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Chapitre 4 : Fuites

Chapitre 4 : Fuites

(Mens sana in corpore sano... ? - Cyberpunk - Grobill - 8/05/2003)

"Poussez-vous !" rugit le haut-parleur de l’ambulance customisée de Myr.
Les flics faisant barrage à la sortie du quartier ne se le firent pas dire deux fois : ils étaient trop mal payés pour risquer leurs vies contre une bande de runners enragés et lancés à pleine vitesse !
Faut dire aussi que Myriam avait choisit l’intimidation de masse : d’une pensée elle avait fait surgir deux armes impressionnantes de logements dissimulés à l’avant de son véhicule. Quelques obus perce-blindage de son autocanon avaient déchiqueté les voitures placées en travers de leur trajectoire. Une volée de balles explosives crachées à toute allure par sa mitrailleuse rotative avait fait plonger à couvert les policiers qui les braquaient... De la dissuasion explosive !
"Tu y vas fort pour une pacifiste affichée !" commenta Nagan.
"Je sais viser. J’ai plein d’extensions militaires pour ça... Regarde : y’a pas eu de mort."
"Chance ou talent ?"
"Tu fais exprès de m’emmerder quand je conduis ou quoi ?"
"Mais non..."
"C’est un jeu qu’on peut jouer à deux..."
Sur ce, la jeune rigger accéléra brutalement, envoyant l’adepte-shaman s’écraser dans son siège, sourire crispé aux lèvres.

L’Oxymore traversa sans mal le champ de piques spécial crevaison hâtivement dressé par les policiers. Ensuite, l’ambulance tel un lourd bélier de métal, défonça les carcasses fumantes des voitures du barrage. Les rares coups de feu des représentants des forces de l’ordre ne firent qu’égratigner la peinture du véhicule blindé.
L’Oxymore quittait le quartier des docks, plongeant dans la circulation chaotique de Seattle tel un boulet de canon. Dans le lointain montait le bruit strident des sirènes de la cavalerie en retard et le bruissement inutile des pales des hélicoptères d’intervention de la Lone Star.
Myriam savait qu’elle n’aurait aucun mal à distancer et semer les flics municipaux dans les méandres des autoroutes suspendues, les ruelles des quartiers chauds et les longues avenues surchargées des quartiers commerçant corporatistes... Surtout avec Deeper plongé dans la matrice municipale pour jouer savamment avec feux de circulation et ordres contradictoires. Le decker de génie commanda même une flopée de pizza un peu partout en ville, créant de véritables vagues déferlantes de livreurs pressés qui encombraient comme par hasard les voies choisies par leurs poursuivants.

Une seule chose inquiétait la pilote : la Lone Star. Bien mieux équipée, bien mieux entraînée (et payée) que la flicaille de la ville... Les hélicoptères ne manqueraient pas de repérer une ambulance suspecte fonçant comme une fusée au travers des rues selon un trajet erratique...
Une fois les voitures municipales semées, elle éteignit les sirènes et gyrophares de l’ambulance (pratique pour se frayer un chemin, comme ceux des flics... Mais guère discret) et regagna une vitesse bien plus modérée, à la grande joie de la majorité de ses passagers.
"Arrg ! Y’a trop de ces putains d’hélico !" jura la rigger. "Avec leurs systèmes de détection, ils vont vite remarquer les inélégantes traces d’impacts sur ma carrosserie... Et y’a même pas un tunnel prêt d’ici ou se planquer !"
"Heureusement Serpent peu nous aider !" déclara joyeusement Nagan. "Laisser faire le spécialiste... Myr, tu peux nous mettre un instant dans l’ombre d’un pont ou d’une ruelle, déserte de préférence ? Juste quelques instants ?"
"Oui, j’peux le faire, mais pourquoi ?"
"Magie, ma chère cyberconductrice, Magie... A toi la science et la technologie, au shaman d’entrer dans la danse et de faire couler la magie..."
L’adepte se leva. D’un geste prompt il saisit l’un de ses kunaï et sous les yeux ébahit de ses coéquipiers, il s’empala la main ! De l’autre il attrapa un collier de dents de crotales qu’il égrena tel un chapelet tout en psalmodiant d’étranges incantations.

"Mais qu’est-ce qu’il fait ?" demanda Myr. Concentrée sur le pilotage, elle avait du mal à voir ce qui ce passait à l’arrière de son véhicule.
"Rien. Le taré nous fait un drôle de rituel. Un truc SM peut-être..." ricana Ysis.
Le shaman Serpent lui dédia un drôle de sourire et conclu son sortilège au moment ou Myr passait sous un pont.
Il appliqua sa main sanglante sur la paroi métallique du véhicule. Aussitôt une brume couleur rouille se propagea sur la paroi, puis gagna peu à peu toutes les surfaces de l’Oxymore. Nagan poussa un gémissement, chancela et se laissa tomber comme une loque dans son siège, égrenant toujours de façon frénétique son étrange colifichet.
"Il se passe quoi ?" demanda Ceth, mal à l’aise avec la magie. "Je sais pas, mais j’ai des retours bizarre sur le censeur..." murmura Myr. "Nagan ! Qu’est-ce que t’as foutus !?!"
L’adepte shaman ne put que faire un signe apaisant. Sa figure en sueur et ses gestes concentrés semblaient montrer qu’il était toujours plongé dans sa transe rituelle.
Ysis bascula un instant en Vision Astrale, au prix d’un douloureux mal de tête. Même fortement cybernétisée, la shadowrunner avait développé les maigres dons que ses pouvoirs naturels tardivement découvert lui conféraient. Elle avait aussi appris quelques rudiments de magie. Dans son métier, tout talent supplémentaire était utile, même faible et aussi coûteux que ceux-ci.

"Je dirais qu’il a lancé une variante étrange d’un sort de Masque ou d’Illusion... Grâce à son sang, il a établit un lien avec l’Oxymore et a put y établir son sortilège. Magie du sang... J’aime pas ça."
"Pouah ! "
Le shaman ricana un moment, toujours tendus.
"J’ai simplement... Trans... Transformé... l’ambulance. Peut plus... Nous reconnaître." articula péniblement l’adepte.
Admirative, la rigger accéléra : profitons de la magie du shaman pour se mettre en lieu sûr...
Et ça marchait : nul regard suspicieux de policier, nul hélicoptère n’interrompit leur traversée de la cité. Ils se retrouvèrent bien vite sur un périphérique désert ceinturant la ville, loin de toute recherche.
"Je... vais... lâcher." s’étrangla alors le Ninja. Et simultanément le collier en dent de crotales sembla se dissoudre dans le néant. La brume couvrant les parois disparut aussitôt et les senseurs de Myriam renvoyèrent à nouveau des données logiques.
L’adepte-shaman sourit et tomba dans une torpeur réparatrice : la magie l’avait bien usé !
Mais ils étaient désormais tiré d’affaire, ambulance anonyme parmis tant d’autres. Les quartiers de cette zone de Seattle était plus que chaud et pouvait expliquer aisément les impacts de balles.

"Merci Nagan... Dors bien. Je me charge de ramener tout le monde. Et en douceur maintenant, on est plus pressé, non ?"
Toute le monde commença à se détendre.
"J’pense qu’on ferait mieux de se faire oublier un moment, non ? " déclara Ysis, toujours prudente. "Evitons de rentrer au Man&Machine comme ça..."
"Bonne idée, mais il nous faut une planque assez grande pour nous, le temps que Deeper contacte Mr Johnson pour la livraison... J’suppose que personne ne va vouloir quitter des yeux le butin, non ?"
Les runners rirent de bon cœur, évacuant le stress de la mission.
"Grff... P’vez allez à mon dojo..." grommela Nagan, à demi-endormis. "Y’a plein place... Et une ambulance y passera inaperçue..."
Les autres approuvèrent. C’était lui qui disposait des meilleurs équipements pour passer un moment loin de tout...
Deeper annonça qu’il venait juste de mailer leur employeur pour annoncer leur succès et s’enquérir d’un lieu et d’une date de livraison.
"On a des problèmes !" annoncèrent simultanément Ysis et Myriam. Les deux femmes échangèrent un regard surpris.
"Y’a une bande de motard qui nous colle depuis un moment. J’accélère mais ils s’accrochent un peu trop à mon goût." commença la rigger.
"Je viens de faire un tour en Vision Astrale... Paranoïa oblige." ajouta Ysis. "Et y’a un esprit bizarre qui nous suit. Je crois qu’il s’agit d’un esprit shamanique, sans en être sûre... Faudrait demander à Nagan." Ensemble, les runners grognèrent : visiblement la mission n’était pas encore tout à fait terminée...

Derrière l’ambulance des shadowrunners arrivait en effet une meute de loubards casqués et bottés, klaxons hurlant, armes aux poings crachant d’inutiles salves de plomb exubérantes.
Et ils en avaient après eux, c’était visible : les manœuvres de Myr et sa vitesse auraient dû depuis longtemps creuser un écart entre eux et le gang.
Pourtant, ils se rapprochaient et les tirs se faisaient plus ciblés. Plus aucun doute maintenant.
"On a vraiment pas de bol aujourd’hui..." grogna Ceth.
"J’espère que c’est qu’un hasard !" renchérit Ysis, toujours paranoïaque. "Ces ploucs sont bien équipés s’ils arrivent à nous suivre."
"Je nous en débarrasse illico..." affirma Myr.
Malgré son nombre, la jeune rigger ne jugeait pas la bande dangereuse. Les tirs touchant le véhicule ne faisaient qu’abîmer la peinture, incapable de pénétrer le blindage lourd de l’Oxymore.

Elle freina brutalement, plongeant au cœur de la meute. Deux motards ne furent pas assez rapides et heurtèrent brutalement l’ambulance. Plus lourde, plus stable et conduite par une interfacée de talent, les passagers de l’ambulance furent seulement un peu bousculés. Par contre les infortunés motards volèrent dans le décors.
Mais le reste de la troupe avait esquivé et se maintenait intelligemment en arrière du véhicule modifié des runners. Il devait y avoir un chef intelligent : comme dans les combats aériens, être le poursuivant était bien plus avantageux, les laissant hors de portée des armes lourdes de la rigger.
"Ils sont malins !" commenta Ceth en se penchant par une portière pour balancer quelques coups de fusil à pompe de sommation. "On a avoir du mal à se tirer de là : si je sors plus, j’me fais tirer comme un lapin !"
"T’as la peau dure pourtant..." s’amusa Ysis. "Dommage qu’on ait pas la mitrailleuse arrière."
"Fallait de la place pour la cargaison." grommela Myriam. "Et je n’aimerais pas faire un massacre dans une pauvre bande de motards qui à mal choisit sa façon de s’amuser... Mais j’ai encore un truc en réserve."

Obéissant à un ordre mental de la conductrice, une lourde tourelle pop-up jaillit du toit. Les lourds canons anti-émeute pivotèrent, ciblant la meute roulante. Simultanément une pompe se mit à ronronner bruyamment dans l’habitacle.
"T’as un canon à eau ! C’est nouveau ? T’as piqué ça où ?" s’exclama Ceth.
"A quoi pensais-tu que servaient les deux gros réservoirs cylindriques contre lesquels tu es nonchalamment appuyé ?" répondit Myr, amusée.
D’un souffle mental, elle transmit l’ordre d’attaque.
Soudainement propulsés à pleine puissance, deux jets d’eau puissants heurtèrent durement la poitrine du motard de tête, l’envoyant valser. Bien évidement, sa moto, désormais incontrôlable, se coucha à terre, au milieu du chemin des autres gangers... ça et les coups de boutoirs des jets d’eau anti-émeutes semèrent la zizanie et les crashs derrière les shadowrunners. Fallait pas se balader en bande comme ça...

"Comme des quilles !" exulta Ceth, ravis.
"Et très pacifique comme méthode. Je suis sûr qu’une chute à cette vitesse dans un carambolage en plus, va les laisser indemne..." persifla ironiquement Ysis.
"Oh, ça va..." grogna Myr. "J’ai dit pas de mort, pas pas de blessé..."
"Ahaha ! Et puis faut bien qu’elle alimente le commerce du Doc !" rugit Ceth, hilare.
"Oh, y’en a qui s’accrochent..." remarqua la rigger.
En effet, une poignée de poursuivant avait été épargnée par les flots déchaînés du canon spécial. Les futés du groupe, sans aucun doute.
Prudent, ils gardaient leurs distances entre eux et tentaient d’encadrer l’ambulance tout en noyant les portières et les vitres sous un tir nourri, afin d’empêcher toute riposte.
Le plus proche de la bande d’arrêt d’urgence n’eut pas de chance : les réflexes cyberamplifiés de la pilote étaient bien au-delà des siens : il ne put éviter l’ambulance se rabattant à fond sur lui. Il partit s’écraser dans le décor.
Celui qui suivait l’Oxymore par derrière, trop près pour être à portée des canons, eut la surprise de voir les portes arrière s’ouvrir sur un Troll maniant deux fusils à pompe et sur une pseudo-elfe armée d’un petit pistolet fort précis. Les balles du Troll réduisirent la roue de sa moto en débris au moment ou une fleur de sang rouge s’ouvrait dans son épaule. _ Il perdit le contrôle et s’étala sur la route.

Restait seulement un motard tout de cuir rouge vêtu. Habile, il esquivait tirs et jet d’eau assommant.
"Il est doué !" commenta cliniquement Myr. "Sûrement un rigger..."
"Un ork sûrement, vu sa corpulence... Et sans doute le chef du gang" ajouta Ysis.
"Impossible de l’avoir de là !" grommela Ceth, on n’a pas un bon angle de tir."
"C’est le gang du Croc Rouge qui vous suis, d’après leurs blasons." annonça la voix désincarné de Deeper. "J’ai mis en attende tout les appels vers les commissariats à propos de votre chevauchée sauvage... Mais finissez vite, je ne sais pas combien de temps je tiendrais sans me faire repérer !"
"On fait ce qu’on peut !"
Mais le chef de gang était vraiment doué : il réagissait si vite qu’il avait aucun mal à suivre les modifications de trajectoires, les feintes et les brusques freinage/accélérations de la rigger aux réflexes pourtant inhumains.
"Mais il est collant ce type !" rugit Myr.

Soudain, le motard accéléra pour se porter un instant devant eux. Il lâcha une grenade sur la roue avant de Myriam. L’explosion envoya les shadowrunner s’écraser contre les parois dans un beau désordre. Des cahots et des sifflements se firent entendre de partout. Ils roulaient avec une roue déformée et en flamme...
Myr avait réagit, mais le souffle avait dévié son attaque et son obus avait manqué de peu l’assaillant. Mais elle avait désormais d’autres soucis : compenser la roue endommagée et éviter de finir encastrer dans un mur. "_ Toi, tu vas me le payer !" souffla la jeune fille en colère. Son pacifisme avait disparut quand elle avait affiché les dégâts sur son moniteur interne. Personne ne touchait à ses machines. Personne. Des éraflures, quelques impacts de balles passaient encore. Mais une grenade dans son châssis et ses pneus ! Avait-il la moindre idée du coût des réparations, du temps qu’elle avait passé à customiser avec amour cet engin ?
Elle engagea un ballet de chassés-croisés furieux avec le motard, guettant l’instant où il passerait à portée de l’une de ses armes embarquées. Remis du choc, Ceth et Ysis l’attendaient également s’il osait s’approcher de leurs angles de tir.
Malheureusement, les dégâts subis par l’ambulance nuisaient fortement à sa maniabilité : le chef de gang ne fit aucune erreur et ne pénétra jamais dans une zone dangereuse... La patience de Myriam était à bout.
Mais le ganger ne leur faisait guère de mal non plus : son pistolet semblait inutile contre l’épais blindage de l’Oxymore. Il n’avait apparemment plus de grenade. Myr pensait que ce statu-quo durerait à son avantage. Elle se trompait...

Le chef de meute changea brusquement d’arme, levant un pistolet lourd à hauteur de la portière de la rigger qui se bascula en arrière.
Elle sentit l’impact sur la carrosserie avant de sentir son épaule exploser sous le projectile perforant. La jeune fille cria de douleur, un flot de sang jaillissant sur les commandes. L’ambulance fit une embardée le temps que la jeune rigger surmonte l’effroyable douleur irradiant dans son épaule.
"Des balles APDS ! Il a des balles APDS !" hurla Ceth. Seul ce matériel militaire pouvait percer ainsi les plaques de blindage lourd de la rigger. _ Comment un banal chef de gang pouvait-il avoir ce genre de matos, si recherché par les shadowrunners les plus aguerris ?
Le Troll passa son long bras par-dessus le corps meurtris de la pilote et ouvrit le feu au jugé, pour faire reculer l’agresseur.
Cela déconcentra le motard, ses balles perce-blindage se contentant de creuset des sillons profonds mais inoffensifs dans la carrosserie. Mais lui même restait hors de portée...

Ysis n’avait plus le choix, elle devait agir. Elle passa devant. Nagan qui, à présent réveillé, gémissait en utilisant ses sortilèges curatifs sur Myriam. Sans grand succès : il était trop épuisé et la rigger était tellement cybermodifiée que la magie n’avait que peu d’effet sur elle... Ysis passa un médikit de premier secours au shaman : il ferait mieux avec ça. Une chance qu’ils se déplaçaient dans une ambulance !
Bon, Myr arrivait à conduire, la blessure étant certes douloureuse et gênante, mais essentiellement superficielle : elle s’en sortirait. Mais elle ne devait pas être touchée ailleurs.
Ysis se concentra en portant ses yeux sur la route devant eux. La douleur envahit son cerveau meurtris tandis qu’elle incantait... Quand elle avait finalement découvert son pouvoir et bien qu’il fut grandement affaibli et douloureux à l’usage à cause de ses implants cybernétiques, elle avait suivit une formation minime de mage hermétique. Elle connaissait peu de sorts, mais ça valait le coup d’essayer...
Obéissant à sa volonté une Barrière Mana se dressa soudain devant eux, au travers de la route. Si elle comprenait bien la théorie de ce sort...

Bingo !
L’ambulance, véhicule fermé, formait un tout mécanique, les mettant à l’abri du sort. Par contre le motard, lui, y était exposé...
Le chef de gang heurta la barrière magique de plein fouet, ne l’ayant pas vu venir, trop concentré sur l’assaut. Sa moto la traversa. Lui fit un bond spectaculaire en arrière en détruisant le sort sous l’impact. Il s’écrasa sur la route avec moult roulés-boulés. Sa moto désormais incontrôlée alla terminer sa course folle dans le décor.
Mais le ganger était têtu : se relevant malgré tout, il canarda l’arrière de l’ambulance d’un tir nourris de balles perces-blindages. Ouvrant les portes arrières, Ceth lui répondit par deux coups rageur des ses fusils à pompe chargé de balles explosives. Fin de partie et deux bras en moins pour le motard.
Le Troll d’habitude fort serviable avait un grand défaut, du moins pour ses ennemis : il ne supportait pas qu’on touche à ses amis, surtout s’il s’agissait de femmes et encore pire si c’était des jeunes filles comme Myr. Il devenait alors impitoyable.

Myriam commença à ralentir, laissant Nagan la soigner de son mieux avec l’aide d’Ysis.
"C’est fini. Tout va bien..." déclara Ceth, les rejoignant au chevet de la blessée. "Désolé, mais j’crois qu’il y a eut un mort..."
"Pas... Grave... Un seul... ça... va." "_ Te force pas. On peux prendre le volant jusqu’à chez moi." dit l’adepte shaman, prévenant. "Tu en as assez fait pour l’instant et on tient à arriver entier..."
"Non." coupa la rigger. "J’conduis... Et vous vous occupez de... ça."
Suivant le regard de la rigger, les shadowrunners découvrirent avec stupeur trois personnes posément installées au milieu de la route.
Un homme en toge au centre et deux mastodontes armés de rotatives sur trépied l’encadrant. Et un miroitement suspect annonçant une barrière magique.
Visiblement on leur en voulait !

Myr avait beau souffrir de sa blessure, elle demeurait bien plus rapide que n’importe quel humain, grâce à ses réflexes cybernétique et ses sens machiniques.
Elle ouvrit le feu, douchant de plomb les trois silhouettes au travers de la route sous les salves furieuses de sa mitrailleuse rotative. Dans le même temps ses obus tirés par son autocanon nimbaient les corps de flammes rugissantes et de fragments d’acier brûlant.
Inutilement, bien sûr. Une barrière magique protégeait les trois personnages. Elle s’illumina sous les impacts, ploya mais ne se brisa point.
Les deux porte-flingues firent rugir leurs mitrailleuses sur trépied. Ils avaient été bien plus prompts que ce à quoi s’attendait Myriam. Erreur d’évaluation due à la douleur ou à la drogue opiacée injectée peu à peu par Nagan ?
En tout cas, le pare-brise blindé de l’Oxymore reçut les rafales de plomb avant qu’elle ne put mettre l’ambulance en travers.
Heureusement pour les runners, Myr était exigeante et se fournissait chez les meilleurs refourgueurs de matériel militaire dégotté par Deeper... Le pare-brise ploya, gémit, se transforma en galaxies d’étoiles, mais il n’explosa pas.
La pilote réussit à se mettre en travers à peu de distance des assaillants.

Ceux-ci s’obstinaient : une grêle de plomb tintinnabulait sur la carrosserie blindée, au grand damne de la rigger. Ses sens mécaniques indiquaient que le blindage était à sa limite de rupture : peu à peu les balles perforantes ou explosives savamment conjuguées des deux mitrailleuses creusaient leur chemin au travers des épaisses couches protectrices. Et si elles venaient à céder...
Nagan avait fini de soigner en urgence la jeune fille. La situation était critique et les autres auraient sans doute besoin de lui et de ses pleines capacités. Il s’injecta donc lui aussi un cocktail chimique qui le requinquerait pour le moment... Mais il lui faudrait en payer le prix plus tard. En espérant qu’il y ait un plus tard...
Il venait juste de terminer quand l’habitacle s’illumina de blanc-bleu électrique. Un sort !
Myr hurla, ses liaisons intimes à la machine parcourues par des arcs électriques anarchiques. Les écrans de contrôle s’éteignirent un instant. Heureusement pour eux, le mage adverse devait ignorer certains concepts physiques tels la cage de Faraday. Les éclairs magiques n’avait pas put gravement endommager l’intérieur de véhicule... Les systèmes, bien que secoués, étaient intact. Pareil pour Myriam, ou presque... Mais ça avait fait sacrément mal !

"Neutralisez moi cette barrière magique que j’éclate cette bande de cons !" rugit la pilote. Plus question de pacifisme ou de respect de la vie d’autrui.
"Et comment ?" demanda férocement Ysis. Impossible de sortir avec cette douche de plomb !
"ça je m’en charge !" déclara Nagan, montrant ces mains chargés d’ovoïdes menaçant. Des grenades fumigènes.
"Je vous couvre avec la mitrailleuse." ajouta Myr. "J’toucherais probablement personne sous cet angle, mais ça fera toujours du bruit et de la fumée !"
Nagan récita une courte incantation. La magie de Serpent déferla sur lui et le temps parut ralentir.

Vivement, il ouvrit la portière et lança les grenades tout en se coulant littéralement sous leur véhicule, à l’abri des balles.
Les explosifs éclatèrent, générant un écran de fumée dense. Myriam ouvrit alors le feu tout en replaçant l’ambulance de son mieux pour à la fois encaisser les rafales ennemis et pour couvrir ses amis.
Car à la suite de l’adepte shaman, Ysis et Ceth s’étaient élancés à l’assaut, courant à une vitesse folle au cœur des nappes de fumigènes. Leurs implants cybernétiques accroissant leur vitesse, les rendant presque flous pour l’œil non entraîné.
Par expérience, ils savaient qu’un magicien devait voir directement ses cibles pour lancer des sorts mortels. Les écrans de fumées les protégeaient donc pour un temps. Autant alors s’occuper de son escorte : les mitrailleuses lourdes étaient très dangereuses pour la santé mais n’étaient pas vraiment maniable au corps à corps...
De plus, Myr leur transmis sur le canal commun qu’elle avait un plan pour s’occuper du gars en toge.

Exultant sous l’effet de la morphine, la rigger envoya promptement son mini-drone aérien Tsé-Tsé au-dessus de la mêlée.
De là, elle avait une vue magnifique sur le type en robe rouge, armée d’un long bâton serti d’une pierre azur. Qui semblait un peu dépassé. Il hésitait à balancer des sorts mortels au cœur de la fumée, craignant pour ses alliés.
L’esprit mathématicien de Myr faisait une triangulation. Voilà, en inclinant le canon comme ça...
Elle régla l’ouverture du canon à l’eau sur le mode diffusion large, actionna la pompe à fond et tira en l’air.
Par les sens du drone, elle put voir s’abattre des trombes d’eau surgis du ciel sur le pauvre magicien ébahit. Sa barrière physique ne pouvait pas arrêter les molécules d’eau...
Par contre cela réduisait la puissance et l’impact du jet. Il ne tomba pas et ne fut pas assommé. Mais par contre sa concentration devait en avoir pris un sacré coup !
Ceth et Ysis surgirent à se moment là près des gardes lourdement armés. Manque de chance, la magie qui les protégeait était toujours là : le mage était plus doué que Myr le pensait... Les balles de Ceth ricochèrent.

Le gorille réagit à la vitesse de l’éclair, pivotant avec son arme pour faire face à l’attaque. Ceth se sentit perdu : jamais il n’aurait cru que ce type inconnu en uniforme rouge de ganger pouvait le dépasser en vitesse !
Heureusement un éclair flou se matérialisa derrière l’assaillant. Surgissant des brumes chimiques, Ysis pénétra le bouclier ennemi pour engager un corps à corps.
Il n’eut pas le temps de tirer, l’experte assassin lui planta une dague vibrante dans le poignet. Il hurla tandis que la shadowrunner lui envoyait un coup de pied sauté directement dans son casque de motard.
Ysis eut la surprise de sa vie : il ne chancela même pas. Il saisit le pied de la combattante à une vitesse impossible et la catapulta durement à terre dans un grognement vengeur, d’une seule main !
De l’autre il arracha la dague et remit en joue son arme vers la nouvelle cible.
Apparemment, il avait le cerveau lent, comparé à sa force et ses réflexes : il oubliait ainsi le Troll cybermodifié.
Il se rendit compte trop tard de son erreur, en voyant la lourde masse de métal que seul le géant Ceth pouvait qualifié d’épée lui sortir des entrailles. Le Troll l’avait tout bonnement empalé.

Pourtant le massif ganger ne s’avouait pas vaincu. D’un coup de poing ravageur il envoya au tapis Ceth, pourtant bien plus lourd que lui. _ Rugissant derrière la visière fracassée de son casque de motard, il arracha l’épée géante de son ventre. Le sang et la chair tomba en une répugnante cascade sous les yeux ronds des runners.
Il chargea Ceth, qui se releva à une vitesse toute cybernétique. Mais le Troll n’avait plus d’arme...
L’épée s’abattit, trop lourde, trop lente et trop peu maniable : le runner esquiva. Mais l’autre était entêté : il poursuivit ses moulinets dangereux.
Le sixième sens du motard l’avertit juste à temps : il lâcha son épée ensanglanté par ses propres entrailles pour porter vivement ses mains à son cou. Bien lui en fit, ou presque : au lieu de se retrouver décapité, il se retrouva seulement manchot... Tourner le dos à Ysis était aussi une erreur fatale. Surtout qu’elle cachait sur elle de nombreuses armes, dont un terrible fouet monofilament.
Là encore il s’obstina : d’un coup de crâne, il envoya à terre Ysis, à demi-sonnée pour le compte. Mais il ne put rien faire cette fois contre la charge de Ceth qui venait de récupérer son épée. La masse tranchante d’acier forgé s’enfonça dans son cœur...
Les deux runners se regardèrent abasourdit : quel adversaire !
"Mon dieu ! Nagan !" s’exclama Ysis en passant au shaman seul contre l’autre gorille.

L’adepte shaman était en transe, fondu dans la Magie de son totem. Le jeune homme était déjà bio-modifié pour se rapprocher de celui-ci, mais là, la magie lui avait fait atteindre un nouveau stade, une osmose, une fusion avec Serpent.
Sa peau était désormais couverte d’écailles, sa langue était devenue bifide et il sentait des crocs dans sa bouche, gouttant d’un liquide empoisonné. Il ressentait aussi la moindre vibration dans l’air ou dans le sol.
Il perçut ainsi le changement de position de son adversaire qui l’avait détecté malgré la brume chimique des grenades. Il plongea juste avant la rafale de plomb.
Progressant par reptation, à une vitesse inhumaine, il pénétra la barrière protégeant le gorille. Plongeant entre ses jambes ; il esquiva une nouvelle salve maladroite et en profita pour planter ses crochets venimeux dans la chair curieusement dure de son ennemi.
Le colosse ganger fut lui aussi d’une rapidité fulgurante. Utilisant la lourde crosse de son arme arrachée à son trépied, il frappa la tête du Ninja qui vola littéralement, les crocs arrachés. Nagan siffla de rage et de menace.

Si Nagan avait put voir au travers du casque de motard de son agresseur, il aurait vu un sourire mauvais jubilant à l’idée de la mort prochaine de sa cible. Le ganger tira, encaissant le recul titanesque de l’arme lourde en la calant contre son épaule. La salve était d’une totale imprécision, mais cela suffirait pour hacher menu le ninja.
Les balles traversèrent Nagan de part en part... Mais aucun sang jaillit. Le temps que le gorille comprenne qu’il avait été victime d’une illusion, le vrai Nagan se glissa sournoisement dans son dos et lui ouvrit la gorge avec un couteau ninja fort bien aiguisé. Le sang chaud coula en rivière pourpre, inondant les deux adversaires. Secrètement, Nagan jouissait de se moment : se battre et massacrer l’adversaire, il n’y avait rien de mieux !

Sa joie obscène fut de courte durée, le ganger, aussi borné que son collègu,e refusait de mourir aussi vite : il colla un coup de coude bien appuyé qui envoya valser le shaman.
Tout en faisant un roulé-boulé pour se mettre à l’abri dans les fumigènes, Nagan envoya quelques shurikens vers l’obstiné. Peine perdu : sa protection magique était toujours là.
L’adepte shaman se tapit dans les brumes, attendant que son adversaire se vide de son sang ou lui laisse une opportunité pour un coup de grâce vicieux.
Le ninja blêmit : refusant de mourir, le motard avait repris son arme et commençait à balayer la brume de salves de balles. Il allait finir par le toucher à ce rythme !
Soudain une lame de métal transperça la fumée et le dos du garde : Ceth venait d’arriver à la rescousse. Nagan soupira : c’était fini...

Comme pour donner tort au shaman, les fumigènes furent soudain balayés par une bourrasque qui n’avait rien de naturelle.
Le mage avait fini par se rendre compte de la situation et avait cessé d’être impressionné par la douche de Myr.
A l’abri des balles que tirèrent machinalement les runners, il ricana, insensible aux pertes de ses gardes du corps. Il leva son bâton vers Ceth.
Un éclair bleu électrique relia la lame de Ceth au bâton du mage, faisant hurler de souffrance le combattant électrocuté.
Ysis et Nagan se précipitèrent vers le magicien à une vitesse prodigieuse, soit magique, soit cybernétique. S’ils arrivaient à franchir la barrière...
Peine perdu : le mage réagit à une vitesse inattendue et un tourbillon d’air balaya les assaillants, les projetant sans ménagement loin du sorcier.
Il claqua des doigts.
L’air miroita autour de lui puis s’enflamma. Des silhouettes de flammes à la grossière apparence humaine apparurent autour du magicien ricanant : des élémentaires de feu !

Aucuns des runners n’était spécialiste du combat contre ce genre de créature. Nagan pouvait les combattre, mais l’adepte n’avait encore jamais affronté ce genre de créature...
La magie d’Ysis était trop faible et elle n’était pas au niveau pour lancer un rituel de bannissement. Quant à Ceth, lui et la magie...
Le salut vint de Myriam : pragmatique, elle combattit le feu par son ennemi naturel : l’eau. Reconfigurant son canon à eau, elle balaya les élémentaires sous des jets puissant, les maintenant à distance tout en les affaiblissant peu à peu. Le mage rugit de haine, l’abreuvant d’insultes.
Malheureusement, la citerne de l’Oxymore n’avait qu’une contenance limitée... Un élémentaire se tenait encore debout à la fin de la douche déclenchée par la rigger.
Le mage fit un geste et prononça un mot : sa barrière disparut.

En fait non : elle se déplaça ! Il l’avait reconfigurée pour isoler la rigger dans une bulle la bannissant du combat.
Les runners crurent qu’il était vulnérable et chargèrent : nouvel échec !
Le magicien avait des réflexes incroyables et incantait à une vitesse inouïe : avant que les runners ne soient sur lui, il les rebalaya d’un coup de tornade magique.
L’élémental restant s’avança vers les shadowrunner à terre, menaçant. Myriam les regardait, impuissante, prêt à se faire massacrer. Une idée lui vint : vite, le drone !
Mais ses sens électroniques lui rappelèrent la cruelle réalité : elle n’avait pas rechargé le narcojet embarqué...
Elle ne pouvait qu’assister en spectatrice à l’avancée menaçante de l’être de flamme et aux ricanements abjects du sorcier.

Soudain, la tête du magicien disparut mystérieusement dans une déflagration de sang, de cervelle et d’os. Quelques instants après les runners choqués, abasourdis, entendirent la détonation fracassante d’un fusil de sniper.
Le mage s’écroula dans une mare de sang. Sa mort impromptue renvoya illico l’élémentaire privée de maître. Il disparut dans un nuage de fumée et de flammèche, juste au dessus de Ceth, surpris.
La barrière emprisonnant Myriam et l’Oxymore disparut elle aussi dans un flash lumineux.
Sauvé ! Mais comment ?

"Désolé d’avoir été un peu long." grésilla leurs écouteurs transmettant la voix amusé de Deeper. "Pas facile de convaincre un hélitaxi de vous déposer en urgence sur un toit. Surtout quand on trimballe une mallette à l’allure fort louche... ça a coûté cher, ma paye a été sérieusement entamée."
"T’auras un bonus pour ça !" répondit gaiement Myriam. "J’suis prêt à parier que les autres sont même prêt à piocher dans leurs économies !"

"Pfff... c’était chaud !" s’exclama Ceth en se trainant vers l’ambulance endommagée de Myr. "_ Je crois qu’on a besoin de vacances..." ajouta Nagan en s’effondrant à l’intérieur. "J’suis naze, réveillez moi dans trois jours... Au moins."
"Vous n’oubliez rien ?" demanda alors Ysis aux runners se détendant après le combat.
"Non, quoi ?" "Je vous signale qu’il y a un esprit qui nous suit à la trace dans l’Espace Astral depuis toute à l’heure..."
"Mince, j’avais oublié ce détail !" gémit Myriam. "Mais ils vont nous lacher, oui ou merde !?!"
"Tu deviens vulgaire, ma douce maîtresse des machines..." fit une voix grésillante dans la radio. Visiblement Deeper était toujours là. "Et j’aimerais assez savoir qui sont ces ils... Les flics ? Des runners ? Quelqu’un d’autre ? Dans ce cas, qui nous en veut ? Qui est au courant de notre mission ?"
"C’est vrai que là, ça sentait l’embuscade à plein nez... J’pense pas que ce soit le style des flics. Et nos agresseurs ont l’uniforme d’un gang."

"J’ai déjà vu le mage." annonça Ysis. "C’est un shadowrunners. Plutôt bof d’ailleurs... Un minable sans grande envergure et pas très expérimenté."
"Plutôt bof ?" rugit Ceth. "T’as pas la mémoire qui flanche là ? On a bien faillit y rester !"
"Oui... Sa puissance était bien plus grande que la dernière fois que je l’ai vu. Bizarre, ça ne fait pas si longtemps... Comment a-t-il put progresser si vite ?"
"Tout en restant si bête..." railla Myr. "Si cet imbécile avait gardé sa barrière au lieu de m’immobiliser, vous y passiez tous ! Je ne pense pas que les balles de sniper de Deeper auraient pu traverser la protection magique à cette distance..."
"On ne le saura jamais. Mais c’est vraiment une erreur tactique de débutant."
"Bah, quand on est en colère, on fait souvent n’importe quoi !" déclara sentencieusement Ceth. "Moi, ce qui m’inquiète plus, c’est les mastodontes. Z’étaient presque immortels ces gars ! Voulaient vraiment pas crever..."
Ysis se faisait les mêmes réflexions. Cette attaque était bizarre, même pour des shadowrunners embarqués comme eux dans une histoire qu’elle commençait à deviner fort dangereuse...

"Deeper, t’es encore sur un toit, fusil à la main ?" demanda la tueuse.
"Oui, je couvre le périmètre. Mais pas pour longtemps : je suis coupé de la Matrice, je ne peux plus contrôler les mouvements des forces de l’ordre... Et j’ai comme qui dirait l’impression qu’elles vont être fort intéressées par ce joyeux charivaris."
"J’vais vérifier un truc, couvre moi au cas où."
La runner retourna auprès des corps.
Normalement, les ennemis abattus subissaient une fouille en règle : y’a pas de petit profit ! On ne sait jamais quelle ressource pouvait transporter l’ennemi... Mais là, ils n’avaient pas eu le temps pour ça.
Ysis prenait des risques en retardant le départ ainsi, mais sa curiosité et sa paranoïa étaient trop fortes.
Elle s’intéressa d’abord au magicien, cherchant focus ou armes de nature magique. Rien d’extraordinaire à première vue... Juste un bâton pour amplifier les sorts d’Eclair. Hop, dans la poche, ça pouvait toujours servir.
Rien d’autre qui put expliquer la progression soudaine et la maîtrise de l’Art Hermétique chez ce jeune gars inexpérimenté.
Obstinée, elle commença à le dévêtir, cherchant implants, tatouages rituels ou autres modifications. Et elle trouva.

La structure osseuse du mage était étrange, comme s’il commençait sa mutation en Orc ou en Troll. Pourtant, sa puberté était loin et il était un véritable humain en apparence. Il y avait pourtant d’étranges plaques osseuses dans son dos.
Et ce n’était pas tout : son torse et une de ses mains étaient envahis de petites écailles très dures et rougeâtres. Pas une modification biotechnologique apparemment : c’était trop dispersé, trop erratique pour être une modification esthétique. Bizarre.
Le corps était anormalement chaud, bien plus que devrais l’être un cadavre, même refroidi depuis peu. Ses ongles étaient trop long et semblaient mutés en des sortes de griffes jaunâtres, particulièrement pour la main déjà couverte d’écailles.
"C’est quoi ce gars, une chimère ?" marmonna Ysis, stupéfaite. "On dirait un shaman comme Nagan qui aurait loupé sa transformation totémique..."
Mage et Shaman ? Impossible ! Du moins à sa connaissance... Elle appela Nagan, qui ne put pas plus lui fournir d’explication. Il fut très intéressé par les écailles, mais décréta que ce n’était pas celles d’adeptes de serpent.

"Eh, viens voir ceux là aussi !" cria Ceth qui examinait lui les deux autres corps.
Une fois dévêtus, il s’avéra qu’ils ne s’agissaient pas d’Orcs comme ils s’y attendaient.
C’étaient des humains complètement déformés, à un stade plus avancé de la mutation que la runner avait découvert sur le mage.
Leurs muscles saillants étaient brûlants, tendus comme des câbles d’aciers sur des os épais. Des pointes osseuses jaillissaient de ça et là de leurs corps, essentiellement dans le dos, au niveau des omoplates et de la colonne vertébrale.
Ils étaient aussi couverts d’une éruption erratique d’écailles rougeâtres ou brunâtres, formant parfois des plaques épaisses et extrêmement dures.
Leurs yeux morts étaient remplis de sang, d’un sang quasiment noir et toujours chaud. Et bien que soigneusement taillés, ils avaient tous deux des ongles de bête fauve d’une solidité surprenante, de véritables griffes crochues, avides de combat.
"ça c’est très bizarre..." maugréa Ysis. "Je sens venir les ennuis à plein nez..."
"En effet. Prends-moi des images avec ton oeil-caméra. Je ferais des recherches dès que je serais rebranché." déclara Deeper dans la radio. "Et j’aimerais porter à votre attention la meute de sirènes et de gyrophares que l’on devine dans le lointain. Quelques balles les ont seulement ralentis et effrayés. Ils ont l’air plutôt remonté...On ferait mieux de décrocher au plus vite !"
"Sages paroles. La survie avant la curiosité."
Les shadowrunners s’engouffrèrent au plus vite dans l’ambulance de Myr et quittèrent les lieux de l’affrontement.

Heureusement celui-ci avait eut lieu sur un des itinéraires de replis connus de la rigger : c’était un no man’s land difficile d’accès pour les défenseurs de la loi. Du pain bénit pour les runners.
De plus c’était un labyrinthe de rues et ruelles sordides, d’immeubles et de parkings souterrains à demi démolis, à demi construits. Il fut donc aisé pour la jeune fille de semer à nouveau la police mal équipée. Même une ambulance défoncée pouvait disparaître dans cette jungle urbaine... La faune locale, les gangers, les squatters et autres petits prédateurs urbains ne leur chercheraient sans doute pas d’ennuis : elle y avait veillé en laissant ses armes lourdes sorties, bien en évidence (bien que vides), annonçant "Shadowrunners en goguette !".
Par contre, ils pouvaient être à tout moment la proie d’une embuscade de leurs ennemis inconnus. Ce ne fut pas le cas. Ils avaient peut être un rien décimés les troupes adverses ? Ou alors, cette idée d’embuscade et de complot contre eux n’existait que dans leurs petites cervelles paranoïaques de runners méfiants...
Restait un problème : l’esprit invisible qui les traquait en silence, sans leur faire de mal mais avec obstination.

"Nagan, Ysis, vous avez accès à l’Espace Astral, non ? Vous pouvez pas nous débarrasser de ce truc collant ?"
"Jamais fais ça..." gémit Nagan, vautré dans un fauteuil. "Et j’suis trop naze pour essayer. J’ai l’impression qu’un malade a fait un milk-shake de mon cerveau. Et j’te parle pas d’mon corps..."
"Je n’ai malheureusement pas d’expérience dans ce domaine non plus..." ajouta Ysis, démoralisée. "J’ai juste appris un ou deux trucs de sorcellerie, en passant. L’invocation et le bannissement d’esprit me dépasse. Et comme Nagan, je ne suis pas au mieux de ma forme. Et encore, même si c’était le cas, la magie est presque morte dans mon corps cybermodifié... Je ne suis pas à la hauteur contre ce genre d’êtres purement magiques."
"Grrr... On aurait besoin d’un vrai mage dans cette équipe." maugréa Myriam. Elle aurait du le savoir, elle y avait pensé d’ailleurs, mais...
"Excusez moi de vous interrompre, mais j’ai pris la liberté de prendre un arrangement pour régler ce problème." cracha soudain la radio de bord. Deeper était reconnecté.

"Qu’as-tu fais ?" demanda Myr d’un ton las. Elle devinait. Il avait sûrement...
"J’ai contacté Osborn. Contre une somme modique, il a accepté de nous débarrasser du gêneur astral."
"Oh non... Pas lui... T’avais pas d’autre mage ?"
"Hélas non, pas si discret et si près de vous : vous êtes plus très loin de son quartier. Et il a accepté avec joie quand j’ai dit que c’était toi la chef de la mission. Je crois que tu lui plais, ma douce amie..."
Deeper adorait la taquiner... Enfoiré d’elfe qui s’amusait d’un rien ! Elle n’aimait pas Osborn. C’était viscéral : il lui faisait peur. A côté de lui, Nagan paraissait normal et sympathique !
"Puisqu’on a pas le choix, indique moi le chemin... Tout de même, tu pouvais pas trouver mieux qu’un gothique qui se prend pour un nécromant ?"

"Sur votre droite... Là, vous y êtes presque." guidait Deeper. Conformément aux instructions du decker, Myr ralentit, passant lentement près d’une ruelle sombre.
Quelques instants plus tard, une forme émergea des ténèbres. Osborn. Il leur fit un signe mou (un salut ?).
"On peut vraiment pas le laisser là ?" maugréa Myriam. "Il me fout les jetons..."
"Non, ma gente demoiselle, ce ne serait pas poli. Et en plus, son domicile est fort proche et vous y serez à l’abri pour panser vos blessures..."
"Ça peut aller, j’peux rentrer seule s’il le faut. Le Doc me soignera..." "Allons, allons, pas de caprice. Rappelle toi tes propres consignes de discrétions : on remarquerait sans nul doute votre arrivée au Man&Machine à bord d’un véhicule qui semble avoir fait une guerre ou deux..."
"Et puis, elle est plus blessée qu’elle le laisse paraître." ajouta Nagan. _ "La morphine l’aide à tenir le choc, mais c’est une sale plaie... Il te faut du repos, Myr. Et de toute urgence avant que la drogue cesse son effet !"
"Bon, d’accord..."

D’une pensée, elle ralentit encore et ouvrit la portière. La plus éloignée d’elle, bien sûr.
Osborn se hissa à l’intérieur, se tassant contre Ceth.
C’était un elfe, comme Deeper. Mais la comparaison s’arrêtait là. Il était fin et immensément grand, un échalas squelettique aux os longs et saillants. Sa taille hors norme compensait un rien l’impression de fragilité due à sa maigreur et à son teint pâle, maladif.
Il portait de longs cheveux noirs, en apparence graisseux et mal peignés. Son visage de souffreteux aux pommettes saillantes, assortit à des yeux enfoncés d’un noir charbon soulignés de cernes complétait le personnage inquiétant.
Bref, il n’était pas très beau, malgré une certaine finesse de ses traits vaguement aristocratiques.
Ce n’est pas que le sorcier elfe se voulait particulièrement de la mouvance gothique, mais il ne connaissait qu’une seule couleur : le noir. Encore du noir. Long manteau noir, t-shirt noir, gants noir, bottes de motard de cuir noir. Très gai tout ça.
Pas étonnant il faut dire : en plus de ses activités dans les ombres de Seattle, Osborn avait un métier. Il était croque-mort.

"Bonjour vous tous. Enchanté pour ceux que je ne connais pas..." fit le sombre arrivant d’une voix étonnamment douce.
"Salut Osborn, content que tu sois là !" affirma Ysis. Elle et Ceth avaient déjà eut l’occasion de bosser avec le sombre magicien. Myr l’avait déjà vu ou lui avait malheureusement servit de taxi en compagnie des autres. Seul Nagan ne connaissait pas le runner et le dévisageait ouvertement.
"Bonjour, j’suis Nagan, Ninja et adepte de Serpent. Vous devez être le mage Osborn ?
"Oui, ravit de travailler avec vous ! Je ne pouvais manquer d’aider Myr et Deeper est un vieil ami. Vous avez l’air d’avoir eu une rude journée... Myr, tu te rappelles où je loge ? J’ai des médikits chez moi et des focus pour la magie curative."
"Ouais, ouais, on y va..." grommela la pilote, guère ravie. Pourquoi donc fallait-il que ce type vive dans un cimetière ? Elle se mit néanmoins en route : une chaleur désagréable envahissait son épaule meurtrie.
"Tu peux nous débarrasser de l’esprit qui nous poursuit ?" demanda Ysis. "Ni moi, ni Nagan ne savons réellement faire ce genre de chose..."

"C’est pour ça que Deeper a fait appel à moi. Chaque chose à ça place, chacun sa fonction, c’est son credo, non ? Je vais immédiatement vous débarrasser de votre espion. Veillez sur moi en attendant !"
Et aussitôt il s’effondra sur les genoux de Ceth. Il avait basculé dans l’espace astral.
Son corps tressaillait, d’abord impulsivement, puis de plus en plus fort. Il gémit. Visiblement le combat astral n’était pas simple. Cela semblait aussi éprouvant qu’une vraie bataille.
Ysis farfouilla dans les trousses médicales de l’ambulance. Elle cherchait un truc pour empêcher que le mage se morde la langue durant ses convulsions. Elle trouva. C’était l’avantage d’utiliser une ambulance modifiée pour se déplacer !
Peu de temps après, les tressaillements du noir sorcier se calmèrent et il ouvrit les yeux, l’air perdu et ahuri.
Il cracha la protection et se redressa péniblement, acceptant avec gratitude la gourde d’eau tendue par Ysis.

"...Mal de crâne... Pfff. Pas facile celui-là... Il s’accrochait. C’était bien un esprit shamanique. Comme je ne connais pas les rituels de bannissement de ces esprits, j’ai dû l’attaquer dans l’astral. Il a perdu et ma volonté, guidée par l’âme protectrice de mes ancêtres l’a chassé de ce monde."
"Merci Osborn. Rapide et efficace, comme toujours. Tu peux te reposer maintenant."
De fait, le magicien s’effondra dans un siège et... s’endormit !
"Voilà un personnage étonnant..." commenta Nagan, dubitatif. "Il s’est vraiment débarrassé de l’esprit comme ça, en un instant ?"
"Vérifie si tu veux, mais je lui fais confiance : il est très doué dans sa partie... Et d’une loyauté sans faille, ce qui est rare de nos jour."
Nagan bascula un instant en vision astrale : plus une trace de leur poursuivant magique.

"Efficace. Moi qui l’avais pris pour un guignol pseudo-sataniste gothique-punk... C’est un mage doué, malgré son apparence excentrique."
"Et c’est toi, pupilles fendues, qui dit ça !?!"
"Hummm... C’est vrai qu’on ne doit pas juger sur les apparences. Mais quand même : guidée par l’âme protectrice de mes ancêtres... C’est quoi ce mage, un indien à la gueule d’elfe ?"
"Osborn est... bizarre. Il a une espèce de culte des morts et des ancêtres personnel. Une mythologie bricolée par son esprit... Et curieusement, ça a l’air de renforcer ses pouvoirs."
"Un sacré malade, ouais !"
"Et encore, là il a dû faire vite et il est sortis sans son équipement." déclara Ysis dans un sourire. "Faut le voir arriver, ce grand échalas, maniant une lourde faux en pleine ville, se trimballant avec des colliers d’ossements et un crâne humain..."
"Hein ?"
"C’est son matos de runner... Si ça lui apporte quelque-chose, moi ça me va."
"Les shadowrunners sont vraiment une belle bande de malades..." ricana Myriam au volant."
"Ou alors c’est spécifique à notre équipe !" s’esclaffa Ceth.
Deeper, qui suivait la conversation via la radio se manifesta sur le canal quand ils franchirent le lugubre portail du cimetière d’Osborn.
"Une vieille connaissance disait : Quand je veux des alliés puissants, j’en veux qui aient du style. Cherche ceux, hors norme, qui vivent dans l’excentricité. Et qui sont toujours vivant. Tu trouveras une puissance surprenante chez ceux qui vivent libre."

Sur les docks, dans une salle d’un QG de campagne hâtivement bâtis, Martha ressentit une froide secousse dans son esprit.
"Calloway, mauvaise nouvelle : on vient d’anéantir mon serviteur... J’ai perdu la trace des runners."
"Merde ! C’était notre dernière chance... Jorg ? Des nouvelles ?"
"J’ai réussis à avoir la confirmation que l’ambulance impliquée dans les fusillades sur ce périphérique est bien la même que celle qui a franchit notre blocus. Une bande de ganger s’est fait décimer."
"C’est déjà ça !" maugréa Calloway, vindicatif. Il n’aimait pas les gangs, les meutes urbaines qui terrorisaient la population innocente.

"L’enquête est difficile pour nos hommes, vu le quartier : ils sont en bute avec la population locale et les autres gangs. Un détail intéressant toutefois : quatre corps ont disparu de notre morgue. Sans laisser de trace."
"Une autre équipe de runners ? Ou la même... Pourquoi ? Ils veulent des trophées ?"
"Je ne sais pas..."
"Et bien cherche ! Cette affaire devient de plus en plus bizarre... Martha ! Des infos sur cet entrepôt ?"
"Oui. Mais ça va pas nous arranger pour autant. On a trouvé plusieurs choses étranges. Très étrange même."
"Ne me faîte pas languir..."
"La première est une caisse. Ou plutôt un tas de scories rougeoyantes qui devait être une caisse de matériel biomédical. Certainement piégée par les runners. Par quoi, j’en sais rien et nos scientifiques avouent leur ignorance : c’était salement puissant en tout cas ! Et bien sûr, impossible de savoir ce qu’elle contenait."
"Un mystère en plus. Pfff..."

"Ce n’est pas fini, la suite va vous scotcher chef ! On a trouvé une cache d’armes. Et du maousse ! Armes de poing, armes de guerre et armes lourdes. Y’avait même une panoplie complète d’armes médiévales ! Sans compter les petites annexes : poisons, stimulants, bombes, médikits et matos de survie. Bien achalandée comme boutique... De quoi mener une petite guerre !"
"Je la sens de moins en moins, cette enquête..."
"Et c’est pas fini : y’avais aussi du matos magique de premier choix ! Nos magos et nos scientifiques ne se sentent plus : ils semblent jouir rien qu’en regardant les pièces à convictions. Au fait la Lone Star est très intéressée et nous offre de les analyser chez eux..."
"Oui, c’est ça... Réponds que nos services sont tout à fait compétent !" railla Calloway. "Et place quelques gardes bien incorruptibles auprès de ces objets : faudrait pas que la tentation démange trop nos sorciers... Je veux savoir aussi en priorité si y’a un incinérateur de Dragon là dedans !"
"Ok, chef, j’y retourne... Je suis curieuse moi aussi."
Martha s’en alla, laissant Calloway en compagnie de Jorg, plongé dans les méandres bureaucratique de rapport de leurs subordonnés.

"Je me demande quand même pourquoi les runners n’ont pas embarqué ce matos, s’il est si bien ?" déclara le policier
"Ils ont peut être pas eu le temps. C’était peut être d’ailleurs leur mission et ils auraient alors échoué : soyons sur nos gardes s’ils revenaient."
"Ou ils ne l’ont pas trouvé à temps. Bizarre quand même..."
Un message arriva sur un implant de Jorg, l’empêchant de répondre pour le moment. Il en prit connaissance. Intéressant. Voilà de quoi formuler une autre hypothèse.
"Chef, je viens de recevoir certains rapports d’analyse. Comme vous le vouliez, on a passé cet entrepôt au peigne fin et fait tout les tests possibles..."
"Et ?"
"L’ensemble des pièces à convictions de l’entrepôt présente une radioactivité 160% supérieure au taux normal."
Calloway resta muet un moment, le regard plongé dans les yeux froid de Jorg. Il soupira.
"Encore et encore des emmerdes en perspective..."
Son second ne put qu’acquiescer.

***

Les shadowrunners et leur nouvel et inquiétant coéquipier rentrèrent discrètement dans le petit cimetière où se trouvait le logement d’Osborn.
Même dans ce monde hypertechnologique, bouleversé par le retour de la magie, la religion restait une tradition sûre de l’humanité. Ainsi, alors qu’à deux pas des gens mourraient de faim, de drogue ou de maladie, misérablement entassés dans des logements minuscules et insalubres, il y avait des espaces miraculeusement tranquilles et préservés comme celui-ci. Des espaces de morts.
Le cimetière de quartier était peu étendu, mais bien entretenu : Osborn avait la passion de son travail. La majorité des puissants du quartier étaient des immigrés italiens, catholique et mafiosi par tradition. Ils étaient donc fort généreux pour honorer leur mort, dans un endroit tranquille et sécurisé.
Osborn leur servait de gardien, de croque-mort, d’embaumeur diligent. Et occasionnellement, il faisait un tueur magique redoutable. En échange il habitait une petite maison confortable dans le cimetière même. ça lui convenait à merveille : l’endroit était tranquille et fort discret pour lui permettre une étude poussée de la magie.

Il aurait même put vivre très bien ainsi, sans risquer sa vie dans des runs périlleux. Mais le nécromant avait des goûts dispendieux et le matériel magique de qualité (ou illégal...) coûtait fort cher. Et il aimait aussi cette partie cachée, cette vie trépidante dans les ombres qui le changeait tant de ses occupations habituelles... Même si la mort était là aussi souvent de la partie.
Le groupe de runners camoufla du mieux qu’ils purent l’ambulance balafrée de Myriam. Image choquante pour les vieilles ridées qui parcouraient les allées tombales en robe noire : une ambulance devrait avoir la décence d’aller d’abord vers un hôpital !
Les mercenaires se traînèrent ensuite dans la petite maison terne d’Osborn, clopin-clopant, selon leur état. Fatigue et blessures se faisaient désagréablement sentir : il fallait du repos à l’équipe.
Nagan s’endormit dès qu’il s’affala dans le canapé. Il avait les nerfs et le crâne en feu, suite à l’abus de magie. Et nul-doute qu’il lui faudrait encore utiliser ses dons shamaniques sous peu : Myr n’allait pas tarder à être à court de morphine et de stabilisants. Soigner par magie des êtres aussi cybernétisé était difficile et pénible. Et par opposition, la médecine traditionnelle était fort peu efficace sur lui et les autres magiquement actifs, au corps gorgé de Mana.

Osborn disposait de tout un placard regorgeant de médicaments et de trousses de premier soin. En ricanant, il déclara que c’était nécessaire aussi dans son boulot légal : il ne se passait pas une semaine sans qu’une bande de voyous ou de jeunes riches en manque de sensations viennent "prospecter" le cimetière. Ayant bon cœur, le sombre runner ne les tuait pas... Du moins, il essayait.
Ysis et Ceth, moins amochés, aidèrent Osborn à préparer un repas. Traditionnel banquet de fin de mission. Soudain, un bruit de pales virevoltantes se fit entendre vers l’entrée du cimetière.
"Rajoute un couvert, de ton meilleur service : voilà qui est rare et précieux, notre chevalier de la Matrice vient en personne !" railla Ysis.
Ses cyberyeux avaient reconnu Deeper qui émergeait de l’hélitaxi. Petit et maigre, la peau presque aussi pâle que celle d’Osborn, les cheveux long d’un bleu électrique provocateur, coiffé avec style, vêtu avec style, élégant et raffiné. L’elfe decker, sniper, Deeper. Il remonta diligemment, mais sans hâte excessive, les allées parsemées de tombes. Il allait frapper quand Ysis ouvrit la porte avec un sourire. Il sursauta. L’ambiance, sans doute...

"J’adore te surprendre ! Tu croyais pas arriver à nous surprendre en arrivant comme ça ? T’es vraiment un handicapé dans le monde réel, cher elfe..."
"Vous m’avez eu, demoiselle maîtresse des lames sanglantes. J’imaginais que vous seriez trop blessés pour me guetter ainsi derrière la porte, mais apparemment non. Je vous manque tant que ça ?"
"Charmeur, va ! En tout cas, merci pour le coup de main..."
"Et merci pour l’embauche, j’avais justement besoin de quelques liquidités !" ajouta Osborn en sortant de sa minuscule cuisine.
"Disons, que vous aider et venir vous soutenir me sort un peu des mes écrans et de mes aventures virtuelles... Je voulais savoir aussi si je n’avais pas perdu complètement la main au fusil."
"Hummm..." Osborn réfléchissait. "Même comme ça, tu sors pas souvent. Ah, j’y suis : t’es grillé, hein ?"

"Touché, mon noir ami, mon frère de cœur... Mr D.E Eper, cadre corporatiste de Renraku ne doit plus exister à l’heure actuelle. Ma sortie précipitée pour vous aider et mon piratage massif des systèmes municipaux ne sont pas passés inaperçu."
"Adieu donc ta splendide garçonnière au cœur de l’Archologie... Fini la vie de sybarite parasite d’une mégacorpo. T’es SDF maintenant ? Je t’accueille avec plaisir."
"Merci, Ô puissant magicien des Ténèbres. Mais pour une journée seulement : en fait, j’attends un changement propice de fuseau horaire pour que jaillissent du néant informatique un nouvel employé d’une puissante corporation."
"Trêve de bavardages stériles !" coupa Ysis. "Désolé que t’ai grillé ta couv’ pour nous, mais parle nous de l’essentiel : l’argent ! Comment on se débarrasse de l’encombrante cargaison contre des espèces sonnantes et trébuchantes ?"
"J’ai contacté notre employeur. Il est ravi, bien qu’un peu déçu de ne pas avoir les trois caisses. Un peu d’argent en moins. Mais il a accepté de nous verser une petite prime de risque supplémentaire... ça compensera. Il ne devrait pas tarder à me recontacter pour me donner une adresse discrète où livrer la marchandise."
"Pour une première mission, spécialement taillé pour moi, ça n’a pas été si facile !" déclara Myr, un peu remise et surtout ravie de l’arrivée de son prince des réseaux. "On a accumulé les emmerdes, non ?"

"Plutôt oui, mais c’est ça les shadowruns, douce enfant. De l’action, de l’imprévu et une victoire éclatante ! Y’a rien de mieux !"
"Et c’est celui qui reste tranquille dans un coin peinard qui dit ça..." taquina Ysis. Elle savait parfaitement que l’elfe decker risquait non seulement sa vie, mais son esprit dans la Matrice.
"En tout cas, je serais bien contente de me débarrasser de cette cargaison : elle m’a coûtée cher ! Quand je pense à toutes les réparations de l’Oxymore... Mr Johnson a intérêt à être sacrément généreux si je veux pas finir déficitaire."
Les runners explosèrent de rire. La jeune pilote avait apparemment pas mal récupéré.
"Parfait ! Puisque tout est réglé, festoyons ! La victoire fut difficile, j’ai besoin de force." rugit Ceth.
"Une bouffe et au dodo..." gémit Nagan, réveillé par l’arrivée de l’elfe.
"Faut faire ça bien, alors." déclara Osborn dans un clin d’œil au decker. "Tu m’aides à choisir le vin ?"
Et il entraîna le decker ravi vers le fond de la pièce. D’un geste négligeant, il poussa un tapis usé et révéla une trappe donnant vers un lugubre sous-sol.
"Eh ! Y’a quoi là dessous ?" s’exclama Nagan, intrigué. Il adorait les mystères, les surprises et le secret, même au mépris de son état physique.
"Mon laboratoire... Entre autre chose." répondit Osborn d’un ton lugubre. Enfin, lugubrement amusé. Deeper eut un sourire de connivence.
"Je veux voir ça !" déclara l’adepte shaman qui les suivit aussitôt.
"Pas moi..." grimaça Myr. J’ose même pas imaginer ce qu’il y a la dessous connaissant Osborn.

Le sous-sol secret comportait trois pièces : une morgue ("Pour mon stockage personnel" déclara Osborn), une chambre froide blindée ("Pour les échantillons spéciaux") et une salle circulaire, ornée de glyphe et pentagramme cabalistique. Des cornues et des potions fumantes glougloutaient, inquiétantes. Des livres et des composants magiques étranges étaient négligemment répandus à même le sol.
"Ma salle d’invocation..." dit Osborn, très guide touristique.
"J’avais deviné... On dirait l’antre d’un savant fou. Ou des catacombes squattées par une secte de malades satanistes." répondit Nagan.
"Merci." trancha Osborn, froid, sérieux.
Lui et Deeper se dirigèrent de concert vers une tenture accrochée au mur. une scène biblique quelconque. Pas gaie : une histoire de vallée des larmes et d’ossement.
Les deux elfes la déplacèrent et les yeux exercés du Ninja descellèrent une porte secrète, bien dissimulée et verrouillée par un sort en plus !
"Y’a quoi derrière ? Tes trésors, tes artefacts magiques ?" "Patience..." murmura Osborn en répétant le mot. "Voici en effet mes trésors, mon péché mignon..."
"Des cadavres ?"
"Sa cave à vin..." jubila Deeper.

***

Laboratoire de Haute Sécurité, ISWT-Seattle.

Lomeg se raidit imperceptiblement : mail reçut. Deeper. Les runners avaient apparemment réussit.
Il attendit que le Dr.Hoerfell ait terminé son expérience pour lui adresser un signe discret convenu à l’avance.
Le savant hocha là tête et sortit, Lomeg sur ses talons. D’un pas nerveux, il se dirigea vers une pièce froide à 4°C. Ils ne devraient pas y être déranger...
"On peut parler ici, qu’y a t’il ?"
"Deeper vient de me contacter. Son équipe a réussit à récupérer deux des caisses et à détruire irrémédiablement la troisième. Il veut savoir où et quand livrer la marchandise... Il souhaite aussi être payé, en intégralité."
"Oui, oui.." soupira le chercheur. "Va falloir que j’organise ça de manière discrète... Mon Dieu, c’est presque fini ! Lomeg, prépare un transfert de fond discret pour les runners. On paiera à la livraison, dès que j’aurais trouvé un coin tranquille pour stocker tout ça."
"Bien monsieur."

"Seigneur, je ne serais pas fâché que ça se termine enfin ! Quel cauchemar... Mais je ne pouvais pas rester sans rien faire, non ?"
"Ce n’est pas à moi d’en juger, Monsieur."
"Tu dis ça, mais je suis sûr que tu penses comme moi, sinon tu ne m’aurais pas aidé si facilement... Lomeg, j’ai un service à te demander d’ailleurs..."
"Oui, à vos ordres !"
"Non, non... Pas un ordre, une requête, un souhait d’un vieil ami, d’un collègue..."
"Je ne comprends pas très bien... Mais je ferais de mon mieux."
"Ce n’est pas grave... Voilà : si jamais, malgré tout... Cette histoire se finissait mal... J’aimerais, j’aimerais que tu prennes soin de Cory. Qu’elle soit en sécurité. Loin de cette boîte qui vire peu à peu au cauchemar..."
"Je ne sais pas trop... Que voulez que je fasse exactement ? Je suis certain que Deeper pourrait organiser une extraction. Son groupe m’a l’air compétent."
"Ah, ah, tu ne le connais pas assez ! Curieusement Deeper refuse toute les commandes d’extraction. Une de ses amie et pas mal d’autres shadowrunners liés à ce decker sont morts lors d’une extraction qui a mal tournée..."

"Etonnant. Il a pourtant des compétences certaines."
"De plus, je ne fais pas très confiance aux runners en général. Toi non plus, non ? Là, je n’avais pas le choix. Mais pour le futur, je ferais à ma manière... Bon, retournons au travail, sinon nos indélicats employeurs vont nous remarquer. Et y caille ici !"
"Et pour votre fille ?"
"Tu trouveras bien, je te fais confiance... Mais je prie pour que tu n’ai jamais à me rendre ce service..."
Le Dr. Hoerfell regagna son laboratoire, toujours escorté de Lomeg. Une surprise l’attendait : le Dr. Ashanian, chef de la division scientifique de l’ISWT-Seattle en même temps du conseil d’administration, était négligemment appuyé contre l’embrasure de la porte.
C’était un génie. Bah, ils l’étaient tous ici. Par contre ses opinions étaient... Pas vraiment du goût de celles de Hoerfell. D’où cette action désespérée avec les runners pour récupérer la perversion de ses travaux.

"Cher Dr. Hoerfell, mais où étiez-vous donc ? Une pose dans le travail, mmhhhh... Pas très productif..."
"Que voulez vous Ashanian. Je suis pressé, j’ai des expériences en cours, moi."
"J’aimerais vous entretenir de certaines de vos... MMmmmhhh... Dépenses personnelles."
Il savait. C’était évident. Comment diable quelqu’un avait pu remonter les manipulations expertes de la Matrice de Lomeg ? A moins que... Le Dr. Hoerfell sentit une mains glacé se poser sur son épaule.
"Vous avez été très vilain, Docteur... Le directoire est très mécontent de vous."
Black. Bien sûr ! Il ne l’avait même pas senti arriver. Hoerfell frissonna : s’ils étaient impliqués, ça sentaient vraiment le roussis.
"Je ne vois pas de quoi vous parlez Ashanian. Soyez clair et précis : de quoi m’accusez-vous ? Je suis prêt à me défendre et à me justifier devant le directoire, je n’ai à mon sens commis aucune faute."
"Admirer l’habilitée verbale du Docteur..." déclara une voix froide. "Tout pour tromper les détecteurs de mensonges."
White. L’autre elfe était là aussi ! De plus en plus mauvais.
Inquiétant, les deux jumeaux elfiques, habillés de cuir renforcé aux couleurs de leur nom de code, tournaient autour du malheureux scientifique comme autour d’une proie.
"Inutile d’en appeler au conseil, votre punition à déjà été décidée." ricana Ashanian. "Mais dîtes nous plutôt qui sont les runners que vous avez contactés et où se trouve le Nadra ?"

"Enfoiré ! Vous m’avez espionné ! Moi !"
"Hélas, cette précaution s’est révélée malheureusement nécessaire... Parlez !"
"Je n’ai rien à vous dire, sycophante visqueux ! Je donne ma démission ! Tant pis si vous ruinez ma réputation ou si je dois vous rembourser vos investissements !"
Black et White sourirent : il attendait ce moment...
"Mon pauvre Enrick, pour un scientifique capable d’en appeler à des shadowrunners, vous vivez dans un autre monde : vous devriez savoir qu’une corporation ne connaît qu’une façon de se débarrasser des employées gênants... Une façon, définitive !" railla Ashanian, visiblement ravis.
"Non ! Vous ne pouvez pas ! Dame Célès ne le permettra pas... Lomeg !"
"Lomeg, ne bougez pas ! Ordre spécial 17 du directoire ! Black, White, tuez-le."
"No..."

Le Dr. Hoerfell ne put terminer sa vaine supplication. Black avait déjà tiré son katana à une vitesse inhumaine et un flot rouge s’échappa en cascadant de la gorge ouverte du scientifique. Simultanément, White s’était élancé et avez enfoncé sa propre arme directement dans le cœur du Docteur. Il s’effondra sous le regard impuissant de Lomeg et sous les ricanements d’Ashanian.
"Vieil imbécile ! Tu avais oublié notre premier commandement : la science avant tout ! On peut se passer de toi, mais pas d’argent. Et peut importe d’où qu’il vienne. Lomeg, contactez la Sécurité pour qu’il nous débarrasse de ça... Vous pouvez disposez ensuite."
Et Ashanian se retira, toujours jubilant d’avoir humilié et vaincu son ancien collègue et rival.
Black, White et Lomeg restèrent seuls devant le corps ensanglanté.

"ça t’as fait quelque-chose ?" demanda White, l’albinos à son double quasi-négatif.
"Non, rien de plus que d’habitude... Et toi ?" répondit négligemment Black. Curieusement, il n’avait pas la peau noire pour faire l’exact pendent de son mortel associé. Xénophobie corporatiste, sans doute...
"Pas mieux... Penses-tu que nous aurions la possibilité de le disséquer ? C’était tout de même un génie. J’aimerais jeter un coup d’œil à son cerveau."
"Je ne crois malheureusement pas. Dis moi, Lomeg, mon vieux... ça t’as fait quoi de nous voir occire sans pouvoir rien faire ton vieil ami, ton chef ?"
"Je ne comprends pas. Je n’ai bien évidement rien ressentit de particulier. L’ordre du Directoire à préséance, c’est tout."
"Pfff... Aller White, allons nous en : cette vieille baderne m’ennuies déjà... J’aimerais bien qu’on nous affecte à la traque des runners. Là on s’amuserait peut être."
"Le Docteur Ashanian a fait une erreur : il a éliminé trop vite son vieux rival. On aurait dut le torturer avant."
"Quoi ? Mais il n’y aurait plus de sport !"
"Je vise à l’efficacité, moi. Je ne suis pas assoiffé de sang et de combat, moi."
Lomeg resta seul, plongé dans ses pensées.

Il devait prendre une décision, et vite. Il avait menti aux jumeaux assassins. ça lui avait bien fait un indéfinissable quelque-chose de voir ce bon vieux Docteur mourir ainsi...
Une requête d’un vieil ami. Une promesse. Pas un ordre, mais un service...
Bon sang ! Pourquoi ne lui avait-il pas donné un ordre explicite ? Lomeg aimait les ordres clairs, les missions simples. Pas les suppositions, les incertitudes, les interprétations.
Loyauté envers la compagnie ? Loyauté envers le Dr. Hoerfell ? Il n’aurait pas dut avoir de mal à se décider, pourtant le dilemme paralysait son esprit. Il ne remarqua même pas l’équipe de nettoyage qui emporta le corps sanglant.
Finalement, il mit un pied en avant. Il avait décidé. Sa vie n’avait de sens que grâce et pour le Dr. Hoerfell. Hors celui-ci était mort. Donc son obéissance première allait vers la personne dont l’ADN était le plus proche du bon scientifique. Sa fille unique.

D’un pas décidé, il s’enfonça vers le centre médical expérimental de la corpo.
Il s’arrêta au premier poste de garde et assomma d’un coup vif et non-mortel le garde de faction. Quelques secondes après les caméras de l’étage s’éteignirent. Les enregistrements allaient montrer une journée normale en boucle pendant deux heures au moins.
Il hésita à prendre l’arme du garde, avant de renoncer. Il était mal à l’aise avec ces engins et le Dr. partageait son point de vue. Et moins il y aurait de dégâts, moins la corpo trouverait rentable de les poursuivre. Quoique dans son cas...
Déterminé, il se dirigea vers la chambre de Cory, négligeant tout les protocoles de sécurité et de décontamination : pas le temps pour ces choses là ! Heureusement, il ne croisa personne en cette heure tardive. Il avait parfaitement le droit d’être à ce niveau, mais l’absence du Docteur aurait parut fort suspecte. Un dernier sas et il déboucha dans la chambre-bulle de la jeune fille. Elle allait bien et ne l’avait pas vu.
Les sens hyperamplifiés de Lomeg remarquèrent la relative rougeur des joues de la petite fille (plus si petite d’ailleurs, elle devait aller sur ses douze ans maintenant) Parfait, elle avait reçut son traitement. Voilà qui simplifiait grandement leur évasion.

"Oh, bonjour Lomeg !" salua la jeune fille en le découvrant enfin lors de son entrée. "Tiens, Papa n’est pas avec vous ?"
"Je suis au regret de vous informez que votre père est mort. Il a été assassiné par Black et White sur ordre du Dr. Ashanian et du Directoire."
La jeune fille resta un moment ébahie, surprise par la nouvelle. Sur son visage la surprise passa au déni. Mais Lomeg ne mentait jamais. Enfin, elle éclata en sanglot.
Lomeg se dit qu’il avait peut être manqué un peu de tact et de douceur... Il n’avait pas l’habitude des enfants et de leurs réactions émotionnelles.
"Je suis désolé." dit-il en une vaine tentative de réconfort. "Pardonnez moi de vous brusquer mademoiselle, mais votre père m’a demandé de prendre soin de vous et de vous éloigner au plus vite de la corporation si jamais il lui arrivait malheur."
"M-m-merci Lomeg... ça v-va aller." déclara Cory, son visage en pleurs passant cette fois à la détermination et à la colère. "J’veux qu’ils payent pour ça !"
"Hélas, je ne peux me dresser contre eux pour le moment... Et je n’en ai même pas l’envie : votre père désapprouvait la violence et la vengeance."
"Alors, on va faire quoi ?"

"Survivre, ce serait déjà bien. Le Dr. Hoerfell craignait pour sa vie et pour la votre. Nous devons donc partir d’ici !"
"Hein ! Mais sans les médicaments et les appareils..."
"Je m’en occupe. On va tout emporter avec nous, n’ayez pas peur, je suis au courant pour votre maladie dégénérative auto-immune."
La jeune fille eut un rire nerveux, qui vira vite aux sanglots
"Vous manquez vraiment de tact !" ricana-t-elle une fois remise, à la grande surprise de Lomeg. "J’ai reçu mon traitement pour la nuit, mais pour après..."
"J’ai vu où ils rangent vos injections. Il y a un stock important. Nous allons le prendre et fuir loin d’ici : avec le temps, j’arriverais bien à reproduire ou faire reproduire vos traitements."
Cory hocha la tête : elle connaissait Lomeg depuis longtemps. Il était compétent et implacablement déterminé. Elle pouvait lui faire confiance. Pour le moment, elle devait se montrer forte et oublier son chagrin pour quitter cette corporation corrompue. Intérieurement elle s’en réjouissait : fini l’isolement, fini les traitements sans fin et les expériences. Fini d’être un cobaye de froids scientifiques.

"On y va !" déclara la jeune fille en sautant au bas de son lit. Le monde ne tangua qu’un moment. "Vous avez un plan ?"
"Pas vraiment. Faisons au plus simple : on prend tout et on file au plus vite se cacher. Je crasherais la Matrice pour faire diversion."
"Très réjouissant..."
"Suivez-moi, s’il vous plait. Ne vous écartez pas trop sinon j’aurais du mal à vous protéger."
"Et si on tombe sur Black et White ?"
"Je les retarderais et vous fuirez. Mais d’après le système, ils sont affectés au Dr. Ashanian. Ils n’ont aucune raison de venir par ici..."

Lomeg guida la jeune malade dans les couloirs jusqu’à une chambre froide blindée. Des symboles technocabalistiques ornaient la porte blindée.
Passer outre la sécurité prit un temps fou, même pour Lomeg. Il dut même démonter complètement un scanner à paume récalcitrant. Enfin, la porte s’ouvrit dans un souffle glacé de brumes d’azote liquide. Lomeg entra seul, bien moins sensible au froid que la jeune fille. Il prit deux lourds conteneurs.
"C’est ça, n’est-ce pas ?" demanda-t-il en entre-ouvrant un conteneur. Il contenait de larges cylindres remplis d’un liquide semblable à du mercure.
"Ça y ressemble en tout cas et les références semble correspondantes : CO-NR. Le CO, c’est pour Cory ! Merci papa ! A tiens, y’a des CO-NR2 ?"
"Peut être un traitement plus avancé ou complémentaire. Je les prends quand même."
"C’est pas un peu lourd ?"
"Ça va, environ 543 kg..." répondit Lomeg très sérieusement.
La jeune fille éclata de rire.

"M-Merci Lomeg ! J’ai bien besoin de rire en ce moment..."
"Mais qu’ai-je dit de drôle ?" demanda celui-ci tandis qu’ils couraient vers les parkings. Personne ne lui à jamais dit qu’il était drôle. Lui même ne comprenait pas grand chose à la logique de l’humour.
"Rien, rien..." ricana la jeune fille essoufflée par le rythme inépuisable de son garde du corps.
"Eh ! Vous !" hurla un garde en faction en les voyant débouler à toute allure.
Cory vit alors qu’elle était loin du rythme réel de Lomeg. Celui-ci se changea en tornade floue cyberaméliorée franchit en un instant la distance les séparant du poste de garde.
Il traversa la baie en vitre blindée de la casemate à pleine vitesse, comète laissant une queue de verre scintillante. Un garde s’interposa. Lomeg le contourna à la vitesse de l’éclair et l’assomma d’un tranchant bien ajusté de la main.
ISWT avait les moyens : ces gardes étaient dotés des meilleurs implants. Certain même illégaux ou expérimentaux. La preuve : l’un d’eux était déjà presque sur le bouton d’alarme.
Lomeg dut lui briser le bras pour le stopper in-extrémis. Il s’excusa en assommant ce second garde tout en balayant le troisième d’un coup de pied.
Le combat n’avait duré que quelques battements de cœur. Lomeg ressortit de la casemate, récupérant les lourds conteneurs qu’il avait dut lâcher. Cory était médusée.

"Je ne te savais pas aussi fort..."
"J’ai toutes les options !" déclara Lomeg, citant une blague de son père qu’il ne comprenait pas. En tout cas cela fit rire la jeune fille.
Une luxueuse limousine blindée surgit devant eux, son pilote automatique obéissant aux instructions mentale de Lomeg. Quelques secondes après, ils défonçaient à pleine vitesse les grilles de l’enclave corporatiste et plongeaient vers la jungle urbaine de Seattle.
"On fait quoi maintenant ?" s’écria Cory, qui buvait littéralement des yeux le spectacle chamarré de la ville d’ombres et de lumières. Elle n’était jamais sortie de l’ISWT avant.
"D’après mes manuels de stratégie de guérilla urbaine, nous devons nous fondre dans la foule, devenir anonymes. Peut être qu’ils ne nous poursuivrons pas longtemps."
"J’ai soudain un doute là dessus..."
"Sinon, on pourrait, peut être, demander de l’aide à une autre corpo ou à des shadowrunners..."

***

Man&Machine, salle d’opération d’urgence.

Ros tailladait dans les chairs avec un sourire crispé de dément au milieu du sang et des hurlements d’urgence des appareils médicaux. Joie ou peur ? Plaisir en tout cas.
"Docteur, on est en train de le perdre !" hurla la sœur Eriana, qui lui servait d’assistante et de mage. "_ J’entends bien ! Mais j’le laisserais pas mourir ! Aahah ! Il est trop précieux vivant même si j’adorerais le disséquer. Ouvrez la cage thoracique ! Néodrénaline 8cc en injection directe !"
"Mais Docteur... C’est quatre fois la dose normale si je ne m’abuse..."
"Vous apprenez bien vos leçons, mais les normes ne s’appliquent pas à cet... cet organisme. Toutes mes drogues ne lui font quasiment rien. Obéissez maintenant !"
La bonne sœur suivit les ordres du médecin plus expérimenté qu’elle, il devait savoir ce qu’il faisait... Même si l’exultation se disputait à la panique sur son visage.
Plongeant ses mains délicates dans la cage thoracique défoncée de son malheureux patient, elle trouva son cœur, ridiculement petit et flasque. A l’arrêt. Elle injecta le stimulant et entreprit de masser le cœur directement conformément aux instructions hystériques du docteur Ros.
"Eh ! C’est bizarre... Le sang..."
"Oui, ne vous inquiétez pas : c’est encore une des merveilles de ce type : il a des systèmes de pompage sanguin auxiliaires ! Magnifique en tout cas, j’aimerais connaître son biosculpteur...."

Ce patient était littéralement fascinant. Le père Samuel et les sœurs l’avaient amené comme un simple drogué en manque ou en overdose. Les surprises avaient commencé dès que le Doc avait tenté de l’ausculter.
Pour cela, il avait voulu lui retirer ses vêtements noirs gothique. Et là, pas de fermeture éclair, d’ouvertures, de boutons. On les aurait dits moulés sur ce type. Souples, extensibles, résistants, il avait dû les découper avec son meilleur scalpel sonique. Et il avait alors compris pourquoi ils étaient si serrés...
Le sang avaient jaillit en flot écarlate de multiples plaies béantes. Les vêtements servaient de garrot improvisé pour empêcher le sang de fuir de cette foule de blessures.
Fasciné, il détailla les dégâts. Un bras en véritable charpie, os brisés, saillant en multiples endroits. L’autre était pire : ce n’était plus qu’une scorie noircie jusqu’à l’épaule, ne tenant que par des tendons roussis. Côtes brisés, thorax défoncé, perforé par de multiples plaies (impact de balles ?). Le corps entier était couvert de balafres purulentes en cours de cicatrisation plus ou moins avancée. Une jambe semblait avoir été mordue (par un truc sacrément gros), l’autre devait être passée dans un mixer et recollée à la hâte. Certaines parties semblaient même avoir fondues...

Un rapide scanner lui indiqua que l’état interne ne valait guère mieux : organes détruits, fondus, explosés ou déchiquetés. Les hémorragies internes étaient légion. Quand aux os... Un vrai puzzle. Et il y avait de nombreux corps étrangers : balles, métaux divers et éclats inconnus. Soudain, la machine bourdonna étrangement et les images se modifièrent, devenant plus floues, plus opaques, jusqu’à devenir inexploitables. Impossible après de réobtenir une vue nette de l’intérieur de ce corps.
Le docteur Ros avait quand même eu le temps de noter une autre information : ce type n’était ni un elfe, ni un elven wannabe, un humain biosculpté en elfe. C’était... autre chose. Et normalement rien n’aurait put survivre à de telles blessures !
Pourtant, son patient s’accrochait à la vie, bravant le diagnostic évident. Il devait tout faire pour sauver une telle merveille.

Mais ça n’était pas si simple : la magie d’Erania ne l’atteignait pas, bien qu’il ne présente aucune cybermodification. D’après la religieuse, il semblait être dans un étrange cocon astral qui le coupait de l’extérieur... Ensuite le médecin s’était aperçu que l’organisme étrange du patient éliminait les drogues plus vite qu’elles n’agissaient. Il rejetait aussi tout implant cybernétique. De toute façon, le Doc, bien que spécialiste en cyberware, n’avait aucune idée d’où le brancher : le système nerveux du pseudo-elfe n’était pas du tout standard ! Trop de nerfs, trop de terminaisons bizarres... Restait donc seulement la médecine classique, la chirurgie et l’espoir.

La néodrénaline n’eut guère plus d’effet que la dizaine d’autres injections précédentes. Il fallait autre chose. Ros réfléchissait à la vitesse de l’éclair tout en suturant les plaies et déchirures les plus graves du corps.
"Eriana, rajoutez une pochette de sang synthétique pour compenser les pertes... Faut stimuler à tout pris son corps. Père Samuel, changer la bouteille d’oxygène. Mettez de l’oxygène pur et augmentez le débit. Eriana, choc électrique maximum directement sur le cœur ! Et passer moi une seringue de Lastem..."
"Docteur, c’est trop dangereux ! Le Lastem est un stimulant militaire ! Personne ne survivrait à une telle dose !" s’écria le Père Samuel.
"C’est moi le Doc ici, non ? J’ai plus le choix !"
Le Troll résigné lui tendit la seringue de stimulant illégal. Cette dose était conçue pour être partagée par un bataillon de dix à vingt soldats... Le doc l’injecta directement dans le flux sanguin à destination du cerveau.
Pendant un instant, tous crurent qu’il n’y avait encore aucun effet. Ou que le patient était mort.

Puis l’elfe alité brisa ses sangles avec une force inouïe, envoyant valdinguer Eriana et le docteur. Un geyser de sang recouvrit la pièce d’un rouge lugubre tandis que le patient hurlait, gargouillait, agité de spasmes et de contractions violentes qui arrachèrent et brisèrent les coûteux appareils de diagnostic et de survie.
"Samuel, tenez le ! Eriana, plus de sangles ! Vite, du plastoderme pour les plaies ! Plus de poches de sang ! Remuez-vous où il va encore se vider !"
Soudain toute les machines s’éteignirent. Des éclairs paresseux se traînèrent hors du corps allongé, formant d’inquiétant entrelacs qui laissèrent les sauveteurs bouche bée. Une phosphorescence vert-bleu envahit la pièce, semblant émaner du corps qui désormais flottait quelques centimètres au dessus de la table d’opération.
Des formes inquiétantes se matérialisaient, trop vite pour être clairement perçu par les esprits présents. Un tourbillon d’air se forma, entourant le corps d’une brume blanchâtre en rotation. Qui accélérait.

"Putain, c’est quoi ça ?" jura le docteur.
Avant que l’un d’eux réponde, Eriana hoqueta soudain en portant vivement ses mains à sa tête. Elle hurla de douleur et s’évanouit. Sa sœur arriva aussitôt, défonçant quasiment le sas stérile qui les séparait de la salle d’attente. Elle resta abasourdi devant l’étrange spectacle.
"Magie !" hurla Samuel. "Fait sortir Eriana, ça influe sur elle."
"C’est dangereux ? C’est quoi ?" demanda le Doc, médusé.
"Aucune idée, mais sans doute rien de bon ! Restez derrière moi, on recule !"
"Je ne peux pas laisser mon patient !"
"Vous préférez y laisser la vie ?"
Il ne répondit pas et fit prudemment marche arrière, sans toutefois quitter des yeux le corps enluminé par la magie.

Le Mage GaHell se noyait. Il suffoquait et tombait dans les abysses d’un liquide visqueux indéfinissable.
"Où suis-je ? Je me noie ?" se demanda-t-il. Ce n’était pas désagréable... Il sentait s’enfuir ses forces, sa volonté dans un flux chaud...
"IMPOSSIBLE !" réagit brutalement son esprit. "Un Archimage ne peut pas se noyer ! Mais que se passe-t-il donc ? Je... Je... Meurs ?"
Il se sentait faible, transparent dans la nuit abyssale. Mourir n’était pas désagréable... Le repos enfin, après des siècles de...
"Mais à quoi je pense là ! Je ne peux pas mourir ! Je ne veux pas mourir ! Où sont les contingences, les sortilèges de résurrection, les refuges secret pour mon corps et mon âme meurtrie ?"
Il reprenait peu à peu la maîtrise de ses pensées, stoppant sa chute vers l’obscur néant. Sa fierté, son arrogance et sa volonté de vivre à tout prix l’avait sauvé. Il analysa son environnement.

"Pourquoi aucuns de mes sortilèges de secours n’a fonctionné ? Oh ! j’y suis ! J’étais à Seattle, dans un autre plan !"
Pourtant, de la magie était à l’œuvre ici, il le sentait. C’est comme s’il était en train de... se dissoudre... dans une mer de Mana. Bizarre.
"Oh non !" hurla son esprit déficient enfin connecté. "Le Transfert !
Bandant sa volonté, il tenta de retenir son essence, son être en lui et usa de sa Magevision. Plus de doute : le Transfert était en court : un épieux de lumière magique transperçait son corps déliquescent.
"Non, non, non ! Je suis vivant ! Stop !"
Le Transfert était l’un de ses nombreux mécanismes de survie... Enfin, presque : il était la conséquence d’un sort quasi-raté. Bien décidé à conserver son intégrité, ses pouvoirs et son esprit, il plongea psychiquement dans le flux de lumière, à la recherche de l’aboutissement de celui-ci.
A une vitesse folle, il remonta des abysses de la mer de Mana, plus loin, plus loin encore. La densité diminua : il volait à présent au cœur de volutes lâche de mana, toujours relié à son fil d’or.

La luminosité diminua, les dernières volutes de Mana se dissipèrent, laissant le Mage GaHell dans l’obscurité, suivant sans fin la flèche d’or qui le transperçait, vers une obscurité terrifiante.
Soudain, il s’écrasa contre une surface dure et froide.
Devant lui se dressait une barrière de glace, s’étendant au cœur de ténèbres infinies. Le fil doré du Transfert la traversait sans mal. Pas lui. Hurlant sa frustration, il cracha une bordée de jurons innommables venus d’un millier d’argots tous plus vulgaires les uns que les autres. Il abattit ses poings déjà à demi translucide sur la paroi froide, inébranlable.
Il tenta d’arracher, de corrompre par la maigre magie qui lui restait le pieux d’or qui le transperçait et absorbait ses pouvoirs, ses souvenirs, sa volonté. Sous ses assauts désespérés, le fil doré rétrécit, se contracta. Esprit contre magie. Il jeta ses dernières forces, ses derniers pouvoirs psioniques et magiques dans la bataille.
Soudain un visage apparut au creux des glaces immobile. Son visage.

"Pourquoi ? " fit l’apparition
"Je veux vivre ! Je veux vivre tel que je suis !"
"C’est bien... Mais j’ai besoin de ta force, je veux ta haine, ta colère enflammée et ta volonté pour faire fondre ce mur de glace..."
"Tu n’auras rien ! Je viendrais moi même te délivrer et nous rentrerons ! Cesse d’absorber ma magie et mes forces ! Où es-tu donc ? Qui a eut l’audace de t’emprisonner ?"
"Je ne sais... Il fait si froid. La magie est si faible ici... Je suis faible... J’ai besoin de la chaleur de ta colère. Et toi, tu as justement besoin de calme et de repos pour ton corps déchiqueté... L’échange est équitable."
La flèche d’or transperçant le Mage GaHell vira soudain au rouge sang, lui arrachant un hurlement. Elle explosa. Le sort était rompu.
Le Mage GaHell ne put le voir et en tirer les conséquences : il avait déjà sombré dans les ténèbres, évanoui, son esprit rejoignant son corps torturé.

"Ça se calme on dirait... Quel patient fascinant !" déclara le Doc en se rapprochant.
"Docteur, soyez prudent quand même !" s’écria le Père Samuel, bien que tous les phénomènes étranges aient cessé.
Le Docteur Ros s’empressait de remettre en route les appareils ayant survécus aux décharges d’énergies. Ils émirent un cri plaintif.
"Merde ! Il s’enfonce à nouveau ! Samuel, vous êtes maintenant mon infirmière ! Pas de discussion, on sauve ce gars !"

ISWT-OL3, rapport surveillance IA projet 134. Extrait : incident 17.

Note : Secret/Confidentiel. Autorisation seulement pour : Directoire ISWT.Sécurité OL3.

[H2217:06:13] : Augmentation anormale de température dans conteneur terminal sujet C-GH.
[H2217:06:45] : Augmentation anormale de pression dans conteneur terminal sujet C-GH. Augmentation masse corporelle sujet C-GH : 15,06%. Alerte classe-J.
[H2217:07:11] : Augmentation anormale rythme cardiaque sujet C-GH. Potentiel électrique anormal dans conteneur terminal. Augmentation anormale ondes cérébrale alpha/bêta sujet C-GH.
[H2217:07:12] : Délibération IA-B, IA-M, IA-G terminée. Fermeture sas blindé 01 à 04. Injection nitrogène liquide dans conteneur pré-terminal. Alerte classe R.
[H2217:O7:29] : Modification ondes cérébrales alpha/bêta organisme biologique de contrôle magique. Délibération IA terminé : élimination voté au 2/3. Injection neurogaz dans laboratoire terminal. Probabilité d’affaissement barrière magique : 98,76% (p<0,001).
[H2217:O8:10] : Elimination effectué, signes vitaux négatif. ISWT-Section Magie informé (Lettre de condoléances standard B-13, accident magique, envoyée aux familles).
[H2217:O9:43] : Explosion de nature indéterminé dans laboratoire (scellé) terminal. Détecteurs et armement automatique inopérant dans laboratoire terminal (IA-G : choc EMP probable à 67,98%, généré par le sujet à 89,12%)
[H2217:09:56] : Sas blindé 03 soumit à augmentation anormale température/pression.
[H2217:10:02] : Délibération IA terminé. Evacuation air laboratoire terminal. Fermeture porte blindé anti-incendie. Alerte classe N. Evacuation personnel demandé à OL3-central (IA-B : contamination possible : 07,41%).

[H2217:12:09] : Sujet C-GH en liberté/autonome confirmé. Franchissement sas sécurité 08. Isolation secteur central OL3.
[H2217:12:11] : Délibération IA terminé. Utilisation armement automatique contre sujet C-GH. Balles gel sans effet. Balle explosive sans effet. APDS-E sans effet. Taser sans effet. Neurojet/gaz sans effet.(IA-B : protection magique probable à 99,03%).
[H2217:12:54] : Sas étanche fermés. Sujet isolé.
[H2217:14:23] : Employé 345-T présentant comportement anormal : tentative non-autorisé d’ouverture sas étanches. Délibération IA terminé : contamination mentale probable à 76,97%. Elimination autorisé.
[H2217:17:06] : En accord avec délibération IA et ISWT-Central sécurité, abandon du processus d’évacuation du personnel. Elimination préventive par neurogaz approuvé. Perte humaine : 82. ISWT-Section R&D informé (Lettre de condoléances standard B-06, accident laboratoire à haut risque, envoyée aux familles).

[H2217:22:07] : Explosion de nature indéterminée sas étanches (IA-M : Distorsion gravitique hypothétique : 05-15%).
[H2217:22:18] : Délibération IA terminé. Séparation laboratoire central approuvée et exécutée. IA-B copié dans système OL3-CL en vue analyse/arrêt du sujet C-GH.
[H2217:45:12] : Message IA-B’ : "Sujet neutralisé/en hibernation/capturé (caisson haute-sécurité). Cause probable arrêt sujet : manque énergie magique (Mana) probable à 67,91%". Délibération IA et consultation ISWT-Central.
[H2217:57:24] : Délibération IA terminé : contamination IA-B’ improbable à 58,76%. Analyse donnée brute considéré comme sans risque (98,17%). Réassimilation possible. Décision finale transférée à ISWT-Central.
[H2218:13:45] : Réassimilation non-autorisé. Transfert données brutes autorisé et effectué dans système simulé(en attente analyse). Elimination IA-B’ requise par ISWT-Central (Dr.Ashasian/Directoire). Citation pour rapport : "Perdre une IA est certes coûteux, en perdre plus est hors de question. Appliquons le principe de sûreté."
[H2218:20:00] : Transmission rapport final. Récupération laboratoire central effectué. Sujet C-GH neutralisé/en stase. Coût estimé de l’incident 17 : 3 millions nuyens. Pertes humaines : 87. OL3 en attente nouveau personnel.
-End of file-

"Ouf, cette fois, il est stabilisé... Résistant c’p’tit gars !" déclara le Doc.
"C’est le moins que l’on puisse dire. Et bizarre. Des idées, Doc ?"
"Pas la moindre ! D’après les tests, il n’a pas de bioware connu, ni de cyberware. Enfin, il a bien un truc bizarre dans le crâne ressemblant à un datajack... Mais entièrement organique et sans stockage informatique !"
"Hummm... Technologie militaire ?"
"Aucune idée ! Mais c’est du travail d’artiste. Et y’a aussi les résultats des tests..."
"Quoi ?" "Et bien, curieusement, plus l’on place un échantillon loin du corps, plus il se décompose vite ! Non... ce n’est même plus de la décomposition à ce stade, c’est quasiment de la désintégration. Allez faire des tests sanguins sur un truc comme ça qui s’évapore dans le néant..."
"Un système antivol de bioware ?"
"Si oui, j’aimerais savoir comment il marche : ma fortune serait faîte ! Mais là, je nage dans le brouillard total. Et c’est pas tout."

"Y’a encore d’autres trucs ?" gémit le religieux, noyé par l’enthousiasme du scientifique.
"Il a absorbé 8 litres de sang synthétique, comme ça ! Hop ! Et une bouteille d’oxygène pur. Apparemment il s’en sert pour reconstruire son organisme à une vitesse effroyable : on voit les cellules croître à l’œil nu. Une véritable régénération tissulaire ! Avec mes soins et ce rythme fou de reconstruction, ça ne m’étonnerait pas qu’il soit sur pieds très vite ! J’ai hâte !"
"Il doit utiliser la magie..." déclara Eriana, entrant soutenue par sa sœur jumelle. Je sais pas ce qu’il a fait tout à l’heure mais ça a tellement déchiré l’astral que ça m’a envoyée directement dans les pommes... Et cette régénération semble d’origine magique : on dirait des sortilèges curatifs. Bien plus efficaces que les miens..."
"Cet elfe serait un grand mage ?" demanda le Père Samuel. "Mais que faisait-il seul dans les bas-fond et dans cet état ?"
"Aucune idée, on lui demandera quand il se réveillera." répondit Eriana.
"Intéressant personnage..." murmura sa sœur.

"Et coûteux !" déclara le Doc en contemplant sa salle d’opération dévastée. "Samuel, mon ami, là je ne pourrais pas te faire cadeau de tout ça..."
"Pas de problème, notre étrange nouvel ami a les moyens..." répondit avec amusement le Troll en plongeant sa main dans une bassine où étaient rangés les corps étrangers extraits au cours de l’opération. "Si je ne me trompe pas, ce pendentif enfoncé dans sa cage thoracique est une émeraude brute..."
Il lança la pierre verdâtre, encore poisseuse de sang et de la taille d’un œil au Doc médusé.
"Voilà qui couvrira les frais !" s’exclama joyeusement Eriana. Elle s’était déjà prise de sympathie pour l’inconnu mystérieux. "Ramenons-le à l’église pour sa convalescence. Il y sera plus tranquille qu’ici..."
"Aucune objection, attendez simplement que le néoderme se soit solidifié. Pour le reste, je vous fais confiance."
"Il sera plus facile à surveiller là-bas." souffla le Troll au médecin qui hocha affirmativement la tête. "Je sens venir des ennuis..."

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