Invocation
MageGaHell Aerth
Aerth, récits fantastiques
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Chapitre 1 : Y'a des jours comme ça...

Chapitre 1 : Y’a des jours comme ça...

(Mens sana in corpore sano... ? - Cyberpunk - Grobill - 23/03/2003)

Certains jours, on ferait carrément mieux de rester couché... C’est en tout cas ce que pensait le Mage GaHell. La journée avait magnifiquement commencé par une bonne guerre. Pas de bol, il avait perdu... Enfin, pas gagné. Sans être au complet, il ne pouvait pas rivaliser contre Hagell, Ezéchiel et les autres. C’était au moins ça de confirmer... Sous les déluges de sorts, il avait du s’enfuir, abandonnant ses troupes sous les assauts ennemis. Bah, ils tiendront bien le temps nécessaire. Espérons. Bon, récupérons au plus vite ce morceau de lui-même...

Même pour un des meilleurs et l’un des plus fou Planeshifter du Multivers, une plongée hors-monde sous le feu ennemi n’était pas facile. Et en plus, ce salopard d’Ezéchiel lui avait balancé une tripoté de monstres poursuiveurs. Pas trop dangereux, mais casse bonbon... L’humeur massacrante du Mage GaHell avait donc encore empiré quand il se matérialisa au cœur de la nuit dans une sombre ruelle des docks de Seattle. Il avait détecté le dernier morceau dans ce monde. Coup de chance, c’était un monde qu’il connaissait déjà. Il y disposait de réserves, caches et repaires amplement pourvus en matériel. Comme cet entrepôt à moitié délabré et isolé devant lequel il était apparu. Il grogna en voyant sortir de l’ombre trois silhouettes menaçantes...

"J’vous avais bien dit qu’j’avais senti un truc !" s’exclama le plus petit des trois. Elfe, sans doute un magicien de combat, vu les décorations de sa toge et la garde rococo couverte de glyphes de son épée.
"Toi ! T’es qui ? Et casses-toi !" gueula le plus grand. Un Troll aux bras argentés, portant une lourde armure et littéralement couvert d’armes à feu. C’est ce qu’ils nommaient un Samouraï des rues. Pff, ridicule...
"Je crois que c’est pas ton jour, étranger. T’as rien à foutre là et malheureusement pour toi on est payé pour... chasser les gêneurs dans ton genre." ajouta le dernier. Un asiatique. Sans armes, et légèrement vêtu. Par contre ses muscles saillants et sa façon féline de se déplacer n’annonçaient rien de bon. Ce devait être ce que l’on nommait un Adepte Physique .
"Ecoutez les gars, j’vous dérange pas plus et je m’en vais. J’ai passé une mauvaise journée et je veux pas plus d’ennuis..." commença GaHell, diplomate.

Un autre jour, ça aurait pu marcher. Mais la LEM, voyez-vous... La porte de l’entrepôt, qui aurait du être désert et regorger d’accueillantes merveilles indispensables à la mission du Mage, s’ouvrit brutalement. Une escouade entière d’hommes en armes jaillit dans la ruelle, entourant l’Archimage qui soupira. Des squatters. Et sacrément armés. Apparemment il était tombé en plein sur une réunion secrète d’un quelconque groupuscule... Très puissant apparemment. Un homme grand, à la forte carrure et vêtu d’un costume trois pièces impeccablement taillé s’avança. Le chef. Immédiatement, le Mage GaHell ne l’aima pas. C’était son sourire. Un sourire de prédateur, parfaitement conscient de sa cruauté.
"Que voilà un invité surprenant..." commença le costard. "Presque autant que son arrivée, d’ailleurs."
GaHell jura. Ce type devait être un magicien et il avait senti son arrivée. Il devait être sacrement balèze.

L’Archimage activa un instant sa Magevision, jetant un bref coup d’œil dans ce qu’on nommait ici l’Espace Astral. Il jura. Et merde ! Un Dragon ! Y’a vraiment des jours comme ça... Et dire qu’il avait pensé à masquer son aura. Mais contre ce genre de créature...
"Tiens, vous semblez surpris, étranger ? Quelque chose vous dérange ? Et qu’avez-vous exactement, j’ai senti une perturbation à l’instant..."
"Vous êtes doué. Disons que moi aussi, j’ai voulu savoir qui j’avais devant moi."
"Et vous pouvez faire ça sans entrer en transe ? Vous êtes vraiment une personne fascinante ! Et que vous a appris votre bref passage dans l’autre facette de la réalité ?"
"Exactement ce que vous redoutiez... Inutile de jouer plus longtemps à ce jeu avec moi. J’imagine que vous n’allez pas me laisser partir tranquillement ?"
"Hélas non. Personne n’était censé nous voir ici. Et encore moins découvrir qui nous étions réellement. Désolé. c’est la faute à pas de chance, étranger... tuez-le."

Pourquoi ça finissait toujours comme ça ? Ils n’avaient donc pas vu ses armes ? Ils n’avaient donc pas senti sa puissance lors du Planeshift ? La Contingence se déclencha, matérialisant une sphère ondoyante autour du magicien, absorbant la pluie de balles explosives. Cela choqua le dragon déguisé, il ne s’attendait pas à une réaction aussi rapide. Et il n’avait pas incanté ou activé de focus. Outre la protection, la Contingence lui avait aussi donné la Hâte. Malgré leurs réflexes câblés, il balaya les sbires, son épée noire déchiquetant membres et armures avec une incomparable aisance. GaHell fit un geste, matérialisant un mur invisible entre lui et des élémentaires surgis à l’appel d’un magicien du groupe. De son autre main, il invoqua une Tornade d’éclairs qui acheva les hommes en armes. Armes et munitions explosèrent, noyant la rue sous le sang et les flammes. Le Mage et l’Adepte avaient réussi à esquiver la contre-attaque spectaculaire de l’Archimage. Celui-ci se téléporta derrière l’Adepte qui se concentrait pour porter un coup fatal. Malgré son agilité, le combattant ne put rien contre celui qu’on appelait Demon’s eyes.

L’asiatique se défendait bien. Mais contre quelqu’un qui avait passé plusieurs centaines d’années au cœur des combats les plus épiques, c’était inutile... Les attaques de l’Adepte étaient téléphonées et même si elles étaient plus rapides, plus puissantes que celle de l’Archimage, il trouva bien vite la faille. Une dague empoisonnée trouva le cœur de l’humain. A côté le magicien elfe avait terminé son incantation. Une nuée de flammes engloutit le Planeshifter. Un sourire mauvais aux lèvres, celui-ci leva un bras, prononça un mot et les flammes hurlantes s’ouvrirent devant sa volonté. L’elfe hurla en renforçant son sortilège. Le feu reprit de plus belle, cherchant à pénétrer la protection de l’Archimage. S’il voulait jouer à ça... Tout en renforçant à son tour son sortilège de protection, le Planeshifter incanta. Il transforma l’elfe en pulpe sanglante.

GaHell se tourna vers le dragon qui regardait tranquillement ses sbires se faire massacrer. Bon, là il devait avoir compris. Magie de guerre, yeux verts flamboyant sous la colère, Ambimagie, Planeshift... Le lézard devait savoir à qui il avait affaire maintenant !
"On en reste là ?" demanda l’Archimage, toujours diplomate en contemplant la scène du massacre.
"Non. Vous êtes doué étranger. Vous tuer me couvrira de gloire !" éructa le dragon en reprenant sa véritable forme.
"Mais... Vous n’avez donc pas compris qui je suis ?"
"Je m’en fiche, elfe ! Vous allez périr." dit le Dragon en s’envolant dans le ciel pollué de Seattle.
"Ils disent tous ça... Et je suis un demi-elfe, inculte !" lui cria le Mage GaHell.
Le combat ne faisait que commencer. Pour une arrivée discrète, il repasserait...

L’Archimage se matérialisa sur le pont suspendu. Bilan : côtes fracturées, tout le côté droit du corps brûlé. Vite, il relança ses sorts de Régénération et de Peau de Pierre. Il vacilla.
Lors du Planeshift, il avait embarqué un morceau du flux de magie de son propre monde. Ça lui permettait d’utiliser sa magie, le temps que son corps et son esprit s’adaptent aux nouvelles conditions. Mais il n’avait pas arrêté de se battre, tant au départ qu’à l’arrivée. Et il était tombé contre un Dragon ! Son corps et son âme étaient meurtris, ses sorts en mémoire bientôt épuisés. Ce monde avait certes un accès plus facile au Flux de Mana, mais celui-ci était moins dense. Faire appel à la Magie était à la fois si tentant et si épuisant ici ! Mais là, il n’avait pas le choix... Nerveusement, GaHell leva ses yeux d’aigles vers le ciel. La tempête faisait rage sur Seattle. Des vents surpuissants balayaient le pont, faisant pleuvoir à l’horizontale des trombes d’eau. Pluie acide mêlée aux embruns méphitiques du port. Vraiment un endroit charmant...

Des éclairs déchiraient le ciel, illuminant les cieux, vestiges du sortilège. C’est le Dragon qui avait d’abord invoqué la tempête, pour que leur duel reste non-dérangé par les hélicoptères de la Lone Star. Il avait modifié le sort à la volée, le renforçant au-delà de toute mesure, histoire d’empêcher le lézard d’utiliser au mieux ses ailes. Il avait également invoqué la foudre pour pilonner le Dragon, sans succès... Les incendies et les explosions en chaîne secouaient à présent le quartier. Dommage collatéral. Au moins, ça avait éliminé les témoins gênants... Soudain, le Dragon jaillit hors des cieux en folie, plongeant vers le mage demi-elfe. Dédoublement, esquive, lance de glace. Touché. GaHell jura dans une langue perdue depuis des siècles. Une illusion. Merde ! C’était l’un de ses tours favoris. Le Dragon retournait contre lui ses propres techniques. Futé ! Mais alors où était son adversaire ?

Une secousse lui répondit : le lézard volant s’était accroché sous le pont ! Il était arrivé en volant en rase motte, couvert par la tempête. GaHell bondit à une hauteur inhumaine, évitant de se faire carboniser. Le Dragon s’extirpa de sous le pont, traversant le trou de métal et de roche en fusion qu’il venait de creuser. Lui aussi était dans un sale état. On affronte pas un Archimage comme ça. Les ailes membraneuses de la bête étaient parsemées de trous, des larges plaies sanguinolentes lui barraient le torse, vestiges cuisant d’une Tornade de Lames. On voyait l’os de l’une des pattes avant du monstre. Rongée par l’acide. Ils étaient tous deux brisés, exténués. Il était temps de conclure. GaHell s’était retenu jusqu’à maintenant. Mais la rage montait peu à peu en lui. Toute la hargne accumulée lors de cette journée désastreuse se libéra dans le sort suivant. Une vague d’énergie brute jaillit entre les deux adversaires. Le dragon souffla. Les flux de destruction s’entremêlèrent, explosant entre les deux ennemis, les envoyant tous deux s’étaler au sol. D’une pirouette, le Mage GaHell se releva, prêt au combat, ses yeux verts enflammés par la haine. Pas assez rapide. Après un vol plané, qui tenait plus de la chute à demi-contrôlée, le Dragon lui envoya un terrible coup de queue, pulvérisant les Peaux de Pierre et l’enfonçant dans un pylône métallique du pont. En sang, les os broyés et l’esprit cotonneux, le Mage GaHell fit appel à l’un de ses dons innés. Il se téléporta bien au-dessus du Dragon, sur un autre pylône.

Tenir en équilibre, sans se faire remarquer, au sommet d’une poutrelle métallique au cœur d’une tempête, avec un Dragon colérique qui vous cherche en contrebas demande un certain courage, voire une certaine inconscience. Le Mage GaHell n’avait jamais été considéré comme quelqu’un de très sain d’esprit. Aveuglé par la colère, il fit appel à ses sortilèges les plus violents. Il condensa toutes les charges électriques de la tempête dans sa main droite. Les éclairs se rassemblèrent à son appel, formant une lame crépitante dans sa main. Bien évidement, le Dragon vit la danse somptueuse des décharges se rassemblant autour de son bras. Il s’élança à l’assaut, serres en avant. Le Mage GaHell sauta vers la gueule béante du reptile ailé.

Le lézard ne s’attendait pas à ça. Il tenta de virer de bord. Trop tard. L’Archimage atterrit sur le crâne écailleux et y abattit son épée de tonnerre. Explosion. Le Mage GaHell fut propulsé en l’air par le souffle, comme prévu. Les arcs électriques paralysaient la bête, qui tombait à nouveau vers le pont, secouée de spasmes violents. Le sort avait anéantit la plupart des défenses magiques du monstre et lui avait causé quelques dommages. Il donnait surtout au Planeshifter le temps de finir sa seconde incantation... Sa main gauche termina les gestes. Une déchirure noire crépitante apparut entre ses doigts, formant une lame d’obscurité parcourue de vibrations étranges et d’éclairs mauves inquiétants. Le Dragon heurta le sol avec violence. Le choc lui fit reprendre ses moyens. Il leva les yeux vers la frêle silhouette qui s’abattait vers lui. Intelligemment, il ne chercha pas à souffler : il préféra tenter d’esquiver. Bien lui en prit. La Lame Noire de Désastre du Mage GaHell se contenta de lui cisailler une aile. Ignorant la douleur et le flot de sang poisseux, il frappa l’Archimage d’un puissant coup de serre, lui balafrant le ventre malgré ses protections. Le sort du Planeshifter n’avait pas suffit. Il n’avait pas vaincu et en payait le prix : l’abus de magie le faisait saigner du nez et des oreilles. Sa fierté blessée l’avait conduit à utiliser un sort beaucoup trop puissant dans ce monde. Sa vision se brouilla.

Le Dragon était quasiment mort. Mais la médecine de ce monde pouvait faire des miracles : il pouvait encore s’en sortir s’il fuyait maintenant. Mais le reptile était lui aussi quelqu’un de trop fier. Il s’avança pour carboniser l’impudent qui l’avait tant meurtri. Il souffla. Le Mage GaHell vit arriver les flammes furieuses. Une seule chance. Il plongea littéralement dans le flux de mana et unit son esprit au feu. Il devint flamme, il devint le souffle du Dragon.
"Impossible !" souffla le Dragon en voyant l’Élémentaire titanesque qui émergeait des flammes. Non, pas émergeait ! Il s’en nourrissait !
Le feu reflua, le Mage GaHell réapparut. Les flammes s’enroulaient autour de lui. Il incantait. Le si fier reptile tremblait. La forme d’une gigantesque gueule de flammes se formait autour du Mage GaHell. La gueule d’un Dragon !
"Tu ne peux carboniser un Dragon !" cria le lézard au milieu des flammes.
"Si..." lui répondit la voix glaciale de son opposant. "Tu connais le proverbe : qui vit par l’épée, mourra par l’épée..."

Là, il avait vraiment exagéré. Sa vision se troublait par moment, son équilibre était précaire et ses blessures refusaient de se refermer ! La magie abandonnait le corps meurtri par la Magie du Mage GaHell. Il avait gagné. Mais à quel prix ! Et pourtant il restait encore quelques taches à accomplir par l’esprit fatigué de l’Archimage. Son arrivée n’avait pas été vraiment la plus discrète. Il fallait au moins remédier à cela. Ou du moins minimiser les traces de son passage. Il se plongea dans l’Espace Astral et commença à incanter à nouveau. But : élimination des gêneurs/espions magiquement actifs et des métacréatures trop curieuses. Une tempête de mana se leva aux ordres du magicien, carbonisant toute créature liée à l’Espace Astral dans la zone. Il sentit ses neurones griller sous l’impact du sortilège. Il tomba à genoux dans une ruelle souillée par de nombreux déchets et vomit. Vraiment il exagérait... Depuis quand ne se souciait-il plus ainsi de la vie ? Non ! Les enjeux étaient trop importants pour se laisser aller à du bête sentimentalisme ! Le Mage GaHell se redressa, s’adossant à un mur sale couvert d’obscènes graffitis. Il sourit en tremblotant, la vulgarité grossière des rues l’avait toujours fait marrer... Des larmes de sang coulaient à présent de ses yeux et il ne sentait plus son bras. Pas grave. Il en avait un autre...

Bon, maintenant les enregistrements. Dans ce monde fou de technologie et d’électronique, il existait de nombreux systèmes de surveillance et d’espionnage qui avaient sûrement enregistré une partie de son combat épique. L’information était toujours une arme, un pouvoir. Il traça en l’air des symboles cabalistiques brillants. Obéissant à son appel, l’énergie crépitante de l’orage se condensa autour de lui. Il cracha un mot de pouvoir, lançant ses foudres pour surcharger et détruire toute forme d’électronique dans la zone, surchargeant les systèmes et brûlant les microprocesseurs. C’est magnifique la technologie, fruit du labeur consciencieux des hommes. Mais ça vaut rien contre la puissance des éléments déchaînés par sa volonté. Un regain de culpabilité et l’état de décrépitude avancé de son corps et de son âme l’empêcha de lancer son dernier sortilège. Un Chant de Mort, qui aurait annihilé toute forme de vie dans le port de la citée... L’Archimage vagabond prit une profonde inspiration, qui se transforma en quinte de toux brutale et en spasmes douloureux. Il cracha du sang. Péniblement, il quitta les lieux chaotiques du combat, baignés par les flammes, les fumées toxiques et les éclairs brillants. Il vit arriver en trombe les hélicos de la Lone Star et les aéro-ambulances de Doc Wagon. Il devait faire vite et quitter les lieux...

Pas le choix, il se replongea dans l’épuisante magie. Son premier geste fut de se rendre invisible. Enfin, à part les traînées de sang qu’il laissait sur son passage. La pluie nettoierait tout ça. Ensuite, il passa en Grande Hâte. Pas très intelligent d’accélérer ainsi le métabolisme de son corps meurtri, mais il n’avait pas le choix. Il distordit l’espace et le temps et traversa ainsi les faubourgs de la cité en courant à une vitesse inimaginable. Chaque pas l’éloignait du lieu du drame, et donc le mettait davantage en sécurité dans les rues anonymes des Barrens de Seattle... Et chaque pas lui coûtait davantage. Finalement, le Planeshifter s’effondra à bout de souffle dans une ruelle. Il se tassa contre un mur couvert de provocants et incompréhensibles hiéroglyphes claniques. Son cerveau épuisé tenta de l’avertir de quelque chose. Mais son corps réclamait cette pause... Il fit un bilan de son état général. Mauvais. Très mauvais. Il n’avait jamais pris grand soin de son physique, préférant l’Art de la Magie. Chez lui, de nombreux sortilèges des potions subtiles et des artefacts mystérieux l’auraient requinqué en un rien de temps. Il avait déjà trompé la mort des milliers de fois. Il avait atteint la quasi immortalité avec son rituel de Stasis. Il avait déjà perdu des membres et même vu son corps détruit ou plus récemment divisé en neuf. Il était au summum de son Art, l’un des Archimages les plus puissants et les plus aventureux de son temps...

Mais il n’était pas chez lui. Aucune apprentie n’allait surgir pour soigner le Maître. Et la magie de ce monde était bien trop fatigante et dangereuse pour son état. Il compara ça avec amusement à un kilo de plume et un kilo de plomb : l’un était quand même sacrement plus facile à rassembler et à ranger ! Il soupira et commença à bander ses plaies avec les moyens du bord. Il ricana en déchirant les lambeaux de sa toge si pratique, si chère et si enchantée. L’ironie était mordante. Si Mielikki, la Déesse des Forêts ne lui faisait pas la gueule depuis l’incident avec Ly-Hell, il aurait put en appeler à ses pouvoirs de Rôdeur. Une Puissance de ce monde aurait honoré le contrat et canalisé la Magie divine. Il ricana de plus belle. Décidément, son rival avait vraiment bien manœuvré. Il se sentait isolé, presque désespéré dans ce monde étranger et hostile... Sentiment qui passa bien vite. Son ego, sa fierté lui interdisait ce genre d’abattement. Il devait se relever, trouver l’une de ses nombreuses caches d’urgence dans ce monde. Une fois là, il aurait tout ce qu’il lui faudrait. Merde ! il était le PlaneDiver ! Il avait connu bien pire sur bien des mondes différents ! L’Archimage en sang tenta de se redresser. Et s’affala lamentablement au milieu des immondices de la ruelle crasseuse. Il y resta allongé un moment, appréciant le contact froid du macadam humide contre son crâne brûlant.

Des bruits de bottes et des ricanements grossiers lui firent ouvrir péniblement les yeux. Enfer ! Ça ne finirait donc jamais ! Une bande d’Orks en blouson de cuir miséreux et à l’air agressif avait envahi la ruelle sordide. Ils s’avançaient en conquérants et leurs regards cruels apprirent au Mage GaHell que la journée d’emmerdes n’était pas finie.
"Tiens, un clodo drogué ! Dans not’zone ! T’as pas la frousse la loque ?"
"Barre-toi d’not’coin." commença un lieutenant empestant la bière en relevant manu militari le magicien. "Eh ! Il est plein d’sang !"
"Un mort de plus dans la rue...." commenta le chef. "L’a du s’faire pieuter pas loin. On peut pas laisser traîner d’déchet dans not’secteur !"
Le lieutenant balança un puissant direct dans le ventre meurtri de l’Archimage. GaHell gémit sous l’impact. Brute avec des bras cybermodifiés... Soudain, il n’aimait plus la démocratisation de la technologie.
"Crevez-le." ordonna nonchalamment le chef du gang en voyant le magicien dégueuler sur les chaussures de son sbire. "En plus c’est un d’ces putains d’elfe."
Vivante publicité pour la tolérance et le respect des autres, ça c’est sûr. Le Mage GaHell ricana, ce qui surprit un instant les Orks. Ça lui fut amplement suffisant pour contre-attaquer.

Les corps cybermodifiés explosèrent littéralement sous les arcs électriques déchaînés par le Planeshifter en colère. Une odeur de chair brûlée et de viscères dégoûtants envahit la ruelle. Le Mage GaHell tomba à nouveau à terre au milieu des immondices. Il devait vraiment arrêter avec la magie. Il aurait dû se servir de son épée. Mais les vieux réflexes ont la vie dure... Bon, perdu pour perdu, autant y aller à fond. Rassemblant son pouvoir, il se téléporta au loin, dans une rue sombre qu’il devinait dans le lointain au cœur du fog envahissant ce quartier délabré. Là, il s’effondra dans des cartons. Son cœur s’était arrêté. Et merde. Cinq, six minutes d’autonomie. Et il n’y voyait que d’un œil. Et il s’était remis à saigner. Et il ne sentait plus ses brûlures tant la souffrance issue de son système nerveux lui enflammait l’esprit et la chair. Il n’allait pas mourir comme ça, affalé dans des cartons humides d’une cité polluée et sordide. Bandant sa volonté, il envoya une décharge magique à son cœur qui repartit tant bien que mal. Il se leva. Changement de plan : vite un médic ! Il n’alla pas loin, son corps disloqué refusant de le porter plus avant. Trop lourd, trop douloureux. Avisant l’entrée poussiéreuse d’un soupirail, il s’agenouilla. Haletant, il y fit tomber son équipement et ses armes. Il s’évanouit avant de lui-même s’y laisser tomber.

"Eriana ! En voilà un autre !"
"Pauvre homme marqué par le destin... Eh ! C’est un elfe !"
"Il doit bien exister des pauvres, des rejetés même chez eux..."
"Vous m’entendez ?"
Le Mage GaHell ouvrit péniblement les yeux. Un Ange. Un doux Ange féminin au sourire triste... Etait-il rentré chez lui ? Etait-il dans l’un des Plans Supérieurs ? Etait-il... Mort ?
"arr... euh... aff..."
"Eriana : regarde ses yeux. Exorbités, pupilles dilatées, veines explosées. C’est un drogué..."
"Père Samuel, je me soucie plus de son corps. Le malheureux a été battu à mort et brûlé... Sans doute l’une des chasses au clochard dont sont friands les gangers..."
"Dans quel monde vivons-nous, ma Sœur... Drogue, corruption et violence. L’Eveil n’a rien changé à cela. Où est le nouveau monde promis ? Parfois, je me demande si Dieu ne nous a pas abandonné..."
"Vous doutez, mon père ?"
"Comme tout le monde. Mais j’espère aussi..."
"Alors n’abandonnons pas cet homme. Œuvrons à améliorer le monde à notre niveau. Comme dit le proverbe : aide-toi et le ciel t’aidera. "
"Nous sommes là pour convaincre les jeunes de se tourner vers le Seigneur plutôt que vers l’argent facile, la drogue et la violence. Avons-nous réellement le temps de secourir toutes les brebis égarées ?"
"Ce ne serait pas chrétien de le laisser là. Et vous savez comme moi que les services sociaux sont débordés. C’est un Sinless. Sans argent, sans secours, comment peut-il s’en sortir ? C’est de notre devoir de lui tendre la main."
"Très bien, très bien. Je le porte. Il pourrait faire une très bonne publicité au programme s’il s’en sort et revient sur le droit chemin..."
Le Mage GaHell se sentit soulevé. Très haut. Par un bras gigantesque couvert d’excroissances osseuses. Et il était incapable de réagir ou d’émettre le moindre son de protestation.

Y’a des jours comme ça, où l’on sent dès le lever que tout va merder. C’était un jour comme ça. Déjà, l’inspecteur Niles Calloway n’aimait pas l’avion. Ensuite le fait d’être réveillé en pleine nuit, après une bonne journée de planque et de filature bien épuisante, ça n’avait rien fait pour le mettre d’agréable humeur. Lui et son équipe avaient été sommés de rentrer à Seattle, presque poussés manu militari dans l’appareil. Le stratojet gouvernemental (donc inconfortable) fonçait dans la nuit à une vitesse inimaginable. Rien que ça retournait le cœur du policier. Mal rasé, les vêtements collant, il contemplait la rotondité de la planète d’un air morose. Pourquoi les rapatriait-on ainsi en urgence ? Ils avaient été "prêtés" à la municipalité de Chicago pour donner un coup de main sur une sombre affaire d’Esprit Insecte. Et pile au moment où tout ce travail allait enfin porter ses fruits, on leur ordonnait de rentrer séance tenante !

Calloway se tourna dans son siège inconfortable pour regarder son équipe. Il grogna. Jorg était comme d’habitude : parfaitement habillé, impassible, impeccable et plongé dans son travail. On ne dirait vraiment pas que l’elfe s’était fait réveiller juste quelques instant auparavant... D’ailleurs le scientifique dormait-il de temps en temps ? Calloway l’avait toujours vu que travailler... Le policier s’attarda sur le visage marqué de son second. Rides, cheveux poivre et sel coupés court, sourire crispé. On était bien loin des visages d’élégants aristocrates sans âge habituels de sa race. Jorg était l’un des premiers Elfes nés lors de l’Eveil. Une célébrité dont il se serait sans doute bien passé. Le gouvernement Russe s’était empressé de mettre le jeune Jorg Sobrokiev au secret, afin d’étudier et de tenter d’exploiter le phénomène. Calloway n’osait imaginer ce que son second, à peine enfant avait du subir aux mains des chercheurs et des militaires russes. Ça avait encore empiré avec les développements de ce que l’on allait nommer la Magie Hermétique. Jorg y excellait. Avant. Bien forcé s’il voulait survivre et gagner son pain chez les Russes.

Ils en avaient fait une sorte de super-agent. Un shadowrunner avant l’heure, quoi. Mais ce qui était rare devint abondant, ce qui était miraculeux devint courant et banal. Magie et technologie se développaient, changeant le monde et les vieilles habitudes. Pour les remplacer par d’autres... De ressource nationale presque sacrée, Jorg devint qu’un anonyme métahumain magiquement actif parmi les autres. Ni le plus puissant, ni le plus doué. Dans un sursaut de fierté nationale, l’armée rouge voulut rentabiliser ses armes face à la montée inexorable des corpos. Ils poussèrent Jorg, se servant de lui comme cobaye pour tester drogues, biowares et cyberwares militaire expérimental. Et comme souvent, ils le brisèrent. Ou du moins son corps et sa magie. L’âme farouche de l’elfe slave finit par se révolter contre ses maîtres si méprisables. Jorg considérait que la Russie l’avait trahi. Il trahit donc la Russie. Utilisant tout ce qu’il avait appris en tant que spécial de l’armée rouge, il s’enfuit de sa mère patrie et parvint à rallier Seattle, nouveau port d’attache des hors-la-loi et autres paumés du globe. Là, il avait vécu quelques temps avec ceux qu’on nommait désormais les shadowrunners, monnayant les talents appris chez les Russes. C’est dans les rues animées et sales de Seattle qu’il avait rencontré Calloway, lui aussi courant les ombres à cette époque.

Ils s’étaient associés, se respectant mutuellement, reconnaissant les mêmes valeurs. Bien vite, cette vie mercenaire leur pesa. Employés par des fantômes anonymes et changeants, ils n’avaient pas l’impression d’être utile, d’avancer ou d’évoluer. Certes les nuyens s’engrangeaient sur leurs comptes secrets, mais à quoi cela servait-il ? Apportaient-ils quelque chose de bien et d’utile à la société ? Calloway ne le pensait pas. Alors, les deux runners rentrèrent ensemble dans la police. Lui l’homme de terrain, Jorg l’éminence grise, le spécialiste en tout. L’elfe passait en effet tout son temps et son argent à acquérir une foule de connaissance scientifique. Dans sa cybermémoire se trouvaient des milliers de volumes d’encyclopédies et de publications scientifiques sur une foule de sujets. Pour Jorg, l’information, c’était le pouvoir. Le flic partageait quasiment ce point de vue. Même sans ces amplifications mémorielles, l’esprit synthétique et analytique de son second lui avait permis de résoudre pas mal d’épineux problèmes. Besoin d’un théologien, d’un physicien ou d’un médecin spécialiste des cyberprothèses ? Jorg était là. Calloway avait parfois honte de son ignorance comparée à son second. Le russe méritait amplement mieux que de lui servir de bonne à tout faire scientifico-technique. Mais cette vie plaisait à Jorg. Il aimait passionnément son métier et adorait se sentir utile. Il se fichait des honneurs et des projecteurs de la gloire. Au contraire : moins on le voyait, mieux il s’en portait ! ++++ Son second finit par lever les yeux de sa console sous le regard rêveur de Calloway. Le policier se reprit en fit une mimique interrogative envers son adjoint. Celui-ci répondit par un haussement d’épaule à demi perceptible. Non, Jorg ne savait pas non plus pourquoi on les rapatriait d’urgence... Les réseaux ne lui avaient rien appris. Un trou d’air tira brutalement Calloway de ses pensées. Décidément, voilà un moyen de transport bien inconfortable. Le cœur au bord des lèvres, les phalanges blanchies serrées sur son accoudoir, le policier gémit sous le supplice. L’homme n’était pas fait pour voler dans le ventre froid en étroit de ce genre d’appareil qui fendait l’atmosphère glaciale de la planète. L’Homme devrait plutôt vivre les deux pieds sur terre. De préférence dans une ville avec tout le confort moderne. Genre un whisky on the rocks et un cigare, se dégustant dans une pièce chauffée et dans un fauteuil moelleux. Une secousse plus brutale fit crier le policer comme une fillette. Les costards qui les escortaient eurent des sourires amusés devant la nervosité de Calloway. Il leur rendit un sourire de requin. Sales lèches bottes.

Un grognement prolongé retentit lorsque les secousses cessèrent. Calloway se retourna vers le deuxième membre de son équipe et se fendit d’un sourire à demi amusé. Les turbulences avaient failli réveiller Martha. Même pour une femme aussi petite, il se demandait comment elle avait put se pelotonner ainsi dans un espace aussi exigu et surtout comment faisait-elle pour dormir ? Martha était une femme petite et boulotte, aux chevaux brun roux abondants coiffés en dreadlocks. Chacun ses goûts. Son visage présentait de curieux mélanges ethniques, où les taches de rousseur irlandaises se mêlaient au teint café au lait et à la bouche sensuelle des latinos. Sans compter les yeux en amandes propres aux asiatiques. Le mélange était agréable à regarder sur son visage ouvert et souriant. Calloway décida qu’on pouvait la qualifier de mignonne. Une beauté étrange, exotique. Martha était shaman Blaireau. Et médecin légiste. Là, ça prête déjà moins à sourire. Pourtant, la jeune femme était conviviale, toujours active et souriante, un vrai boute-en-train (même si les éternelles blagues de potaches des légistes n’avaient jamais vraiment fait rire le policier).Une collègue inestimable.

Il était amusant de voir comme les gens ne collent pas aux stéréotypes dans la vraie vie. Martha alliait avec bonheur la rigueur scientifique du médecin légiste (tache ingrate s’il en est, mais tellement nécessaire dans la police) à l’occultisme sensuel, intuitif et débridé des shamans du sixième monde. Calloway se demanda comment sa collègue gérait ce genre de contradictions. Il faudra qu’il pense à lui demander à l’occasion... A moins que ça la gêne : Martha était très secrète sur son passé. Il ne devait pas être très heureux, quasiment comme tous ceux magiquement actifs qui ont choisi la voie particulière du shamanisme indien... Persécution, racisme, intolérance. Décidément cette société ne changerait jamais. Calloway soupira : au moins, ce genre de pensée, même triste et cynique, l’empêchait de trop se soucier de cet éprouvant voyage forcé.

Son regard revint sur Martha, toujours endormie avec son sourire d’ange. Tiens, faudrait qu’il mette un jour les points sur les i à Jorg. La shaman semblait complètement folle de lui, mais était trop timide pour lui en parler. Bizarre pour quelqu’un d’aussi exubérant. Et bien entendu ce grand dadais d’elfe ne voyait rien. Il était depuis longtemps convaincu qu’il était perdu pour la gente féminine, à cause de son corps meurtri. Pour couronner le tout, Martha se complaisait dans l’auto flagellation mentale : elle était persuadée de n’être pas de taille pour séduire le scientifique. Elle croyait, à tort, qu’il aimait plutôt le genre grande sylphide anorexique blonde platine. Des scandinaves, quoi ! Calloway pour sa part, était au contraire convaincu que Martha était parfaite pour son collègue : il lui fallait une femme dynamique et autoritaire pour le sortir de temps en temps de ses ennuyeuses recherches et pour le faire profiter de la vie... Mais un chef, un policer, devait-il se mêler de la vie privée de ses collègues. Le règlement décourageait fortement les liaisons entre confrères, afin d’éviter toute sorte de mésententes et de promotion canapé... Mais lui et les règlements, ça faisait deux... Bah, il verrait bien : laissons le temps au temps !

Ces rêveries avaient réussi à détourner la peur de l’avion de Calloway. Jusqu’au début de l’atterrissage. Le stratojet déchira la couche de nuages qui couvrait quasiment en permanence la ville de Seattle. Retour à la maison ! Aujourd’hui : temps gris, pluies acides ! Il fallut deux bonnes minutes pour décrocher l’inspecteur Calloway de son siége après l’atterrissage. Le chef de la police allait devoir lui fournir une sacrée bonne raison pour ce voyage ! Ils furent accueillis dès le débarquement par une escouade de gardes de la Lone Star en uniforme et en armes. Bigrement impressionnant. Ils avaient été promus chefs d’état ou quoi ? Jorg était-il secrètement un Prince de Tyr Tairngire ? Bien sur on ne répondit pas à leurs questions. Cela accentua la mauvaise humeur de Calloway. Ça et le fait d’être accueilli par la Lone Star. En ces temps de privatisation de la sécurité urbaine, la Lone Star était désormais signe de sécurité et d’autorité auprès de la population et des corpos. Ça ravissait les simples flics, tout ça !

Mais comment lutter contre l’argent d’une corpo, comment refuser cette aide inespérée, cette main tendue alors que la violence urbaine gagnait de plus en plus de terrain ? Calloway n’avait rien contre ses collègues de la Lone Star. La corpo avait fournit de nombreux emplois à pas mal de flics abandonnés par le gouvernement vacillant... Mais il restait un problème, l’éternelle question : qui gardera les gardiens ? Les employés de la Lone Star pouvaient ils vraiment agir en indépendants et se dresser contre les intérêts de la corpo si la justice le réclamait ? Epineux problème entre loyauté et valeurs morales... Il y avait donc une certaine rivalité entre les deux services de police, privé et public. Pourtant, Calloway oublia tous ses griefs contre la Lone Star quand un jeune rouquin en armure lui tendit un thermos de sojcaf. Tout n’était pas perdu pour la police : il restait des gens civilisés et intelligents dans ce bas monde... Il allait même user de toute son influence pour faire canoniser ce garçon !

Conduit par les gorilles en armes, l’équipe de l’inspecteur s’engouffra dans d’imposantes et luxueuses limousines. Quelle classe et quel luxe pour venir chercher trois policiers membres d’une sous-section anonyme de la police locale ! Confortablement installé dans la limousine lancée à toute vitesse au mépris des limitations, Calloway fut accueilli par le chef de la police lui-même. Et son homologue de la Lone Star... Que d’honneurs ! Ça sentait vraiment le roussis...
"Pardonnez-moi d’être brutal, mais que diable se passe-t-il ici ?" demanda Calloway. "Qu’y a-t-il de si urgent pour interrompre une enquête engagée depuis des mois ? On a assassiné Lowfyr ou quoi ?"
Sa saillie drolatique glaça instantanément les représentants de force de l’ordre. Trop brutalement.
"Rassurez-vous, Jonathan... Il plaisante." déclara finalement le chef Wright en faisant de gros yeux courroucés à son subordonné. "Mais comprenez Cal, que vous n’êtes pas tombé loin."
"Quoi ? Pourriez-vous m’expliquer ?"
"Vaut mieux que vous voyez ça par vous-même... D’ailleurs on arrive. Chauffeur ! Dépolarisez les vitres !"

Sous le regard médusé de l’équipe de flics, la limousine s’engagea en cahotant dans les rues dévastées du port de Seattle.
"Bon sang ! Que s’est-il passé ici !" jura Martha. "C’est la guerre ou quoi ?"
"Ça me rappelle la Tchétchénie..." murmura Jorg tout bas, d’un ton absolument pas nostalgique.
"Sacré bordel, oui ! Des attentats ? " demanda Calloway.
"On ne sait pas pour le moment... Mais ce n’est pas le plus important." Calloway se mura dans un silence remplis de questions : ça, pas important ! La quasi destruction du port de Seattle !
"On a utilisé de la magie pour faire ça." murmura Martha en montrant un bâtiment à moitié fondu.
"Ou des armes de guerre très puissantes." ajouta Jorg.
Calloway n’écoutait pas et ne prêtait qu’une attention discrète aux scènes de dévastation. Il avait repéré la suite du programme.

Le pont était entièrement sécurisé par la Lone Star et enfermé hermétiquement d’une cage de toile blanche, normalement utilisée pour les analyses chimiques dangereuses ou radioactives. On les fouilla et on les fit s’habiller en blanc stérile. Ils durent passer par de nombreux sas de décompression. Visiblement, on ne prenait aucun risque ici, malgré l’atmosphère fébrile du lieu. Finalement, ils franchirent une dernière porte étanche et virent le corps. Un dragon. Ou du moins ce qu’il en restait. Jorg et Martha fondirent littéralement vers le squelette passé au crible par une cohorte de scientifiques et de criminologues. Même Calloway, qui détestait les cadavres s’approcha tant le spectacle d’un tel mort était fascinant. Du puissant wyrm, il ne restait plus qu’un squelette carbonisé, inclus dans la masse fondue de pierre de roche et de plastacier du pont. La chair avait disparu, sans doute vaporisée par l’incroyable chaleur qui avait consumé le lézard géant. Le pont ne tenait plus que par quelques bribes, tant il avait été déformé par la chaleur. Calloway repéra des barges aéroglisseurs qui maintenaient la structure en place.

"Merde... Merde !"
"Et fascinant..." compléta Jorg.
Se reprenant, le policier se tourna vers son chef.
"Qui a bien pu faire ça ? Un autre dragon ? Une gestalt de magicien ? Des shamans toxiques ?"
"Aucune idée... Rien que des conjonctures. En tout cas, n’allez pas voir le spectacle dans l’Espace Astral. Une Tempête de Mana causée par la mort du Dragon, ou par autre chose, a grillé le cerveau de tous les mages du coin... Elle est encore active."
Instantanément Jorg et Martha reculèrent loin du corps.
"Mais... C’est un événement très surprenant. La mort d’un Grand Dragon ! Une nouvelle affaire Dunkelzahn ! Mais quel rapport avec moi et mon équipe ?" demanda Calloway d’une petite voix. Il était quasiment sur de la réponse.
"On ne peut pas laisser la Lone Star enquêter seule là-dessus. C’est trop important. Je vous nomme donc à la tête de cette affaire. Vous êtes nos spécialistes."
Comme il le craignait... Sa réputation avait fini par atteindre le chef et sa passion pour les énigmes bizarres lui retombaient dessus. Lui qui avait horreur des responsabilités.
"Excusez-moi chef, mais il y a certainement plus apte que moi et mes hommes. Que pourrions-nous faire de plus que cette escouade de la Lone Star ?"

"Pas de fausse modestie. Je sais que vous avez été runner. J’ai lu vos comptes-rendus sur différentes affaires qui avaient résisté à pas mal de monde et que vos gars ont brillamment résolues. Vous êtes compétent et vous prenez le job. C’est un ordre !"
Il soupira. Et voilà... Vraiment quelle journée pourrie !
"En tout cas je m’attendais pas à faire de la sidérurgie légale un jour !" plaisanta Martha. "Voilà un défi..."
"Un problème fascinant, chef." déclara Jorg. "On s’y met. Arrêtez de geindre Cal. Je sais que ça vous passionne autant que nous..."
Son adjoint le connaissait trop bien.
"Bon, alors en avant ! Au boulot les gars..."

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