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Chapitre 3 : On entre, on prend, on sort. Pas de problèmes...

Chapitre 3 : On entre, on prend, on sort. Pas de problèmes...

(Mens sana in corpore sano... ? - 16/04/2003)

"Mission pile dans nos cordes, non ? On la dirait taillée pour toi !" commenta Nagan.
"C’est le cas." ricana Myriam. "Notre cher Deeper s’est vraiment surpassé cette fois. Un job parfait... Trop peut être. Deeper ?"
"Oui, Ma Dame ?" afficha le moniteur rétinien de la rigger. "Que puis-je faire pour votre bon plaisir ?"
"Arrête avec ça. File moi plutôt les infos sur notre cher et pressé employeur."
"Et bien, le petit est déjà fort discret. Si je ne m’étais pas intéressé aux sciences et en particulier aux cybertechnologies et à la biologie... Il s’agit du Dr. Enrick Hoerfell. Scientifique de génie, doctorat en microbiologie, en cybertechnologie médicale et en biophysique. Et il s’intéresse à de nombreux domaines. Ou plutôt s’intéressait. Voilà prés de quinze ans qu’il n’a rien publié, n’a assisté à aucune conférence. Il a littéralement disparut de la circulation."
"On n’a pourtant pas rencontré un fantôme... ça pue la manigance corporatiste."

"Fort probable. Une corpo l’a sans doute réservé à son propre usage... Impossible de dire laquelle pour l’instant, mais les recherches sont en court. Je frétille littéralement de joie d’avoir eu l’occasion d’approcher une personne si douée ! Et si mystérieuse..."
"Et dieux sait que tu aimes les mystères... Passons à l’autre."
"Là, rien, que dalle, nada. Rien dans les photos de la police, ni dans les banques de données du personnel des corpos les plus importantes. Je suppose que son nom est Lomeg mais rien n’est moins sur. Ah si, un détail important : c’est sûrement un decker professionnel, et un sacrément bon. C’est lui qui m’a contacté, directement, sans passer par mes agents habituels. De plus, il me surveillait dans la Matrice de l’établissement..."
"Humm... Et c’est tout ? J’ai un drôle de pressentiment..."
"Oui. Bienvenue dans le rôle du chef ! De toute façon, faut savoir que les missions ne se déroulent jamais comme prévus. Attends-toi à l’inattendu !"
"Merveilleux conseil... Bon, au boulot maintenant !"

Le garage de Myr servait de quartier général aux runners. Ils avaient troqué leurs vêtements coûteux pour des tenues plus adaptées à la suite des opérations.
Nagan était tout de noir moulant vêtus, portant également moult sacs, sacoches, étuis et caches secrètes contenant son attirail de shaman ninja.
Ysis était devenue une superbe elfe blonde pulpeuse, légèrement vêtue d’une tenue de fliquette une voire deux tailles trop petite. On se demandait où elle pouvait bien cacher ses armes, mais Nagan était persuadé que la runner expérimentée en avait encore plein sur elle malgré sa tenue fort légère... Ceth était comme d’habitude, en cuir noir, véritable Hell’s Angel géant. Deux shotguns pendaient négligemment à sa ceinture. Du matériel de pro, du matériel interfacé et avec canons modifiés pour des ravages encore plus terribles. Il fallait vraiment être un Troll pour utiliser des armes avec un recul pareil. Son attirail était complété par son épée large, fixée sur son dos.

"Tu ne peux donc pas être discret, au moins un peu ?" demanda avec ironie la jeune rigger.
"J’suis un guerrier ! Et j’aime être à l’aise si y’a de la baston. Et puis comment comptes tu dissimuler un Troll ?"
"Un bon point, mais passe au moins les frusques de docker qu’Ysis t’as dégotté ! Et laisse les armes dans l’Oxymore..."
Le Troll grommela mais obéit. Il n’était pas idiot et savait que dans la rue, un combat évité valait un combat gagné. C’était peut être pas très courageux, ni très digne, mais ça valait mieux pour sa vie et surtout pour celle de ses amis. Nagan s’approcha alors, en silence, faisant sursauter la rigger.
"Tu nommes toujours tes véhicules et tes drones ? Et pourquoi Oxymore ?"
"J’aime baptiser mes créations. Tout artiste adore ça ! Et pour l’Oxymore... Il s’agit d’une figure de style. C’est Deeper qui me l’a apprise, c’est quand on juxtapose deux termes opposés. Comme une obscure clarté, un silence éloquent, une intelligence militaire..."

"Ou une ambulance de guerre." termina l’adepte shaman. "Je vois. Toi et Deeper avez un humour étrange. Mais Serpent approuve ce nom, lui seul sait pourquoi..."
"A propos de serpent... Tu va emmener, ce... cet... animal ?"
"Bien sur ! Oh, arrête de paniquer, il est gentil. Et il fera un merveilleux éclaireur !"
"Mouais... J’amène déjà mes deux mini-drones de surveillance... J’suis pas sur que..."
"Il se fera tout petit, promis ! Et il ne viendra pas devant." supplia le ninja.
"Bon, bon, d’accord..."
Ceth coupa leur conversation. Il avait finit de charger l’ambulance modifiée de la rigger.
"Fini ! Mais t’es sur qu’on enlève la mitrailleuse arrière ? Et l’unité de survie ?"
"Oui. Vu la taille des caisses à emporter, on doit gagner de la place. Et si on doit fuir en vitesse, j’préfère voyager léger."

Une voix s’éleva dans les comm qu’ils comptaient utiliser. Deeper était prêt lui aussi. _"Système de communication paré, configuré et sécurisé ! Et j’ai choisit les noms de code."
"Génial..." firent en cœurs ceux qui avait déjà travaillé avec l’elfe, fort peu ravis.
"Que nous as-tu trouvé cette fois ?" demanda Myriam.
"Toi, tu es Spike, je serais Ed, Ceth sera Jet, Ysis sera Faye et Nagan sera Vicious..."
"Pourquoi j’ai un pseudo comme ça ?" maugréa Nagan.
"Parce que tu t’es incrusté et que je t’avais pas prévus au départ !" répondit joyeusement le decker.
"On peut y aller alors." coupa Myr.

L’ambulance se fraya fluidement un chemin a travers la circulation embouteillée de Seattle. Myr pestait : voulant rester discrète, elle n’avait pas allumé les gyrophares et la sirène. Et on se traînait... Vraiment aucun respect de la part des autres automobilistes ! Si y’avait marqué Doc Wagon, ils se pousseraient ! Mais il fallait jouer profil bas. Et les ambulances et médicoptéres Doc Wagon étaient de toute façon, tous référencés.
"On arrive au premier barrage..." commenta la rigger. "Ed, t’es online ?"
"Je suis dans la place, ma chère enfant. Vous voici maintenant nantit de l’autorisation de circuler dans la zone sinistrée. Vous êtes les renfort médicaux pour la zone T7 du port..."
Un officier arrêta tranquillement le véhicule. Tout sourire, Myr lui fit un salut joyeux.

"Halte ! Zone à circulation limité ! Vos autorisations, s’il vous plait."
Myr lui tendit aimablement une carte magnétique (fausse, merci Deeper). Le policier l’introduisit diligemment dans un lecteur qui afficha obligeamment les informations encodées par le decker elfe.
"Nous sommes l’équipe médicale appelée en renfort pour la zone T7." commenta Myriam, cherchant à accréditer la version fournit par l’informatique.
"Bien... On aurait put nous prévenir quand même !"
"Personne ne vous a rien dit ? Faut dire que ça à l’air d’être un sacré bordel ici. On dirait une zone de Desert War !"
L’adolescente, habilement maquillée par Ysis, cherchait à rendre son personnage d’ambulancière expérimentée le plus crédible possible. Mais changer sa voix juvénile était pénible. Il fallait abréger avant de commettre un impair fatal.
"On peut y aller, maintenant ? C’est pas qu’il y a des vies en jeu, mais..."
"Un instant. On doit vous fouiller... C’est la règle, désolé."
"Eh ! On est des médics indépendant, nous ! Le temps c’est de l’argent ! Et du sang aussi : on est pas à la douane, on fait pas du tourisme."

"On va faire vite." sourit le policier. Visiblement, il s’ennuyait à ce poste de garde. Deeper avait sûrement choisit cet accès pour ça. Peu fréquenté, mais logique pour qui veut se rendre sur les quais. Et il avait sûrement consulté les états de services des gardes... Des municipaux et non des sbires de la Lone Star. Bref, des gens qui avaient autre chose à faire à leurs yeux que de fouiller une ambulance. Deux de ses collègues passèrent à l’arrière du véhicule, ouvrant les portes. Ils saluèrent les deux médecins humains qui attendaient tranquillement à l’intérieur. Heureusement, ils se contentèrent de cet examen sommaire. Ils ne virent pas les armes dissimulées sous un brancard, ni les drones cachés dans une caisse de prétendu matériel médical. D’un geste, l’officier leur fit mine de circuler. Dés qu’ils eurent tourné au coin de la rue, elle se retourna (elle n’avait pas besoin de voir pour piloter).

"Ça va ?"
"J’suis naze mais le sort a tenu..." murmura Nagan. "Il nous ont pris pour des docteurs tout ce qu’il y a de plus normaux."
"Parfait, j’vais rouler lentement pour que tu récupères. Ensuite on te largue avec les drones pour la reconnaissance... Ed ! Ça en est où ? T’as le plan des égouts ?"
"Oui. Je transfère ça dans ton système, fais en un tirage papier pour notre non-cablé. Qu’il aille serpenter dans la fange. Attention cependant : vous avez vu ces dégâts ? On dirait vraiment que cet endroit a été bombardé ! Fait gaffe aux effondrements Vicious..."
"Ça va aller, Serpent est avec moi !"
"Bon, j’attends que Faye soit en place au QG local et me branche. Pas moyen de désactiver les drones de surveillance autrement. C’est qu’il y a une activité monstre ici ! Ça grouille littéralement de flics et de gardes de la Lone Star..."
"Trop pour un accident de bateau transportant des produits toxiques ?"
"Peut-être... Je vais chercher."

Ysis se dirigea d’un pas nonchalant vers le QG de campagne monté en toute hâte par la Lone Star et les flics. Comme prévu, il avait été facile pour la runner de s’introduire dans le quartier protégé en trompant habilement les gardes balbutiant devant sa féminité. Un uniforme trop moulant, un badge trafiqué par Deeper, des rivalités et problèmes de communication entre services et un sourire enjôleur de niaise à forte poitrine et le tour était joué. Les hommes ! Elle avait fait un détour par la cuisine où se relayaient les policiers, pour s’emparer d’un plateau chargé de cafés. Et tendre l’oreille aux rumeurs. Parfait, pas d’alarme, pas de nouvelle des autres... La curiosité de la runner avait été aiguisée par les conversations. Apparemment, il se passait quelque-chose d’important ici : les flics étaient tout excité et travaillaient comme un nid de fourmis en colère. Ça grouillait littéralement de municipaux et de Lone Star. Bizarre, ils ne s’appréciaient guère...

Elle surprit plusieurs fois le nom de Dunkelzahn, feu le premier Dragon devenu président des UCAS. Ce pourrait-il que... Non, elle devait se faire des idées. Et ça ne la regardait pas. Pourtant cette histoire d’explosion d’un bateau chargé de produits toxiques semblait de moins en moins crédible vu de l’intérieur : même si elle voyait passer des blouses blanches et des équipes en tenues NBC, les policiers ne semblaient pas se considérer comme en danger. Bah, pas grave... La mission avant tout. Plateau de rafraîchissements dans les bras elle s’approcha de la camionnette blindée qui servait de central aux systèmes informatiques et aux riggers de drones de surveillances.
Parfait, même pas un planton pour garder la porte.
"Rappelle-toi : Myr veut une mission parfaite ! Pas de mort." souffla une voix dans son com’ intégré.
"Ed, casse-toi. Je connais mon boulot. J’ai promis à la gamine que je ne les buterais pas... De banals flics. J’vais pas me fatiguer pour ça ! Et coupe la com’, tu vas nous faire repérer."
Le decker obéit, laissant Ysis seule. Feignant la maladresse, elle s’avança vers la porte.

"Monsieur, nous avons les données satellite." annonça un decker à Jorg.
"Parfait. Transmettez. Et je veux une copie papier et une sur transparent." répondit froidement l’elfe. Il contempla le flux de données. Une idée à lui : utiliser les satellites météo et militaires pour avoir un enregistrement de ce qu’il s’était réellement passé ici... Ou du moins essayer d’en avoir une idée. ça avait pris du temps mais il avait eut accès finalement aux données, y compris militaires. Les mots assassinat de Grand Dragon lui avaient ouvert bien des portes. Mais pas assez vite à son goût. Il projeta dans son esprit la première série de données. Images météo. Qualité médiocre, aucun détail visible. Le satellite n’était pas équipé pour ça... Du temps perdu ? Non, peut être pas. Il se connecta à la Matrice et afficha les prévisions pour la soirée du meurtre et compara les cartes avec le temps réel.

C’était fort visible. Un orage d’une ampleur phénoménale avait soudain englobé les docks. Et que les docks. Il nota l’heure. Il faudrait qu’il consulte un Mage et un météorologue, mais il lui semblait qu’il y avait bien trop d’éclairs dans cette tempête... ça confirmait les témoignages qu’avait obtenu Calloway auprès des dockers. Il passa à la deuxième série de données, celle provenant d’un satellite espion militaire passant par chance (enfin... Seattle était un point névralgique focalisant les tensions de la région, alors le hasard...). Il grogna : les premières images étaient inexploitables à cause de la tempête. Mais avec le zoom du satellite, il put suivre les magnifiques foyers d’énergies crépitantes dans l’orage. Suivaient-elles un schéma logique ? A vérifier. Une option lui rendit le sourire : mode infrarouge. Voilà quelque-chose de plus utile. Il ouvrit la Matrice et programma en toute hâte un logiciel de comparaison. Superposant les images, il élimina les foyers orageux pour conserver... Les explosions !

Elles se multipliaient dans le quartier, suivant des lignes de destructions non-aléatoire. Fasciné, il suivit le combat qu’il devinait entre le dragon (tâche floue, penser à voir s’il pouvait améliorer la définition) et... Autre chose. Le ou les adversaires du dragon restaient invisibles. Il ne s’agissait donc pas d’un chasseur à réaction ou de n’importe qu’elle autre armes/véhicules lourds militaires. Ni d’une foule (à vérifier : pouvait voir une foule aux infrarouges à cette définition ? Il ne le pensait pas, le satellite n’étant pas le meilleur qui soit). Le mystère s’épaississait : qui avait donc combattu et tué ce dragon ? Un ou des mages qui auraient masqué leur signature thermique ? Autre chose. Il termina la séquence en visionnant le pont où était encore enchâssé le corps. Il devina une longue lame de flamme, sûrement crachée par cette forme flou qui devait être le dragon. Ensuite... La brillance augmenta, explosa, englobant le pont et le dragon. L’eau autour bouillonna, brouillant l’image par des flux thermiques.
"Notre mystérieux écailleux s’est pris un sacré retour de flamme ! Bon sang, qui ou quoi pouvait faire une chose pareille ?" pensait l’elfe policier. "Une minute ! ça avait englobé le pont en entier, avec une chaleur assez forte pour faire fondre le métal. Peut être que l’agresseur y était resté aussi ! Une attaque suicide ?"

Jorg envoya illico un mémo à Martha et aux légistes. Qu’ils cherchent d’autres corps enfouis dans le métal. Ne trouvant plus d’indices, il rembobina les images satellites. Voyons où tout ça avait commencé... Ce serait un indice précieux. Voilà. Un entrepôt isolé avait en partie explosé en premier. Jorg se plongea dans la Matrice, cherchant à joindre son chef : voilà qui l’intéresserait sans doute. Du concret. Bien sûr Calloway était injoignable... Avec sa passion pour le travail de terrain et sa tendance à oublier son com’... Jorg était bon pour aller le chercher lui même. Il soupira. Il se leva et se débrancha. Le decker n’aimait pas quitter son confort, contrairement à son chef. Des grattements à la porte attirèrent son attention alors qu’il saluait ses collègues. Il ouvrit.

"Aheu... Bonjour ! Je vous apporte le café !" fit Ysis d’une voie joyeuse. "Merci d’avoir ouvert ! J’avais un peu de mal avec le plateau et je voyais pas comment frapper..."
Intérieurement, la runner tremblait : elle avait été surprise. Elle s’attendait à un flic grassouillet amateur de beignets ou à un decker adolescent attardé. Pas à un officier elfe, âgé, à l’air froid et intelligent. Sa comédie allait elle marcher ? Jorg contempla en silence l’elfe blonde engoncée dans un uniforme serrée.
"Et vous êtes ?" fit-il par réflexe de sa voix monocorde.
"Adjoint Faye Valentine ! Du commissariat du quatrième district !" annonça Ysis, se mettant au garde à vous maladroitement (pas facile avec un plateau dans les mains). Elle afficha un air à la fois joyeux, contrit et un rien débile. Jorg plongea son regard perçant dans ceux de la jeune elfe qui fit semblant de trembler. Il soupira : pas le temps de s’attarder avec cette idiote. Vraiment ! On engageait n’importe qui en ce moment... Cette pauvre nunuche avait sans doute été sélectionnée plus pour sa plastique que pour ses compétences. Remarquez, valait mieux qu’elle reste à servir le café auprès de galonnés concupiscents que d’aller mettre en danger une équipe sur le terrain...

"Allez-y. Mais tachez de ne pas trop... distraire nos hommes. Il doivent travailler dur."

Ysis hocha la tête, l’air faussement perplexe, simulant n’avoir rien compris au sous-entendus. Intérieurement elle exultait : il s’était laissé avoir ! Le froid elfe s’éloigna à grandes enjambées, à son plus grand soulagement. Elle entra au plus vite : elle avait une mission urgente à accomplir. Une fois dans le central, Ysis retrouva ce qu’elle attendait : une bande d’informaticiens dont les yeux s’exorbitèrent à son arrivée. Jouant à merveille son rôle de niaise innocemment aguicheuse, elle distribua cafés et friandises en prenant soin de frôler savamment les policiers... Aucun ne se méfia et abrutis par la testostérone, aucun ne lui demanda de prouver son identité. Le comble pour des decker, flics qui plus est ! Quelques secondes plus tard, le poison (non, l’anesthésiant... Myr avait dit "Pas de mort !") avait agis et neutralisé l’équipe de surveillance. Immédiatement elle connecta la dérivation de Deeper, ouvrant l’accès au système pour le decker.

Il était en effet plus facile de se brancher directement à la source plutôt que d’affronter les protections, les codes et les GLACES depuis l’extérieur.
"Je suis connecté. Aucun problème... ça y est, j’ai repris le système en main. Intrusion non remarquée, un succès !" émit le decker quelques millisecondes après qu’Ysis ait connecté le boîtier de dérivation.
"Tu en doutais ? Je suis une pro quand même... Bien que l’elfe m’ait fait peur un moment. J’ai bien faillit ne pas pouvoir tenir ma promesse à la gosse."
"Tu dis pourtant toi aussi préférer l’intrusion douce... Marrant pour une tueuse !"
"C’est pas drôle ! Disons qu’en vieillissant on aime moins les problèmes. Et tu peux parler toi : tu ne te salis jamais directement les mains, bien assis quelque part devant ta console !"
"Humm... C’est vrai. Mais j’accepte les conséquences de mes actions. Je sais la souffrance que peuvent générer mes décisions, mes malversations. Et quand je me bas en duel contre un autre decker, je suis parfaitement conscient de risquer de lui griller les neurones, de le tuer ou de le transformer en légume. Les dégâts que nous infligeons ne sont pas les mêmes, la manière n’est pas la même, mais la souffrance de ceux qui les subissent l’est."
"ça va, ça va, pardonne mon emportement..."

"Bien sûr, douce beauté. Au fait, j’ai basculé les drones de surveillance en mode automatique/autonome. Et modifié leurs itinéraires de patrouille. Tu as quatre minutes pour aller au prochain carrefour. Spike y arrivera dans quatre minutes trente. Elle largue Vicious et les drones et te récupère pour la suite."
"Pas de problèmes. Au fait : on ne pourrait pas basculer les drones de surveillances sous le contrôle de Spike ? ça ferais une superbe force de frappe au cas où !"
"Humm... je pense pas : il faudrait que je fasse passer moi même le flux de donnée des drones de la console des riggers à mon système parasite, puis au système de contrôle de Spike... Y’aurait pas mal de problèmes dans le feed-back. Et on se ferait sans doute repérer plus vite..."
"Compris. C’était juste une idée en l’air. J’y vais. Coupe la com’ !"

Ysis arriva juste à temps au rendez-vous. L’ennui avec un physique ravageur c’est justement comment ne pas se faire remarquer... Bien sûr, Myr n’allait pas ralentir, histoire de ne pas attirer l’attention. Ce n’était pas un problème pour la runner. Activant ses cybermodifications, elle se transforma en une forme floue qui rattrapa illico l’ambulance de ses collègues. Un claquement de porte et la runner avait disparu à l’intérieur. Ni vu, ni connu.
"Alors ?" demanda Myr.
"Aucun problème, le chevalier des réseaux est en place et personne ne m’a vu."
"Je confirme. J’ai tout en mains et aucune alerte ne s’est déclenchée. La présence de Faye est passée complètement inaperçue... On passe à la suite ?"
"Ok. Vicious, tu y vas... Maintenant !" Profitant d’un passage ténébreux entre deux bâtiments désormais non surveillés, la porte de l’ambulance s’ouvrit à nouveau quelques instants. Trois formes se laissèrent tomber et disparurent dans les ombres. Nagan atterrit souplement et gagna rapidement l’accès aux égouts du quartier. Bandant ses muscles biomodifiés, il arracha la plaque menant aux souterrains.

"Bourrin !" transmit le drone arachnoïde qu’il portait sur l’épaule.
"Bah, y’avait personne... Laisse faire le pro !"
"Bon, j’envois Tsé-Tsé en reconnaissance aérienne..."
"Toi l’air, moi le sol. Yin et Yang. Ceci est une bonne association... Bonne chance gamine !"
"Foutus mystique ! M’appelle pas gamine : t’es guère plus âgé, l’tordu !"
Nagan sourit en voyant décoller en silence le minuscule drone aérien. Amusant comme les sentiments de la rigger arrivaient à transparaître au travers le maniement de ses machines. Il se laissa tomber dans les égouts et referma l’accès derrière lui. L’obscurité ne le gênait pas. Pas plus que l’odeur. Ses yeux aux pupilles fendues amplifiaient la moindre source de lumière (là, celle obligeamment fournie par l’araignée de métal de la rigger). Des membranes nictitates filtraient les émanations pestilentielles de l’endroit.

Le runner progressait vite et aisément, guidé par le drône-araignée qui avait le plan des lieux en mémoire. Nagan arriva vite prêt du bâtiment cible. Là, un problème l’arrêta.
"Spike ? Tu as vu ?"
"Bien sûr... ça c’est effondré ! J’ai les images en direct de Tsé-Tsé au-dessus. Et c’est pas triste non plus. On dirait que l’entrepôt a été en partie bombardé ! J’me demande ce qui c’est passé..."
"Et je fais quoi en attendant ?"
"Aucune idée, monsieur le Ninja. Je te déconseille de sortir directement : y’a une équipe de légiste à l’œuvre ici on dirait, juste devant l’entré. Enfin, ce qui l’en reste. Je m’approche... Waouh ! C’est un vrai charnier ! ça sent mauvais ce run..."
"Comme d’hab’... Tu peux les endormir tous avec ton drone ?"
"Non. Tsé-Tsé est un modèle léger et silencieux. J’ai du tout réduire au minimum pour optimiser le poids et la furtivité. Les munitions du Narcojet embarqué sont très limitées. Ils sont trop nombreux..."
"Bon, je vais me débrouiller... Attends un instant."

Nagan ouvrit ses vêtements de cuir noir de Ninja. Son serpent apprivoisé, Kaniki en sortit, content de sortir enfin. Il siffla de joie à l’attention de son Maître qui sourit.
"Allez mon tout beau, fait plaisir à papa... Trouve-moi une voie d’accès au milieu de ces décombres !"
"Eh ! Tu trimballes encore ce truc !" émit le drone. "Laisse, Arach est tout terrain et bardé de capteurs, je vais te trouver un accès."
"Serait-ce un défi ? La machine, l’artificiel, contre le naturel, la vie, l’instinct ? Yin et Yang à nouveau..."
"Raah... Fichus mystiques ! Ce n’est pas un défi. Quoique... Voyons voir qui de nous trouve la sortie en premier !"
Le drône s’élança à l’assaut des décombres du tunnel. Kaniki sinuait pareillement au cœur du chaos de béton. Quelques minutes plus tard, le serpent revint vers son Maître, qui suivait sa progression par un lien quasi-télépathique (et par un passage en vision astrale : la flamme de vie de l’animal se détachant aisément au milieu des débris). Kaniki siffla de contentement : il avait trouvé un chemin. Le drone arriva peut après.

"J’ai trouvé. Enfin, peut-être."
"Perdu ma jeune amie... Rien ne vaut le naturel."
"On en reparle quand tu devras contrôler en même temps deux drones, tout en te parlant et en conduisant !"
"La technologie permet de faire moult choses... Tout en multipliant les difficultés d’autant."
"Pas le temps de philosopher. Pour l’accès : ça va bien jusqu’au bâtiment, comme prévu. Mais bon, je ne sais pas si c’est praticable. C’est vraiment minuscule et instable... Ne prend pas de risque. Je ne veux pas d’accident."
"J’ai dit que je le ferais. J’ai insisté pour venir. Ne sous-estime pas mes capacités. Regarde !"
Le runner Ninja s’avança au milieu des décombres. Guidé par le serpent, éclairé par le drone, il s’insinua dans une cavité, rampa dans un creux et se faufila au cœur du maelström de béton. Ses mouvements étaient inhumains, ses muscles, ses os, ses membres se tordaient, se courbaient d’une façon incroyablement inquiétante.

"Beurk ! C’est répugnant !" transmit Myr en observant la reptation ignoble de son collègue au milieu du chaos.
"Arf... Réaction... Primaire... C’est... C’est pourtant une biomodification... Utile."
Nagan finit par déboucher sur l’orifice menant à l’entrepôt. Après d’ultimes contractions, il sortit en silence à l’intérieur du bâtiment. Apparemment, seule une partie de l’entrepôt avait été dévastée. Il se dissimula dans l’ombre et mis un écouteur dans son oreille tout en activant un discret émetteur.
"En place." chuchota-t-il.
"J’ai vu, merci..." répondit Myr par le canal protégé. "D’après les capteurs d’Arach, y’a trois policier à l’intérieur qui font l’inventaire. Mauvais, ça : ils ne doivent pas trouver ce que veut le client..."
Avant même qu’elle n’ait fini son rapport, le Ninja s’était précipité. Il localisa sans mal les policiers. Apparemment l’éclairage du lieu avait morflé, ils faisaient l’inventaire et fouillaient l’entrepôt à l’aide de torches électriques.
"Je les neutralise..."
"Eh ! Attend ! Ouvre un accès à Tsé-Tsé avant."
"Non."
"QUOI ?" rugit la rigger.
"Un homme doit parfois obéir seul à ses instinct..."
"Eh ! Attends, j’avais dit pas de morts ! "
"Je ferais attention..." répondit froidement l’adepte-shaman en coupant la communication.

Visiblement, les policiers ne s’attendaient pas à un assaut venu de l’intérieur. Ils étaient confiants, séparés et occupés à une tache fastidieuse... Un cas d’école. Le ninja se glissa derrière le premier. Du tranchant de la main, il écrasa la nuque du flic qui s’effondra. Il attrapa prestement le corps, amortissant la chute. Aux éclats de voix, il sut que personne n’avait rien remarqué. Glissant au cœur des ombres, menace silencieuse, il s’approcha du second qu’il étrangla sans mal, en silence. Sentir la vie, chaude, palpitante, vulnérable au creux de ses doigts... Quel extase, quel sentiment de puissance ! Nagan se reprit. Elle avait dit pas de mort. Il desserra son étreinte, précipitant le policier vers une simple inconscience temporaire.

"Eh, ça va les gars ?"
Mince, apparemment les sursauts de sa victime avaient attiré le dernier flic. Il fallait agir au plus vite. Jaillissant à une vitesse inhumaine, il attaqua de front. D’un coup à la gorge, il empêcha le garde de crier. Balayage. Son adversaire était à terre. Il n’avait même pas eut le temps de prendre son arme. Il assomma proprement le policier.
"Bourrin..."
"Oui, mais c’est efficace. Et ils sont en vie. Blessés mais en vie... Je vais attirer ceux du dehors ici un à un. Et les immobiliser."
L’électronique eut du mal à bien retransmettre le soupir exaspéré de Myriam.
"Cette fois-ci laisse-moi t’aider. Tu auras besoin de mon drone... Je ne veux pas prendre de risque." "Ok, ok..."

"Y’a qu’le taré qui prend son pied !" maugréa Ceth, déguisé en docker blessé.
Myr, Ysis et le Troll guerrier étaient arrivés à leur destination, la zone où tous les blessés étaient traités et interrogés par la police. Remisés dans un coin, à l’abri dans l’ambulance modifiée, ils suivaient les aventures de Nagan et des drones de la rigger.
"Toujours la violence, hein ?" railla Ysis, désormais promus sculpturale doctoresse, un vrai fantasme pour les mâles présent.
"Arf... Pas vraiment. J’aime pas plus tuer que ça, tu le sais bien. Mais l’action me manque, j’suis un samouraï des rues, un gars d’action. Et toi aussi tu aimes mettre la mains à la pâte..."
"Disons que j’aime les trucs plus subtils. Et oui, moi aussi j’apprécie un petit rush d’adrénaline."
"Pourriez-vous vous taire une minute, les pipelettes ? J’essaie de contrôler mes machines." grogna Myriam.
"Ok chef !" s’exclamèrent en cœurs les deux compères dans une parodie de garde-à-vous. Ils savaient pertinemment que Myr était trop douée pour se laisser déconcentrer par leur babillage. Elle passait juste sa mauvaise humeur sur eux, Nagan étant hors de porté.

La rigger prit une profonde inspiration et s’immergea dans ses contrôles à distance. Elle devint ses drones, tendant son esprit, reliant ses nerfs aux sens améliorés et aux capteurs des machines. Sur ses moniteurs, elle vit que Nagan avait terminé ses préparatifs. Il contorsionnait ses mains de façon bizarre tout en chantant. Une douce lueur verdâtre enveloppait à présent son corps. L’adepte-shaman avait requis l’assistance magique de son totem : la magie coulait en lui, renforçant son corps déjà amélioré par la science. Le runner avait réussit à assommer deux policiers supplémentaires en les attirant à l’intérieur de l’entrepôt en partie effondré. Par contre leur absence allait vite paraître bizarre aux autres, eux pas décidés à entrer. Plus le choix : il fallait agir et neutraliser toute l’équipe de flics. Il fit un signe de tête en direction du drone-espion arachnoïde de Myriam. Clignotement d’assentiment.

A une vitesse sidérante, il bondit hors de l’entrepôt, accompagné d’un fumigène. Instantanément, Myr fit feu avec son petit drone volant sur les flics les plus éloignés. Les dards du Narcojet s’enfoncèrent dans leur nuque vulnérable. Ils s’écroulèrent, endormis. Nagan avait balayé ses adversaires à une vitesse inimaginable. Trois d’entre eux gisaient à ses pieds, assommés. Même avec ses sens hyper-développés par les extensions de ses machines, Myr avait du mal à suivre les assauts foudroyant du Ninja. La magie de Serpent transformait le jeune homme en tornade dévastatrice. Triangulant la position d’un fuyard avec les détecteurs de ses drones, la rigger tira au jugé, abattant un flic supplémentaire. Quand elle revint sur le combat principal, seul Nagan restait debout dans le brouillard. Par curiosité, elle scanna le corps du Ninja. Vraiment étonnant. Il avait d’effroyables modifications anatomiques, des biomodifications augmentant sa souplesse, sa force et sa rapidité. Ça, allié à la magie chamanique... Il devenait quasi-imbattable au corps à corps. Par contre, il devait en souffrir : elle releva le pouls à 220, les contractions erratiques de certains muscles et la grimace de souffrance du runner.

"Ça va ?"
"Ouais, ouais... Un rien crevé. J’ai vraiment mis la dose."
"Repose toi dans l’entrepôt un moment, je monte la garde." conseilla la jeune fille. "Ed ? Ils ont eu le temps de prévenir qui que ce soit ?"
"Non, jeune demoiselle. Vicious les a si vite estourbit qu’aucun n’a eu le temps de se servir de sa radio... L’un d’eux, un decker, a tenté d’envoyer un message au QG, mais je l’ai bloqué."
La jeune rigger sourit : malgré la soif de combat de Nagan, ils s’en étaient sortit. La mission n’était pas compromise...
"Il est redoutable ce gosse..." murmura Ceth en commentant les prises de vue des moniteurs.
"Il ferait un adversaire intéressant." confirma Ysis. "Il est même plus rapide que moi. Alliance de magie et technologie... Pas mal, bien qu’un rien brouillon."
"Juste une remarque : l’amas de corps de flics assommés ne risque-t-il pas d’attirer l’attention ? "Eh ! Bonne remarque !" s’écria Myr. "Na... Vicious ? T’es encore là ? Planque moi les restes de tes méfaits !"
"Ok, ok... T’emballe pas. J’étais si bien à l’ombre... Et critique pas : t’as pris aussi ton pied dans la bataille, non ?" grésilla la radio.
"Parle pour toi !"

Nagan entassa donc les policiers assommés, endormis, évanouis ou drogués à l’abri.
Ceci fait, il se mit à la recherche des caisses de leur client. Il finit par les trouver. Du moins deux d’entre elles... La troisième avait été éventrée par une explosion.
"Euh... Spike ? Un problème : j’ai un colis vachement endommagé, là... Et pour les deux autres, tout est ok, mais comme prévu, j’ai besoin d’aide pour transporter tout ça."
"On se met en route. Le client a dit : pas de traces. Utilise la bombe que je t’ai donné. Tu arriveras à la placer ?"
"Evidemment."
"On sera là dans dix minutes environs, le temps de passer les contrôles et d’arriver. Place les caisses restantes pour un chargement en vitesse. Ça ira vite avec Jet."
"Roger."
Le runner s’exécuta. Placer la bombe et trimballer les caisses (blindées ? Voilà qui est curieux) ne fut pas facile. La magie l’avait bien fatigué. Mais ce fut fait bien avant l’arrivée des autres. Huit minutes restantes... Nagan ne put résister à la tentation : il alla fouiller un peu plus l’entrepôt.

Notamment la caisse éventrée. A l’intérieur, il découvrit de minuscule ampoule de verre scellées... Les échantillons biologiques, sans doute. Il ne put résister à la tentation d’en empocher quelques-uns. Après qui le saurait ? Et ils avaient l’air bien hermétique, donc pas de risques... Ses sens de ninja en éveil lui firent remarquer quelque-chose d’étrange. Sous un amas de caisse vieillotte... Une rainure. Sans le chaos qui s’était abattu sur l’entrepôt, la rainure serait passée inaperçue, masquée par les caisses. Toujours curieux, le ninja s’approcha. Une trappe dissimulée. Il poussa les caisses et dégagea l’accès. Ne pouvant résister, il ouvrit la trappe.

Ses réflexes de combat biomaméliorés lui sauvèrent la vie. Il esquiva juste à temps une volée de dards argentés qui se fichèrent dans un mur à l’ouverture de l’accès secret et y creusèrent un trou fumant. De l’acide... Désormais prudent, il se glissa doucement dans la trappe, à l’affût d’autres pièges. Il en désamorça deux autres, dont une bombe explosant au contact d’un pied imprudent. Quelqu’un tenait vraiment à son intimité... Il déboucha dans une salle sombre circulaire. Après analyse, il bascula un interrupteur. Le runner eut un sifflement de surprise. Il venait de découvrir un véritable arsenal : fusil, mitrailleuse, pistolet, grenade et même des armes lourdes comme des lances-roquettes. Il y avait également une anachronique collection d’épées et de dagues de divers styles et formes. Certaines étaient magnifiquement ouvragées et gravées de runes étranges. Des armes de mage... Sur une table, il avisa un ensemble de créditubes anonymes, qu’il rafla par automatisme. Il y avait également divers poudres étranges, des drogues de toute sorte soigneusement étiquetées, des medikits, des livres anciens et plein de choses dont il n’avait aucune idée de la fonction...Une cache splendide, riche en secrets. Et sûrement mise en place par une puissante organisation. Mal à l’aise, il n’osa pas se servir dans l’équipement exposé à son regard emplit de convoitise. Ça puait les ennuis...

"Qui y’a-t-il, Jorg ?"
"Chef, je pense savoir où tout ceci a commencé : les infos satellites nous désigne un entrepôt particulier. Il y a déjà une équipe en place, mais je pensais que vous voudriez y aller vous même."
"Bien évidemment. Mais j’ai quelques interrogatoires à terminer avant. Inutile de déranger le travail de nos hommes pour le moment. Va prévenir Martha : on ira tous ensemble."
"A vos ordres !" Calloway revint a son calepin et y inscrivit l’adresse donnée par Jorg. Il allait pouvoir préciser ses questions... Bien que doté du meilleur des datajack implanté du marché, Calloway préférait s’en remettre à un bon vieux crayon. Comme il préférait poser lui même ses questions et interroger en personne les dockers. Sa spécialité était justement ce contact, cette sympathie qu’il inspirait aux témoins. Les gars d’ici étaient majoritairement d’impressionnants Trolls peu futés. Aimant la nuit, fort comme des titans et aisément sous-payable, ils étaient la main d’œuvre idéale des docks. Y compris pour d’illicites trafics.

Le policier avait ordonné de regrouper toutes les personnes traînant dans le quartier, sous prétexte de les soigner et de vérifier s’ils n’avaient pas été touchés par de prétendus produits toxiques. Au moins comme ça, les gens venaient d’eux même au lieu de fuir l’uniforme... Mais pour le moment, ces interrogatoires n’avaient pas donné grand chose. Ils avaient entre aperçut le Dragon, bien sûr. Quoique pas distinctement à cause de la pluie torrentielle. Par contre ses adversaires... Calloway avait eut droit à tout : de l’armée de cyberzombie à la charge apocalyptique d’hélicos de guerre, en passant par d’autres Dragons, des elfes Paladins du Tir... Un clodo déclarait même avoir vu "Un seul ch’tit gars foutre sa rouste au lézard !" En bref : pas l’ombre d’une piste... Calloway grogna en voyant partir une ambulance. Il fallait espérer que les scientifiques allaient lui fournir plus de données... Et avant que la presse ne s’en mêle, ce qui n’allait sans doute pas tarder : Jorg avait fait état de pas mal de fuites et de rumeurs.

Pour le moment, une anomalie, un détail lui titillait le cerveau... Il ne savait pas quoi. Il reprit ses interrogations, sans en apprendre plus qu’avant. Soudain la lumière jaillit, il sentit ses tripes se nouer.
"Jorg !" hurla-t-il dans le com’ d’un de ses subordonnés.
"Oui, Monsieur ?"
"On a bien fait rassembler ici tout les civils, non ?"
"Oui, pour les interroger facilement à l’abri et soigner leurs..."
"Alors pourquoi j’viens de voir partir une ambulance ? Y’a des blessés quelque part ?"
"Pas que je sache. Attendez, je vérifie..." émit son subordonnée. "C’est bizarre... Un truc cloche dans la Matrice du QG."
"J’y vais ! Il se passe quelque-chose ! Rejoint moi avec Martha !" Calloway courut à en perdre haleine jusqu’au central de surveillance. Il ouvrit la porte.
"Jorg, quelqu’un a endormis tous nos gars ! Sous notre nez !"
"J’ai... Une résistance active dans la Matrice... Un decker ! Il est dans nos systèmes de communication et de surveillance. Mince, il verrouille l’accès !"
"Attention au choc, je reset le système !" hurla Calloway.

Quelques secondes après, tout était redevenu normal et Jorg avait désormais les contrôles bien en mains.
"On a de la compagnie... Un decker salement obstiné. Il a laissé des virus partout, les drones de combat sont inutilisables sans rigger."
"Ici, ils sont dans les vap’..."
"Chef ! J’ai repéré l’ambulance suspecte ! Et devinez où : juste devant le bâtiment que nous devions visiter. Et bien sûr, plus de nouvelle de notre équipe d’enquêteurs..."
Calloway soupira. Vraiment quelle journée de merde...
"Jorg, je crois qu’on a des runners dans les pattes. Donne l’alerte et garde le decker hors du coup un moment. Envoie moi une voiture et appelle Martha, j’aurais besoin de son aide... Et fait moi verrouiller le quartier !"
"A vos ordres !"
Calloway soupira une fois de plus. Peut être qu’un peu d’action allait le détendre... Et arrêter et interroger ces intrus allait-il faire avancer cette enquête.

"Vous avez embarqué les caisses ?"
"Non, Ed, on est même pas encore arrivé... Ne pas attirer l’attention, tu te souviens ?" répondit Myr.
"Justement, c’est trop tard ! On est grillé !"
"QUOI ?" hurlèrent en cœur les occupants de l’ambulance de guerre.
"Y’a eut un flic plus malin que les autres... Je brouille au max leurs communications, j’ai paralysé les drones et les autres systèmes électroniques, mais ça va pas suffire... J’ai échoué, ma Dame. Je m’en excuse..."
"Pas le temps pour l’auto-apitoiement ou les excuses. S’ils t’ont grillé c’est qu’ils étaient plus doués ou malins que prévu. Continue à les emmerder dans la Matrice. On ramasse les colis et on file en vitesse !"
"Oh non..." gémit Ysis.
"Ça va nous faire un peu d’action !" ricana Ceth. Le guerrier avait essentiellement fait de la figuration pour l’instant. Ses cybermuscles le démangeaient.
"Pas de mort on a dit !" rappela Myriam.
"Ouais, ouais... J’essaierais. Mais tu leur as dit à eux ? Ils vont pas apprécier qu’on se soit joué de leur belle zone sécurisée."
La rigger resta sans réponse, mais accéléra au maximum, collant ses passagers dans leurs fauteuils.

Calloway s’engouffra illico dans la voiture qui venait de s’arrêter dans un dérapage. Martha et un adjoint se trouvaient déjà à l’intérieur, prévenus par Jorg. Aussi l’enquêteur à bord, le jeune adjoint accéléra.
"On va où ?" Jorg transmis les coordonnées au pilote tandis que Calloway mettais Martha au courant des événements.
"Faut arrêter ces runners. On ignore combien et qui ils sont, mais on a perdu contact avec une équipe qui enquêtait là où tout a commencé... Ils peuvent être impliqués dans l’assassinat."
"Si c’est le cas, j’ignore si nos hommes pourrons faire quelque-chose contre eux." commenta la shaman, inquiète.
"C’est le problème. J’ai envoyé tous nos effectifs mobiles, mis à part les gardes des points clef du secteur... Espérant qu’il n’y aura pas trop de perte. J’ai recommandé la plus grande prudence, mais... Bon sang ! Il me faut ces runners !"
La radio de Calloway crépita à ce moment.

"Chef ? Ici Jorg. C’est le chaos dans notre Matrice. Et impossible de communiquer avec les Lone Star. Le decker adverse est sacrément doué. Même avec l’aide de nos hommes, on va avoir du mal à restaurer le système."
"La Lone Star bougera quand elle verra toutes nos équipes en action. Ça l’intriguera. Envoie quand même un coursier à leur QG. Avec des radios neuves. On peut pas faire confiance au réseau... Fait aussi venir des medics au centre de contrôle, voir s’ils peuvent réveiller nos gars. On a besoin des riggers de drones."
"Bien compris. Mais nos fréquences radio sont connues et espionnables, tant par le public que par ces shadowrunners..."
"Je prends le risque ! Tu sais où ils sont ?"
"Des senseurs ont vu passer l’ambulance suspecte à toute vitesse. A une vitesse bien supérieure à celle de ce genre de véhicule... Elle semblait se diriger vers l’entrepôt suspect. Je dirais qu’il y a deux équipes."
"Je le pense aussi." Le policier envoya ses ordres. Il fallait rattraper les runners et les empêcher de sortir du quartier. Ah, si seulement le budget n’était pas aussi serré... Il aurait bien voulu disposer d’hélicos de poursuite comme ceux de la Lone Star. Et de vrais rigger aux systèmes moins obsolètes que celui de ses pilotes, et ... Bon, avec des si...

"Euh... Les gars ? C’est vous le bolide qui me fonce dessus ?" demanda Nagan dans la radio en voyant l’ambulance arrivé à toute blinde.
"Ouais ! On est repéré ! Prépare le chargement !"
Le véhicule lancé à fond s’arrêta dans un magistral dérapage que le Ninja espéra contrôlé. L’ambulance s’immobilisa en crissant, à quelques centimètres de lui. Les portes s’ouvrirent, deux formes floues en jaillirent. Ysis et Ceth. Le Troll chargea immédiatement une caisse, l’autre étant emporté par Nagan et Ysis. Myr fit rentrer ses drones en attendant. Le chargement ne prit que quelques secondes grâces aux cyberimplants décuplant la vitesse des runners. Dès que les runners furent tous à bord, Myr relança la lourde ambulance à pleine puissance. Trop tard, une voiture aux sirènes rugissante venait de barrer la route. Myr sourit : une seule ? On les sous-estimait ou alors Deeper avait bien fait son boulot et retardé le gros des troupes. La jeune fille ne ralentit même pas. Soucieuse de ne pas tuer, elle fit rugir son lourd klaxon.

Heureusement pour eux, les flics étaient à la fois lâches et rapides : ils se jetèrent vite hors de leur véhicule. Myr le percuta à pleine vitesse. La voiture de flic ne faisait pas le poids contre l’ambulance, plus lourde, plus puissante et surtout fort blindée. Myr défonça l’obstacle, le balayant par sa puissance brute. La rigger dégagea son véhicule pesant de la carcasse fumante et broyée et accéléra encore. Il fallait fuir : elle voyait une meute de gyrophares rouge et bleu dans ses rétros...
"HALTE ! AU NOM DE LA LOI, STOPPEZ VOTRE VÉHICULE OU NOUS OUVRONS LE FEU !"
L’adolescente ignora l’avertissement. Il fallait sortir au plus vite du quartier. Au milieu d’une circulation dense et dans les entrelacs du réseau routier anarchique de Seattle, elle pourrait les semer... Mais pour le moment, ils approchaient. L’air de rien, ils avaient de bonnes voitures et des pilotes compétents. Et surtout, il fallait du temps pour que l’Oxymore atteigne sa pleine vitesse. Et une longue ligne droite. C’était un transport blindé, pas une voiture de course. Des tirs se firent entendre.

Immergée dans son monde d’électronique et de machineries, Myr sourit. Ce n’est pas avec ça qu’ils l’arrêteraient ! Dieu bénisse les coupes budgétaires : pas de munitions APDS ou d’armes lourdes embarquées chez les policiers... Et Dee se chargeait de maintenir la Lone Star et ses dangereux équipements éloignés. Les balles ricochaient contre le blindage, sensation de minuscules piqûres de moustiques pour les sens électroniques de Myriam. Elle grimaça quand même : ces rustres allaient abîmer la peinture !
"Demande permission de riposter, chef !" hurla Ceth, seul à ne pas êtres sanglé et terrorisé dans son siège.
"Ok, ok... Mais vise les pneus : pas de mort !" répondit brièvement Myr, concentrée sur la conduite à pleine vitesse. "Gêne-les plutôt."
Le Troll se déplaça vers l’arrière du véhicule et dégaina son fusil à pompe qu’il chargea de balles explosives. Il ouvrit alors soudainement une portière arrière. Grâce à son interface d’arme, il verrouilla sa cible et tira avec précision dans les roues de la première voiture les poursuivants, malgré les cahots et la vitesse. La roue explosa, la voiture fit un tête-à-queue spectaculaire, s’encastrant dans deux suivantes. Autant de poursuivants en moins...

"T’es un bourrin, mon ami Troll !" s’amusa Nagan, qui avait surmonté sa peur de la vitesse par son désir d’action et d’adrénaline. "Efficace mais manquant de style. Regarde !"
Le Ninja lança d’abord une série de sphères grisâtres, directement sur le pare-brise d’un poursuivant. Aussitôt une épaisse fumée boucha la vue du conducteur, l’obligeant à de périlleuses manœuvres qui semèrent la zizanie dans la cohorte de véhicules.
"Pff !" fit le Troll, vexé. "Des tours de passe-passe. Ils vont revenir dès la fumée dissipée."
"Oui, d’où ceci..." Le Ninja fit saisit une de ses sacoches et déversa sur la route une pléthore de sphères de métal garnies de pointes acérées. Crevaisons assurées...
"Voilà de quoi les ralentir un moment !"

"Qu’est-ce que vous foutez !" hurla Calloway. "Vous avez du yaourt dans la tête ou quoi ? Arriver comme ça, à la queue-le-le ! C’est une véritable invitation ! Les angles morts, les manœuvres de contournement, ça existe !"
Le policier enragé raccrocha après sa diatribe, poussant encore quelques jurons pour la forme. Bon sang, c’était des runners professionnels, pas des loubards minables ! A quoi pensaient ses subordonnés ? Suivant ses instructions, terrorisé, leur conducteur s’engagea dans une ruelle parallèle. Si Calloway avait calculé juste, à se croisement... Bingo ! La voiture de flic jaillit, se retrouvant sur le flanc de l’ambulance et de fait hors de portée du Troll et de Nagan.
"Collez leur au flanc, comme ça ils ne peuvent pas nous tirer dessus ! S’ils sortent ne serait-ce qu’un bras par la vitre, je les allume !" déclara Calloway en ouvrant sa propre vitre et en sortant son arme.

Martha tiqua : Calloway était vraiment en colère : il était vraiment rare qu’il fasse usage de la force. Et il détestait les armes à feu... L’inspecteur vida pourtant son chargeur dans la roue de l’ambulance. Pas d’effet : c’était une roue pleine et à haute densité. Du matériel de pointe, quasi militaire : c’était pas avec son arme de service qu’il arrêterait pareil engin ! Calloway jura à nouveau en rechargeant.
"Pilote, approchez nous de la vitre avant !"
"Monsieur, on sera vulnérable..."
"Pas de discussion. Martha, il faut bien que tu vois la cible, non ? T’as un sort pour nous arrêter ces types ?"
"Oui. Il est difficile de conduire sous l’effet d’un sort de Chaos... Et si ça suffit pas, j’ai encore quelques incantation plus offensive... Mais il nous les faut vivants, non ?"
"Oui, mais ne prends pas de risque quand même..." La petite shaman se glissa à l’avant, sur les genoux de Calloway, un rien gêné. Le pilote accéléra pour se maintenir à niveau, Calloway, lui, couvrait la shaman de son arme.

Heureusement que Myr disposait de nombreux senseurs : elle comprit le plan des flics juste à temps. Elle abaissa instantanément son siège, se rendant invisible aux yeux de la shaman juste avant quelle ne débute son incantation. Après tout, elle, elle n’avait pas besoin de voir directement sa cible... D’une pensée, elle rabattit violemment la lourde ambulance contre la voiture de flic. Le choc empêtra le policier et la shaman, empêchant un autre sort éventuel. Pour le moment.
"Les gars, on a des obstinés sur le côté. Des p’tits malins ? Vous pouvez les atteindre ? Mes armes ne peuvent pas les toucher : ils sont trop près..."
"Négatif." répondit le Troll. "On les voit pas de derrière."
"Pff, et alors ?" déclara soudain Nagan. Le shaman-ninja s’élança alors, attrapant le toit de l’ambulance sur lequel il se hissa. Là, il progressa jusqu’au bord et put voir ses cibles. Elles ne l’avaient pas vue d’ailleurs. Il laissa tomber une de ses grenades fumigènes sur le pare-brise de leur poursuivant.

Malgré une embardée de surprise, cela n’eut pas d’effet : comme Myr, le pilote était un rigger et il disposait d’autres sens pour piloter.
"Mince, c’est la bagnole d’un grand ponte et le pilote est un interfacé..." grogna Nagan.
"Laisse-moi faire alors." dit le Troll. Il s’était lui aussi hissé à la force des bras sur le toit. Mais ça ne passa pas inaperçu et Calloway ouvrit le feu, les obligeant à se coucher prudemment sur le côté opposé au policier.
"Et tu vas faire quoi ? Leur tirer dessus ? Je te l’ai dit, c’est la bagnole d’un chef : doit y avoir un bon blindage."
Le Troll eut un inquiétant sourire.
"Myr ? T’es là ?" transmit Ceth via ses implants.
"Ouais, mais dérange pas quand je conduis !"
"J’vais tenter un truc... Prépare-toi à me récupérer."
"Quoi !?!"
Le Troll se ramassa sur lui même puis bondit avec toute la puissance de ses cybermuscles. Il venait de sauter de l’ambulance. En l’air, il dégaina la lourde épée qu’il trimballait toujours sur son dos. Il atterrit sur le capot avant de la voiture de Calloway, faisant hurler les amortisseurs et le pilote. D’un mouvement puissant il plongea son épée au travers du moteur de la voiture. Le blindage ne put rien contre ce concentré de force brute cyberamplifiée. Aussitôt la voiture eut des cahots et se mit à cracher de la fumée au milieu des jurons de Calloway. Le Troll avait été trop rapide, l’attaque trop brusque pour qu’il lui tire dessus. Ceth bondit à nouveau, se raccrochant in extrémis à l’ambulance mise opportunément à portée par Myriam. Il adressa un sourire de requin à Calloway, médusé et rageur, qui vida son chargeur sur lui. Peine perdu, le véhicule du policier était trop instable et trop endommagé : l’ambulance lancée à pleine vitesse les avait distancés avant qu’il ne puisse ajuster son tir... Les balles ne firent qu’effleurer le Troll.

Calloway laissa éclater sa rage dans une bordé de juron qui choquèrent ses subordonnés, pourtant aguerris.
"Chef ?"
"Oui, Jorg." répondit Calloway d’une voix glaciale. Déjà dans ça tête, il composait un magnifique discours pour encourager ces incapables de policiers municipaux. La Lone Star allait encore se gausser d’eux.
"Il nous reste une chance : les barrages aux sorties du quartier."
"Tu crois vraiment qu’ils ont une chance contre ça ?"
"Euh... Pas vraiment. Mais sait-on jamais. Et puis ça les ralentira peut être. Je vous envoie une nouvelle voiture et nos renforts... Et la Lone Star vient enfin de se mettre en branle, les hélicoptères auront décollé dans 6 minutes."
"La cavalerie... A la bourre, comme il se doit..."

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