorum pour une entrevue impériale. Quant à Groumpf... Lui seul avait été dispensé de sa chaise à porteurs. Aucun Hirakan n’était arrivé à le soulever. Et il était ridicule tassé dans un moyen de transport si petit. Il suivait donc le groupe à pied. Thiki sentait son malaise augmenter au fur et à mesure de la monté le long de la voie menant au palais impérial. Ils traversaient une forêt magnifiquement entretenue. Elle soupira en voyant l’imposante porte ornementée du domaine impérial... Et la muraille d’enceinte aux dragons de pierre menaçant. Pas de bol, il avait fallut qu’elle se débrouille pour entrer illégalement dans la résidence d’été de l’Empereur d’Hira Ku ! ++++ Les portes s’ouvrirent en grand, révélant la magnifique propriété calme que la jeune voleuse avait visitée de nuit. Les sculptures, les bâtiments majestueux et somptueusement festonnés étaient encore plus impressionnants à la lumière. Pourtant, Thiki trouvait qu’il manquait ce charme subtil des nuits de pleines lunes et leur atmosphère de mystère. Là, c’était banalement... clinquant. Beau mais tape à l’œil. Le groupe d’aventuriers fut conduit diligemment au travers de palais tranquilles et richement décorés. Visiblement l’Empereur aimait recevoir avec panache. Ils débouchèrent sur une cour intérieure ombragée par des arbres centenaire. Au centre, une aire dégagée. Visiblement une sorte d’arène. Le groupe d’aventuriers eut soudain un mauvais pressentiment, se remémorant les paroles sibyllines du frère de Lelfe. En face de l’arène (si c’en était réellement une), se trouvait une sorte de tente, un assemblage de voile de gaze fin. On devinait à peine une maigre silhouette assise à l’intérieur. A côté se trouvaient plusieurs personnages, visiblement de haut rang. D’abord un jeune homme, petit et souriant, portant deux katanas en bandoulière. Onyshahell le présenta comme Heshi Naka, le Grand Général Protecteur de la Voie du Soleil. A côté de lui se tenait un imposant guerrier en kimono au visage ouvert, fort musclé et au crâne tondu. L’Ambassadeur le désigna comme le moine Soryo Hunshen, disciple de la voie du Roc. Il y avait également un grand guerrier, l’air méprisant, qui se désintéressait visiblement des aventuriers. A part d’Onyshahell, qu’il ne quittait pas des yeux en caressant la garde de son long katana au fourreau noir. L’ambassadeur elfe le présenta comme Shu Yohi, disciple du Maître Haka. Enfin, il y avait quelqu’un que Thiki connaissait trop bien. C’était tellement prévisible pour la jeune fille que s’en devenait risible... Un jeune garçon qui ne la quittait pas des yeux.

"Bonjours mademoiselle ! Ne vous avais-je pas dit que nous nous reverrions sous peu ?" fit une voix dans l’esprit de la jeune fille.
A ce moment Onyshahell s’agenouilla devant lui.
"Prince Minoru ! Voilà une agréable surprise ! J’ignorais que vous étiez en ville. Et que vous vous intéressiez à nos si misérables problèmes."
"Allons, Ambassadeur, pas de ça entre-nous. Vous savez comme j’apprécie votre compagnie. Et j’avais envie de connaître les membres de votre famille et vos amis. De plus, Grand-père m’a promis un spectacle intéressant."
Onyshahell fit une révérence à la silhouette cachée par les voiles. Tous l’imitèrent (avec un rien de retard pour le groupe de Derym).
"Empereur Hiraku Eryo Ashita, je vous salue. Comme convenu, voici mon frère et ses amis venus de si loin pour une noble quête."
Il fit alors les présentations et chacun s’avança pour se faire mieux voir de l’énigmatique Empereur. Chaque fois qu’ils s’inclinaient, la silhouette levait une main pour les remercier. Une voix de vieillard, fatiguée mais puissante, formée et usée par le commandement s’éleva alors.

"Soyez les bienvenues dans le Glorieux Empire Hira Ku ! Il est bon de voir de si jeunes gens partir en quête de rêve et d’aventure de part le monde."
"Je vous remercie, monseigneur." répondit Derym, impressionné mais jouant son rôle de chef du groupe.
L’Empereur s’adressa alors à Onyshahell.
"J’espère que vous me pardonnerez mon ami. Je sais que ce n’est guère courtois de vous recevoir comme ça, mais il est si rare que vous et le Général Naka fussent réunis. J’aimerais voir à nouveau le magnifique spectacle de vos lames dansant en duel."
"Vous m’honorez, vous et le Général. Je satisferais donc vos désirs."
Il s’inclina profondément et se dirigea en compagnie du Grand Général Protecteur de la Voie du Soleil vers le centre de l’arène.
"Eh ! Il se passe quoi là ?" Demanda Thiki.
"Ils vont se battre en duel apparemment" répondit le Prince Minoru. "D’après grand-père, c’est un spectacle inoubliable."
"Curieuse façon de mener des tractations diplomatiques..." commenta Derym. ++++ Onsyhahell et son adversaire prirent place l’un en face de l’autre aux extrémités de l’arène sablonneuse. Le Général souriait. Visiblement il avait confiance. L’Ambassadeur ne montrait lui qu’un sourire poli et amical de circonstance.
"C’est un duel au premier sang." expliqua le Prince Minoru. "Le premier qui blesse ne serait-ce qu’un peu son adversaire a gagné. "
"Ça à l’air dangereux l’air de rien..." commenta Derym.
"Ne vous en faites pas, ceux qui se livrent à ce genre d’exercice sont des Maîtres accomplis qui contrôlent chacun de leurs gestes. Naka est sans doute l’un des meilleurs guerriers de l’Empire. Quant à l’Ambassadeur... Il a gagné jusqu’à maintenant tous ses duels contre tous nos Généraux !"
Les deux combattants attendaient, fixés, concentrés sur leur adversaire. L’Empereur hurla le signal de départ. Pas un mouvement, pas un frémissement. Les deux guerriers continuaient à se jauger. Naka était un bloc immobile de concentration et d’énergie en attente. Les mains sur les sabres, prêt à dégainer promptement, il guettait la moindre faille. Sa petite taille accentuait encore l’impression d’énergie brute concentrée prête à jaillir. Onyshahell était à l’opposé en position neutre, au repos. L’elfe avait ouvert tous ses sens et semblait d’imperturbable tranquillité. C’était aussi effrayant.

"Pourquoi ils n’attaquent pas ?" souffla Thiki.
"Dans un combat de Maîtres d’un tel niveau, la moindre erreur, la moindre inattention serait fatale. Ils hésitent à faire le premier pas." répondit Minoru.
"Va bien falloir qu’y’en ai un qui se décide... On va pas y passer la journée !" maugréa la jeune fille. Pourtant aucun des guerriers n’esquissait le moindre geste. On sentait monter la tension, comme s’ils se livraient à un combat mental d’intimidation.
"Il a visiblement une position assez défensive. Il s’attend à ce que je prenne l’initiative de l’assaut... Mais il peut basculer à tout moment dans une posture offensive. Que faire ?" pensait le jeune Général.
"Il est prêt au combat. A la moindre erreur, il me taille en pièce. Vu sa posture, il va tout miser sur une offensive très rapide, selon deux angles en utilisant ses deux armes en même temps... Mais ma posture indifférente le perturbe. Il a bien vu que je m’attendais à l’assaut. Laissons la méfiance et la fatigue faire son œuvre en guettant l’ouverture..." se disait l’Ambassadeur.
"J’ai compris ! Il joue avec mes nerfs ! Ma position d’attaque tend mes muscles et mon esprit. Et mon indécision ne fait qu’augmenter mon stress et l’effort de mes muscles bandés. Il n’y a qu’une solution..."

Dans un éclair, le Général s’élança à une vitesse folle, droit sur l’Ambassadeur, sabres toujours au fourreau.
"Il a compris... Courageux ou téméraire ?" eut le temps de penser l’Ambassadeur.
D’un geste fluide, l’elfe interposa sa chaîne dorée sur la trajectoire du combattant. Comme prévu, le Général l’évita. Mais pas en sautant, comme le pensait l’Ambassadeur. Accélérant encore, il avait plongé sous la chaîne métallique !
"Pas bon ! Il est dans mon périmètre !" Onyshahell leva vivement son épée bâtarde, parant in extrémis le coup tranchant du katana qui visait sa gorge. Trop facile...

"La vraie attaque est par le bas !" réagit son esprit aguerri. Il sauta, évitant le coup fauchant vers ses jambes. Dans le même temps, il releva sa chaîne, cherchant à empêtrer son adversaire. Peine perdue, le général plus rapide que le vent était déjà passé dans son dos et lançait une attaque croisée de ses katanas. Trop vite pour être parée à l’épée. L’elfe la leva et de son autre main saisit sa chaîne. Les katana ne purent trancher les maillons qui s’interposaient. Cela ralentit suffisamment l’attaque pour qu’Onyshahell se remette en position. Ils se sourirent. Extase du combat. L’échange n’avait duré que quelques battements de cœur. Onyshahell bondit en arrière soudainement. Il devait se mettre hors de portée. Redoutant un piège, le Général fut trop lent pour le poursuivre. L’Ambassadeur put alors déployer sa technique spéciale. Coordonnant ses mouvements à l’épée et ceux de sa chaîne lestée, il dressa une véritable barrière de métal entre lui et son adversaire. La chaîne d’or servait de rideau de protection, ralentissant, déviant ou capturant les coups des katanas. Il ne restait plus qu’à l’Ambassadeur à riposter aux attaques grâce à son épée bâtarde. ++++ "Magnifique !" laissa échapper Ysandre.
"On dirait un rideau d’or qui protège ton frère." Ajouta Derym.
"C’est exactement ça. Il appelle ce mouvement la Cascade d’Or. C’est son ultime arcanne défensive. Son adversaire doit être terrible s’il s’en sert déjà ! Moi-même je ne suis jamais arrivé à ne serait-ce que l’effleurer quand il s’en sert."
"Peuh ! Mon maître va briser cette technique de lâche !" déclara soudain l’arrogant Shu Yohi. "Elle a une faille énorme... Je suis fort déçus, l’elfe n’est pas à la hauteur de sa légende."
"Nous verrons bien ! Pour l’instant votre Maître n’arrive pas à pénétrer le rideau de fer défensif. Et quelle est cette faille si évidente ?" riposta Lelfe.
"Maître Haka est toujours prudent. Trop peut être... Mais il a assurément remarqué que cette technique de défense empêchait l’ambassadeur de se déplacer efficacement. Et elle semble fatigante : tout ce métal à mettre en mouvement si rapidement et si souvent..."

C’était vrai. La muraille d’acier dorée isolait complètement Onyshahell, mais il ne pouvait porter que de rapide et peu appuyées contre-attaques avec son épée. Pour maintenir son rideau défensif, il devait sacrifier moult mouvements pour conserver la vélocité de sa chaîne tournoyante. Ce devait être épuisant. Quant à se déplacer en même temps pour attaquer... Haka l’avait compris aussi. Après quelques tentatives sans succès pour pénétrer le périmètre de son adversaire, il bondit en arrière et remis ses katanas au fourreau, tout en adoptant une position propice à une attaque rapide. Il ne comptait plus gagner, son adversaire à l’arme si étrange arrivait à parer sans trop de mal ses assauts fulgurant. Rares étaient ceux qui en étaient capables. A défaut de la victoire, il visait maintenant un match nul, l’idéal pour les deux parties en présences. Il se reposait en laissant Onyshahell se fatiguer. Et à la moindre ouverture, à la moindre faiblesse, il se ruerait à l’assaut. Cette technique de kamikaze l’exposerait sûrement, mais il devrait pouvoir blesser l’Ambassadeur. Ainsi, il n’y aurait ni vainqueur, ni vaincus. Cela ôterait l’incertitude d’un combat prolongé et chacun y sauverait la face.

"Vous pensez vraiment que mon frère ne sait pas cela après plusieurs centaines d’années passées à maîtriser cette technique ?" murmura Lelfe d’un ton moqueur.
A cet instant, tout bascula. Onyshahell avait attendu patiemment que son adversaire cesse de bouger et se concentre pour un assaut décisif en attendant qu’il se fatigue. Une fois qu’Haka se fut immobilisé, il se laissa emporter par l’inertie de ses mouvements de chaînes. Il la lança droit vers son adversaire, à une vitesse stupéfiante, décuplé par les rotations précédentes. La sphère d’or couverte de pointes acérées fonça vers le visage du Général. Celui-ci fut trop surpris pour faire autre chose qu’esquiver. Sa vitesse prodigieuse lui permit d’éviter la chaîne mais Onyshahell en profita pour se jeter sur lui, épée en avant. Haka réagit à nouveau à la vitesse de l’éclair. Pour arrêter la lourde épée bâtarde saisit à deux mains par son adversaire, il croisa ses katana. L’impact fut terrible, la puissance brute d’Onyshahell, plus grand, plus fort et plus robuste que son adversaire faillit lui donner la victoire. Mais par un effort suprême de volonté, Haka réussit à garder la lame prise dans la croix de ses sabres assez loin de sa chair. Leurs armes emmêlées, ils étaient immobilisés. Du moins, c’est ce que croyait Haka. L’Ambassadeur Elfe eut un sourire de requin. Utilisant son pied, il fit tira sa chaîne vers lui avec une violence terrible. Et la sphère lestée à son bout arriva de dos vers Haka qui se maudit d’avoir oublié ce bout de l’arme. Les réflexes fulgurant du général lui sauvèrent une fois de plus la mise et il réussit à esquiver l’attaque impromptue tout en gardant l’épée de son adversaire prisonnière de ses lames. Mieux, maintenant c’était à l’ambassadeur d’esquiver le retour de sa propre arme. Il n’esquiva pas. Il sourit en voyant la chaîne manquer Haka et se diriger vers lui. C’était ce qu’il avait prévu. Il bascula la tête de côté, laissant la boulé hérissée de pointes dorées le frôler. Puis il pris la chaîne entre ses dents. Tournant vivement la tête, il renvoya l’arme sur le Général épouvanté. Celui-ci, trop surpris par l’attaque incongrue et imprévisible et immobilisé dans son blocage de l’épée adverse, ne put totalement esquiver. La sphère leur heurta douloureusement au menton. Le sang jaillit.
Il avait perdu. ++++ L’Empereur annonça la fin du combat et la victoire de l’Ambassadeur Onyshahell. Les autres, trop surpris par ce dénouement inattendu, restèrent un moment sans réagir. Puis le groupe de Derym explosa en force vivats et acclamations. Les Hirakan honorèrent le vainqueur de profondes révérences.
"Vous vous êtes bien battu, Général." Déclara Onyshahell en rengainant. "Ce fut un honneur et un plaisir."
"C’est la première fois que je rencontre un adversaire tel que vous, honorable étranger. Ma défaite m’aura appris beaucoup de choses. Ce combat fut un honneur. J’ai perdu car j’ai lâchement cherché le match nul. Vous vous êtes donné à fond pour la victoire. Elle vous est naturellement revenue."
"Merci pour ces compliments. Mais ne vous blâmez pas : il y a aussi une part de chance et de hasard dans ces combats. Et ne point vouloir déshonorer ses invités en cherchant seulement le match nul est un noble sentiment. J’espère que nous combattrons à nouveau et au maximum de nos capacités. Vous avez encore de la ressource, je le sais..."

Ils s’inclinèrent profondément, un respect mutuel, une amitié naissant entre eux après l’affrontement.
"On m’a raconté que vous avez battu jusqu’à présent tout les représentants de l’Empereur. Et qu’à chaque fois c’était un match disputé. Hors j’ai pu jauger votre niveau : vous dépassez de loin la plupart de nos Généraux." murmura Haka au creux de l’oreille de son adversaire.
"Comme vous le savez, il est parfois important de ménager les susceptibilités... Et d’assurer un certain spectacle. Ce sont les obligations d’un diplomate de satisfaire au maximum les deux parties. Mais rassurez votre honneur : j’ai lutté contre vous avec tous mes moyens." lui répondit tout bas l’Ambassadeur.
"Merci. Vous êtes vraiment un fin diplomate. La langue de miel et une épée habile. Votre présence nous honore." conclut le Général.
Ils se séparèrent après une nouvelle inclinaison et un franc sourire. Shu s’avança alors vers son Maître.
"Mon seigneur, puis-je moi aussi avoir l’insigne honneur d’affronter le noble ambassadeur ?"
"Non. Le combat a dut le fatiguer. Ce ne serait point honorable. Et je ne pense pas que tu sois déjà prêt."

Shu bouillait littéralement de rage, réfléchissant à faire appel à l’Empereur. Il voulait venger l’honneur de son maître, de son pays ! Un banal elfe ne devrait pas pouvoir humilier un fier guerrier Hirakan ! Haka perçut la tension de son impétueux disciple. Il avait bien changé... Il se sentait coupable : bien trop jeune pour enseigner malgré ses talents, il avait trop mis l’accent sur les compétences martiales au cours de sa formation, au détriment de la philosophie et de la méditation. Comment calmer le bouillant guerrier ? Onyshahell vint alors à son secours.
"Si l’Empereur le permet, pourquoi vos disciples n’affronteraient-ils pas certains des miens ? J’ai personnellement formé Groumpf et mon frère Lelfe au combat. Et le jeune maître Derym pourrait trouver l’exercice amusant."
"Hein ?" firent en cœur les aventuriers. L’Empereur se fit à nouveau entendre, coupant court aux négociations.

"Vous connaissez ma passion pour les beaux combats, l’âme brulante des arts martiaux et les traditions guerrières de mon peuple. Qu’il en soit donc fait ainsi."
Lelfe saisit le col de son frère avec rage.
"Tu manigançais ça depuis le début, hein ? Pour attirer sur nous les bonnes grâces de l’Empereur... Malade ! Et c’est moi que la famille trouve cinglé ! T’as vu les monstres que sont ces types ?"
"Allons, allons, faites moi plaisir : c’est juste quelques combats amicaux. Groumpf s’en sortira très bien. Et pour vous nulle inquiétude : on ne vous demande pas de gagner, juste de montrer votre courage."
"Pfff... Bon d’accord, alors..."
"ça me va." dit Derym. "Si ça aide aux négociations... Et puis on pourrait apprendre des techniques intéressantes."
"Je le fais aussi alors !" lança Ysandre. "Pas moi. C’est un truc idiot de fanatique militariste." grogna Thiki. "Je vais pas jouer ma santé pour ça."
"Désolé, Dame Ysandre. Mais ici, la culture est essentiellement patriarcale... Il serait malséant pour une dame de se battre ainsi."
"J’te l’avais dit !" ricana Thiki devant la mine colérique de la Paladine. "Un truc de macho, de gosses... Regardons donc les vrais hommes exhiber leurs muscles et se pavaner, fier de leur force !"

L’Empereur ayant parlé, il ne restait qu’aux héros à s’exécuter et à montrer leurs prouesses martiales. Ils acceptèrent donc de se prêter au jeu des duels. Groumpf s’avança le premier, une large hache à deux mains solidement empoignée. Son adversaire désigné était le fier Shu, disciple de l’adversaire d’Onyshahell. Lequel allait faire honneur à son Maître ? Shu eut un regard méprisant envers le colosse. Il aurait cent fois préféré affronter le redoutable Ambassadeur plutôt que ce lourdaud de géant.
"A votre avis, qui va gagner ?" demanda Ysandre aux autres.
"Je ne sais pas..." répondit Derym. "Groumpf m’a toujours parut monstrueusement fort, mais le style du Maître de Shu était tout en vitesse. J’espère qu’il ne se laissera pas déborder."
"J’ai confiance en Groumpf !" déclara Lelfe. "C’est un combattant redoutable. Je n’ai peur que d’une chose : qu’il en fasse un peu trop ! Vous imaginez ce que peu donner un duel au premier sang avec sa force de titan ?"
"Ouais.... Un bras ou une jambe en moins !" grommela Thiki.
"Oui, voire pire : il pourrait trancher ce type en deux !" ajouta Lelfe. "Diplomatiquement, ça serait pas de bon ton..."
"S’il arrive à le toucher." ajouta Derym, toujours méfiant. "Si son adversaire est aussi vif que le Général Haka. Regardez comme il se déplace, un vrai félin, un prédateur." ++++ En effet, sur l’arène, les deux opposants se plaçaient savamment, prêt à l’offensive dès le signal donné par l’Empereur. Ils s’immobilisèrent l’un en face de l’autre. Shu posa ses deux mains sur la garde du grand katana au fourreau dans son dos. Groumpf se campa solidement sur ses deux jambes, légèrement baissé et arme à la main. Ils ne se quittaient pas des yeux.
"Derym a raison." murmura Onyshahell qui les avait rejoints avec le Général. "Il mise tout sur la vitesse. Sa technique consiste sans doute à dégainer très rapidement et porter un seul coup rapide et puissant, de haut en bas, légèrement tournant."
"Vous êtes vraiment un fin observateur." répondit le Général. "Il n’aurait eu aucune chance contre vous. Vous avez bien deviné. Il se servira aussi de la puissance de ses épaules au moment de dégainer, pour ajouter à la vitesse de l’arme. Se sera sans doute une attaque de dos ou des côtés... Mais votre élève va-t-il le deviner ?"
Onyshahell regarda le visage inexpressif de Groumpf.
"Aller savoir."

Concentrée sur le combat qui l’intéressait malgré ses dénégations humoristiques, Thiki eut alors la première preuve directe de ses dons psioniques. Concentrée sur le combat, elle plongea littéralement dans l’esprit de Shu.
"Expédions ce gros barbare. Tout en force, rien dans la tête. Comment ose-t-on m’infliger pareil adversaire, à moi, l’un des plus grands guerriers de l’Empire ! Ce genre de monstre ne mérite même pas de fouler nos terres. J’aurais tant voulut châtier ce vil elfe !"
Les sentiments de rage, la tension, la colère, la xénophobie du hirakan prirent la jeune fille à la gorge. Elle mourrait soudain d’envie de voir ce type se faire exploser par Groumpf.
"Allez Groumpf ! Fais-en des copeaux !" hurla l’adolescente à la surprise de tous. "Aheum... Désolé."
Onyshahell sourit et fit signe que ce n’était pas important. Elle se reconcentra sur le combat et cette fois, elle fut projetée dans l’esprit de Groumpf. Cette fois, nulle rage, nulle bouillante colère, nulle haine. C’en était presque bizarre concernant le puissant colosse. Il ne pensait pas. Il était juste... En attente. En fait il maîtrisait parfaitement son corps, ses muscles. Il était calme, pas vraiment une sorte de concentration, mais plutôt une sorte d’ouverture totale de ses sens... En un sens c’était même plus effrayant que la tension colérique de son adversaire. L’impression d’une force sauvage prête à se déchainer, l’œil du cyclone d’une tempête de lames.

L’Empereur donna le signal, arrachant brutalement Thiki à ses pensées. Shu bondit à une vitesse sidérante, encore plus vif, plus rapide que son Maître, si c’était possible. Groumpf n’eut même pas le temps de réagir. Shu plongea, tournant en un éclair autour du géant incapable de le suivre des yeux, utilisant la large lame de la hache titanesque comme bouclier optique. En un instant il fut dans le dos du géant. Il n’avait pas lâché un instant la garde de son katana au cour de l’attaque éclair. Il raffermit sa prise et se prépara à déclencher son attaque. Le lourdeau n’avait pas encore beaucoup réagit et il avait pénétré son périmètre très facilement. Il ne devait même pas savoir où il était passé ! Quelle victoire facile ! Il allait en profiter pour infliger une blessure bien handicapante à ce primitif.
"Imbécile..." perçut Thiki en provenance de l’esprit d’Onyshahell.

Shu vola, la mâchoire et le nez fracturés. Au moment où il dégainait, Groumpf s’était contenté de balancer le manche de sa hache dans son dos, en passant sous son bras, directement dans le visage de l’agresseur, l’envoyant à terre pour le compte. Le match était terminé. Surgit mystérieusement d’on ne sait où, des serviteurs arrivèrent aussitôt avec bandages et onguents de soin. Shu était dans les pommes. ++++ "Wouaa ! Comment il a fait ça, j’ai rien vu !" s’exclama Thiki.
"Bravo Groumpf !" s’enthousiasma Lelfe, fier de son ami. "Tu lui as mis une bonne raclée."
"Même si c’est par chance ou par instinct, il faut reconnaitre que c’est une victoire sans appel et bien méritée." commenta Derym en souriant.
"Non, la chance n’a rien à y voir. Pénétrer aussi effrontément dans le périmètre d’un guerrier tel que Groumpf... Même avec une telle vitesse c’était... osé." déclara Onyshahell d’un ton professoral.
"Mon impétueux disciple à lamentablement perdu." dit Haka d’un ton étrange. "Il semblait fort en colère et se faisait violence pour ne pas éclater devant les invités et l’Empereur. Il a misérablement sous-estimé son adversaire et porté des jugements si hâtif qu’il a agit sans réfléchir. Il savait que ce guerrier était votre disciple. Il n’a pas réfléchit ou analysé calmement la position, la posture et l’esprit combatif de son adversaire. Il a agit comme un sauvage, une brute sûre de sa victoire. J’ai honte ! Je vous pris de m’excuser pour cette conduite misérable !"
Il se leva et fit une profonde courbette envers Onyshahell et Groumpf. Il alla ensuite se mettre à genoux devant son Empereur et se mit à débiter précipitamment des excuses dans sa langue natale.

"Qu’est-ce qu’il fait ?" demanda Derym. "Je doute que vous ou Groumpf soyez offensés."
"Il est responsable de son disciple et de ses actes. C’est du moins ce que veut leur tradition. Il doit en assumer pleinement les conséquences. Shu vient de salement faire perdre la face au Général, voir à l’Empire en entier... Non pas parce qu’il a perdu, mais parce qu’il a méprisé son adversaire, un invité de l’Empereur, un disciple d’un ambassadeur."
Le Général penaud revint s’assoir près d’eux. Il avait été pardonné. D’après Onyshahell, l’Empereur avait décrété que cet incident servirait de leçon au trop fougueux Shu. Il ne fallait jamais se fier aux apparences.
"A qui le tour maintenant ?" demanda Derym.
"Cette fois, c’est moi qui y vait !" déclara Lelfe, fanfaron. "Je suis aussi un disciple d’Onyshahell après tout. Vous allez voir !"

Lelfe s’approcha du grand bonze se tenant près du Général.
"Accepteriez-vous un match amical, un corps à corps aux poings ?" demanda le Barde.
La stupéfaction réussit à ébranler le masque de sérénité tranquille du Moine Soryo. Il faut dire que l’elfe aux allures de dandy semblait un rien ridicule comparé au géant plein de muscle durcit par un sévère entrainement. Pourtant l’invité de l’Empereur avait un sourire amical franc et joyeux.
"Avec plaisir." grommela le moine bourru. "Toutefois je dois vous prévenir que des années d’études m’ont permis de développer les arts martiaux à un haut niveau. Je sais que c’est fort immodeste, mais vous ne paraissez pas... Physiquement en condition pour affronter les rigueurs d’un tel match."
"Allons donc, ne vous inquiétez pas pour moi. J’ai quelques atouts dans les manches !" ricana Lelfe, sûr de lui.

"Puisque vous insistez... Mon Empereur, ai-je la permission ? Bien. Je propose un combat jusqu’au KO plutôt que jusqu’au premier sang. Ce sera plus facile à évaluer... ça ne vous pose pas de problème, noble étranger ?"
"Non, bien entendu." répondit Lelfe, confiant.
Le duel fut donc décidé et approuvé par l’Empereur. Les combattant prirent place dans l’arène et commencèrent à s’échauffer. Enfin, Soryo s’échauffa, faisant jouer ses muscles souples et puissants. Lelfe, lui dut déjà se débarrasser de la multitude d’objets, de parures et de vêtements inutiles qu’il trimballait habituellement. Son adversaire le regarda d’un œil neuf quand il fut torse nu. L’air de rien et malgré son aspect malingre dut à sa petite taille et à sa minceur elfique, il était relativement musclé et d’une souplesse sans égal. Finalement, le match serait peut-être intéressant...

"Il sait vraiment ce qu’il fait ?" demanda Ysandre. "Je ne savais pas qu’il savait se battre à mains nues."
"Je ne sais pas..." répondit Onyshahell. "Dieu sait ce qu’il a put apprendre depuis la dernière fois où je l’ai vu !"
"Avec lui, il faut s’attendre à tout." ajouta Derym. "Mais il aurait put me dire qu’il maîtrisait ce genre de techniques. On aurait pu s’entrainer ensemble."
"En tout cas, j’espère qu’il va assurer." termina Ysandre en contemplant anxieusement les kata de l’opposant de Lelfe. "Son adversaire est un vrai monstre. Regardez moi ces muscles et cette vitesse !"
Thiki ferma les yeux un instant. ++++ "Lelfe s’amuse... Et il pense surement apprendre des trucs de la technique de son adversaire. C’est apparemment un professionnel du combat sans armes."
"Humm... ça colle avec le personnage : il aime les jeux dangereux. Voyons donc comment il va s’en sortir." conclu Derym.
Ils reportèrent leur attention sur le combat qui allait débuter. Sauf Onyshahell, qui se pencha vers Thiki.
"J’ignore comment tu fais ça, mais évite de lire dans les esprits des gens..." lui murmura-t-il au creux de l’oreille, glaçant la jeune fille. "Ce genre de pratique est assez mal vue, particulièrement au cœur de tractations diplomatiques. Et pas mal de magiciens, de prêtres ou d’autres personnes peuvent le détecter."
La jeune fille se tétanisa : l’Ambassadeur avait déjà deviné son lourd secret !
"Je... Je m’excuse." balbutia l’adolescente, honteuse.
Le début du combat l’empêcha de poursuivre.

"Sa garde n’est pas trop minable... Il a de bonnes bases. Mais juste des bases." pensa le Moine Soryo. "Méfions-nous tout de même... Je ne suis pas cet imbécile de Shu pour attaquer sans réfléchir. Mais je ne dois pas non plus rester trop sur la défensive. Allons-y sérieusement dès le début."
Au signal de l’Empereur, il se concentra et fit appel à sa force intérieure acquise après un dur entrainement.
"Kyyaaa !"
Au cri du Moine, une vague de chaleur et de puissance brute sembla frapper les spectateurs. Cela ne surpris pas Lelfe, qui sourit en se ruant à l’attaque tel un tigre enragé. Soryo fit de même, à une vitesse prodigieuse pour un homme d’une telle corpulence. Comme Groumpf, il ne fallait pas se fier à son aspect pataud. Contact. Lelfe lança vivement une nuée de coups de poing. Le Moine les para malgré leur vitesse. Il contre-attaqua par des coups précis et bien appuyés. Même s’il les parait, Lelfe dut reculer, sa garde brisée par la puissance du colosse. Feintant une attaque, il plongea entre les jambes de son adversaire, espérant se rétablir dans son dos et porter un coup bien sentit. Soryo le vit venir et balança un coup de pied prodigieux vers le visage exposé du Barde. Ses réflexes le sauvèrent au dernier moment : il bloqua la jambe de son adversaire avec ses avant-bras en croix. Mais la puissance du coup l’envoya s’écraser à bonne distance de son adversaire. Il se releva mollement, à demi-sonné. Son opposant, beau joueur, n’attaqua pas durant cet instant de faiblesse.

"C’était quoi, cette impression au début ?" demanda Derym. "C’était terrifiant !"
"ça m’a fait la même impression que la rage de berserker de Groumpf." commenta Ysandre. "Mais pas tout à fait en fait... C’est plus... contrôlé."
"Presque, mademoiselle." déclara Onyshahell." C’est ce qu’on appelle, le Ki, l’énergie intérieure mystique. Les Moines peuvent développer une sorte de feu intérieur par un entrainement assidu et exigeant, ainsi que grâce à un mental d’acier. En utilisant cette énergie mystérieuse pour renforcer leur corps, ils peuvent accomplir des prodiges."
"Fascinant !" s’exclamèrent en cœur les jeunes gens.
"Malheureusement, je crois que mon cher frère ne peut pas lutter contre ce genre de chose. Physiquement, mentalement et techniquement, il est dépassé. Il ne peut pas gagner dans sa position actuelle."
"Mais avec Lelfe, il faut s’attendre à des surprises..." commenta Thiki. "Il doit avoir des atouts cachés."
"Ou alors il va droit au suicide." marmonna Ysandre.
"Possible." reconnut Thiki. ++++ Le combat n’allait pas tarder à reprendre, aussi les héros se concentrèrent à nouveau sur l’arène et les combattants. Comment Lelfe allait-il s’en sortir ?
"Pas mal, pas mal du tout !" lui dit son adversaire pendant que Lelfe se remettait en garde.
Le Moine était assez impressionné : ce petit être était d’une vivacité terrifiante, rivalisant presque avec lui. Mais le Moine était désormais sûr de gagner : même bon, son adversaire restait un débutant. Ses coups n’étaient pas assez appuyés, pas assez précis et manquaient les points vitaux, seules techniques qui auraient pu compenser le manque de force physique de l’elfe. En bref, Soryo pouvait encaisser aisément la plupart des coups du Barde sans broncher.
"Toujours partant pour la suite ?" demanda le Moine, polit et cherchant à éviter une humiliation à son adversaire. "La vitesse ne compense pas toujours la technique, mon ami. Vous êtes encore bien jeune pour vous opposer à moi ainsi."
"Je n’ai pas dit mon dernier mot !" s’écria Lelfe. "Je passe aux choses sérieuses maintenant. Kyyyaaa !"
A son tour Lelfe venait de déclencher son Ki, frappant l’assistance d’une vague d’aura combative et de stupeur. Profitant de l’effet de surprise, il se rua au contact et enchaîna une pluie de coups à la vitesse de l’éclair.

Peine perdue, son adversaire ne fit même pas l’effort (ou ne put pas...) les parer. Mais aussi inébranlable qu’une montagne, il ne broncha pas sous l’averse de coups de poing furieux. Enragé, Lelfe visa la gorge, point faible évident. S’il pouvait le toucher là avec un coup renforcé par son Ki... Malheureusement pour le Barde, l’assaut était trop prévisible. La faille était une feinte. Comme Lelfe avait dut ralentir la cadence pour ajuster son coup fatal, Soryo réussit à lui saisir le bras avant de projeter l’assaillant malchanceux part dessus son épaule. Lelfe s’écrasa fort peu dignement, la tête la première. Toujours aussi agile, Lelfe avait, grâce à ses réflexes fulgurants, réussit à ne pas s’assommer dans la chute. Mais il avait pris une belle raclé. Le souffle court, il se redressa sous le regard impassible de son adversaire.
"Vous maitrisez un peu le Ki. J’ai été surpris. Si vous aviez porté immédiatement une attaque comme celle que vous projetiez à l’instant, j’aurais bien pu perdre." commenta le Moine. "Vous êtes surprenant... Mais votre technique n’est pas au point, comme je l’ai déjà dit, même renforcé par le Ki. D’ailleurs, votre maîtrise est imparfaite : vous êtes trop... Agité pour atteindre la plénitude du Ki."
"Haha... ça valait le coup d’essayer. Et je n’abandonne toujours pas !"
"En fait, j’en suis heureux. C’est un combat intéressant. J’ai faillis vous sous-estimer moi aussi. Mais je ne commettrais pas l’erreur de Shu."
Les deux adversaires sourirent en se remettant en garde. Quelle allait être la suite ?

Profitant à nouveau de la pause, les aventuriers purent commenter le match.
"Il est Moine aussi !" s’enthousiasma Thiki. "Je savais bien qu’il avait un truc ! Même si ça a pas suffit."
"Il est vraiment étonnant..." ajouta Derym.
"Mon frère regorge déciment de surprises. Où a-t-il apprit ça ?" demanda Onyshahell.
"Frère Aperstriatus." grogna Groumpf.
"Hein ?"
"Un Moine aventurier. Vieux marrant. On a trainé pas mal avec lui." ajouta le colosse. "Waaah ! Lelfe s’est entrainé auprès d’un vieux Maître ! C’est comme ça qu’il a apprit le Ki." s’exclama Thiki, ravit et convaincu de la victoire prochaine de son ami.
"P’t’être. Mais techniques débiles..." ajouta Groumpf, bien plus pessimiste.
"Débiles ?" s’étonna Derym.
"Ça reprend !" ++++ Lelfe se mis en garde, puis sourit. Ce rictus sereinement confiant augmenta la méfiance de Soryo. Il préparait quelque-chose. Soudain, Lelfe plongea la main dans une de ses amples poches et en sortit... Une bouteille !
"Ikki !" cria-t-il joyeux en engouffrant cul-sec le saké contenu dans l’impressionnant flacon sous l’œil médusé de l’assistance et de son adversaire.
"Il fait quoi là !?!" hurla Ysandre.
"Euh... Il boit." répondit naïvement Derym. "Ce combat lui a peut-être asséché la gorge..."
"C’est de l’alcool Derym..." railla Thiki. "Et du fort, même. On le sent d’ici !"
"Mais il pense à quoi ce crétin !" s’emporta Ysandre. "Il est déjà ivre !" En effet Lelfe avançait à présent avec beaucoup plus de mal, en titubant sur l’aire de combat.

"Z’en voulez ?" demanda-t-il à son adversaire, avec l’élocution pateuse d’un ivrogne.
"Non, ça ira." répondit stoïquement son adversaire médusé. "Mais vous, ça va aller ? Vous ne pouvez poursuivre le combat dans ces conditions !"
"Eh ! Com’y’m’cause l’aut’ ! Un peu qu’j’continue !" répondit Lelfe en s’écroulant maladroitement dans les bras de son adversaire. "J’vais même gagner, tiens." Et il en profita pour coller un magistral coup de tête à son adversaire qui le soutenait. L’impact prodigieux envoya à terre pour la première fois le Moine. Il se releva immédiatement, mais le nez en sang, le regard furieux. Le coup avait été porté grâce au Ki. Ce n’était pas un coup de chance ou un hasard ! C’était... Non, impossible. Une technique ? Ça ? Le Moine, furieux de s’être fait duper, attaqua avec violence. Mais aucun coup ne porta, Lelfe les évitant par forces gesticulations accompagné de "Olé !" sonores. Il en profita même pour donner quelques coups de coudes dans l’estomac du Moine et pour lui faire un croche-patte. Soryo bondit, se mettant à l’écart. Il avait compris. Son adversaire était étonnant et ses techniques bizarres, mais cela ne suffirait pas !

"La Technique de l’Homme Saoul !" s’écria Onyshahell. "J’en avais déjà entendu parler, mais comme d’une légende, une fabulation amusante..."
"C’est vraiment une technique ça ?" demanda Derym, n’en revenant pas.
"Oui. Soryo n’arrive plus à suivre les mouvements anarchiques de mon frère. Il ne peut plus lire les attaques : l’ivresse modifie l’attitude, le visage, les yeux et tout ce qui sert à un combattant pour deviner les coups de l’adversaire. De plus l’alcool insensibilise à la douleur, léve les inhibitions et donne ainsi du courage. Ca permet aussi à Lelfe de se servir de toute sa force, normalement retenue par son cerveau pour éviter les dommages corporels. Et en plus qui oserait frapper un ivrogne ?"
"C’est une arme prodigieuse..." "C’est une technique ridicule ! Offensante, même, pour l’adversaire !" rugit Ysandre, choquée. "C’est... c’est de la dépravation !"
"Et il y a de nombreuses failles. L’attention est diminuée, ainsi que la précision des coups. Ceux-ci sont portés avec une puissance aléatoire. Et même si on sent moins les dégâts, ils existent. Une fois la surprise initiale passée, un Maître tel que Soryo va forcément arriver à battre mon frère."
"Y’a autre point faible." dit Groumpf en tendant le doigt vers l’arène. Lelfe venait soudain de s’écrouler comme une masse, sans avoir encaissé le moindre nouveau coup.
"Lelfe tient pas l’alcool" soupira Groumpf. ++++ Un vent chaud, annonciateur de pluie s’était levé. D’épais nuages grisâtres menaçant occultaient de plus plus souvent le soleil, balafrant l’arène d’ombres et de lumières mouvantes.
"Il va pleuvoir bientôt..." fit remarquer Ysandre. "Ne ferions-nous pas mieux d’arrêter là et de nous mettre à l’abris ?"
"Non, j’ai envie d’essayer." déclara Derym. "La pluie ne me dérange pas et les spectateurs peuvent se mettre à couvert aisement sous ces galeries."
"Quoi ? T’es amateur de ce genre de démonstration de force, maintenant ?" s’étonna la Paladine.
"C’est un truc de mec." railla Thiki. "Et j’suis sûr que la vision de Derym torse nu va te plaire. Après tout, il est plutôt musclé, non ?"
"Thiki !"
Le druide laissa les deux jeunes femmes se chamailler et se dirigea vers Onyshahell. L’elfe fut surpris de sa proposition, mais accepta d’intercéder auprès de l’empereur.
"Voudriez-vous assister à un dernier match ?" proposa l’ambassadeur à la vieille silouhette sous ses voiles. "Le druide Derym souhaiterais un duel avec le Moine Soryo."
"Nous sommes toujours partants pour un noble duel. Si le moine Soryo le désire, il peut répondre à la requête de duel."
"Un autre point : Derym souhaiterait être autorisé à utiliser les forces de la Nature pour combattre d’égal à égal le Moine Soryo. Sans celà, le duel risquerait d’être dépourvu de saveur, Derym reconnaissant lui même la technique supérieure de Soryo."
"Hummm... Ceci est assez irrégulier. Nous pronons le dépassement du corps et de l’esprit. L’utilisation de la magie n’est pas..."
"Certes, mais nous ne parlons pas ici de sombre manipulation mentale ou de déluge de feu : Derym souhaite juste renforcer ses capacités par ses pouvoirs concédés par Mère Nature."
"Vous chatouillez ma curiosité ! Très bien, le druide est autorisé à se servir de ses dons occultes. A moins que son adversaire n’y voit un inconvénient ?"
"Non. Moi même je suis curieux." répondit le moine Soryo. "Et je me dois de faire honneur à mon Empereur. J’accepte donc le défi ! Lelfe m’a surpris avec ses techniques peu orthodoxes, voyons ce qu’un druide peut faire contre moi !"

Et ainsi les deux nouveaux combattants prirent place dans l’arène sous un ciel plombé. Derym était concentré, se remémorant tout les enseignements de son vieux Maître. Celui-ci l’avait formé aux arts du combat à mains nues et Derym, avec son sérieux habituel, avait laborieusement apprit le combat. Cela suffirait-il contre un moine, un Maître d’arts martiaux ? Sans doute pas... Mais le jeune homme avait plusieurs atouts dans ses manches. Inspiré par Lelfe, il comptait bien essayer plusieurs nouvelles techniques qui lui étaient venus à l’esprit. Et il espérait s’en sortir un peu mieux (oui du moins plus glorieusement) que le Barde. Soryo était cette fois plus méfiant, se mettant dès le départ en garde et déployant son Ki. Il avait été échaudé par les techniques bizarres et imprévisibles de Lelfe : il devait donc s’attendre à tout de la part du Druide étranger. Pourtant, la garde de ce Derym était classique, voire scolaire. Et plutôt bonne, bien que sans imagination. Soryo se méfiait quand même. Un éclair et un grondement de tonnerre explosèrent, répondant au signal de départ lancé par l’Empereur. Les deux combattant se jetèrent l’un sur l’autre. ++++ Derym attaqua, feinta et lança vers l’adversaire ses meilleurs coups, rapides et bien appuyés. Aucun ne passa, son adversaire esquivant et parant trop vite pour que le jeune homme arrive à suivre. L’enchaînement de coups cessa quand le Moine plongea au sol et d’un coup de pied souple faucha les jambes de Derym. Celui-ci réagit immédiatement en heurtant le sol et fit un roulé-boulé pour éviter la succession d’attaques du Moine. Il se redressa hors de porté de son adversaire au moment où la pluie creva les nuages, noyant les combattant sous une douche glacée.
"Quelle force, quelle rapidité..." cracha Derym, déjà le souffle court. "Mes attaques lui font rien. Et Lelfe se battait contre ça !". Le jeune homme eut un sourire. Cela s’annonçait passionnant.
Soryo avait pu jauger maintenant le niveau de son adversaire. Bien que doué, il n’était pas pour le moment un danger pour lui. A l’inverse de Lelfe, il n’était pas extraordinairement rapide et agile et ses assauts manquaient d’imagination. Par contre il était bien plus fort et plus résistant : malgré sa maîtrise du Ki, le moine sentait de cuisant élancement sur ses avant bras ayant servis à parer les premiers assauts furieux de Derym. Et il s’était relevé bien vite une fois envoyé à terre...

Soryo sourit : voilà l’exact style de combat opposé de celui de Lelfe. Mais il y avait ainsi une faille énorme dans les coups de ce druide : la rapidité laissait à désirer et il était facile au maître de lire les assauts prévus par le druide. Mais méfiance quand même. Derym avait récupéré. Il cherchait un moyen de casser la garde de son adversaire, si rapide, si fort. Une idée lui vint au moment où Soryo chargeait. Plutôt que d’attendre l’attaque, il se rua à la rencontre de son adversaire, aussi vite qu’il put, même s’il ne pouvait atteindre les sommets de rapidité d’un corps maitrisant le Ki. Soryo sourit en le voyant jaillir à l’assaut : c’était du suicide ! Soudain le druide disparu de son champs de vision ! Non, plus bas ! A même le sol. Derym était tombé à cause du sol devenus boueux sous la pluie ? Non, en fait le druide glissait à pleine vitesse sur la boue, visant les jambes du moine médusé. Il avait surpris Soryo ! Le moine sauta, esquivant le tacle puissant du Druide. Bien essayé, mais inutile.

Là, Derym le surpris une nouvelle fois. Il avait prévu l’esquive : le moine voudrait sans doute le frapper tandis qu’il poursuivait son incontrôlable glissade. Mais elle n’était pas incontrôlable : Derym, en utilisant le pouvoir du Saphir de l’Eau, avait gelé l’eau boueuse devant lui, fournissant une cale qui l’avait arrêté avant que le Moine ne soit retombé de son saut. Derym se redressa aussitôt et lança un crochet vers la mâchoire du moine déstabilisé. Le moine, trop rapide, captura son poing dans le sien.Derym expédia aussitôt un uppercut de son autre poing, visant l’estomac. Sans plus de réussite : là encore, Soryo saisit son bras trop vite.
"Joli coup. J’ai faillis me faire surprendre." déclara Soryo, en maintenant le druide immobilisé de ses bras puissant.
Derym sourit et commença à psalmodier à toute allure.
"Ce n’est pas finit !" conclut le Druide. A la grande surprise de Soryo, les bras de Derym commencèrent à se couvrir de poils noir et drus, une véritable fourrure. Ses muscles grossissaient, ses bras s’allongeaient, brisant l’étreinte du moine. Des griffes noires ornaient maintenant les mains, ou plutôt les pattes du Druide. Le moine Soryo affrontait maintenant un monstre mi-homme, mi bête.

"Wouuaaa ! Comment y fait ça ?" s’exclama Thiki.
"Il a des pattes d’ours à la place des bras !" s’émerveilla Lelfe, à présent remis de ses libations.
"Magie chamanique. Il semble en avoir appelé à la bénédiction du Totem Ours. Je paris que c’est l’ambassadeur Urkall qui lui a apprit ça. Le rusé renard..." commenta Onyshahell.
"Hein ? Je croyais que Derym était un druide élémentaliste... C’est pas un peu bizarre ?" demanda Ysandre, perdue.
"Non, Derym a reçut une formation généraliste, ouverte. Même s’il a des préférences lorsqu’il utilise ses sortilèges, il peut très bien utiliser tous les styles de magie liés à la Nature. Enfin, avec plus ou moins de bonheur : regardez, la transformation est très incomplète, seul les bras se sont métamorphosés. Il ne contrôle pas encore cette technique à son maximum. Mais l’effet psychologique sur son adversaire doit être dévastateur !" ++++ Le moine Soryo fut tellement déboussolé par la métamorphose partielle de son adversaire qu’il ne vit pas venir le premier coup. La patte puissante de Derym l’expédia à terre, l’envoyant rouler dans la boue. Quelle force ! A travers le rideau de pluie, le moine vit juste à temps se précipiter la bête fauve, il plongea sans chercher à plus se relever et évita ainsi de justesse un coup de griffe. Magnifique combinaison, en tout cas : la force et l’allonge du jeune homme avaient bien augmenté grâce à cette étrange magie. Les griffes formaient des armes redoutables, en plus des coups de poing terribles. Mais ce n’était pas tout. Cette métamorphose décuplait aussi les sens animaux du druide, qui n’avait aucun mal à poursuivre le moine malgré le rideau de pluie dense. Et impossible de saisir les bras musclés du druide pour une projection : la fourrure rendue glissante par la pluie empêchait toute prise. Soryo sourit : enfin un vrai défi ! Il avait raison de penser que ce jeune homme, comme Lelfe, avait des ressources insoupçonnées.

Il n’était pas inquiet : une fois la surprise passée et les changements calmement analysés, le combat ne semblait pas si dur. En effet, il restait la faille principale de Derym : son manque de vitesse. La transformation l’avait même ralentit : ses lourds bras griffus si puissant, si impressionnant, n’étaient pas taillés pour les attaques rapides et les déluges de coups. Soryo concentra toute son attention et son Ki dans la défense. Il renforça ses réflexes au delà des capacités humaines normales. Les assauts furieux et pourtant techniquement parfait de Derym manquaient à chaque fois leurs cible. Même s’il n’attaquait pas, Soryo savait qu’il avançait peu à peu vers la victoire : déjà le druide avait le souffle court. Le sortilège était épuisant. Derym souffrait et sentait ses forces vives l’abandonner. Son adversaire s’était trop vite remis de sa surprise et avait trop vite compris la faiblesse de sa technique. Il lui fallait un plan, et vite, sinon il allait perdre par épuisement. Le druide plongea soudainement ses pattes dans le sol meuble et envoya une cascade de boue vers le visage de son adversaire.Celui-ci surpris, fit un bond en arrière pour éviter d’être complètement aveuglé par la boue. Mais Derym profita de cet instant pour se catapulter droit sur lui, le bourrant de coups acharnés.

Les premiers firent mal, arrachant cris et grimace au moine. Puis il eut un rire de triomphe. Derym constata avec horreur que sa magie s’était finalement épuisée. Pire même : le Moine de la voie du Roc avait utilisé son Ki pour renforcer ses défenses, transformant sa peau en véritable barrière de roche dure ! Et le jeune homme, emporté par son élan animal, s’était fracassé les poings sur cette protection, manquant de se briser les os si la magie n’avait pas cédé en premier ! Le moine se débarrassa du druide d’un coup appuyé, renvoyant Derym au sol.
"Cette fois, c’est fini !" exulta le moine, sur de sa victoire en abattant un tranchant de la main redoutable sur la nuque de Derym. Un aller simple pour le pays des songes. Le choc fut rude et... râpeux ! Derym se redressa sous la pluie, la peau désormais marronâtres et dure, veinée de lignes de bois.Un sort de Peau d’écorce !
"On peut jouer à deux à ce jeu là." ricana le Druide, fier d’avoir flouer le Moine.
"J’ai en effet été un peu trop sur de moi... Mais malgrés ça, je vais gagner !" Et il se jeta à l’assaut.

Son poing, tout de Ki concentré, était un marteau foudroyant, luisant littéralement de puissance flamboyante dégagé par le Maitre d’arts martiaux. Mais Derym avait encore un plan. Ce duel et les combats précédant lui avaient appris que celui qui gagnait était bien souvent celui qui analysait froidement, celui qui prévoyait et maitrisait sa fièvre du combat. Il ne prit donc pas peur en voyant débouler l’attaque monstrueusement puissante de son adversaire. Il se concentra et fit appel à toute vitesse à ses dons. Aussitôt la pluie autour des combattants se changea en brume dense, chaude et impénétrable. Dissimulé par le brouillard, Derym put esquiver à temps le coup titanesque du Moine. Le jeune druide réfléchissait à toute vitesse : il arrivait au bout de ses ruses et de ses tours. Le brouillard qu’il venait de lever à l’aide de la gemme incrusté dans sa chair le dissimulait pour le moment aux yeux de son adversaire. Il devait profiter du répit pour concevoir une stratégie. Un poing sortit brutalement de la brume, frappant sauvagement la poitrine de Derym qui s’étala, le souffle coupé par le choc et la surprise. Le sortilège de Peau d’écorce vola en éclats sous le choc. ++++ "Tu es jeune et naïf. Croyais-tu vraiment qu’un peu de brouillard m’empêcherais de te localiser ? Je peux sentir ta présence même dans l’obscurité."
Le jeune druide se releva, la respiration sifflante. Pas de bol, son plan si ingénieux se retournait contre lui ! Vite, il fallait trouver une solution. Son instinct l’incita à plonger. Heureusement pour lui : un autre coup puissant jaillissait du brouillard pour le mettre KO. Ça lui permit de localiser vaguement son adversaire. Refaisant son tacle glissé sur la boue, il parvint cette fois à surprendre le Moine. Même si celui-ci pouvait le localiser et sentir venir l’attaque, il ne pouvait pas aisément en prévoir la forme. Ils s’effondrèrent pèle-mêle sur le sol boueux. Le brouillard se leva, à la grande joie des spectateurs, la concentration de Derym brisée par le choc. A terre, ils se bourrèrent mutuellement de coup de poings. Très vite le druide dut se résoudre à encaisser la pluie de coups donnée par le maître d’arts martiaux. Il finit par faire une roulade pour se mettre hors de portée. Il se redressa, un sourire aux lèvres.

Le Moine Soryo se redressa lui aussi et vit l’expression joyeuse du druide. Que préparait-il donc ? Pour le savoir, rien ne valait une bonne attaque. Il s’élança. Il s’écroula immédiatement.
"Mais que..." grogna le moine, incrédule.Sa jambe gauche refusait de le porter !
Elle était totalement engourdie par le froid. Derym avait encore utilisé la gemme de l’Eau pour congeler la jambe de son adversaire lors de leur affrontement au sol. Soryo sourit : vraiment bien joué ! Derym était déjà sur lui, cherchant à l’assommer à coup de pied en profitant de sa position avantageuse. Soryo esquiva les coups les plus dangereux et riposta tant bien que mal. Derym le dominait complètement, sur de ça victoire : le moine était tombé dans le piège et n’avait pas sentis la magie de glace lors de l’assaut précédent. Il était immobilisé à terre. Contre toute attente, il allait gagner ! La victoire était à l...

La mâchoire de Derym explosa de douleur, frappé sauvagement par la jambe normalement immobilisée de Soryo. Le druide vola, trop surpris pour avoir eu le temps de se mettre en garde. Il s’écrasa durement dans la boue. Malgré sa constitution exceptionnelle, un coup direct en pleine tête, amplifié en plus par le Ki, ça faisait mal ! Il tenta de se relever, mais le monde tournait, des fleurs noires explosaient devant ses yeux, des cloches douloureuses carillonnaient dans sa tête meurtrie. Il vomit du sang. Finalement, il s’écroula pour le compte. Le moine s’était finalement montré plus malin que le druide : il avait certes été surpris au début par l’attaque congelant sa jambe. Il s’était bien fait avoir et s’était étalé. Mais avec sa maitrise du Ki, il s’était rapidement concentré et avait immédiatement restauré sa jambe. Le Ki ne servait pas qu’à l’attaque ! Il avait ensuite simulé le handicap et esquivé les assauts les plus graves tout en guettant l’occasion. Dès le premier moment d’inattention du Druide, il avait frappé. Et vaincu.

Il s’inclina devant son Empereur et alla aider Ysandre pour relever et soigner le jeune druide. Celui-ci l’accueillit avec un pâle sourire. Il remercia son adversaire en balbutiant. Décidément le druide avait une résistance hors norme. Soryo le félicita pour ce combat si disputé. L’Empereur fit de même, visiblement ravis d’avoir vu un tel étalage de techniques.
"Félicitation. Tu es bien plus fort que je croyais." déclara Ysandre. "C’est la première fois que je te vois te battre à fond. Tu caches bien ton jeu, sous tes airs de pacifiste !"
"Et Ysandre à l’air d’aimer les hommes forts..." glissa sournoisement Thiki. "Bah, félicitation quand même ! Bien que je trouve ce genre d’étalage testostéroneux bien inutile, c’est un spectacle presque distrayant."
"Merci... Mais j’ferais pas ça tout les jours. Mais comme disait Lelfe, on apprend sacrément de ces petits matchs amicaux."
"Amicaux, amicaux, t’es dans un sâle état quand même." Leur discutions fut interrompue par l’invitation à déjeuner faite par l’Empereur. Après l’effort... ++++ Le repas fut somptueux et ils purent enfin voir de leurs propres yeux le souverain de l’Empire Hira Ku. Il s’agissait d’un vieil homme, usé par le pouvoir, fatigué mais à l’œil encore alerte. Les combats l’avaient mis de bonne humeur, aussi autorisa-t-il les aventuriers à sa table somptueuse. D’après Onyshahell, c’était un honneur insigne, peu de gens avaient l’occasion de voir l’Empereur, dont la présence sacré ne devait pas être dévoilé aux mortels. Peu au fait de la diplomatie, les aventuriers n’apprécièrent sans doute pas l’honneur à sa juste valeur. Lelfe s’entendit très bien avec tout le monde, se faisant de nombreux amis dans la suite de l’Empereur. Il fit même rire le vieil homme avec quelques blagues scabreuses un rien holé-holé. Enfin, ce qui le fit le plus rire furent les propos et regard outrés d’Ysandre et d’Onyshahell, agrémentés de piques de Thiki. Visiblement, il avait pris les héros de sympathie.
"Alors comme ça, vous aller vers la région de No Oryu. Bonne chance en tout cas..."
"Pourquoi ?" demanda Derym. "Le voyage est si pénible ? Votre province est pourtant fort belle et avenante."

"Ce n’est malheureusement pas le cas de tout l’Empire. Cette région fut le théâtre d’une lointaine guerre magique. Elle est dévastée et peuplée de monstres étranges. La magie y est instable et dangereuse. Il y a d’abord un désert rocheux, un chaos d’aiguilles de roche déchiquetées où seuls des monstres hideux vivent dissimulés dans l’attente d’un imprudent voyageur."
"Génial. Ça pouvait pas être simple, pour une fois..." gémit Thiki. "Je veux des villes, je veux des auberges et des lits confortables !"
"Et ce n’est pas tout." continua l’Empereur, ignorant l’interruption de l’adolescente boudeuse. "Une fois passé cette zone instable où les magies perverties règnent en maître, une forêt sombre et dense s’étend sans fin au pied des montagnes, peuplée d’elfes sauvages, dangereux et xénophobes, tuant et traquant tout intrus sur le sol sacré. Et après cela, il reste les montagnes, des sommets enneigés infranchissables de plus de 8000 mètres..."
"Mon dieu, ça va pas être facile..." soupira Ysandre.
"Pas facile ! Là on tombe plutôt dans la catégorie impossible, non ?" ricana nerveusement Thiki.
"Rien n’est impossible !" s’exclamèrent ensemble Derym et Lelfe. Ils s’esclaffèrent.

"Plus sérieusement, j’ai une idée." interrompit Onyshahell. "_ Vous devriez aller dans les Monts Nyoshu. Vous y trouverez sans doute une aide inespérée pour franchir ces obstacles." répondit l’ambassadeur, sibyllin.
"Pourquoi ? Si je me souviens bien des cartes, c’est pas vraiment dans la bonne direction." demanda Thiki.
Lui et l’Empereur échangèrent des regards étranges de complicité.
"Si vous suivez les conseils de votre Ambassadeur, pourriez-vous me rendre un service au passage ?" demanda le souverain.
"Bien sûr !" répondit Derym, honoré de rendre service à un puissant monarque, lui l’humble druide inconnu.
"Et quel genre de service ?" demanda Ysandre, nettement plus méfiante : pourquoi l’Empereur ferait-il appel à eux ?
"J’ai appris que vous aviez brillamment débrouillé une pénible histoire de meurtre au cour de votre passage sur une île."
"Oui, et alors ?" répondit la Paladine, surprise : comment il pouvait savoir ça ? Ses services de renseignements devaient vraiment être très bons !

"Des meurtres inexpliqués ont lieu dans une cité près des Mont de Nyoshu. M’en mêler serait une faute de gout inexcusable : ce serait un affront pour mon Daymo, une remise en doute de ses compétences et de son autorité... Pourriez-vous lui apporter un coup de main officieux dans son enquête ?"
"Je ne sais pas trop... Mais on pourra toujours essayer." finit par répondre Derym, curieusement, Onyshahell avait un regard brulant, le pressant d’accepter. "On fera de notre mieux en tout cas !"
"Une dernière chose, j’aimerais qu’un de mes gens vous accompagne. Pour vous servir de guide et d’interprète. En plus c’est une excellente cartographe et elle connait des rudiments de... L’Art magique."
"Grand-Père !" coupa Minoru. "Est-ce vraiment prudent de..."
Un bruit de chute interrompit la conversation. Tous se tournèrent vers son origine. Une jeune fille venait de s’écraser au pied d’un escalier, autour d’un chaos de cartes, papiers, livres et matériels d’écriture. Elle se releva péniblement en gémissant et remis ses larges lunettes sous le regard médusé des aventuriers..
"La voilà d’ailleurs... En retard, mais quelle entrée fracassante !" rigola l’Empereur.

La jeune femme s’avança timidement vers eux, s’époussetant après sa chute brutale mais sans gravité. Elle avait un beau visage, l’air un rien ahuri, mais des yeux décidés. De la même taille que Derym, elle semblait un peu plus jeune, effet accentué par deux nattes de cheveux noirs et la rougeur de ses joues suite à son arrivée impromptue.
"Euh... Désolée pour le retard !" s’écria-t-elle gaiement. "Et désolée pour l’arrivée en fanfare. J’ai voulu emporter trop de choses. Je suis Koyan, scribe, cartographe et espionne !"
"Tu n’es pas obligée de l’annoncer comme ça, cousine..." soupira Minoru.
"C’est elle que nous devons prendre avec nous ?" demanda Derym, étonné.
"Oui, s’il vous plait... Elle me demande depuis si longtemps de faire ses preuves. Je suis sur qu’elle vous sera utile et... Je me sentirais rassuré si elle est avec de si bons combattants."
"Bon, alors d’accord !" répondit le druide, sans plus réfléchir. Une telle marque de confiance.
"Bienvenue dans la bande des gens bizarre !" railla Thiki. "Tu verras, on s’habitue..."
"Enchantée de faire votre connaissance à tous. J’ai hâte que nous vivions de passionnantes aventures ensemble."
"Une autre excitée, maladroite en plus." glissa Ysandre à l’oreille de Lelfe. "Je sens venir les ennuis. Vu son arrivée... T’es sûr que t’es jamais venu ici ? Y’a pas d’enfant illégitime qui se balade dans le coin ?"
"Ah, ah, très drôle." répondit Lelfe tout bas. "Mais Maman-poule-la-Paladine va pouvoir prendre sous son aile un nouveau poussin. Réjouis-toi !"

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